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Full text of "L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugé par Victor Hugo et Balzac"

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L'ARGOT ANCIEN 



(1455-1850) 



SES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS 

SES RAPPORTS 

AVEC LES LANGUES SECRÈTES DE L'EUROPE MÉRIDIONALE 

ET L'ARGOT MODERNE 

Arec nn Appendice sur l'Argot jugé par Victor Hvc.o et Balzac 



PAU 



LAZARE SAINEAN 




PARIS 

HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

5, Quai Malaquais, 5 

1907 






3731 
S2S 



PREFACE 



La Bibliographie ralsonnée de V Argot d'Yve 
Plessis enregistre, jusqu'en 1901, trois cent 
soixante-cinq publications dont la grande majo- 
rité appartient au xix" siècle, et principalement 
à sa seconde moitié. Si l'on fait abstraction des 
documents relatifs à l'argot, il n'y a, dans cette 
stérile abondance, que deux travaux qui méritent 
d'arrêter le linguiste : les Etudes de philologie 
comparée sur l'Argot de Fr. -Michel (i856) et 
V Etude sur l'Argot français de Marcel Schwob et 
Georges Guieysse (1889). 

Francisque-Michel, érudit très versé dans l'an- 
cienne langue, a traité les termes d'argot déri- 
vant de cette source d'une manière qui laisse peu 
de chose à désirer. Il est même remarquable 
qu'à une époque où l'on ne disposait ni du 
Littré ni du Godefroy, les témoignages cités 
soient tellement abondants qu'encore aujourd'hui 
on peut en tirer parti. C'est que Fr. -Michel avait 
(( tout lu )), comme il le dit lui-même, « depuis 
les chansons de geste de l'époque la plus reculée 
jusqu'aux vaudevilles, aux chansons et aux 



II PREFACE 

canards de la nôtre. » Le point de vue compa- 
ratif est également très soigné et l'état actuel de 
nos connaissances en matière d'argots étrangers 
n'est pas sensiblement plus avancé aujourd'hui. 
Et pourtant, le livre ne répond plus aux exi- 
gences de la linguistique : à force d'érudition et 
d'ingéniosité, l'auteur complique trop souvent 
les choses les plus simples, en voyant des 
emprunts et des métaphores là où il ne s'agit 
que de termes dialectaux ou de procédés artificiels. 
Les deux éléments fondamentaux de l'argot, en 
dehors de l'ancien français, à savoir les patois 
français et provençaux, surtout ces derniers, y 
sont à peine représentés. Tel qu'il est, l'ouvrage 
de Fr. -Michel est jusqu'ici le seul qui considère 
l'argot dans son ensemble et il reste le point de 
départ des études ultérieures. 

La monographie de Marcel Schwob est surtout 
précieuse par l'esprit qui l'anime. Elle complète 
l'œuvre de Fr. -Michel sur plus d'un point, tout 
particulièrement du côté Imaginatif, en exposani 
avec précision les règles des procédés artificiels, 
familiers à l'argot moderne. Dans toute cette 
partie se révèle le fin connaisseur de Villon et le 
lettré délicat qu'était Marcel ScliAVob. Toutes ces 
qualités ne doivent pas nous dissimuler les har- 
diesses d'une analyse souvent aventureuse et 
surtout le péril qu'il y a à transporter dans le 
passé des tendances qui caractérisent exclusive- 
ment l'argot moderne. A ce travail (publié dans 



PREFACE III 

le 7'' volume des Mémoires de la Société de Linguis- 
tique) il faut ajouter les deux articles sur le 
jargon des Goquillards (parus dans le même 
volume), irréprochables comme documentation 
et comme méthode, mais restés à Tétat de frag- 
ment. 

La présente étude est la première qui traite de 
l'argot dans son développement chronologique. 
Cliez Fr. -Michel, le passé et le présent se con- 
fondent ; les remarques faites par Schwob s'ap- 
pliquent exclusivement à la phase contemporaine 
de l'argot. Le Dictionnaire d'Argot de Lorédaii 
Larchey porte, il est vrai, sur son titre, le mot 
historique, mais les sources citées par l'auteur ne 
remontent pas au-delà du xix" siècle. Cette 
lacune a eu pour résultat une fausse appréciation de 
l'argot, de son évolution et de ses éléments con- 
stitutifs. 

Mon travail est purement linguistique ; j'ai 
délibérément laissé de côté les considérations 
historiques ou sociologiques. Ces deux ordres 
de recherches, la linguistique et l'histoire, tout 
en étant connexes, ne sauraient être traités avec 
une égale compétence par le même auteur. 

Ni l'érudition ni l'ingéniosité n'ont manqué 
aux efforts tentés de notre temps pour élucider 
les obscurités des ballades argotiques de Villon. 
Comme c'était à prévoir, ils ont fatalement 
échoué. Il n'est que juste de citer à part parmi ces 



IV PBEFAGE 

publications le beau livre de M. Lucien Schône 
sur le Jargon de Villon (1888). Seul, un docu- 
ment contemporain, le dossier du Procès des 
Coquillards de i455, a jeté un jour inattendu et 
parfois définitif sur certains côtés de l'œuvre jar- 
gonesque du grand poète. C'est uniquement de 
ces clartés que j'ai cru devoir tenir compte dans 
le présent travail. 

Par contre, j'ai largement tiré parti de tous 
les autres documents de l'argot qui embrassent 
une période de quatre siècles (i455-i85o), à 
commencer par le lexique des Coquillards dijon- 
nais pour aller jusqu'aux Voleurs de Vidocq 
(1837) et au dernier remaniement du Jargon de 
l'Argot réformé par TIalbert d'Angers (18/19). ^^^ 
documents, nombreux et variés, m'ont fourni 
les éléments d'un tableau d'ensemble, qui diffère 
essentiellement de celui qu'on a tracé jusqu'ici. 

Je suis redevable de plusieurs indications fort 
utiles à l'obligeance amicale de MM. Joseph 
Bédier, Mario Roques et Pierre Champion. Je 
les prie d'agréer ici l'expression de ma bien vive 
reconnaissance. 

Lazare Sainéan. 

Paris, juillet 1007. 



TABLE DES MATIÈRES 



Introduction 1-/I0 

I. — Caractéristique de l'argot i 

II. — Argot ancien et moderne i^ 

III. — Chronologie et documents 7 

IV. — Coup d'œil comparatif . 11 

V. — Critique des sources 18 

yi. — Le terme « argot » et ses synonymes ... 29 

1. — Jargon 3o 

2. — Baragouin 82 

3. — Blesquin 82 

4. — Narquois 38 

5. — Argot 84 

YII. — Documentation 89 

Première Partie. — Eléments originaux /12-182 

I. — Procédés phonétiques /|5 

II. — Procédés morphologiques /jg 

111. — Procédés sémantiques 69 

1. — Epithètes 69 

2. — Appellatifs 81 

A. — Appellatifs proprement dits . 8 1 

B. — Appellatifs tirés des noms 

d'animaux io4 

G. — Appellatifs tirés des noms 

de plantes iio 



VI TABLE DES MATIERES 



D. — Appellalifs tirés des noms 

propres ii3 

3. — Verbes 119 

4. — Ironie, Jeux de mots 137 



Deuxième Partie. — Éléments empruntés . . . i33-i63 

Germaniques . . i34 

Celtiques i35 

Basques i36 

I. — Fonds commun i3G 

Grec i39 

Provençal 143 

II. — Actions et réaclions i44 

1. — La gcnnanin i44 

2. — Le fourbe sq lie i48 

3. — Le calao 103 

111. — Éléments non-romans i53 

Bohémiens i54 

Orientaux 109 

Hébreux iGo 

Troisième Partie. — Fonds indigène 163-357 

I. — Ancien français 103 

A. — Avec le sens conservé iC5 

B. — Avec changement de sens .... 181 

11. — Patois français 311 

A. — Avec le sens conservé 3i3 

B. — Avec changement de sens .... 333 
III. — Patois provençaux 23 1 

A. — Avec le sens conservé 23G 

B. — Avec changement de sens .... 344 



TABLE DES MATIERES VII 

W. — Termes d'origine obscure y 48 

A. — Termes anciens (i4o5-i8«)o) . . . 2/19 

B. — Termes modernes (i8oo-i85(n . . ^53 

Quatrième Partie. — Influence de l'Argot. . . ■ir)8-.287 

I. — Actions externes 358 

II. — Actions internes aOo 

1. — Langues secrètes •i()u 

2. — Bas-breton Si 

3. — Bas-langage 2()3 



\. — Patois 2()3 

T). — Français 2()9 

(Conclusion 288-3()r> 

Appendice 2()0-3i(> 

L'Argot jugé par Balzac 298 

L'Argot jugé par Victor Hugo 3 



o-f. 



Note additionnelle 3 



Index :ii9-;i")() 

I. — Argot français 3 19 

■>.. — Argots divers 3^3 

3. — Français (dans ses rapports avec l'argot). 3^4 
\. — Patois (dans leurs rapports avec l'argot 1 . 3'j<') 
â. — Résumé bibliographique 3'î(i 



INTRODUCTION 



I. — Caractéristique de TArgot. 

L'argot a subi, depuis plus d'un demi-siècle, 
une transformation profonde, qui l'a fait dévier 
de son point de départ. Le langage des malfai- 
teurs se trouve aujourd'hui submerge par toutes 
sortes d'ingrédients linguistiques. Ce qu'on 
appelle, chez d'autres peuples, langage familier, 
populaire ou populacier, s'est confondu en fran- 
çais avec l'argot des voleurs et y constitue une 
langue à part, greffée sur la langue littéraire qui 
en est de plus en plus pénétrée. Déjà, en 1887, 
Vidocq constatait cette pénétration (dans la préface 
de ses Voleurs) : u Argot est maintenant un terme 
générique destiné à exprimer tout jargon enté sur 
la langue nationale, qui est propre à une corpora- 
tion, à une profession quelconque, à une certaine 
classe d'individus... La langue argotique n'est 
plus seulement celle des tavernes et des mauvais 
lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore 
quelques pas et l'entrée des salons lui sera per- 
mise. » 

L'Argot ancien. j^ 



2 INTRODUCTION 

Et trente ans plus tard, Alfred Delvau d'ajouter: 
« En France, on parle peut-être français ; mais à 
Paris on parle argot ^ ;.. autant de professions, 
autant de jargons différents, incompréhensibles 
pour les profanes. « 

Ce n'est pas cette mosaïque qui importe à notre 
travail. Son objet exclusif est l'argot des malfai- 
teurs et, nous en tenant à ce parler, nous tâcherons 
de marquer, d'après les documents, les phases 
successives de son développement. Dès le premier 
coup d'œil, on y remarque un double trait distinctif. 

Tout d'abord, son caractère foncièrement indi- 
gène. Tandis que le rotwelsch, par exemple, est 
imprégné d'hébreu, l'argot ignore absolument 
toute influence de celte nature. Il se confond tan- 
tôt avec l'ancien français et tantôt avec les patois 
du Nord et du Sud de la France. Il a successivement 
influencé les autres argots romans, qui ont égale- 
ment laissé des traces dans son vocabulaire : la 
gerinania de l'Espagne, le fourbesque de l'Italie, 
et surtout le calao du Portugal, ont tour à tour 
subi son action. 

Ensuite, l'argot a exercé une influence plus 

I. Ce paradoxe a été repris et amplifié par Louis Botzon, Sur le 
langage actuel de Paris, Programme, Francfort-sur-Oder, 1873. — 
Cf. Charles Nisard, Etude sur le langage populaire, 1872, p. 124 : 
« L'argot n'est pas, et n'a jamais été, si ce n'est à de très rares 
exceptions près, le vrai patois parisien, encore qu'il tende de jour 
en jour à le devenir tout à fait. » 



INTRODUCTION 6 

importante encore sur le français littéraire, en y 
faisant pénétrer, à partir du xv" siècle, nombre 
de termes caractéristiques. 

Cette double action, extérieure et intérieure, 
témoigne à la fois de son expansion et de sa 
valeur linguistique. 

IL — Argot ancien et moderne. 

En dehors de la transformation radicale qu'a 
subie l'argot dans la seconde moitié du xix** siècle 
et qui l'a rendu en quelque sorte étranger à lui- 
même, il avait déjà essayé, à la fin du xvi" siècle, 
une série de changements dans son lexique. Cet 
argot ancien du xv*' au xvi*" siècle diffère, en effet, 
de l'aspect qu'il a revêtu pendant les deux siècles 
suivants. L'œuvre capitale de l'argot, le Jargon ou 
Langage de l'Argot reformé, contient à cet égard un 
passage très instructif que nous reproduisons (éd. 
de 1628, p. 20) : (( Pour oster les scrupules que 
quelques uns pourroient avoir de ce qu'on n'use 
plus de beaucoup de mots qui estoient en usage en 
l'ancien jargon, c'est que les archisupposts, qui 
sont des escoliers desbauchez, mouchaillant que 
trop de marpaux entervoient (c'est-à-dire consi- 
dérant que beaucoup d'individus comprenaient), 
retranchèrent les mots suivants : 



a lîNTRODUCTION 

« Premièrement, la teste on la nommoit 
calle, à présent c'est la tronche ; un chapeau on le 
nommoit plant, à présent on l'appelle un comble ; 
les pieds on les nommoit trottins, à présent sont 
des pastuvons. Un manteau c'étoit un volant, à 
présent c'est un tabar ou tabarin. Du potage 
s'appelloit de la. jaffe, à présent c'est de la menestre. 
Une chambrière se nommoit limogere, à présent 
on l'appelle une cambrouse. Un chemin on l'appel- 
loit pelle, à présent c'est un trimard. Manger 
c'estoit brijfer ou goiisser, à présent c'est morjîer. 
Une escuelle se nommoit crolle, à présent une 
saliver ne ^ . . . » 

Les archisupposts dont on fait mention dans ce 
passage sont présentés comme les inspirateurs et 
les auteurs de ces changements. Anciens escoliers, 
parfois hommes de génie (comme Villon), ils 
étaient les représentants intellectuels de la corpo- 
ration : a les plus sçavans, les plus habiles mar- 
paux de toutime l'Argot, qui enseignent le jargon 
à rouscailler bigorne, qui ostent, retranchent et 



I. Cf. II. Eslicnne, Apologie pour Hérodote, éd. Le Duchat 
(La Haye, 1730), t. II, p, 30G : « Le jergon par le moyen duquel ils 
(les couppeurs de bourses) s'entretiennent et leurs banques s'en- 
trerespondcnt, ne fut jamais en si grande perfection... Ils ont telle- 
ment enrichi depuis quelque temps leur langage jergonesque, et l'ont si 
bien estudié, que sans avoir peur d'estre decouAcrspar autres que 
ceux de leur profession, sçavcnt ncgotier fort dexlrement 
ensemble. » 



INTRODUCTION O 

reforment l'Argot ainsi qu'ils veulent. )) Et l'au- 
teur du Jargon, qui nous donne ces détails, ne 
tarit pas sur leur compte ; il les compare aux 
philosophes grecs, aux scrihes hébreux, aux sages 
latins, aux prophètes égyptiens, aux druides 
gaulois, aux mages perses, aux docteurs fran- 
çais... 

Le juge poitevin Guillaume Bouchet, dont les 
Serees abondent en détails sur les mœurs et les 
usages de la province à la fin du xvi** siècle, ne 
parle pas avec moins d'enthousiasme de ce lan- 
gage des voleurs qu'il compare (éd. Roybet, III , 
129) u à l'hébraïque, grecque et latine » : u Je 
voudrois bien entendre leur jargon et sçavoir leur 
langage, car j'entendrois ce que disent les Mat- 
tois, les Blesches, les Contre-porteurs et les Gueux 
de l'hostiere, qui s'en aident usans entr'eux d'un 
mesme langage. » 

Cette dernière remarque est utile à retenir ; elle 
nous montre les rapports intimes qui unissaient, 
au xv*" siècle, ces trois classes également dange- 
reuses : merciers, mendiants et voleurs ^ Ils se 



I. Cf. Jargon, 1628, p. 33 : « Une autre chose qui a beaucoup 
gastc et presque renverse toute la monarchie (argotique), c'est que 
tous ceux du doublage... voulurent lier le Doublage avec l'Argot, 
c'est en un mot joindre les larrons avec ceux qui mendient... 
tellement que pour estre parfait Argotier, il faut sçavoir le jergon 
des Blesche ou Merciers, la truchc comme les Gueux et la subti- 
lité des Coupeurs de bourse. » 



INTRODUCTION 

confondaient en réalité en une seule corporation 
appelée Argot dès le xvi*' siècle, possédant une 
hiérarchie rigoureusement établie et dont les 
échelons sont ainsi marqués par le Jargon (p. 9) : 
u Premièrement ordonnèrent et établirent un Chef 
ou General qu'ils nommèrent Grand Coesre ; 
quelques uns le nommèrent Roy de Thunes... Et 
après ordonnèrent en chacune Province un Lieu- 
tenant qu'ils nommèrent Cagou, les Archisup- 
posts de l'Argot, et les Narquois, les Orphelins, 
les Millards, les Marcandiers, les Rifodez, les 
Malingreux, les Capons, les Piettres, les Polis- 
sons, les Francs-Mitoux, les Callos, les Sabouleux. 
les Hubins, les Coquillars, les Courtauds de 
boutanche, et les Convertis, tous subjects du 
Grand Coesre, excepté les Narquois qui ont 
secoué le joug de l'obeyssance. » 

Cette association des merciers et des voleurs 
rend compte des termes argotiques tels que : angl. 
pedlar's french, autre nom du cant ou argot, 
propr. français des merciers, ou esp. mercaderia, 
vol, litt. marchandise (cf. argot milanais balla, 
u roba furata, furto », propr. balle de mercier). 

Le vocabulaire argot-français de Yidocq (dans 
ses Voleurs, iSS-) esta la fois le dernier aboutis- 
sant de l'ancien argot et le point de départ d'une 
nouvelle évolution : le langage des malfaiteurs 
cède de plus en plus la place h. celui des classes 



INTRODUCTION 7 

vulgaires ou des professions spéciales. Ce voca- 
bulaire lui-même devint bientôt archaïque et 
quelques années plus tard, en i84i, un ancien 
détenu ^ en parlait dans ces termes : (( Le glossaire 
publié par Yidocq est presque à l'argot moderne 
ce que la langue de Froissart est à celle du xix" 
siècle. » 



III. — Chronologie et Documents. 

L'argot se distingue par le nombre et la valeur 
de ses documents. Le plus ancien est fourni par 
le Procès des Coquillards dijonnais, de i455, qui 
contient un lexique des Compagnons de la 
Coquille, dressé par le greffier lui-même sur les 
indications d'un des accusés. C'est le plus ancien 
recueil que possède aucun argot européen. Utilisé 
d'abord par Jos. Garnier^, d'après le manuscrit 
conservé dans les Archives départementales de la 
Côte-d'Or, son importance fut méconnue par 
Fr.-Michel et par Vitu, et c'est à Marcel Schwob ^ 
que revient le mérite de l'avoir mis en pleine 
lumière (dans l'étude déjà citée). En mentionnant 



i. [Pierre Joigneaux], Les Prisons de Paris, par un ancien 
détenu, Paris, i84i, p. iô(j. 

2. Les Compagnons de la Coquille, CUroniquc dijonnaise du 
xvi' siècle, Dijon, 18/12 (le lexique occupe les pages 7 et 8). 



8 INTRODUCTION 

rapidement les Mystères du xv" siècle (Viel Testa- 
ment, Passion Jesucrist et Actes des Apostres, à 
côté de la Vie de St. Christophe de 1527) et les 
Farces contemporaines ^ on arrive aux six ^ bal- 
lades en jargon de Villon (éd. princeps, 1^89), 
dont une portion minime a été pleinement 
éclaircie par le lexique du Procès des Goquillards, 
mais dont la plus grande partie, en dépit des 
investigations réitérées 3, reste encore indéchif- 
frable*. 

Le xvi^ siècle voit paraître un autre document 
de l'argot, la Vie généreuse des Mercelots (Lyon, 
1596), accompagné d'un dictionnaire en langage 

I. Nous citons les fragments des Mystères d'après Lucien Schone 
{Le Jargon et Jobelin de Fr. Villon suivi du Jargon an théâtre, 1888) 
et les Farces d'après V Ancien Théâtre français, public par Mollet 
Le Duc, Paris, 185/1-1857. 

3. L'édition Longnon (1892), que nous utilisons, a admis une 
septième ballade tirée du ms. de Stockholm, qui en contient 
quatre autres d'une authenticité douteuse. 

3. Cf. Aug. Aitu, Le Jargon du xv" siècle, 188/1, et l'ouvrage cité 
de Lucien Schone. 

/i. Les termes interpolés (dans les mss. de Tite-Live, Frois- 
sart, etc.) par le copiste breton Raoul Taingui, au début du 
XV' siècle, n'appartiennent pas à l'argot (comme l'ont pensé nos 
devanciers), mais aux patois. Voici un spécimen d'interpolation 
dans Froissart (cité par Siméon Luce, dans sa notice sur Taingui, 
Œuvres d'Eust. Deschamps, t. II, avant-propos) : « Si commen- 
ciérent aussi à découper ces meschans villains, tufifes, guieliers, 
bomules, termulons, tacriers, crafTeurs, marrados et cratimas, 
petaux et gars loubaz ; et les tuoient et occioient sans pitié et sans 
nulle merci. » (Ms. de Leyde, fol. 22g v', éd. Scheler). C'est aux 
patois du Centre et du 8ud qu'il faut demander l'explication de 
ces termes bizarres. 



INTRODUCTION T) 

hlesquien. Cette édition a été soigneusement 
reproduite par Ed. Fournier (dans le S*' volume 
de SCS Variétés historiques et littéraires, Paris, i858), 
tandis que la réimpression faite plus ancienne- 
ment par Techener (dans le 8" volume de ses 
Joyeusetez, Paris, i83i), d'après l'édition de 1618, 
fourmille d'erreurs et de non-sens. 

Vers la même époque parut le second livre 
des Serees de Bouchet (1597), <ï^i fournit des ren- 
seignements précieux sur l'argot contemporain. 

Au xvii" siècle appartient le Jargon ou Langage 
de r Argot reformé, dont on ne connaît que la 
deuxième édition parue à Paris vers 1628. C'est 
la principale source qui a alimenté pendant deux 
siècles toutes les publications analogues *. Nicolas 
Ragot, dit Granval, y a puisé son lexique argot- 
français, inséré à la suite de son poème Le Vice 
puni ou Cartouche (1720) ; et un siècle plus tard, 
Vidocq s'en est servi pour son vocabulaire argo 
tique (1837). 



I. Le petit dictionnaire français-argot, de 21G mots, des brigands 
chauflfeurs de 1800 (dans P. Leclair, Histoire des brigands chauffeurs 
et assassins d'Orgères, an Vllï), tout en ayant subi l'influence de 
l'argot, a un caractère à part. Cet opuscule étant extrêmement rare 
(il manque à la Bibliothèque Nationale), signalons la réimpression 
exacte que M. Eugène Rolland a donnée du vocabulaire des Chauf- 
feurs (chez Leclair, p. i2g-i4o) dans ses Variétés bibliographiques, 
vol. I (1888), p. 99-101. La reproduction du même vocabulaire, qui 
se trouve à la fin du Nouveau Supplément du Dictionnaire d'Argot de 
Lorédan Larchey (1889), ^^t un remaniement plein de lacunes. 



lO INTRODUCTION 

Les diverses éditions de cet opuscule représen- 
tent les vicissitudes même de l'argot : elles nous 
font connaître de singulières méprises d'une édi- 
tion à l'autre (sources d'erreurs et de non-sens sur 
lesquels on reviendra dans le chapitre suivant), 
'et avant tout les enrichissements successifs de 
l'ouvrage. Tandis que la deuxième édition (vers 
1628), la seule connue, ne contient que 216 mots, 
celle de Lyon (i634) en ajoute une douzaine, celle 
de Troyes (1660) en fournit 238, et la dernière, 
celle d'Epinal, i836 (qui fut utilisée par Vidocq), 
enregistre 685 mots. L'édition de Troyes (1660) a 
été réimprimée en 1690, en 1700 (édition utilisée 
parGranval) et en 1728, cette dernière, s'enrichis- 
sant des additions contenues dans le lexique de 
Granval (1725), devint « le moule définitif où 
seront coulées les éditions de colportage an- 
ciennes » fYve-Plessis, p. 66). L'édition d'Epinal 
(i836), type des éditions de colportage moderne, 
reproduite par Techener (dans le 8" volume des 
Joyeusetez) et par Charles Nisard (dans le 2° tome 
de son Histoire des livres populaires, Paris, i854), 
a été également réimprimée à Rouen (i84o), à 
Montbéliard (i848) et à Paris (1849). Cette der- 
nière, donnée par Halbert d'Angers, fourmille de 
transcriptions erronées et de confusions, parfois 
monstrueuses, qui ont induit en erreur tous les 
lexicographes de l'argot du xix*' siècle. 



INTRODUCTION I I 

Nous avons collationné la plus ancienne édition 
connue, celle de 1628, avec les réimpressions de 
i634, 1660, 1690, 1700, 1728, i836 et 1849, et ce 
relevé contribuera à fixer la chronologie, la 
forme et le sens des termes argotiques. 



IV. — Coup d'œil comparatif. 

Aucun argot européen ne remonte au-delà du 
xv*' siècle. Le Liber Vagatorum ( « Der Betler Orden » ) , 
le plus ancien document du rotwelsch, date de 
i5ioS et le premier ouvrage sur le cant, ou argot 
anglais, est de i566 2. Gomme notre argot n'a 
aucune attache avec ces deux langages, ni avec 
les argots slaves^, nous passons immédiatement 
aux argots romans de l'Europe méridionale qui 



1. Voir sa rédaction, en haut-allemand et en bas-allemand, dans 
Fr. Rluge, Rotwelsch, Quellen iind Wortschatz der Gaunersprachen 
und der verwandten Geheimsprachen. I. Rotwelsches Quellenbuch 
(Strasbourg, 1901). Cf. l'édition qu'en a donnée Ristelhuber (Stras- 
bourg, 1862) et la traduction de Rœsch (dans la Revue d'Alsace de 
1880). La rédaction bas-rhénane du Liber Vagatorum (i5io) contient 
un terme français : barlen, sprechen (== parler; v. Kluge, p. 79). 

2. Thomas Harman, Caveat or Warening for common Cursetors 
vulgarly called Vagabones, Londres, i50G (réimprimé en 1869). Le 
cant contient une demi-douzaine de termes pris au français (et non 
pas à l'argot), tels que : bean, argent (= bien), vile, ville, etc. 

3. Voir svir ces derniers, l'étude de Jagic (« Die Geheimsprachen 
bei den Slaven ») dans les Sitzungsberichte der Wiener Akademie der 
Wissenschaften, vol. CXXXIII (1895), p. i à 80. 



12 INTRODUCTION 

sont tout autrement intéressants i3ar leurs rela- 
tions mutuelles. 

La plus ancienne trace du fourbesque sfe trouve 
dans une lettre que Luigi Pulci, l'auteur de 
// Morgante Maggiore, avait adressée en 1^72 à 
Laurent le Magnifique ; cette lettre est accom- 
pagnée d'une courte liste de mots argotiques*. 
Le premier document linguistique est un petit 
vocabulaire fourbesque du xv*' siècle, récemment 
publié (d'après une copie du Codex Màgliabec- 
chi) par Gugl. Volpi '-. En i549 parut à Venise 
// Modo i\ovo da intendere la lingua zerga cioè 
parlai' furbesco ^, qui fut plus tard entièrement 
fondu dans le vocabulaire de la langue littéraire ; 
et en 1627, Raf. Frianoro (pseudonyme du Père 
romain Giacinto de' Nobili) publia son ouvrage 
// Vagabondo, overo Sferza de birbanti e vagabondi, 
qui fut traduit en français en i644. Ces deux 
publications sont les pendants italiens de la Vie 
généreuse (logô) et du Jargon (1628). 

Ajoutons les argots provinciaux, à savoir : 
celui du Piémont ou de Val Soana, étudié par 



1. La lettre a été reproduite dans VArchivio dclle tradizioni popo- 
lare, vol. I (1882), p. ayô-ayO, et tout récemment dans les Lettere di 
Luigi Pulci, éd. Bongi, Lucques, 1886, p. 58 et 170. 

2. Dans les Miscellanea Auziale Rossi-Teiss, Trcnto, 1897, P- ^9 
à G3. 

3. Editions ultérieures : 1082, i584, 1O28, 1700, etc. Y. G. Pitre, 
Bibliografia délie tradizioni popolare d'Italia, Torino, 189/i, p. 172-178. 



INTRODUCTION 1 3 

NigraS les jargons milanais, vénitien, abruzzois 
et sicilien -, ce dernier décrit par Giuseppe 
Pitre 3. 

La germania est représentée par le recueil que 
Juan Hidalgo fit imprimer, en 1609, à Barcelone : 
Romances de germania de varios autores, con el 
vocabulario por la orden del a. h. c. para declaracion 
de sus términos y lengua. On y trouve, outre le 
vocabulaire argotique, diverses romances jar- 
gonesques, la germania, en opposition avec le 
fourbesque, ayant servi de bonne heure à des 
compositions poétiques. Les romans, à com- 
mencer par Z)o/i Quichotte, et surtout les nouvelles 
picaresques, contiennent souvent de l'argot *, à 
rinstar des œuvres analogues de Victor Hugo 
[Les Misérables), de Balzac (La dernière incarnation 
de Vautrin) et d'Eugène Sue [Les Mystères de 



1. Archivio glottologico italiano, vol. III (1878), p. 53-Go : « Il 
Gergo dci Valsoanini. » 

2. Fr. Chcrubini, Vocabolario milanese-iialiano, Milan, i83()-i8^3,. 
au mot zerga (lingua), t. IV, p. 5/|5-5/|8 ; Archivio di psichiatria, 
vol. II, 1881, p. 30/1-2 1 5 (argot vénitien), vol. III, /|/|8-/|5o (argot 
sicilien) et vol. VIII, laS-iSo (argot piémontais) ; G. Finamorc,. 
Vocabolario delV iiso ahruzzese, Citta di Castello, 1893 (passim). 

3. Dans ses Lsi e costumi siciliani^ vol. Il, p. oig-oSG. 

!x. Rafaël Salillas, El delincnente espaûol (v. ci-dessous), le cha- 
pitre : « La jerga en la literatura » ; l'auteur y fait le relevé des 
termes argotiques contenus dans Guzman d'Alfarachc de Matea 
Aleman, dans Rinconete y Cortadillo de Cervantes (« obra picaresco- 
jergal por excellencia »), dans la Picara Justifia (« de ccpa genui- 
namentc picarcsca »), clc. 



l4 INTRODUCTION 

Paris). Le vocabulaire de Hidalgo a passé tout 
entier dans le Dictionnaire de l'Académie espa- 
gnole, où l'on rencontre fréquemment des accep- 
tions argotiques. 

La germania a subi, à partir du xvii'' siècle, 
une influence profonde de la part du gitano qui 
l'a transformé en cald, ou argot bohémien- 
espagnol, tel qu'il est encore usité de nos jours. 
Ce dernier n'a gardé que peu de chose de 
l'ancienne germania, a admis des éléments patois 
en grand nombre, mais l'ingrédient gitano y est 
prépondérant. 

C'est également le cas pour le calao ou argot 
portugais, dont le Père Raphaël Bluteau a fourni 
un premier lexique, dans son Vocabulario (1712- 
1727). 

Quant à l'argot roumain, Baronzi en avait donné 
une courte liste * sous le titre de llmba câraitorilor 
(langage des voleurs), et tout récemment, un pu- 
bliciste roumain, M. Y. Scîntee, en a fait connaître 
un petit lexique (recueilli dans le Pénitencier 
central de Jassy) sous le nom de Smechereasca 
ou langage des roués -. Ce recueil intéressant, que 
l'auteur a bien voulu mettre à notre disposition, 
est procédé de la notice suivante : « Cet argot 

1. Limba româna si tradilianile ei, Braila, 1873, p. i/lg-iBi. 

2. Dans le feuilleton d'un journal de Bucarest, Dimineatsa 
(du 21 novembre 190G). 



I^îTRODUCTION 10 

paraît remonter à une quarantaine d'années, à 
l'époque même de l'introduction d'une police 
organisée dans le pays. Un vieux voleur m'a 
affirmé qu'il est l'œuvre des détenus des Ocnele- 
Mari ^. Ceux-ci avaient nommé à cet effet une 
commission, dans laquelle se trouvaient, paraît-il, 
des voleurs juifs, russes, bohémiens et hongrois. 
De là, l'apport de chacun d'eux dans le voca- 
bulaire de ce langage conventionnel : les termes 
des coupeurs de bourse, par exemple, y dérivent 
du judéo-allemand; ceux des contrebandiers, du 
russe ou du magyar ; ceux des voleurs, du 
bohémien. » 

11 manque encore une étude d'ensemble sur le 
fourbesque, le petit livre de Biondelli- n'étant au 
fond qu'une reproduction du Modo AofO. Excepté 
les pages toujours instructives qu'Ascoli^ a con- 
sacrées à l'opuscule de Biondelli (et où, c'est le 
cas de le dire, la sauce vaut mieux que le pois- 
son), on sait peu de chose jusqu'ici sur les 
éléments constitutifs du fourbesque_, de son 
action sur la langue littéraire et de son rôle dans 
la littérature. 

Ce n'est que tout récemment que M. Rodolfo 

1. Nom du plus grand bagne du pajs, à Bacau, en Moldavie. 

2. Stadi siille lingue farbesche, Milan, i8/|G. 

3. Siudi critici, Milan, i86i, vol. I, p. loi à i'|2. 



1 6 INTRODUCTION 

Renier * a donné quelques indications sur l'usage 
du fourbesque dans la langue littéraire italienne 
des xv" et xvi^ siècles. Pulci s'est servi du jargon 
vénitien dans ses sonnets et dans quelques-unes 
de ses octaves, ainsi que dans le XYIII" chant de 
son Movgante (voir l'édition récente de G. Yolpi). 
On a déjà relevé ses contributions purement argo- 
tiques, qui sont restées à peu près inconnues à 
ses contemporains. Ceux-ci considéraient Antonio 
Brocardo, qui vécut un demi-siècle après Pulci, 
comme le premier poète jargonesque, et Niccolô 
Yillani l'appelle même rinventeiir du fourbesque. 
M. Renier est tout disposé à voir en lui un Yillon 
italien ; malheureusement, on n'a que des conjec- 
tures sur sa production poétique en fourbesque. 

Nos connaissances ne sont pas plus avancées 
sur les diverses variétés argotiques de la Haute- 
Italie, du centre et du sud de la Péninsule. 

On est en revanche très bien renseigné sur la 
germania et sur le calao, grâce aux ouvrages de 
Rafaël Salillas ^ et d'Adolphe Coelho-^ Le pre- 

I, Dans les Miscellanea di studi critici édita in onore di Artiiro 
Graf, Bergame, 1908, p. 120 à i^a. 

•2 . El delincuente espanol, el Lengiiage (esiiidio fdologico, psicologico 
y sociologico con dos vocabularios gergalcs), Madrid, iSyG. Le pre- 
mier, Vocabulario de Germania, p. aGô à 3 10, est reproduit d'après 
Juan Hidalgo ; le deuxième, Vocabulario decalo gergal, p. 3i3à 335, 
est un essai d'argot moderne, d'après les matériaux recueillis par 
l'auteur. 

3. Os Ciganos de Portugal coni un estudo sobre calao, Lis- 



INTRODUCTION 1 7 

mier a étudié le sujet sous tous ses aspects : lin- 
guistique, littéraire, sociologique ; quant au 
travail de Goelho, il est digne du savant roma- 
niste auquel l'histoire du portugais doit tant 
d'éclaircissements. 

En dehors des éléments de comparaison fournis 
par les argots romans du sud de l'Europe, nous 
avons également tiré parti des rapprochements 
que présentaient certains langages spéciaux usités 
dans diverses parties de la France. Tout d'abord, 
l'Argot des nomades en Basse-Bretagne, étudié 
par M. N. Quellien (1886), argot parlé par les 
chiffonniers et les couvreurs de la Roche-Der- 
rien ^ et les recherches complémentaires de 
M. E. Ernault sur le Tunodo ou argot de la Roche-. 
Ce dernier a également étudié le Langaj Kemeiiév 
ou argot des tailleurs vanne tais ^. Ensuite, le 
Bellau, argot des peigneurs de chanvre du Haut- 
Jura, analysé par Charles Toubin^ ; le Mourmé ou 



bonne, 1892. L'étude sur l'argot portugais y occupe les pages 
55 à i():j. 

1. Cf. E. Ernault, dans la Bévue celtique, vol. VII, p. /|5-5i et 

25o-252. 

2. Ibidem, vol. XIV à XVI (1893-1895). 

3. Ibidem, vol, XXVI (igoô), p. 82-94 et ii2-i2'i. Ces travaux de 
réminent celtisant se recommandent par la valeur des matériaux 
et par l'abondance du commentaire. 

l\. Dans les Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs, 18G7, 
p. 47-57. 

L'Argot ancien, 9 



l8 INTRODUCTION 

Ménédlgne, argot (aujourd'hui éteint) dont se ser- 
vaient les tailleurs de pierre et les maçons de la 
commune de Samoens ^ de la Haute-Savoie ; et 
finalement le Terratsu, parler analogue usité dans 
la ïarentaise -. Ajoutons que ces divers langages 
accusent des traces nombreuses de l'argot propre- 
ment dit. Ils offrent ainsi un double intérêt : ana 
logie des procédés conventionnels et nouveau 
témoignage de la pénétration de l'argot. 

V. — Critique des sources. 

L'étymologie argotique, difficile en elle-même, 
devient inextricable, si l'on opère sur des formes 
mal transcrites et sur des sens imaginaires. Il 
importe donc, avant d'aborder l'étude étymolo- 
gique de l'argot, de montrer par quelques 
exemples combien d'erreurs ont été accumulées 
tantôt par les éditeurs et tantôt par les lexico- 
graphes eux-mêmes. 

Yoici tout d'abord ce que deviennent les termes 



1. Th. Buffet a publié un vocabulaire mourmé-français dans la 
Revue Savolsienne de 1900. 

2. Abbé Pont, Vocabulaire du Terratsu de la Tarentaise, Cham- 
béry, 18G9. Cf. A. Constantin et J. Desormaux, Dictionnaire 
Savoyard, 1902, p. 39'i-395 (tableau comparatif du ménédigne, 
du mourmé et du terratsu) : des trois cents mots du terratsu que 
contient Pont, quatre-vingts sont communs avec le mourmé. 



INTRODUCTION IQ 

argotiques de la Vie Généreuse, de 1696 ou 1618, 
d'après la réimpression qu'en a donnée Techener 
(dans le 8° volume de ses Joyeusetez, Paris, 

i83i): 





1831 


1596 (1618) 


G 


de Vaiibet hure 


de Vaubert huré 


» 


sur le pilard 


sur le pelard 


8 


sans zeuer 


sans zerver 


10 


ont souque la Hio;-se 


ont fouqué la morfe 


21 


sur la toutine 


sur la toutime 


42 


hav rivage 


haut rivage 


» 


gourt à hiart 


gourt à biart 


/i5 


bonnet, ambrou 


bonnet, aubion 


» 


chien, haniu 


chien, habin 


» 


chemin, père 


chemin, pelé 


)) 


cidre, pien hauroche 


pie hantoche 


/.G 


eboilles (sic), loucheter 


etoilles, louchettes 


)) 


escuelle, crosse 


escuelle, grosle 


47 


garou, vaiyuelier 


garou, un guelier 


» 


gueux, assuré 


gueux, affur 


» 


lieutenant, gagou 


lieutenant, cagou 


)) 


manger, cousser 


manger, gousser 


48 


maréchal, ioujlard, brussart 


maréchal, soufjlard, bruslard 


» 


mariage, d'aulnage 


mariage, daulvage 


» 


marié, d'aulne 


marié, daulvé 


» 


minois, mez ! 


nez, minois 


)) 


oreilles, auces 


oreilles, ances 


49 


sergent, affutard 


sergent, affurard 



Voici maintenant l'aspect de certains mots 
dans le Jar^o/i de 1628, et celui qu'ils prennent 
dans la reproduction faite par Techener en i83i 
(reproduction qui a servi de base au travail de 
Fr. -Michel), et qui n'a d'archaïque que l'ortho- 
graphe : 



20 INTRODUCTION 

1831 1628 (1634) 

angluce ou angoisse, une oye angluche, une oyc 

boucher, mocquer baucher, mocqucr. 

carme, un chanoine carme, im choyne ou miche 

embauder ^, prendre de force [embander, prendre de force : 

1728] 

frumion, marché fremion, le marché 

harper le taillis, s'enfuir ha- haper le taillis, id. 

bilement 

perouse, une pistole petouze, une pistolle 

P. Go Sigrisse, bouesse. Le gris bovicsse 

» la muraille enterue la maraille enterve 

» un chapeau on le nommoit un chapeau on le nommoit 

place plant 

G2 manger, c'estoit briffer ou manger c'estoit briffer ou 

goufjîer gousser 

» manneau, c'est à dire moi monnant, c'est à dire moy 

69 marquises et mignons marqviiscs et mions 

70 devant les palors devant les pallots 

80 à quoy s'opposent les 60ns ... les honorables Archisup- 

rables Archisuppostz postz 

Le meilleur dictionnaire d'argot, celui de 
Delesalle, n'est pas exempt de leçons erronées : 
Anticle, la messe {Vie, iSgô), y est remplacé par 
ancicle; sourdante santoche, grande justice (1596), 
y est irdinscrii fourdante Jantoche ; sourdu, pendu, 
et sourdolle, potence, y deviennent fourdu, 
pendu, et fourdolle, potence, à côté de sourde, 
prison (!), et sourdelle, potence. Dans la partie 
française-argot il y a de singulières méprises, 

I. Cette leçon fautive, embauder itour embander, qu'on retrouve 
chez Halbert (18/19), figure dans tous les dictionnaires d'argot. On 
lit dans le Supplément de Larchey : « Embauder, prendre de force. 
Argot de voleur, pour emblauder, de embler, voler (vieux fran- 
çais) ». 



INTRODUCTION 2 1 

telles que : Bouge, franc-garoii, vain guelier ; drap 
de lit : limans, linceul..., où les équivalents fran- 
çais garoii, linceul sont confondus avec les termes 
argotiques (cf. Vie, 1596 : Vain guelier, Garou... 
Limans, Linceulx). Ces méprises se rencontrent 
aussi dans le Dictionnaire français argot d'Aristide 
Bruant (1901). 

Delesalle a également admis, comme des faits 
acquis, les interprétations conjecturales que Vitu 
a données des ballades (authentiques et con- 
testées) de Villon ; et de Delesalle, ces explications 
douteuses ont passé dans le Dictionnaire de 
Bruant. 

Ce sont principalement les diverses éditions du 
Jargon qui fournissent le plus grand nombre de 
méprises et de non-sens. Voici quelques spé- 
cimens : 

BALLADER, aller demander l'aumône [Jargon, 
1628), devient bellauder et hellander^, dans les 
éditions de i63/i, 1600, 1700 et 1728; celle de 
i836 a halauder, mendier, et bellander, aller 
demander l'aumône. Les vicissitudes ultérieures 
il travers la lexicographie argotique sont encore 
plus étranges : Vidocq enregistre balader, choisir, 
chercher, et bettander, mendier (cette dernière 

I. Cf. Jargon, if)28, p. 3i : quand ils sont en quelque vergne à 
ballader... ; éd. iG3/i : ... à bellander. 



2 2 IINTRODUCTION 

adoptée par Fr. -Michel et Delvau) ; Larcliey fait 
remarquer {Suppl.) : « Battender, mendier (Del- 
vau), sans doute pour battander : les battan- 
diers (sic !) formaient une tribu de la Cour de mi- 
racles. » Delesalle connaît quatre formes : balader, 
choisir, chercher ; balander, mendier, porter la 
besace, battander et bettander, mendier, formes 
qu'on retrouve en partie chez Bruant : (mendier) 
balander et battender. 

BROQUANTE, baguc (Jargon, 1628), devient bro- 
buante dans les éditions ultérieures jusqu'en 
1728 ; celle de i836 a brebuante (Halbert : ber- 
buante). Vidocq a seulement brobuante, mais Dele- 
salle donne à la fois : brobuante, anneau, bague, 
et brocante, bague, c'est-à-dire le mot fictif et le 
mot réel. 

cosNE, la mort {Jargon, 1628), transcrit plus 
tard cône (1728), réapparaît dans l'éd. de i836 : 
cosne, la mort, à côté de coste, auberge (forme 
argotique de castel). Halbert donne à la fois l'orto- 
graphe ancienne et moderne, mais renverse l'ordre 
des sens : la cône, la mort, coste, la mort, cosne, 
auberge. Cette interversion a passé chez les lexico- 
graphes modernes. Delesalle : cosne, auberge, et 
coste, la mort ; Bruant : (auberge) cosne, coste, et 
(la mort cosne, coste l Et cosny, mort, est transcrit 
chez ce dernier : (défunt) coni, couni, crouni. 

Une interversion analogue a également sa 



INTRODUCTION 23 

source dans Halbert chez lequel on lit : Embarras, 
drap de lit, et empave, carrefour, tandis que l'édi- 
tion du Jargon de i836 enregistre Embarras, 
carrefour, et empave, drap de lit (ce dernier sens 
déjà dans l'édition de 1628). De là, chez Delesalle : 
empave, carrefour (Larchey, SappL ; Bruant), 
et Delvau remarque à ce propos : « Empave, 
carrefour, pavimentam, dans l'argot des voleurs. 
Quelques Gilles Ménage de Clairvaux veulent que 
ce mot, au pluriel, signifie aussi draps de lit. 
Dont acte. )) 

DURESME, du fromage [Jargon, 1628), devient 
réme, dans l'édition de 1728, c'est-à-dire du rême, 
tandis que l'édition de i836 enregistre à la fois 
daresme et rême. Fr.-Michel donne une troisième 
variante : blême (autre transcription erronée de 
durême) et, ignorant la chronologie du mot, prend 
rême pour la forme primitive, qu'il identifie avec 
l'anc. fr. raime, ramée (« C'était sur des rameaux 
entrelacés... qu'on plaçait le fromage frais pour 
le faire sécher »). Par suite, on lit dans Bruant : 
(fromage) blême, rème, à côté de durème, c'est-à- 
dire deux formes imaginaires, à côté d'une troi- 
sième, seule réelle. 

GOURPLiNE, une pinte {Jargon, 1628), transcrit 
goapline, une pinte, dans le lexique de Granval 
(1725) ; l'édition de i836 enregistre les deux 
formes : goupline, pinte, et gourpline, plainte. 



5/j INTRODICTION 

Cette erreur d'impression {plainte au lieu de pinte) 
a passé ehez Halbert (18/19) ^^ ^^^ '^^' ^^^^^ Delvau : 
« Criblage, plainte, cri, reproche, dans l'argot des 
voleurs ; ils disent aussi gourpline. » 

soLiR. vendre {Jargon. 1628), garde cette forme 
dans les éditions ultérieures : Yidocq transcrit 
fautivement salir, vendre des objets volés, à côté 
de sollir. Acndre un objet le prix qu'il vaut. 
Fr. -Michel prend comme point de départ salir, 
dans lequel il voit une c altération de saler, qui 
se disait autrefois pour vendre cher. » — Le 
même Acrbe solir a également subi un change- 
ment de sens plus qu'étrange ; chez Granval (i 725) 
et dans l'édition de 1728, on lit : solir, ventre. 
Cette erreur d'impression a passé dans l'édition 
de i836. qui distingue : solir, rendre , de soly, 
ventre ; dans le Dictionnaire cVargot de 1829, qui 
donne uniquement solir, ventre, et chez Fr.- 
Michel : solir, a entre, qui ajoute : « Ce terme est 
le fruit de la ressemblance matérielle que présente 
ventre avec le verbe vendre, qui se dit aussi sollir 
en argot. » 

Des formes et des sens imaginaires sont sou- 
vent produits par des procédés analogues moins 
compHqués encore. Les erreurs, une fois com- 
mises, deviennent fécondes et se perpétuent 
indéfiniment. Yoici une deuxième série : 



IMllODUCTIOX 20 

ASTic, cpée {Jargon, 1728), se perpétue jusqu'à 
Halbert (18/19) ' Fr. -Michel l'enregistre, à son 
tour, mais en le faisant précéder par : artie, épée, 
qui n'en est que l'impression fautive. Et pourtant 
on la retrouve chez Bruant : (épée) artic... 

BAUDE, la maladie de jNaples {Jargon, 1628), 
devient bonde, dans l'édition de i836; Halbert 
(1849) enregistre les deux formes : bonde, mal de 
Naples, ci baude, mal véuérien. Le mot fictif prend 
place à côté du mot réel chez Delesalle et chez 
Bruant : (syphilis), bande, bonde... 

La dernière édition du Jargon, celle de i836, 
enregistre : brixgeaxts, cheveux, et biuxgeaxte, 
perruque ; ces termes figurent comme briganfe, 
brigands, brigeants, chez Delvau et Delesalle, le 
premier en donnant ainsi la raison : « On dit 
aussi brigands pour cheveux, à cause de la phy- 
sionomie rébarbative que vous donnent des 
cheveux ébouriffés. » 

CAGETOx, hanneton {Jargon, i836), c'est-à-dire 
petit panier, devient chez Halbert (18/19) • cageton, 
hanneton, et de là, l'erreur fait le tour de la lexi- 
cographie argotique. Delvau : a Cageton, han- 
neton, dans l'argot des voleurs, qui savent qu'il 
est impossible de mettre ce scarabée en cage, et 
qui voudraient bien jouir du même privilège » ; 
Delesalle : cageton, hanneton, et Bruant : (hanne- 
ton) cageton. 



26 INTRODUCTION 

Les CAPONS, OU filous de la compagnie argo- 
tique, sont définis par le Jargon de 1628 comme 
(( eschevins de la triperie » : ces eschevins 
deviennent écrivains dans Granval (1725) : 
capons, les écrivains des autres, d'où l'éditeur 
du Jargon de i836 a tiré : cape, écriture, capine, 
écritoire, capir, écrir, termes fictifs qui manquent 
chez Vidocq, mais qui ont passé de Halbert (18^9) 
dans tous les dictionnaires d'argot. Fr. -Michel, 
qui n'a utilisé que l'édition moderne du Jargon, 
d'après la réimpression fautive de Techener, cite 
également : « Capons, dit le Jargon, sont les 
écrivains de la triperie... » 

CART DE CHARRLE, uu quart d'écu (Jargon, 1628), 
devient cas/e de charrue, dans l'édition de i836, et 
dans celle de 1849 ; cette leçon fautive revient chez 
Delvau, chez Delesalle et chez Bruant : (quart 
d'écu) caste de charme. 

coucou, montre (« terme des/loueurs », Vidocq), 
devient couesu, par une erreur d'impression, et 
se trouve improvisé terme d'argot : Delesalle 
enregistre l'un et l'autre, et Bruant le suit fidè- 
lement. 

CROSLE, écuelle {Vie, 1096), deviennent crône 
(Jargon, i836) et cro/ie (18A9) : de là, chez Bruant : 
(écuelle) crolle, crone, crosle. 

FRETILLANTE, queue (Jar^/o/i, 1728), eifertillante, 
dans Vidocq (II, 332), à côté de la forme erronée 



IiVTRODUCTION 27 

JestlUante ^. Fr. -Michel distingue : fertillante, 
plume, etfestillante, queue (« C'est en remuant la 
queue que les chiens font fête à ceux qu'ils affec- 
tionnent ))). Cette explication a été fort goûtée, on 
la retrouve chez Delvau (« Festillante, queue d'ani- 
mal, p. ex. du chien, qui fait/e/e à son maître en 
remuant la sienne n) et chez Rigaud (« Festillante, 
queue, allusion à la queue du chien qui fait fête 
à son maître »), ce dernier d'habitude prudent et 
consciencieux. Delesalle connaît Jertlllante, paille, 
Jestillante, queue, et frétillante, queue, plume 
d'oiseau ; Bruant : (queue) festillante, frétillante. 

GiTRE, j'ai {Jargon, 1690), déformation argo- 
tique du verbe français, et itrer, avoir {Ibid. , i836), 
gitrer, posséder (Vidocq), à côté de titrer, qui en 
est la transcription erronée. Fr. -Michel ne connaît 
que titrer, avoir, posséder, et Lorédan Larchey en 
donne l'explication : u Litrer, contenir, posséder ; 
vient de litre comme cuber vient de cube ». 

LOusïAUD, domicile, diable (Halbert, 18^9), et 
hosteau, prison (= hostel) : le sens de « diable » 
résulte de la phrase envoyer a loastaud (c.-à-d. 
à Vhousteau), envoyer à la prison, et, par exten- 
sion, au diable. Chez Delesalle, loastaud désigne 

I. M. E, Ernault (Revue celtique, XIV, 28/i) rapproche de la forme 
fictive festiller (induite de festillante), le breton Jîstilha, babiller : 
le point de départ et l'interprétation (babiller ^ frétiller de la 
langue) sont également sujets à caution. Cette étymologie a passé 
dans le Lexique étymologique du breton de V. Henry. 



28 INTRODUCTION 

expressément le diable : loiistaud, lousteau, lousto, 
le diable (envoyer à loastaud, envoyer au diable ; 
aller à loustaud, aller en prison), à côté de aiisto, 
salle de police, prison, hosto, ostlo, ostot, prison ; 
de même, dans la partie française-argot : Diable, 
... loustaud, ousteau, lousteau. 

MARON, du sel (Jargon, 1G28), devient muron 
(Ibid., 1728 et i836) ; Halbert enregistre les deux 
formes : maron et muron. Vidocq ne connaît que 
maron, et Fr. -Michel, ayant avec raison rattaché 
maron à (sel) marin, s'efforce de faire a enir muron, 
du mot murette, u qui désignait et qui désigne 
encore, dans de certaines provinces, une sauce 
avec laquelle on accommode surtout le poisson ». 

SACRE, est traduit par Halbert d'abord par 
argent, ensuite par sergent : ce dernier sens se 
trouve seul dans l'édition du Jargon de i836, 
comme dans celle de 1628, tandis que le premier 
est une simple méprise. Et pourtant Delesalle 
traduit : sacre, i. argent ; 2. agent de police... 

SAPIN, gendarme, lit-on dans un Nouveau Dic- 
tionnaire d'argot de 1829 ; Yidocq connaît égale- 
ment sapin, soldat, mais Fr. -Michel enregistre 
supin, soldat, et l'explique ainsi : « Il y a tout 
lieu de croire que ce mot a été formé par allusion 
à la soupe et au pain dont est nourri le soldat » ; 
de là, chez Bruant : (soldat) supin. Or, supin est 
simplement une transcription fautive de sapin^ 



INTRODUCTION 20 

qui est encore familier, à Marseille et à Aix, pour 
soudard, troupier, garde national (Mistral), et 
Yidocq dit expressément que saphi est un terme 
des voleurs provençaux. 

TROMBiLLE cst Tcudu par bête, chez Yidocq, et 
cette explication passa dans les dictionnaires de 
Delvau, de Delesalle et de Bruant ; or, la simple 
comparaison avec tromhoUe, tête, donné par le 
même Yidocq, montre que bête est une erreur 
d'impression pour tête (cf. Rigaud : tromblne, 
figure). 

VI. — Le terme « Argot » et ses synonymes. 

C'est un fait curieux que le terme qui désigne 
aujourd'hui le langage des malfaiteurs, est abso- 
ment inconnu avec ce sens à l'argot lui-même, 
dans lequel il a toujours signifié : corporation ou 
profession des voleurs. Le Jargon de U Argot 
reformé, de 1628, veut dire le Langage de la Cor- 
poration réformée des voleurs. Aj^got, pour 
arriver au sens de langage, a parcouru la même 
évolution que l'espagnol ^('r7?ia/îi«, qui commença 
par signifier confrérie des voleurs et finit par 
désigner leur langage. Le terme argot est d'ail- 
leurs moderne en français et il a été précédé par 
une série de synonymes que nous examinerons 
dans leur ordre chronologique. 



3o INTRODUCTION 

I. Jargon 

Ce mot a, en ancien français, un sens très 
général, s'appliquant également au gazouille- 
ment des oiseaux et au bavardage des hommes ; 
mais dès le xni" siècle, on le trouve, en ancien 
provençal, désigner le langage des voleurs : 
(( Gergons, vulgare trutannorum », dit le Donat 
Proensal. De là, l'anc. esp. girgonz, mod. geri- 
gonza, port, giringonza (xvi" siècle), abrégé en 
gira (xvin'' siècle), giria. La variante ancien-pro- 
vençale gergou (à côté de girgou, girgo) est 
également la source de l'esp. jerga et de l'it. 
gergo, dial. zergo, jargon : Gergone se trouve 
dans Sacclietti (xiv* siècle) et gergo dans Salvini 
(xvn^ siècle). 

En français, jargon, au sens d'argot S ne 
remonte pas au-delà du xv" siècle. Voici quelques 
témoignages : 

i/laC. Lettre de rémission de Rouen (Ducange, s. v. dupli- 
cilas): « Lequel Nobis dit au suppliant... que il avoit 
trouvé son homme ou la duppe, qui est leur manière de 
parler et que ilz nomment iargon, quand ilz trouvent 
aucun fol ou innocent qu'ilz veullent décevoir par jeu ou 
jeux et avoir son argent. » 

i455. Procès des Goquillards de Dijon : « Et est vray 
que lesdits compaignons ont entreulx certain langaige de 

I. C'est avec ce sens que le mot a passé en allemand. 



INTRODUCTION 3 1 

jargon et autres signes a quoy ilz s'entrecongnoissent... 
Chacune tromperie dont ilz usent a son nom en leur 
jargon. » 

i46o. Actes des Apostres (dialogue de deux « tyrans ») : 
x\.GRipPART. — Ravault brouera sur son endosse. 

Entendez vous bien, mon gougeon ? 
Griffon. — ' Qu'est ce cy ? Vous parlez iargon, 
Maistre Agrippart ? 

L'éditeur de Villon applique le même nom à ses 
ballades argotiques (idSg : « Le grant Testament 
Villon et le petit, son Codicille, le Jargon et ses 
Ballades ») et l'auteur de la Vie généreuse des Mer- 
celots (iSgô) en parle un siècle plus tard (« ... con- 
tenant leur façon de vivre, subtilitez et gergon »), 
à peu près contemporain du « Jargon ou Langage 
de l'Argot reformé n, du début du xvii" siècle. 

La forme argotique abrégée jar, jars (à l'exemple 
du port, gira, giria), dans la locution u en- 
tendre le Jar^ » (être rusé), se rencontre en fran- 
çais au xvi" siècle (v. Godefroy : i526) et au siècle 
suivant : « Il entend le jars, il a mené les oies^ 
c'est un homme expert » (Oudin). 

L'argot moderne désigne la Normandie parjar- 
golle (Vidocq ; et jargollier, Normand), c'est-à- 
dire pays du jargon (en anc. h\ , jargouiller et sy- 
nonyme de jargonner), la Normandie ayant été un 

I. Rapprochement amené par le sens de l'homonyme Jars, le 
mâle de l'oie. Cf. en allemand Kaiiderwelsch, synonyme de Botwelsch, 
rapproché du verbe kaudern, glouglouter. 



32 INTRODUCTION 

des principaux foyers de la corporation des vo- 
leurs. 

2. Baragouin 

Ce terme désigne l'argot en français, au 
xvi*' siècle, et Gotgrave accompagne de cet appel- 
latifles mots de pareille origine (p. ex. entrever, 
to understand. Barrag.). Du français-, ou plutôt 
de la forme dialectale bargoiiin, dérive le hollan- 
dais bargoensch, argot des merciers. 

En français, on rencontre le mot dans une lettre 
de grâce de iSgi (v. Littré), où il paraît avoir le 
même sens que baragoumeux dans Molière (Foiirb. 
de Scapin, III, 2 : Ah I peste soit du baragoui- 
neux!) ou que baragouin du patois de l'Yonne : 
celui qui parle entre ses dents, d'une manière 
inintelligible et en contrefaisant sa voix K La con- 
fusion a passé de la personne qui parle à ce qu'elle 
dit, d'où l'acception de langage inintelligible, 
familière au français à partir du xvi" siècle. 

3. Blesquin 

La Vie Généreuse, de iôqG, est accompagnée 
d'un dictionnaire en langage blesquin ou blesquien 

I. Ce sens se trouve également indiqué chez d'Hautel (Diction- 
naire du bas-langage, 1810) : « On dit aussi baragouin par sobriquet 
d'un homme qui se hâte trop en parlant, ou dont les idées et les 
paroles sont confuses et obscures : c'est un vrai baragouin. » 



INTRODUCTION 33 

avec l'explication en vulgaire. Cette épithète dé- 
rive de blesque, forme normanno-picarde de 
blesche, mercier, propr. sot, niais, ou qui se pré- 
tend tel pour mieux attraper les autres. C'est 
ainsi que arguche signifie à la fois argot et niais 
(Milan zergon, scaltrito, furbo), répondant à 
mourmé, l'argot savoyard, rapproché du genevois 
moiirme, stupide. 

Blesquin répond d'ailleurs exactement à jobelin, 
son synonyme : le Jargon ou Jobelin du Maistre 
François Villon (1489), et dans une farce con- 
temporaine {Ancien Théâtre, II, 899) : 

Je n'cntcns point son jobelin ; 
Parle il françoys ou latin ? 

Le sens primordial en est également niais (anc. 
fr. jobe, jobelin, niais, dupe), comme c'est aussi le 
sens probable de son autre synonyme bigorne : 
(( Les Archisupposts de l'Argot qui enseignent le 
jargon à rouscailler bigorne », lit-on dans le 
Jargon de 1628 (p. 24). Le provençal bigorno 
signifie de même : sot, stupide. 

4. Narquois 

Autre nom de l'argot au xvii*^ siècle (Oudin, 
i64o : Parler narquois, parler le langage des 
gueux), ce terme désigne spécialement le parler 

L'Argot ancien, Q 



34 INTRODUCTION 

de la soldatesque argotique, appelée narquois, ou 
drille. Parmi les poésies gaillardes du capitaine 
Lasphrise (1597), figure un « Sonnet en authen- 
tique langage soudardant », l'équivalent français 
de narquois. 

Une appellation contemporaine, plutôt bizarre, 
pour argot, est artis (Trippault, Celthellenisme, 
i58i, p. 27 : Artis, langage des matois et jargon, 
pour àpTo^) ou arty, id. (Les Avantures d'Italie 
de M. d'Assoucy, 1677, p. 255 : Ce langage de 
Y Arty, qui n'est commun qu'à ceux qui entriment 
sur le Ligourt et le passe Ligourt). Le mot signifie 
(( pain » et il désigne le parler des gens qui appel- 
lent le pain artie. 

5. Argot 

C'est un des termes que le langage des Aoleurs 
a fourni au français littéraire, où il a acquis un 
sens nouveau. En effet, argot signifie originaire- 
ment métier ou ordre des voleurs, d'où argotier, 
voleur, et argoter, mendier. Les gueux étaient les 
compagnons de l'argot (Oudin). Voici quelques 
exemples caractéristiques de ce sens primordial : 

Jargon, 1628, p. 9 : Ordre ou hiérarchie de YArgot ; 

Ibid., p. 35 : Les Cagous emmènent leurs apprentifs 
pour les apprendre et exercer en ÏArgot, et premièrement 
leur enseignent à aquiger de l'amadoue de plusieurs 
sortes..., à faire dix mille tours... ; 



INTRODUCTION 35 

Jbid., p. 34 : Pour cslrc parfait argotier, il faut sçavoir 
le jargon des Blesches ou Merciers, la t ruche comme les 
Gueux et la subtilité des Coupeurs de bourse ; 

Ibid., p. 4 : Lequel mestier s'appelle truclier ou argoter 
le plus franc, le plus aizé à apprendre... 

En français, argot a désigné dès le début le lan- 
gage des voleurs, ce qu'eux-mêmes appelaient le 
plus souvent Jrt/'^o/i. La plus ancienne trace de 
cette acception purement française se trouve dans 
le Dictionnaire de Furetière (1690 : Argot, le jar- 
gon des coupeurs de bourse et des bohémiens) et 
dan s la préface de la comédie des Empiriques (iQgS) : 
« Je me garderai bien, dit l'auteur, en parlant du 
provençal, de me donner le ridicule de prôner au 
milieu de Paris les charmes d'un langage qu'on 
traite d'un jargon aussi méprisable que l'argot », 
qu'il explique en note : « Jargon des gueux. On 
n'a pas tant de tort, presque tous les Gascons le 
sont. » Le Dictionnaire de l' Académie enregistre, à 
partir de 17^0 : Argot, langage des gueux ; et Le- 
roux le définit ainsi, dans son Dictionnaire co- 
mique (17 18) : « Espèce de baragouin que parlent 
à Paris les gueux, les laquais, les polissons, les 
décrotteurs entre eux K )) 

I. Ajoutons la définition qu'en donne d'Haute! (Dictionnaire du 
bas-langage, 1810) : « Argot, langage des porte-balles entr'eux, et 
qui se compose en partie de termes burlesques, de néologismes 
baroques et de mots anciens que l'usage a rcjclés ; on donne aussi 
ce nom au patois des vauriens, des filous, qui est inintelligible aux 
honnêtes gens. » 



oG IMRODUCTIOX 

Le sens originaire du mot était complètement 
oublié. Dans le Supplément du Lexique (1820) de 
Roquefort, on lit cette remarque, au mot argot : 
« Oudin s'est trompé en expliquant ce mot par 
gueuserie... Argot ne signifie pas gueuserie, mais 
jargon des bohémiens. » 

Faute d'avoir tenu compte de ce sens primitif, 
les nombreuses étymologies ^ émises sur l'origine 
du mot sont tombées dans le néant. Depuis la 
constatation de son état sémantique réel (et c'est 
à Vitu qu'en revient le mérite), une seule 
hypothèse a été proposée, celle de Schwob. La 
voici : (( La Cour de Miracles a été divisée en 
quatre sections : Egypte, Bohème, Argot, Galilée. 
Le rapprochement de ces noms de pays orien- 
taux suggère l'explication d'.4 r^o^ par Arabie ; le 
mot n'est pas autrement fait que Italgo pour Ita- 
lien-. )-> Une double difQculté, chronologique et 
de fait, rend cette hypothèse illusoire : l'ancien 
argot ignore absolument ces suffixes déformatifs, 
et l'argot moderne dit Arbico, diminutif d'Arbi, 
Arabe d'Algérie. D'ailleurs, nous n'avons pas 
trouvé trace de cette prétendue division de la 
Cour de Miracles ; Sauvai, dans sa minutieuse des- 
cription (Antiquités de la Ville de Paris, 1724, 
tome I, p. Jio-ôi-), l'ignore complètement. 

i.,En voir le relevé dans V Introduction du livre de Fr.-Michel. 
2. Mémoires de la Société de Linguistique, vol. MI, p. ItQ. 



INTRODUCTION S'y 

C'est au français, cr oyons -nous, qu'il faut de- 
mander l'explication de roriginè du mot, en par- 
tant de son sens primordial : métier ou confrérie 
des voleurs. Et alors, c'est le même mot que le 
français argot (ergot), ongle pointu des gallinacés 
((( crochet cornu qui est par derrière la jambe du 
coq )), Nicot), terme attesté dès le xii" siècle, pris 
au sens figuré de vol ou brigandage. Cette inter- 
prétation répond assez bien aux procédés méta- 
phoriques de l'argot, dans lequel la notion grijje 
ou croc se trouve à la base d'une grande partie 
de sa nomenclature : griffer, agriffer, au sens de 
voler, répondent à harper, de harpe, griffe, patte 
(d'où harpaille, au xv^ s., troupe de voleurs) ; le 
provençal arpion et le béarnais gahoualho, voleur, 
à l'exemple du breton argot scraper, kl. (du breton 
scrapa, gratter, égratigner avec les ongles) et du 
fourbesque carpione, voleur (de carplre, A^oler, 
propr. griffer), accusent la même image de la 



griffe 



Enfans qui sont do la mattc. 
Savent tous joiior de la patte, 



nous dit un vieux proverbe ^ ; et « c'est lors qu'on 
est nanty qu'il faut craindre la harpe ^. » 

Clément Marot, dans la préface aux Œuvres de 
Villon, i532 : « Touchant le jargon, je le laisse à 

1, Leroux de Lincy, Le Livre des Proverbes, vol. I, p. i/|0. 

2. Ancien Théâtre français, t. IX, p. 7G. 



38 INTRODUCTION 

corriger et exposer aux successeurs de Villon en 
Vart de la pinse et du croc. » 

L'image ressort encore plus vivement de ce pas- 
sage de la Comédie des Proverbes (acte 111, se. iv) : 
« Où ces gueux-là ont mis les pattes, ils n'ont 
laissé que frire. Us ont mis au net un pauvre 
prêtre qui n'avoit pas grand argent caché, mais si 
peu qu'il avoit, ils l'ont escamotté et agriffé avec 
leurs argots de chapon. » 

En somme, argot, c'est le métier de la griffe ^ 
l'instrument et la ressource du voleur ; et argo- 
tier, c'est le compagnon de la pince et du croc. 

11 resterait encore, pour être complet, à men- 
tionner deux derniers synonymes du mot argot, 
à savoir : 

LATIN, à l'exemple du galicien Latin dos cegos 
(argot des aveugles, c.-à-d. des voleurs) et du 
calao latiin, argot ; Latein est, de même, un autre 
nom du rotwelsch, en anglais thieve's latin. Un petit 
dictionnaire d'argot (Paris, 1827), porte le sous- 
titre de latin-français, c'est-à-dire argot-français. 



I. Vilu (ouvrage cité, p. 55), qui rapproche argot du latin argu- 
tus, pointu et subtil, pense un moment à argot, ongle, et il 
ajoute : « Quel rapport pourrions-nous découvrir entre la profes- 
sion de gueux et l'argot ou éperon du coq? J'en aperçois un tout 
naturel, c'est que les gueux vivent sur la richesse sociale comme 
le coq qui, sur son fumier, en extrait sa nourriture en grattant 
avec ses ongles. » 



INTRODUCTION 89 

LANGUE VERTE, désigne spécialement l'argot des 
tricheurs, des amateurs du tapis vert. C'est Del- 
vauqui lui a donné abusivement le sens de a bas- 
langage », dans son Dictionnaire de la langue verte 
(1866). Delesalleen donne une définition inexacte, 
quant à son origine : « Langue verte, langage qui 
tient le milieu entre le langage des voleurs et le 
langage populaire : c'est l'argot du peuple, lan- 
gage vert, âpre comme le fruit qui n'est pas mûr. » 



VII. 



Documentation. 



Voici la liste des documents cités, dans leur 
ordre chronologique, avec les abréviations cor- 
respondantes : 



1. Procès des Goquillards. 

2. Mystères : Viel Testament, Actes 
des Apostres, Passion Jesucrist, Vie 
de St. Christoptie. 

3. Ballades en jargon, de Villon. 

4. Vie Généreuse des mercelots. 

5. Serées (second livre). 

6. Le Jargon ou Langage de l'Argot 
reformé, Paris, vers 1628 ; Lyon, 
i634 ; Troyes, 1660, vers 1690, vers 
1700, 1728; Epinal, i83G ; Paris, 
1849 (Halbert d'Angers). 

7. Oudin, Curiositez et Recherches. 

8. Le Roux, Dictionnaire comique. 



Coquin. , i455. 

Viel Testament, vers 
i458 ; Apôtres, vers 
i46o; Passion, i486; 
St. Christophe, 1 32- . 

Villon, 1489. 

Vie, 1596. 

Bouchet, 1097. 

Jargon, 1628, i634, 
1660, 1690, 1700, 
1728, i836, 1849. 



Oudin, i64o, i653. 
Leroux, 17 18. 



ào INTRODUCTION 

9. Le Vice pani, ou Cartouche. Granval, 1725. 

10. Les Voleurs. Vidocq, 1887. 

Citations : Rat, 1790, est extrait de l'opus- 
cule Le Rat du Châtelet, Paris, 1790, qui contient 
des termes argotiques intéressants sous le rapport 
chronologique ; Chauffeurs, 1800, se réfèrent au 
lexique des brigands d'Orgères de l'an VIII ; et 
Tarbé, Recherches, etc. se rapporte au court glos- 
saire d'argot recueilli dans la maison de déten- 
tion de Reims, en 1801, et publié par P. Tarbé, 
Recherches sur Vhistoire du langage et du patois de 
Champagne, Reims, i85i, tome II, p. 226—228 
(« Gomme les pègres jaspinent à Reims quand ils 
ont la traque d'être entravés par la musique »). 

Rappelons les explications : fourb. (=fourbes- 
que), germ. (= germania), calô (argot espagnol 
moderne) et calao (argot portugais), bellau (ar- 
got jurassien), mourmé (argot savoyard) et ter- 
ratsu (argot de la Taren taise). 



L'ARGOT ANCIEN 



SES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS 



Il y a lieu de discerner, dans l'analyse linguis- 
tique de l'argot, deux éléments essentiellement 
distincts : d'une part, les emprunts qu'il a faits à 
la langue générale, aux idiomes populaires ou 
étrangers ; et, d'autre part, son contingent origi- 
nal, ses procédés Imaginatifs ou simplement arti- 
ficiels, en un mot la forme de l'argot. C'est cette 
partie que nous aborderons tout d'abord. 



PREMIÈRE PARTIE 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 



Il s'agit ici d'une originalité toute relative. 
L'argot n'a rien inventé de toutes pièces : son 
vocabulaire ne possède pas un seul mot qui soit 
entièrement de son cru ; sa syntaxe est celle du 
français. Ce n'est que dans le domaine métapho- 
rique qu'il a montré une certaine originalité. Par- 
tout ailleurs, en phonétique comme en morpho- 
logie, il n'a fait que déformer les termes de la 
langue générale, son but étant avant tout de les 
rendre inintelligibles aux profanes. Ajoutons 
néanmoins que cette tendance déformatrice, 
encore faible dans l'argot ancien, s'accuse de plus 
en plus dans l'argot moderne et y atteint parfois 
des proportions monstrueuses. 

Sous tous ces rapports, l'argot diffère essen- 
tiellement du parler populaire. Au lieu d'être, 
comme les patois, le produit d'une évolution 
naturelle et spontanée, l'argot est, à son point 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 43 

de départ, une excroissance de la langue générale 
et, quant à ses procédés d'invention verbale, ils 
représentent une déviation de l'esprit populaire. 
Certes, on remarque parfois une certaine analo- 
gie de procédés, sous le rapport formel ou 
sémantique ; mais d'abord, ces coïncidences sont 
rares ; et puis, qui nous dit que l'argot n'en est 
pas redevable aux parlers populaires ? 

On a d'ailleurs exagéré l'originalité de l'argot. 
C'est ainsi, par exemple, qu'on considère l'ono- 
matopée comme un trait caractéristique de ce 
langage et on l'a rapproché à cet égard des 
créations imitatives des langues vulgaires. Or, 
l'onomatopée est inconnue à l'ancien argot ^ 
et son rôle dans l'argot moderne est tout à 
fait insignifiant 2. C'est le même cas pour le four- 
besque et la germania ^. 

A peine une demi-douzaine d'onomatopées 
immédiates, telles que : 

DiG-DiG (digue-digue), attaque d'épilepsie (Yi- 
docq). 

F \FFE, fajiot, papier (/d.); cf. pourtant Morvan 

1. A moins de considérer comme telles les deux locutions : 
cric-croc ! je hoy à toy (Jargon, 1628), et hustnmst ! grand mercy 
(Ibid.). 

2. Adrien Timmermans a développé jusqu'au paradoxe cette 
théorie de Tonomatopée (dans Etymologies comparées de mots fran- 
çais et d'argot parisien, Paris, 189G) et ses etymologies argotiques 
déparent le Dictionnaire de Delesalle. 

3. Voir les réflexions judicieuses de Salillas, ouvrage cité, y. i5. 



44 l'argot ancien 

fafion, chiffon de peu de valeur (Berry fafiot, 
tatillon, /o/?o/e/*, fureter). 

FLIC (fliqae, Jligue), sergent (Vidocq), exprime 
proprement le claquement du fouet et de la main 
(cf. en îr.JIlcJlac), et traduit à peu près la même 
notion que son synonyme cogne. 

FROu-FROu, passe-partout(cf. rigolo et rossignol). 

PAFFES, souliers ( Yidocq), d'après le bruit qu'ils 
font (cf. picard pq^e, soufflet). 

Quelques autres sont formées d'onomatopées 
populaires, telles que : 

FANFOuiNER, priscr (Yidocq), et fonfe, Jonfière, 
tabatière (/d.) ; cf. argot milanais fanjîrla, taba- 
tière (Gherubini). 

PROUTE, plainte (Yidocq, de prout, pet), et 
prouter, gronder, se fâcher, se plaindre (= péter, 
se plaindre à la justice) ; cf. par ex. St.-Pol proiite, 
pet, et prouter, péter (« familier mais peu usité », 
Edmont). 

TOCCANTE, montre (Jargon, 1728 ; l'édition de 
i836 a toquante, heure, ei toque, montre) ; cf. pro- 
vençal ioucanto, montre en or, montre à répétition 
(terme tiré de l'argot), et haut-breton (lUe-et- 
Yilaine) tocante, montre (« dans tout le départe- 
ment », Orain). 

Un certain nombre est emprunté aux patois 
(comme dinguer, tomber, Yidocq ; cf. Yosges 
dinguer, rebondir avec un bruit sonore) et d'au- 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 45 

très n'ont rien de commun avec l'onomatopée. 
(( Humble et doux, dit Larchey dans son Intro- 
duction, est le bruit de la larme qui dégouline le 
long de la joue ; dégouline... on croit presque 
l'entendre tomber ». Ce verbe est également pris 
aux patois (Berry dégouliner, couler lentement, 
goutte à goutte, le long de quelque chose, par ex. 
dans le dos) : c'est un fréquentatif de l'ancien fr. 
dégouler au même sens (Mayenne dégouliner, 
descendre doucement^ couler goutte à goutte, 
glisser sur une pente). 



I. — Procédés phonétiques. 

Les deux principaux procédés de cette nature 
sont : l'anagramme et l'abréviation. 

Le premier est connu sous le nom de loucher- 
bème, soi-disant anagramme de boucher, ce pro- 
cédé étant surtout familier à la corporation des 
garçons bouchers, d'où il a passé dans l'argot mo- 
derne. On l'appelle encore largonji, anagramme 
de jargon : ses règles assez compliquées ont été 
exposées par Bruant (au mot Jargon) et son voca- 
bulaire se trouve à la fin du Supplément de 
Larchey. 

L'argot ancien l'ignore, et nous l'aurions passé 
sous silence, si Marcel Schwob ne lui avait pas 



ti6 l'argot ancien 

attribué une portée absolument exagérée sous le 
rapport chronologique et n'en avait pas abusé 
comme moyen d'interprétation étymologique. 

C'est ainsi que Schwob fait remonter au Jargon 
les termes Lorcefé (pour La Force, nom de pri- 
son) et linspré (pour prince). Or, pas une édition 
de ce livre, même la plus récente, ne contient ces 
mots. On trouve Lorcefé pour la première fois dans 
les Mémoires de Vidocq de 1828', et linspré pour 
la première fois dans son vocabulaire de 1837. De 
même, lanterne (pour vanterne, fenêtre) ne se ren- 
contre pas avant 1829, et c'est à tort qu'on le fait 
remonter à Granval (1725) ; largue ou largue {^ouv 
margue, prostituée) est dans Yidocq (1837), et 
lotisse {pour pousse, gendarme), qui manque dans 
ce dernier, figure dans le Nouveau Dictionnaire 
d'argot de 1829 -. 

C'est à tort que Schwob voit dans lorgne l'ana- 
gramme de borgne ; dans milogère, chambrière 
{Jargon, 1628), celui delimogère, id. (Vie, iSgô) ; 
dans zerver. pleurer {Vie, 1596), celui de verser 
(des larmes), qu'on ne rencontre nulle part. Dans 



1. Cf. vol. II, p. 28G : « Tu sais bien qu'à la Lorcefé les murs ont 
des oreilles » ; vol. III, p. i85 : « Je lui portai la pagne à la Lor- 
cefé. » 

2. Ajoutons : laumir, perdre (Jargon, i83G), en rapport avec 
chmimir, id. (Vidocq), à Texcmple du mod. laune, agent de police, 
déformé dejatm*", id. (d'après la couleur de ses buflleteries) ; lou- 
pel, pouilleux (« termes de floueurs parisiens, » Mdocq), etc. 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 4 7 

tous ces cas, il s'agit de mots d'origine diffé- 
rente. (( Il est facile de voir, ajoute-t-il, que tahar 
est ranagramme complet du mot rabat, qui s'em 
ployait également pour manteau au xv*' siècle. » 
La chronologie nous enseigne le contraire : tandis 
que tahar se trouve dans l'édition du Jargon de 
1628, rabat ne paraît que dans celle de 1690 ; d'ail- 
leurs, tabar est un mot ancien français qui remonte 
au xn** siècle. Remarquons encore que loffe ^, 
imbécile (d'où loffitude, bêtise, Vidocq) et son 
dérivé ultérieur loufoque (Delesalle) n'ont aucun 
rapport avec fol (dont ils seraient la transpo- 
sition) : lojfe est inséparable de touffe, vesse, 
louffiat, grossier, goujat (Larchey : crapuleux, 
propr. péteur) — ce sont des emprunts faits au 
provençal ^. De même, nibergue, rien, n'est pas 
l'anagramme de bernique (comme le pense Lar- 
chey), mais une amplification de nibe, id., ré- 
pondant au fourbesque niba, niberta, non, rien 
du tout. 

Est-ce à dire que le procédé transpositif ^ est 
étranger à l'argot en général ? Nullement, mais 



1. Cf. iîaf, 1790 : « Crois-tu que je suis si lojfe que de débiner...?» 
Mémoires d'un forban philosophe, Paris, 1829, p. 92 : (( Faut-il que 
les hommes soient loffes de se faire emballer... » 

2. L'argot vénitien a lofjîo, pauvre (cf. it. lofjîa, vesse, terme 
originaire de la Haute-Italie). 

3. Dans le cant, ce procédé s'appelle back-slang (p. ex. yennep 
pour penny) et il est surtout employé par les revendeurs. 



4B l'argot ancien 

il y joue un rôle tout à fait secondaire. Dans la 
germania, il est un peu plus fréquent (chepo = esp. 
pecho, poitrine ; greno = esp. negro, nègre ; grito 
= esp. trlgo, blé ; toba = esp. bota, botte), ainsi 
que dans l'argot savoyard connu sous le nom de 
mourmé ou ménédlgne. Voici quelques exemples 
de ce dernier : brachanna (chambre), ceplanna 
(planche). c/iiWô (clocher), g ojl in (fïingot, «fusil»), 
tessan (santé), tiebé (bete), freca (quatre), trevan 
(ventre), etc. 

Quoi qu'il en soit, le procédé en question est 
complètement étranger aux parlers populaires, 
comme d'ailleurs à l'ancien argot. 

Le deuxième procédé, l'abréviation, est égale- 
ment familier au seul argot moderne. Fr. -Michel 
allègue (Introd., p. xxix) que « l'apocope est de 
toutes les figures de grammaire celle que l'argot 
affectionne le plus ». L'argot ancien l'ignore^ et, 
chez Vidocq, on ne trouve que les exemples sui 
vants : Achar (acharnement), affe (affaire), aiitor 
(autorité), c«6e (cabot, «chien», à côté de c/e6, cla- 
baud), corne (commerce), co«i7/e (couillon), dauffe, 
pince (dauphin, déjà Rat, 1790, p. i4 : un dauffe 



1. On lit dans la Vie Généreuse le mot vironne, province (ripau- 
dier de la vironne, gouverneur de la province), propr. environs, 
alentours; mais cette forme abrégée remonte à l'ancien français 
(cf. auj., Mayenne, viron, environ). 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX /iQ 

SOUS son frusque ; cf. Chauffeurs, 1800 : dqffe, cou- 
tre), dégul (déguisement), délige (diligence), es 
(escroc), mac (maquereau ; fém. maqua), maqul 
(maquillage), /n^c/ii (= meschief, malheur), per- 
pète (perpétuité), râla (ratatouille), redam (= ré- 
demplion, grâce). 

Passons sur l'accident de l'article agglutiné 
(également familier à la langue littéraire), dans 
des mots tels que lance (= Hance, eau), larton 
[= Tarton, pain), etc., pour nous arrêter un ins- 
tant sur l'alternance des finales gne et gue. Le 
plus ancien exemple est sorgue, nuit (Jargon, 
16:28), qui figure comme sorgne (dans l'édition de 
1728), de l'anc. fv.sorne. nuit ' ; de même, signe-, 
louis (Chauffeurs, 1800), devenu 5t{//ie, ciguë {Y i- 
docq), amplifié en cigale, pièce d'or; et lorgne, 
as, pour lorgne (cf. borgne, as), etc. 

II. — Procédés morphologiques. 

La plupart des suffixes argotiques sont étran- 
gers à la langue littéraire, mais ils sont familiers 
aux patois. Tels sont : 

AFFE (à côté de afle) : grenaffe, ferme (Chauf- 

1. Halbert enregistre à la fois : sorijue, la rue (i^our : la nuit), 
sorge, la nuit, et sornr, noir. 

2. Delesalle transcrit crronument : cygne, pièce de vingt franc». 

L'Argot ancien. 4 



i)0 L ARGOT A>CIE>- 

feurs, 1800), et grenqflc, grange {Jargon, 1628 ; 
Vidocq: garnafle, ferme), dérivé de grenue, farine 
(Jargon, 1628) ; — if : batif, neuf (Vidocq), propr. 
battant (cf. Jargon, 1628 : battoase toute battante, 
de la toile neuve), abrégé dans l'argot moderne 
en bath, beau (= neuf) ; — offe : aristojfe, mala- 
die vénérienne (Fr. -Michel), de aristo, aristo- 
crate*. 

AQUE : momaque, enfant (Vidocq), de môme, id. 
(M.) ; — EQUE : altèque, beau (Id. ; propr. altier) ; 
— iQUE : mouchiqae -, laid, vilain (Id.), de mouche, 
id.(Halbert); — oqle: boutoque, boutique (Vidocq); 
de même uche : arguche, sot (de argot), dabuche, 
roi [Jargon, 1628), de dabe, id. ; baluchon, paquet 
(Vidocq), de balle, id. 3. 

ANCHE (à côté de ange) : boutanche, boutique 
[Jargon, 1628), molanche, laine (Ibid. ; cf. en fran- 
çais, molleton), portanche, portier (Vidocq), à 
côté de cocange, coquille (Id. ; tocange, chez Hal- 
heri), fer tange. paille [Id. ; Jargon, 1628: fer tille) ; 
et les verbes : brodancher, broder (Vidocq), pictan- 
cher, boire (Jargon, 1628, et picter, id.), à côté de 



I. Fr.-Michel voit dans aristoffe l'italien arista, épine. 

a. Vhomonyme mouchique, chandelle (Chauffeurs, 1800) est tiré 
de mouche, action de moucher les chandelles. 

3. Terme passé dans le langage populaire et dans les patois : 
Poitou baluchon, mobilier de peu de valeur; Pas-de-Calais balu- 
chon, paquet d'effets ou de linge (« n'est usité que depuis la 
construction du chemin de fer, » Edmont). 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 5l 

pitancher, id. {Jargon, 1728 : de là, bourguignon 
pitainche, boisson, La Monnoie), trimancher , che- 
miner {Jargon, 1728). de trimer, id. [Ibid.). 

Ajoutons le suffixe ois, fréquent dans l'argot 
ancien : comtois (de comte) et syrois (de sire), à 
côté de matois (de mathe) et narquois (parallèle à 
narquin) ; pilois, conseiller, juge {Vie, iSgG), pour 
pilier; et ime (cf. anc. fr. grandime), dans toutime, 
tout (T7e, 1596 : bier sur le toutime, c'est aller à 
toutes intentions ; Jargon, 1628, p. 21 : pour fou- 
quer la morphe à toutime les argotiers). 

Les patois affectionnent également anche (cf. 
en français, avalanche, terme d'origine suisse) et 
plus souvent ange : lorrain coutange (coût, dé- 
pense) ; poitevin mollange {houe liquide), parlange 
(langage), sounange (sonnerie) ; lyonnais tiranchi 
(tirailler). Ce suffixe est fréquent dans le mourmé 
ou argot savoyard : frottianchi (frotter), fremianchi 
{fermer) , vendianchi (vendre). Le langage populaire 
parisien lui préfère ance (cf. aidance, service, Vi- 
docq) : accueillance (accueil), doutance (doute), etc *. 

On rencontre également dans les patois les 
suffixes aque (cf. picard boulaqae, petit amas de 
filasse = petite boule), ique (cf. fr. bourrique, 
d'origine dialectale^ à côté de pouliche), oque (cf. 

I . Le suffixe argotique anche répond à uncha de la gcrmania et 
du calao, par exemple dans ce dernier : cabnmcha (cabra), lingun- 
cha (lingua), testuncha (testa). 



02 L ARGOT ANCIEN 

fr. ejfiloqae, à côte de effiloche), et principalement 
uche (cf. fr. crapuche, gueiiuche, merluche, per- 
ruche) . 

D'autres suffixes de l'argot ont été obtenus par 
voie analogique. Les suivants ont été abstraits des 
noms propres : 

ÊME (cf. Angoulême, Bohême, etc.) : durême, 
fromage [Jargon, 1628 : duresme), propr. le dur, 
comme le fourb. durengo (Val Soana dilrenc), id. * : 
rougéme, écu (Bouchet, III, i3o : ils appellent un 
escu un rougesme), propr. rouge, d'après la cou- 
leur. 

GO (cf. Pélago, Sainte-Pélagie, d'où Saint-Lago, 
Saint-Lazare, Parigo, Paris, Versigo, Versailles) : 
labago (là-bas), lago (ici), Ilalgo (Italien), mendigot 
(mendiant), etc., suffixe familier à l'argot moderne. 

MAR (cf. Frémard, Guiremard, Jacquemard, 
etc.) : bossemar (bossu), guichemar (guichetier, déjà 
Chauffeurs, 1800), etc., suffixe très familier à 
l'argot moderne 2. Il était à la mode a Paris, vers 
i83o, de se servir de cette désinence, en disant 
épicemar (épicier), boulangemar (boulanger), café- 
mar (café), etc. « C'était de l'esprit dans ce temps- 
là 3. » 

1. Cf. mourmé drame, fromage (terme emprunté à l'argot). 

2. Rigaud : « La plupart des mots de la langue régulière, qui 
n'ont pas d'équivalents en argot, se forment au moyen de la dési- 
nence mar.., » 

3. Privât d'Anglemont, Paris anecdote, Paris, i85/i, p. 190. 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 53 

MONT (cf. Bouchet, III, i3o : Le courrier de 
Hault mont, c'est Dieu; pivois du rougemont , du 
vin rouge ; pivois du blanchemont, du vin blanc) : 
billemont (billet), hriqnemont (briquet), cabermont 
(cabaret), gilmont (gilet, déjà Chauffeurs, 1800), 
promont (procès), tous ces exemples se trouvent 
chez Yidocq. 

D'autres, enfin, ont été influencés par des ter- 
mes de la langue courante, tel : 

QuiN (cf. brodequin, mannequin, ramequin) : 
frusquin, habillement [Jargon, 1628), et la forme 
abrégée frasque, habit {Rat, 1790; Chauffeursy 
1800 : et s'enfrusqainer, s'habiller ; Yidocq), de 
frasse-quin, propr. habit froissé (anc. fr. fruissier, 
froisser) ; lansquiner, pleurer (Yidocq), de lance 
(c'est-à-dire Vance, eau^); lasquin. charbon [Jar- 
gon, i836), et lasquines, cendres [Id.), rapproché 
de l'anc. fr. lus, lumière (= charbon brûlant?) ; 
rusquin, écu [Vie, 1696 ; Jargon, 1628), c'est-à-dire 
russe-quin (de russe, dialectal pour rousse), propr. 
rouge, répondant à son synonyme rougême 
(v. ci-dessus). L'argot moderne possède rouquin, 
roux, rouge, individu aux cheveux rouges 
(Delesalle). Ce suffixe était d'ailleurs familier à 
l'ancien français : boulquin, petite boule, musequin, 



I. Cf. monrmé enskina, uriner, et foiirb. lenzarc, mouiller (/en 
:ive, uriner). 



54 l'argot ancien 

petit museau, verqiiin, petit Aerre (cf. normand 
de Bray noirquin, noirâtre). 

On voit donc que les suffixes familiers à l'argot 
n'ont rien d'anormal, étant à la fois communs à 
l'ancien français et aux patois. Mais il ne faut pas 
pousser trop loin ces analogies. Marcel Schwob 
voit, par exemple, dans /ro/ic/ie, tête {Vie, 1096), 
qu'il dissèque en tronche (ce suffixe onche serait 
le pendant de anche), un doublet artificiel de 
trogne ; et dans moche, mauvais (d'où niouchique, 
id.), le mot mal affublé du suffixe oche ; il analyse 
également /rM5^am [Jargon, 1628) en fr-us-qain, 
c'est-à-dire en un thème //' pourvu d'un double 
suffixe. Il est superflu d'ajouter que de pareilles 
dissections ne sont rien moins qu'arbitraires. 

Le suffixe man, tout à fait isolé en argot (le Dic- 
tionnaire de 1829 a brigman, sabre, de briquet, id.), 
est d'origine germanique (cf. Berry rocman ^ 
redingote) et très fréquent dans le rotwelsch et 
dans le cant (par exemple, dans ce dernier : light- 
man, jour, darkeman, nuit, déjà en i566). 

On rencontre des suffixes analogiques dans le 
plus ancien document du fourbcsque. Le petit 
vocabulaire du xv*" siècle enregistre : andrimolo, 
père [andrimola, mère , à côté dearghimolo, argent 
(cf. ar^t, monnaie), ei padrinbaldo, père (padrin- 

1. On trouve rokman, pour Bock, dans l'argot slovène (v. l'étude 
citée de Jagic, p. 3o), 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 55 

balda, mère), à côté de artinhaldo, pain {cî. artone, 

id.). 

Il est intéressant, à cet égard, de montrer les 
aspects qu'ont revêtus les pronoms personnels 
aux diverses époques du vocabulaire argotique . 
La Vie Généreuse (iSqô) enregistre : mezis (moi), 
tezis (toi), sezis (lui), nazis (nous) ; le. Jargon de 
1628 remarque (p. 20) : u Mo/j/io/i ^ c'estoit à dire 
moy, à présent meziere ou mezinguand ; tonnant, 
c'estoit à dire toy, à présent faut dire teziere ou 
tezinguand)) ; le vocabulaire du Jargon \1Q2S) 
fournit : mezière^ (moi), tezière ou tezingard (loi), y 
sezière ou sezingard (lui), nouzaille (nous), vouzaille 
(vous). L'argot moderne les rend de la manière 
suivante : 

Mon gniasse, moi (c'est-à-dire montasse) ; 

Mon gnière, moi (c'est-à-dire monière) ; 

Mon orgue, moi (c'est-à-dire monorgue, répon- 
dant au fourbesque monarca, moi), etc. 

Les graphies mon gniasse, mon gnière, monorgue, 
au lieu de montasse, monière, monorgue, ont 
donné le change aux lexicographes modernes qui 



1. Conservé dans Targot moderne : monant, ami (Vidocq), c'est- 
à-dire un autre moi-même. 

3. Cf. dans l'argot piémontais de Yal-Soana : mogeri, togeri, 
sogeri (r= mezière, etc.), nosûlji, vosiilji (= nouzaille, etc.). Dans le 
bellau ou argot jurassien : monzi, tonzi, etc. Dans le fourbesque : 
monello, moi, vostriso, vostrodeno, vous (anciennes formes de 
l'argot vénitien rapportées par Pulci). 



;)b L ARGOT ANCIEN 

ont envisagé comme des mots isolés dès l'origine 
les finales de ces pronoms argotiques. De là : 

MASSE (mon), moi, mot à mot, mon individu 
(Larchey) ; gniasse (mon), moi, pour mon nez, 
ma tête, ma personne (Delesalle). 

MÈRE, individu ; de là, les expressions jnon 
nièrc, moi, c'est-à-dire mon propre individu 
(Larchey). 

ORGUE, pronom personnel de l'argot des 
voleurs : mon orgue, moi, etc. (Delvau) ; u orgue, 
homme (Colombey, dans Larchey). et orgue, dos 
(Macé, Ibid.) : prendre tout sur son orgue, prendre 
toute la responsabilité, mot à mot prendre tout 
sur son dos. Le sens de dos n'est pas ici absolu- 
ment vrai, comme on voit ci-dessus » (Larchey, 
Suppl.) a Orgue, personnalité : monorgue, moi ; 
manger sur l'orgue^, dénoncer {mot h mot causer 
sur lui) ; orgue est un suffixe très employé en 
argot comme aille, oche, etc. » (Delesalle). 

Niert (abstrait de monieri) se trouve dans Yi- 
docq : homme, personne, individu (argot pro- 
vençal nierto. mioche, bambin), individu, parti- 



I. Fr.-Michel (p. 178) : « L'exiiression jaspiner sur l'orgue, qui 
s'emploie dans le sens de parler sur le compte de quelqu'un, surtout 
quand on le fait en mal, est une variante de froller sur la balle ; 
mais ce n'est peut-être qu'à xmc époque moderne qu'on aura ainsi 
substitué au panier des anciens mercelols l'orgue des Orphées de 
carrefour, qui, on le sait, portent également leur instrument sur 
le dos. » 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 57 

culier, complice (u un complice est un autre soi- 
même », Rigaud) et maladroit (/d.), ce dernier 
sens répondant à mezière, dupe (chez Granval), 
propr. moi. 

Cette tendance à déformer la finale des mots, 
tendance à peine ébauchée dans l'ancien argot, 
prend, dans l'argot moderne, une extension con- 
sidérable. Le Jargon connaii : icicaille, ici (1690), 
lanscailler, uriner (1628; 1700 : lascailler), à côté 
de lancer, id. (i836) ; et rouscailler^, parler (1628), 
à côté de rosser, grommeler (Oudin). Yidocq enre- 
gistre, en outre, passacalller, passer subtilement, 
prendre le tour de quelqu'un, ravir un avantage -. 

Voici une première pousse dans le vocabu- 
laire des Chauffeurs de 1800: boulin (bourgeois), 
boutrolle (boutique), culbute (culotte), darioles par 
les : par derrière), gibier (juger), prophète (pro- 
fonde = cave), reconobler (reconnaître), villois 
(village). 

Ensuite, une moisson plus abondante chez 
Yidocq : bouferne (boîte), brisant (brise), burlin 
(bureau), chijferton (chiffonnier), cognac (cogne = 

1. Cf. pour le sens moderne (rouscailler, coïter), le primitif 
rosse, paillard, dans l'argot des Flandres ; les deux acceptions du 
verbe se retrouvent dans le patois de la Mayenne : rouscailler, 
faire du bruit, et caresser grossièrement. 

2. Fr. -Michel rattache le verbe à passecaille, ancienne danse, de 
l'esp. passacalle, air de guitare. 



58 L ARGOT ANCIEN 

gendarme), comberger (compter \ Jargon, i836^ : 
confesser), conobrer (connaître), cribler (crier), 
foresque (forain), galuche (galon), habitongue 
(habitude), jarnajfe (jarretière), madrin (madré), 
{orphelin orfèvre), papelard (papier), pastiquer 
(passer), patraque (patrouille), pivase (pif = nez), 
rajnasliquer(rîimsisser), serrante (serrure), taffetas 
(taffe = peur), valtreuse (valise), venterne (vent^ 
= fenêtre) ^ . 

Et les noms propres : Amélie (Renelle * = 
Rouen), Auverpin (Auvergnat), Biscaye (Bicêtre), 
Canette (Caen), Denaille (Saint-Denis), Jiberne 
(Guibray), Toulabre (Toulon). 

Les altérations se compliquent de plus en plus : 
filou devient tour à tour philanthrope, philibert et 
philosophe (ce dernier, tricheur au jeu) ; Allemand 
devient Atboche, et fantassin, fantabosse ; laisée 
prostituée (= l'aisée), lesbombe, et navet, nava- 
rin, etc. 

Le procédé n'est pas complètement étranger au 

1. Cf. mourmé coinbarda, confesser (terme emprunté à l'ar- 
got). 

2. Cf. fourb. et germ. ventosa, fenêtre, en rapport avec l'esp. 
ventana, id. 

3. Le Jargon de i83G connaît, en outre : calabre (calot = teigne), 
cartaude (carte ■= imprimerie ; cf. fourb. cartoso, livre, xv* siècle), 
maltouse (maltôte = contrebande), quoquante (coque = armoire), 
vermois (vermeil ^ sang) ; et les noms propres : Brutiis (Bretagne), 
Turquie (Touraine). 

h. Nom du petit cours d'eau qui traverse Rouen. 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX bg 

parler populaire : « Le patois parisien tantôt 
garde tels qu'ils sont les mots qu'il dérobe aux 
patois, tantôt il les dénature, comme il fait aussi 
de mots français, mais ceux-ci plus brutalement 
et à la manière des voleurs qui dénaturent les 
objets qu'ils se sont appropriés*. » 

On perdrait son temps, si l'on voulait chercher 
dans ces déformations argotiques des allusions 
humoristiques ou autres. Le hasard seul les régit 
et le caprice les guide. C'est cet élément fantai- 
siste et arbitraire qui forme la véritable démarca- 
tion entre l'argot ancien, conscient et systéma- 
tique, et l'argot moderne aux allures aventureuses 
qui se prêtent mal à un classement méthodique. 

III. — Procédés sémantiques. 

La métaphore offre ici, comme partout ailleurs, 
une source inépuisable de rapprochements. Les 
qualités et les choses sont désignées par des 
épithètes plus ou moins frappantes, par des 
appellatifs plus ou moins adéquats, ou bien elles 
sont traduites par des images tirées de la nature 
vivante et inanimée. 

L'argot est le langage métaphorique par excel- 

I. Ch. Nisard, ouvr. cité, p. 128. 



6o l'argot ancien 

lence ^ ; il n'est en réalité que cela, la métaphore 
lui offrant la meilleure ressource pour atteindre 
son but immédiat : ne pas être compris par les 
profanes. Sous ce rapport, la meilleure définition 
qu'on ait jamais donnée de l'argot est celle de 
Monet {Parallèle^ Rouen, i632) : « Narquois — 
c'était le nom de l'argot au xvn" siècle — langage 
composé de mots communs, mais tous pris alle- 
goriquement, enigmatiquement. » C'est ce que 
le patois sarde rend à peu près par un seul mot : 
cobertanza, argot, c'est-à-dire couverture, ce qui 
sert à cacher le sens des mots. 

?sous avons déjà fait allusion à la mentalité 
particulière des auteurs de Targot, mentalité fon- 
cièrement différente de celle qui a présidé à la 
formation des langues vulgaires. Le processus 
initial peut être le même, mais ses résultats diff*è- 
rent essentiellement. Les parlers populaires, 
comme les langues conventionnelles ou secrètes, 
ont également recours à des épithètes ou à des 
appellatifs pour caractériser les êtres et les choses. 
Mais là s'arrête toute analogie, tandis qu'un 
abîme sépare les images employées par les uns 
et par les autres. Des métaphores argotiques cou- 
rantes telles que : aile pour bras, comble pour 
chapeau, dur pour fromage, grain pour monnaie, 

I. (( Aucun idiome n'est plus métaphorique que l'argot », Vic- 
tor Hugo, Les Misérables, V, 220. Voir l'Appendice. 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 6l 

etc., sont absolument étrangères aux patois. En 
revanche, elles répondent si bien à la mentalité 
argotique qu'on les retrouve dans deux ou plu- 
sieurs argots d'origine différente. 

Voici les analogies sémantiques communes à 
l'argot, au fourbesque, à la germania et au calao : 
aife (bras), chanter (épauler), cornant (bœuf), graûi 
(monnaie), grognant (porc), lanterne (œil), ras 
(prêtre), tirantes (chausses), venteuse (fenêtre). 

Les suivantes sont propres à l'argot et au four- 
besque : allanier (regarder), blanchir (couvrir), 
brune (nuit), dur {îromage), épouvantait (enfant), 
longue (année), tortue (corde). 

Ou bien, à l'argot et à la germania ou au calao : 
ance (oreille), 6e/a/i/ (mouton), blanc (niais), comble 
(chapeau), creux (maison), serre (main), travailler 
(voler). 

Certaines de ces analogies, par ex. bêlant, pour 
mouton, ou grognant, pour porc, peuvent tirer 
leur origine du langage populaire ou enfantin ; 
mais, en général, la source d'où dérivent les 
métaphores argotiques est plus ou moins trouble, 
en raison même du but que poursuit un langage 
spécial comme l'argot. 

« La langue de l'argot est pauvre d'idées et 
riche de synonymes. Les files de mots sont, pour 
ainsi dire, parallèles et procèdent d'une dérivation 



62 l'argot ancien 

synony inique. La méthode de recherche, en argot, 
au point de vue sémantique, sera donc la filiation 
synonymique ^ . » 

La remarque est juste, à condition d'en res- 
treindre la portée et d'y voir simplement un des 
procédés familiers à l'argot moderne, le phéno- 
mène étant de beaucoup plus rare dans l'ancien 
argot. Voici quelques exemples. 

La notion de « nettoyer », qui avait déjà au xvn" 
siècle le sens familier de « voler » (La Fontaine, 
VII, 7 : C'est un passe-temps de leur voir net- 
toyer un monceau de pistoles), sert également de 
base aux termes argotiques suivants : 

FOURBE, voleur (xv" s.), répondant au fourbesque 
Jurbo, voleur [furbesco, argot). Voici deux témoi- 
gnages contemporains : 

i455. Procès des Coquillards : « Un fourbe c'est celluy 
qui baille les faulx lingots ou aultres faulses marchandises, 
et feint estre un pouvre serviteur marchant ou aultre. » 

1489. Villon, 192 : Fourbe, ioncheur, chaucun de vous se 
saulve. 

C'est un dérivé de l'anc. fr. Jourbir, nettoyer, 
qu'on rencontre déjà dans la Chanson de Roland 
(v. 1925 : Des espeesfurbles). 

POLISSE, vol [Jargon, 1628, p. 38 : la polisse y 
est-elle chenastre ?), et polisson, voleur, spécia- 

I . Schwob et Guieysse, étude citée, p. .'19. 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 63 

lement gueux qui allait presque nu, répondant 
aux termes de la germania : poleo, polinche, rece- 
leur ((( el que encubre ladrones », Hidalgo), 
polldor, voleur (« ladron que vende lo que ha hur- 
tado otros »), et polir, voler (« hurtar o vender »). 

1C28. Jargon, p. 29 : « Polissons sont ceux qui ont des 
frusquins qui ne valent que frontière en hyver » ; cf. Liber 
Vagatoriim (éd. Ristelhuber), cliap. XII : « Des Polissons... 
mendiants qui, en arrivant dans une ville, laissent leurs 
habits à l'auberge et se mettent devant l'église presque nus 
et tremblent pour faire croire qu'ils ont le frisson (alors 
qu'ils se sont frottés avec des orties). » 

iG33. Comédie des Proverbes (Acte II, se. v) : « Je vous veux 
premièrement apprendre cinq ou six mots d'un langage 
que j'ay appris à la Cour du grand Goesre, du temps que 
j'étais parmy les Mattois, Gagous, Polissons... » 

1724. Sauvai, Antiqaités de Paris, I, 525 : « Les Polissons 
allaient quatre de bande, avec un pourpoint sans chemise, 
un chapeau sans fonds, le bissac et la bouteille sur le côté. » 

Le terme dérive de polisse, vol, et celui-ci du 
verbe français polir, dont le sens se confond avec 
fourbir et nettoyer. 

La notion de piper, c'est-à-dire imiter le cri de 
certains oiseaux pour les attirer et les prendre, a 
développé celle de tromper, duper, qu'on trouve 
d'abord dans l'argot du xv" siècle : pipeur, tri- 
cheur, eipiperie, tricherie. 

i455. Procès des Coquillards : « Un pipeur, c'est ung 
joueur de dez et autres jeux où il y a advantaige. » 
1489. Villon, 52 : Gailleurs bien faitz en piperie... 



6^1 l'argot ancien 

Le terme argotique qui désigne le château, 
pipet [Jargon, 1628, p. 39 : alla demander la thune 
à un pipet), découle de la même source : la 
demeure seigneuriale est envisagée comme une 
attrape ou un piège, sens de son synonyme 
plget [Jargon, 1690), propr. piège (Berry piger, 
attraper, tromper, picard : dépouiller de son 
argent) ; cf. rotwelsch (( Dorf. Gefahr », 172^ 
(Kluge, p. 186). 

La même notion sert de base au synonyme 
f rouer (on froue avant de piper), propr. faire frou- 
frou ou siffler 1 à la manière de la chouette, puis, 
dans l'argot, tricher (Villon, i32 : Pour double 
de f rouer aux arques , ainsi qu'à sa variante 
plus récenic Jlouer, filouter au jeu (Gran val, 1720: 
floueur, voleur au jeu) ; cf. sous le rapport pho- 
nétique, flancher, jouer franchement. 

Le verbe baver a encore dans Marot le sens de 
« bavarder )> (Quelque chose qu'on hâve.,.), propr. 
jeter de la bave, image grossière commune aux 
termes argotiques : 

CRACHER, parler, faire des aveux (Vidocq), sens 
qui remonte peut-être au xv' siècle. 

1455. Procès des Coquillards : «... quand ilz parlent en 
leur dit jargon et un d'eulx parle un peu trop là où il 

1. Cf. anc. fr. flageoler, tromper, propr, chanter du flageolet 
(anc. fr. Jlageol). et champennois affîstoler, tromper (affistoleur, 
oiseleur), de Tanc. fr. fistule, ûàie, fistuler, iouer sur la flûte. 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 65 

semble qu'il ait gens qui leur peussent nuyre ou qui les 
peussent encuser, le premier d'eulx qui s'en donne garde 
commence à crachier à la manière d'un homme enrumey 
qui ne peut avoir sa salive ; et tantost cela oy, chacun des 
compaignons de la Coquille se tait et change propos en 
parlant d'aultre chose. » 

De nos jours, le signe de reconnaissance entre 
les voleurs — ce qu'ils appellent accent ou 
arçon — s'exécute en crachant avec bruit et en 
décrivant avec le pouce droit sur la joue droite 
un demi-cercle ou arçon (anc. fr., petit arc). 
Cf. les expressions vulgaires : tenir le crachoir, 
pérorer, et bien jouer du crachoir, bien parler 
(Rigaud). 

ESCRACHE, passeport (Yidocq), propr. interro- 
gatoire, répondant au crachoir, réquisitoire (Dele- 
salle). 

GRAiLLONNER, couvcrscr à hautc voix, en prison, 
d'une fenêtre, d'une cour à l'autre (Yidocq), 
propr. cracher continuellement et bruyamment, 
sens populaire du mot (d'Hautel). 

L'ancien argot rendait la même notion par 
CHANTER, parler, répondant au fourbesque cantare, 
parler, canzonare, dire {canzonamento, langage), et 
germ. cantar, avouer (u descubrir alcuna cosa »; 
esp. cantar en el ansia, avouer dans la torture). 

1489. Villon, i5i : Chantez leur trois, sans point songer... 
1597. Bouchet (III, i3i) : Chanter, c'est jiarler, J'ay chanté 
à son han, j'ay parlé à luy. 

L'Argot ancien, g 



06 l'argot ancien 

De même, guimbarde, voix, parole, et guitare. 
redite, rabâchage {jouer de la guitare, rabâcher, 
Rigaud), à côté de musicien, délateur (Id.). et 
musique, dénonciation : la musique est une réu- 
nion de musiciens, dénonciateurs qui ne révèlent 
que leurs complices (Canler). Cf. Aleman, Guzman 
de Alfarache, p. 353 : « Dicenme que Soto, lu 
camarada, esta malo, de que se burlô mucho 
el verdugo con él, hasta hacerlo musico » 
(— délateur). 

Le nom de l'argot anglais, cant (= langage), 
propr. chant, se rapporte au même ordre d'idées 
(cf. i566 : to cante, to speake, et canter, men- 
diant). 

Ajoutons encore les termes de l'ancien argot : 
BALLADE, escroqucric (Goquill., i^ôô : confermeur 
de la ballade, celluy qui vient après le balladeur), 
et balladeur, escroc qui soutire de l'argent à 
Taide d'une histoire, ce qu'on appelle aujour- 
d'hui tirer une dent [Ibid. : ung balladeur, celluy 
qui va devant parler à quelque homme d'église 
ou aultre, à qui ilz vueilent bailler quelque 
faulx lingot, chainne ou pierre contrefaite), propr. 
chanteur de ballades, répondant au fourb. fare 
canzone (« parlare o intendersi insieme di 
qualche ordine di giuramento », Pulci, xv*" siècle) 
et rimbeccare la ballata (u respondere a proposito », 
MX 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX G 7 

Dans l'argot moderne, ces associations d'idées 
sont à la fois plus fréquentes et plus compliquées. 
Nous en citerons quelques exemples. 

La notion de « médire » est rendue par des 
verbes qui expriment des travaux agricoles, tels 
que : 

BECHER, injurier, calomnier (Vidocq), ou passer 
à la bêche, propr. travailler quelqu'un comme on 
travaille la terre, à coups de bêche; cf. Yonne 
bêcher, donner des coups de bêche et décrier, 
dire du mal de quelqu'un. 

BINER, d'où débiner, médire, calomnier (Rat, 
1790); popul. et dial. (normand, wallon), user, 
ruiner (cf. saper, condamner), d'où débine, ruine, 
synonyme de binelle, banqueroute (Yidocq), à côté 
de surbine, recherche et surveillance de la haute 
police (Id.), rapproché du berrichon contrebine, 
second binage de la vigne et du Bas-Maine surbi- 
ner, tromper, voler. 

JARDINER, se moquer, médire [ou faire du jardin 
sur quelqu'un), eijardinage, moquerie, médisance. 
De même, cotret, fagot et falourde sont les 
équivalents argotiques de « forçat » , ceux-ci étant 
accouplés comme des fagots ou cotrets ; tandis 
que faucher, c'est couper (Vidocq ; Rigaud : 
guillotiner), gerber, ^uger, condamner ( = mettre 
en las, mod. gerbe, année, propr. année de prison)^ 
pré, le nom du bagne, et ravignole, récidive 



68 l'argot ancien 

La notion de « manger » fournit celle de 
(( dénoncer » ou de « avouer ». Cf. d'une pari, 
manger (le morceau), faire du ragoût, se mettre à 
table et seiDir : et d'autre part, casser, propr. 
manger {d'où casserole, dénonciateur), gamelle, 
dénonciateur (d'où gameler, dénoncer, ou tremper 
une gamelle), tortiller, avouer (= manger). 

Enfin, la notion de « jambe » ou u gigot » se 
confond avec celle de camarade ou bon garçon : 
Ainsi : 

GIGOLO (= gigote, diminutif de gigue), jeune 
homme (et amant qu'on paie), d'où gigolette, 
amante ; cf. gigue, jambe et femme grande et 
maigre. 

POTEAU, camarade dévoué (et chef de bande), 
propr. grosse jambe. 

ziG, camarade (Yidocq), répondant au suisse 

zigua, gigua, gigot ^ et grande fille dégingandée 

(Berry zigue, cheval qui marche l'amble), picard 

\ un bon zigue, un bon luron, un bon garçon (ce 

dernier sens emprunté à l'argot). 

Passons maintenant aux diverses catégories de 
la métaphore argotique. 



I. Cf. Larchcy (Snppl.) : « Zigue est un vieux mot, probable- 
ment abréjjé de l'allem. Zingueur (sic!) qui est le zingaro italien, 
c'est-à-dire le roumain. Zig -a donc signifié d'abord roumain. Dans 
son Jargon du xv* siècle, M. Vitu donne à ce sujet un exemple con- 
cluant de la Chronique de Roumanie. » 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 69 



I. — Epithètes 



Elles désignent les objets d'après des critères , 
différents de ceux qui frappent l'imagination po- J 
pulaire. La plupart du temps elles font ressor- 
tir la forme (cf. rond, sou), rarement la couleur 
(cf. brune, nuit) ; ou bien elles s'attachent à une 
circonstance plus ou moins secondaire (cf. lourde. 
porte). Les epithètes concernant les animaux 
tirent leurs noms tantôt de leur voix (cf. bêlant, 
mouton), tantôt de quelque caractère extérieure 
{cî. mouillante, morue). Enfin, les epithètes d'ordre 
moral dérivent comme d'habitude des qualités 
matérielles (cf. blanc, naïf). 

Voici celles qui appartiennent à l'ancien argot : 

BVRBOTTE, cauard (Chauffeurs, 1800), et barbot, 
id. (Vidocq), propr. celui qui fouille avec le bec 
dans l'eau. 

BATOUSE, toile (Jargon, 1628), d'après l'opéra- 
tion qu'on lui faisait subir pour la blanchir 
(cf. bail/, p. 5o). 

BATTANT, cœur (Yidocq) ; cf. ci-desssous, palpi- 
tant. 

BÊLANT, mouton (Bouchet, III, i3i : un beelant, 
un mouton), germ. balante, id. ; cf. anc. fr. et 
dial. belin, mouton. 



70 L ARGOT A>CIEN 

BiSARD, soufflet de cheminée (Vidoeq), d'après 
le courant de la bise. 

f- BLANC, niais (Coquill., i455 : Un homme sim- 
ple qui ne se congnoit en leurs sciences, c'est un 
sire ou une duppe ou un blanc; Villon, 12 : Advi- 
sez moy bien lost le blanc) ; germ. blanco, id. 
(« bobo o nescio »), calao branco, id. (proven- 
çal blanc, innocent) ; cf. blanchir {la marine), 
échapper, propr. tromper la justice (Co- 
quill., i/|55 : Quant ilz sontprinz et interrogez par 
lajustice et ilz eschappent, ilz disent l'un à l'aultre 
qu'ilz oni blanchi la marine ; Villon, i53), répon- 
dant au fourb. bianchire, couvrir une fourberie 
(= blanchir). 

BLEU, manteau (Vidoeq), d'après la couleur. 

BouANT, cochon (Fr. -Michel), propr. qui se vau- 
tre dans la boue. 

BOUFFARDE, pipc {Jarçon, i836), tiré de bouffer, 
souffler. 

BRUANT, tonnerre {Vie, lôgG), c'est-à-dire 
bruyant. 

BRULE, double liard (Bouchet, III, i3o: ils ap- 
pellent un double un braslé), d'après son aspect 
rouillé. 
^ BRUNE, nuit (Bouchet, III, i3o : la nuit, c'est la 
brune), comme dans le fourbesque brunà, nuit 
(Val Soana briina, id.) ; en fr., brune, c'est le 
commencement de la nuit (provençal a la bruno, 



ELEMENTS ORIGINAUX 7I 

au crépuscule) ; cf. poitevin faire bran, faire 
nuit ; lorrain brane dajour, h la chute du jour. 

CAFARDE, lune (Vidocq), celle qui se cache der- ^x/ 
rière un nuage. 

CAILLÉ, poisson (Id.) ; cf. fourb. scaglioso, id. 
(xv" siècle : liscoso, id.). 

CAMUSE, carpe {Jargon, 1628), au nez camus. 

GARANTE, tablc (Vidocq ; Chauffeurs, 1800 : cha- 
rante), propr. carrée ; cf. Val Soana carantola, 
chaise. 

CARDINALE, lunc (Vidocq), propr. la rouge : 
crtrdm«/ désignait jadis les menstrues (les cardi- 
naux étant Aetus de rouge) qui reviennent avec 
la lune nouvelle. 

CASSANTE, noix [Jargon, 1628); cf. germ. so- 
nante et argot vénitien cantarela, id. 

GAVÉE, église {Jargon, i836), propr. enfoncée. 

CERCLÉ, tonneau (Vidocq), pourvu de cercles; 
cf. fourb. cerchiosa, tonneau. 

CHENU, bon, et chenastre, id. {Jargon, 1628), 
propr. blanc, blanchâtre, image prise du vin 
chenu, ou gris, dont l'excellence réside en la vieil- 
lesse et en la couleur blanchâtre ; le terme devint 
familier avec ce sens dans le langage populaire 
(Leroux, 17 18 : « Chenu, mot fort usité à Paris, en 
la place de bon, délicat, exquis, de bon goût, dé- 
licieux, admirable »), et dans les patois : Picardie 
du chenu, quelque chose de très beau, de très bon, 



72 L ARGOT A>CIEX 

de très solide, etc. (« Mot populaire d'un usage 
très répandu o, Corblet) ; Mayenne ch'na, qui 
est bon, exquis ; Berry chenu, fort, solide, riche, 
cossu; Champagne chenu, très bon, et chenâtre, 
excellent. 

CHER, rude et haut, élevé (Vidocq), sens géné- 
ralisé. 
^ CORNANT, bœuf, ç^i cornante, vache (Fie, 1596), à 
côté de cornière, étable {Jargon, i836), et de 
cornichon, veau (Vidocq), propr. bête à cornes ; 
cf. fourb. cornante, bœuf, cornuta, vache, calao 
cornante, bœuf, et argot roumain cornisor, id. 
(rotwelsch //ormc/ce/, id.). 

COUCHANT, soleil [Vie, 1696 : huré couchant, le 
soleil ; éd. 1627 : la vaine couchante, la nuit), qui 
descend et va disparaître à l'horizon. 

COULANT, lait (Jargon. 1628), et coulante, laitue 
{Ibid., i836). 

COURBE, jambe (Bouchet, III, i3i : les courbes 
sont les jambes), et épaule (Vie, 1096), à côté de 
courbière [Ibid., p. 19 : tirent de leurs bissacs et 
cour bières un beau petit trépied). 

CREUX, maison (VfW Testament, i\ôS : Entonne 
ce rond au creux ; Jargon, 1628), répondant à la 
germ. caverna, id. ; cf. normand d'Eure creux, 
pièce, chambre (terme pris à largot) et argot 
vannetais croés, maison (= creux; id.). 

CUIT, condamné (Vidocq), ei frit, id. ; cf. être 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 78 

sur le gril, attendre le prononcé de son jugement 
(Id.J, images tirées des opérations culinaires. 

DARDANT, amour, terme inventé par Gran->; 
val (1725), mais qui a passé dans les éditions ulté- 
rieures du Jargon. 

DOUCE, soierie, et doacelle, lime f\ idocq) ; le 
Jargon de i836 a doasse, fièvre (= douce) et 
doussin, plomb (= doux au touché). 

DOUILLETS, crins, et douilles, cheveux (Vidocq), 
propr. mou, délicat (sens ancien et dialectal de 
douille). 

DUR, fer (Vidocq), et durin, id. {Jargon, i836), 
à côté de durs, fers d'un condamné (Chauffeurs, 
1800) ; cf. fourb. duroso, id. 

DURE, terre (Villon, i48 : La dure bien tost n'en * 
verrez ; SI. Christophe, 1627 : De dormir vestusur 
lac/are), sens qui pénétra en français (d'iVnthon, 
Annales de Louis XIL dans Lacurne : A deux ou 
trois charges que leur firent les Français, plus 
de i5o furent estendus sur la duré), et dans 
les patois (provençal duro, terre nue, par ex. : 
coucha sus la duro). 

DURE, pierre [Jargon, 18361; cf. bellau dureite, 
id. 

FONDANT, hQUYve {Jargon, 1628); cf. argot van- 
netais/«/2(ie/ï, id. (terme pris à l'argot). 

FORTIN, poivre {Jargon, i836 ; Vidocq : fretin), 
propr. un peu fort (au palais). 



74 l'argot ancien 

FRETILLANTE, queue (v. p. 27), à côté de frétil- 
lante, assemblée (Jargon, i836). 

FRISÉ, juif (Yidocq), ei friser, voler (Larchey, 
SuppL). 

FUMÉ, sans ressources (Vidocq), répondant au 
synonyme fr. flambé ; cf. ci-dessus cuit. 

GOULU, poêle (Vidocq), et puits {Jargon, 1628) ; 
V. ci-dessous gueulard. 

GRATANTF, maiu {Me, 1596 ; éd. 1627 : garante !) 

GBATOusE, dentelle {Jargon, 1628) : elle gratte 
légèrement la peau. 

GRENU, blé {Jargon, 1628 ; Vidocq : grelu et 
grenu), grenue, farine {Jargon, 1628), à côté de 
grenuche {Jargon, 1690) ; cf. bellau ^ra/ie/, blé. 

GRIS S froid {Jargon, 1628), pénétré en français 
populaire ancien (Oudin, i64o : il fait gris, il fait 
grand froid) et moderne (Nisard, Parisianismes, 
p. 128 : gris, vent de la bise, froid) ; en anc. fr., 
gris signifie sombre {il îaii gris) . 

GROHANT, pourceau {Vie, 1096), ei grondin, porc 
(Bouchet, III, 129 : un porc c'est un grondin); 
fourb. grugnante, germ. grunente et calao grunhi- 
dor, id. 

GUEULARD, bcsacc {Jurgou, 1628 : guellard ; 
1728 : gueullard ; i836: guelard, bissac), et poêle 
(Yidocq : cf. goulu), à côté de gueularde, poche 

I. La graphie grie (f. grielle), froid, que contient la dernière 
édition du Jargon (i83G), est erronée. 



ELEMENTS ORIGINAUX 



(Rigaud), d'après l'ouverture ; cf. Berry gueulard, 
ouverture supérieure d'un haut-fourneau (Pas- 
de-Calais : grand pot à large ouverture), et anc. 
fr. goulière, poche, bourse. 

JUSTE (la), la Cour d'Assises (Yidocq) ; cf. ar- 
got vénitien giusta, police (ironiquement ?) 

L\i>É, mouton {Ici.); cf. germ. velloso, id. 

LiANs, bras [Vie, 1096). 

LIGNANTE, la vic {Vk, ioqô), qui dépend de la 
ligne vitale de la main, suivant la croyance des 
diseurs de bonne aventure. 

LONG, habile (Coquill., i\ôô: Ung long est un 
homme qui est bien subtil en toutes les sciences 
ou aulcunesd'icelles ; Villon, 70 : Pour les sires qui 
sont si longs) ; cf. germ. luengo, riche, puissant. 

LONGUE, année (J«r^o/î, 1728), à côté de /oAigre, id. 
( Vidocq), forme dialectale (Poitou longe, longue) ; 
le bellau londzan, année, répond au fourb. Ion- 
gano, id. 

LOUCHANT, œil (Fie, 1096 : louschant), à côté de \ 
louchante, lune [Ibid. : la vaine louschante), et lou-J 
chettes, étoiles (Ibid.). 

LOURDE, porte [Jargon, 1628), lourdaud, portier ^^ 
(Ibid.) ; cf. Genève lourde, porte d'entrée d'une 
maison, porte-cochère (terme pris à l'argot). 

LUANS, yeux [Vie, 1627), répondant au mod. 
reluit, œil et jour (Vidocq) ; cf. anc. fr. luance, ^ 
lueur, lumière. 



7^ l' ARGOT ANCIEN 

LUISANT, jour, el luisante, ïenèlve [Jargon, 1628), 
à côté de luisard, soleil, et luisarde, lune (Jar- 
gon, 1O90) ; cf. Chaufleurs, 1800 : éclairante, lune. 

MINCE, denier (Boucliet, III, i3o : ils appellent 
un denier un mince: Rat, 1790, p. i5 : donne-moi 
du mince). 

MONTANT, pantalon (Yidocq), et montante, 
échelle (Id.). 
^ MOUCHARDE, luuc (Vidocq) : elle paraît espion- 
ner les voleurs ; cf. mouchard à becs, réverbère 
(Id.), appelé aussi pendu glacé {Id.). 
^ MOUILLANTE, moruc {Jargon, 1628) : elle mouille 
tout ce qu'elle touche, quand l'atmosphère de- 
vient humide (Fr.-Michel), auj. soupe (Yidocq). 

MOULUE, farine (V7e, 1096, p. 23 : sur la moulue, 
^ c'est la farine) ; cf. Yal Soana moliia, id. 

MOUSSU, riche (Po55io/i, i486: Y^^io^é^, moussus, 
sains, drus...), comparé à un arbre moussu. 

MOUSSUE, châtaigne (Jargon, i836); cf. enfr., 
rose moussue. 

NIAIS, dupe (Yillon, 66 : Desbousez les poures 
nyais), le plus ancien exemple de cette application 
figurée appartenant à l'argot (de là, chez Guillaume 
Goquillart : Coquins, nyais, sots). 

PALPITANT, cœuT (Jargon, 1728); cf. argot véni- 
tien pa/ptto/i/e, id. 

PASSANT, soulier (Bouchet, III, 129 : des souHers 
sont des passans ; Vie, 1696, et Jargon, 1628; 



sJ 



ELEMENTS ORIGINAUX 77 

1690 : passides, 1728 : passiffes) ; cf. mourmé 
passanche, jambe. 

PELÉ, chemin {Vie, iSqô), ei pelard, foin, pelar- 
dier, pré (Ibid. : pelladler; Jargon, 1700 : palladier, 
1728 : pcdllardier) ; cf. anc. fr. pelé, fourré, Poitou 
pelin, pré, et fr. mod. pelouse \ bellau pelvé, foin. 

piCANT, pou [Jargon, 1690 : gaux ou picanti), et 
piquantlne, puce [Jargon, i836) ; cf. germ. picon, 
pou, et fr. pop. (Oudin, i64o) : « des picards, des 
pouils, parce qu'ils piquent ». 

picouRE, haie épineuse [Jargon, 1628, p. 19 : 
Dejlorir la picoure, c'est oster le linge de dessus les 
hayes ; la picoure estflorie, c'est la buée ou linge 
est estendu sur la baye), à côté de pigouse, id. 
(Chauffeurs, 1800), propr. piquante [cî. piquante, 
épingle, Vidocq). 

PLATLE, langue [Vie, 1596), et galette [Jar- 
gon, i836). 

PORTANT, pied {Vie, lôgQ : les porians, ou tro- 
tins, pieds). 

POUSSANTE, arquebuse (Ihid.\ et repoussant, fusil 
(Chauffeurs, 1800). 

PRIANTE, église (« terme des voleurs des pro- 
vinces du Nord », Vidocq), et messe [Jar- 
gon, i836). 

PROFONDE, cave (Vidocq), anciennement par- 
fonde, id. [Jargon, 1628), à côté de parfond, pâté 
(Ibid.) ; cf. anc. fr. et Bcrry parfond, profond. 



78 l'argot ancien 

RAS, prêtre (Coquill., i455 : ilz appellent un 
prestre ou un aultre homme d'église... un rcis), et 
razi, id. (V/e, lôgô), c'est-à-dire rasé, son visage 
étant ras ; cf. anc. fr. rasure, tonsure, et fourb. 
raso, abbé; argot vannetais rachebiis, prêtre (= ra- 
sibus). 

RICHE, nom de dé (Coquill., i455). 
1/ ROND, SOU {Vie, lôgô ; Bouchot, 111, i3o : ils 
appellent une douzaine un rond; Jargon, 1628 : 
7'ond, un sol ou douzaine) ; cf. fr. pop. (Ou- 
din, i64o) : un rond, un franc. 

RONDELETS, Ics scius [Jargon, 1700 : rondelets, 
les tétons ou mamelles). 

RONDiNE, boule {Jargon, i836), et bague (Halbert). 
V ROUGE ^ rusé (Villon, 109 : Benards, vous estes 
rouges gueux), et rousse, roussin, agent de po- 
lice (Yidocq) : les hommes aux cheveux roux 
étaient réputés faux et traîtres (cf. l'ancien pro- 
verbe : Homme roux et chien lainu Plus tost 
mort que cogneu) ; de là. rouget, certains filous 
vestus de rouge (Oudin). vépondaniiiVii.rafJîano. 



I. Cf. le premier terme de rallemand rotwelsch, dont le sens 
primitif paraît être « langage riisé, » sens qu'on rencontre effec- 
tivement dans le Passional de l'an laSo, le premier texte où le 
mot est cité (Kluge, p. i) : « Der kiininginnen rotwalsch was in 
verborgen unde ir sin. » Du sens de « rouge », rot passa à celui 
de mendiant (cf. rouge gueux), d'où rotwelsch, langage (étranger) 
des mendiants, des voleurs. 



ELEMENTS ORIGINAUX 79 

ruffîen (Vocabulaire xv" siècle : ruffaldino, id., de 
ruffaldo, feu). 

ROUGET, cuivre (Vidocq) : cf. Val Soana rogi, 
id. (= rouge). 

ROuiLLARD, baril (Bouchet, III, i3o : un barril, 
c'est le rouillard), et rouillarde, bouteille [Vie, 1627, 
et Jargon, 1628). 

ROULANT, fiacre (Vidocq), roulante, charrette 
{Jargon, i836), et roulotte, voiture (Chauffeurs, 
1880 : charrue), tous passés dans le langage popu- 
laire. 

ROULANT, pois {Jargon, i836) ; cf. rot- 
welsch, 1750 : Erbsen, Laujlinge (Kluge, p. 216). 

SOUFFLANT, plstolct (Vidocq), à côté de soufflard, 
maréchal ferrant (Vie, 1627 ; 1696 : soustard) ; cf. 
anc. fr. soufflard, arme à feu (Molinet). 

TARDE, nuit (Villon, 68 : Et sur la tarde Desbou- 
sez les poures nyais) ; cf. esp. tarde, soir, et fr. sur 
le tard, id. 

TENANTE, uuc chopinc (Jurgou, 1628). 

TIRANTE, chausse (Bouchet, III, 129 : ils 
appellent des chausses des tirantes), à côté de ti- 
rande, id. (Passion, i486 : Il n'a tirande ni en- 
dosse) ; cf. gcrm. et calao tirantes, caleçons, fourb. 
tirante, bas (Val Soana tirache, braies) ; en anc. 
iw, tirande signifie cordon, lacet; cf. bas de tire, 
bas de chausses, à côté du mod. tirant, bas (Vi- 
docq) 



t/ 



8o l'argot ancien 

TORTU, vin (Vidocq), propr. bois tortii, nom 
populaire de la vigne. 

. TOURNANTE, clé (Jcirçon, 1628 : de briser la lourde 
sans tournante , c'est ouvrir une porte sans clef). 

TROTTANT, rat, ct trottantc, souris Vidocq ; cf. 
fourb. trottante, cheval, et germ. troton, rosse. 

TROTTiN, pied {Vie, 1696 ; Comédie des Prov . , iv, 3 : 
Il faut pousser ses quilles et ses trottains), anc. fr. 
trotignon, Champagne (Clairvaux) trottignon. argot 
moderne trotignolle, id. (Richepin) ; cf. fourb. 
calcioso et calao calcante, pied. 

TROTTiN, lièvre (Bouchet, III. i3i : un trotin, un 
lièvre, levrault ou connil) ; cf. Poitou trotin, ânon. 

VERDERET, vcut (Yidocq), propr. vent de cam- 
pagne. 

VOLANT, manteau (Bouchet, III, 129 : ils appel- 
lent un manteau un î'o/«/î/ ; Vie, 1096; Comédie 
des Prov., iv, 3 : Ils ont quitté leurs volans avec 
leurs habits) ; cf. en fr., volant, bande d'étoffe qui 
sert de garniture à un mantelet, etc. 

VOLANT, volaille (Bouchet, III, i3i : Des volans 
sont des chappons, des poules et autres oiseaux), 
mod. pigeon (Vidocq) ; cf. fourb., xv" siècle, 
volantini, oiseaux. 

VOLANTE, ange {Vie, 1096: les franches vo/oaî /es, 
les anges) ^ . 

I. Mentionnons, en outre, dans le vocabulaire des Chauffeurs 
de 1800 : Branlante, croix (chez Fr.-Michcl : chaîne]; duret, fève ; 



ELEMENTS ORIGINAUX 8l 



— Appellatifs 



Pour mieux faire ressortir les images ou les 
simples comparaisons que représentent les termes 
de cette catégorie, nous allons les répartir en ap- 
pellatifs proprement dits, en métaphores tirées du 
monde animal ou végétal, et en mots dérivés des 
noms propres. 

A. — Appellatifs proprement dits. 

Ce sont des objets concrets qui ont fourni le 
plus grand nombre de rapprochements. Les 
termes à sens général, ainsi que ceux qui dési- 
gnent des personnes, ne servent qu'exceptionnel- 
lement comme point de départ des comparaisons 
argotiques. Voici ces appellatifs : 

ABBAYE, four (Vie, i5()6, p. 7: s'il pleuvoitnous 
logions dans Vabbaye rujfante, c'est dans le four 
chauld où l'on a tiré le pain naguères), comparé à 



durier, mur ; marcheuse, putain ; repoiissée, farine ; tranchant, cou- 
teau de chasse ; tremblant, lit. 

Dans le Jargon de 180G : Commode, cheminée; creuse, gorge; 
fleurant, bouquet ; goinfre, chantre (cf. lyonnais goinfre, railleur) ; 
mouchard, tableau ; mouvante, bouillie ; rude, crin ; sale, gris (salin, 
jaime); siante, chaîne; tranchant, jiayé. 

Dans Vidocq : Brandillante, sonnette ; curieux, juge d'instruction ; 
glissant, savon; mordante, scie; moussante, bière ; muette, conscience (P); 
oreillard, àne ; pleurant, oignon ; ployant, portefeuille ; réchauffante, 
perruque ; soutenante, canne ; têtue, épingle ; trouée, dentelle. 
L'Argot ancien. g 



82 l'argot ancien 

une maison cloîtrée dans laquelle on dort chaude- 
ment. 

y ABBAYE DE MONTE A REGRET, la potcnCC {Jar- 

gon, 1628 ; éd. 1660, p. 48 : craignant qu'il ne 
me fit épouser la veuve en V abbaye de Monte à re- 
gret ; Oudin, i64o : abbaye de Monte à regret, 
l'eschelle qui sert à pendre), auj. la guillotine ; 
l'échafaud, comme une abbaye, sépare de ce monde, 
et c'est à regret qu'on en monte les marches (Lar- 
chey). Cf. Berry Monte-à-regret, éminence où 
existait jadis un gibet et qui avoisinait la route de 
Saint-Sevère à la Châtre (« Du Guesclin y fit pen- 
dre les transfuges de Saint-Sevère », Jaubert), et 
Mayenne Monte-à- Regret, nom d'une ancienne 
rue de Laval, ainsi nommée parce qu'elle condui- 
sait dans la prison où se faisaient les exécutions 
capitales (Dottin). 

ABBESSE, vol (Coquill., i455 : Quant ilz parlent 
de labesse, c'est de desrober), sens qui trouve son 
pendant dans le moderne nonne {nonneur), compère 
du filou (Vidocq) : faire nonne, aider les tireurs en 
entourant- et pressant la personne qui doit être 
volée (Id.J ; cf. sœur de charité, voleuse (Id.). 

AIGUILLE, clé (« terme dont se servent les vo- 
leurs de campagne », Vidocq). 
^ AILE, bras (Vidocq), comme le fourb. ala, id. 

ANGE, oreille (Coquill., i455 : une ance, c'est 
une oreille ; Villon, 199 : Et desbousé de son 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 83 

ence OU sa poue ; Bouchet, III, i3o : les oreilles 
sont les ances), comparée aux anses d'un pot; cf. 
gerni. asa, id. (= anse) 

APOTRES, doigts {Jargon, 1728) ; cf. Oudin, i64o: 
C'est un bon apôtre, un bon compagnon, par iro- 
nie, ou bien un bon frippon (« Les doigts ont la 
mission de dérober avec zèle », Rigaud). 

ARBALÈTE, croix quc les femmes portent au cou 
(Jargon, i836), semblable à une arbalète détendue. 

ARLEQUINS, rcstcs dc rcpas, surtout de viandes 
(« ce mot est passé dans la langue populaire », 
Vidocq). 

ATOUT, estomac et courage (Vidocq), image ti- 
rée du jeu des cartes ; de \k, atouser, encourager 
(M.). 

ATTACHE, boucle (J«rgro/i, 1728). 

BALvi, gendarme (« terme des camelots ou mar- 
chands ambulants » , Vidocq) : il nettoie la place 
d'importuns. 

BALLE, tête, physionomie (/d.), d'après la ron- 
deur ; et monnaie d'un franc {Mémoires de Vidocq),^ 
pour la même raison. 

BANC, échafaud (Villon, ili : Qu'au mariage ne 
soiez sur le banc) ; cf. germ. banco, prison (calao 
abancado, emprisonné). 

BARBILLON (dc Varannc), navet {Jargon, 1628), 
de Varennes, commune du département de 
l'Aisne 



84 l'argot ancien 

BARBILLON, soutciieur (Vidocq), appelé égale- 
ment poisson {ïd.). 

BASANE, amadou (Jargon, i836 : bazène), sem- 
blable à une vieille peau de basane. 

BAUGE, coffre {Jargon, 1628). auj. ventre (Vi- 
docq), propr. bourbier (Chauffeurs, 1800 : bauge, 
corps) ; cf. anc. fr. bauge, hutte, et Berry bauge, 
cabane, chenil (= bourbier). 

BÉQUILLE, potence (Jargon, i836), d'où béquUler, 
pendre, et béqullleur, bourreau (Vidocq). 
^ BEURRE, argent monnayé (Vidocq), comme les 
synonymes graisse (cf. il y a du gras, il y a de 
l'argent), huile (Jargon, 1728 : attaches d'huile, 
boucles d'argent) et onguent (Fr.-Michel). 
n BOBINE (bobino\ montre (« terme des tireurs pa- 
risiens », Vidocq), d'après sa forme. 

BOGUE, montre (Rat, 1790, p. i5: qudXrQ bogues ; 
u terme des voleurs parisiens et floueurs ), Vi- 
docq), comparée à une bogue de châtaigne. 

BOITE, chambre (Vidocq), terme passé dans la 
< langue populaire. 

BOUCHON, bourse (Jargon, 1690 : hane ou bou- 
chon ; détacher le bouchon, couper la bourse), 
propr. petite bouche ou ouverture (cf. ci-dessus 
gueulard, besace). 

BOUDIN, verrou (Vidocq), d'après sa rondeur. 

BOUGIE, canne (Vidocq) : elle éclaire les aveu- 
gles (cf. canne d'aveugles, bougie). 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 85 

BOULANGER, diable (Vidocq), d'où lyonnais bou- 
langer, surnom du diable, « de ce que l'on com- 
pare l'enfer à un four dont le diable serait le bou- 
langer » (Puitspelu) ; cf. plus bas moulin. 

BOULE, tête (Chauffeurs, 1880; Yidocq) ; cf. ter- / 
ratsu et calao bola, id. ; v. balle. 

BOUSSOLE, tête (Yidocq), image tirée du langage 
nautique et familière au parler populaire en 
même temps que tramontane (v. d'Hautel) : bous- ^ 
sole de singe, de refroidi, fromage de Hollande 
(Yidocq), c.-à-d. tête de singe, de mort. 

BOUTON, nom de dé (Goquill., i/i55), d'après 
sa forme parfois arrondie ; et pièce de vingt francs 
(u terme d'argot usilé parmi les marchands de 
chevaux», Yidocq). 

BRAISE, argent monnayé (Yidocq), avec lequel ^ 
on peut faire bouillir la marmite : cf. les syno- 
nymes //7V0/ et potage (des joueurs). On lit dans le 
Supplément de Littré : braise, argent, dans l'argot 
des ateliers. ) 

BRAS, grand (f. brasse), ci brasset, gros (f. bras^ 
sette), termes fournis par le Jargon de i836 ; cf. 
îv. brasse, mesure de i "',62. 

BUTE, guillotine, (et buter, tuer, buteur, bour- 
reau, YidoCq), comparée aune petite élévation ou 
tertre. 

CADET, pince de voleur (Yidocq), appelée égale- 
ment enfant (Bruant). 



86 l'argot ancien 

CALÈGE, femme entretenue (Vidocq), propr. ca- 
lèche (on disait autrefois calège pour calèche), de 
même pr. calecho, femme ennuyante, importune 
(= calèche) ; argot de Reims galegère, femme 
(Tarbé, II, 226). 

CAMOUFLET, chandelier (d'où camoufle, chan- 
delle, Yidocq), propr. fumée, à côté de camoufler, 
déguiser (Id.J. propr. enfumer ou noircir par la 
fumée ; cf. Mayenne camoufe, chandelle (terme 
tiré de l'argot), et bas-gâtinais camouffe, id. 

CAPORAL, coq (ChaufTeurs, 1800), comme dans la 
germ. caporal, id. (rotwelsch Corporal, Hahn, 1750, 
Kluge, p. 216). 

CARME, pain blanc {Jargon, 1628 : carme, un 
choyneouune miche), allusion au vêtement blanc 
de l'ordre mendiant des carmélites. 

CARME, monnaie (Jargon, i836), propr. pain 
(v. ci-dessous michon). 

CERCLE, sceau (Coquill., i455 : ung signet d'or 
et d'argent, c'est un cercle) ; cf. fourb. anello, 
cercle, et argot roum. cerc, anneau ; dans l'argot 
moderne, cercle est une pièce d'argent (Vidocq), 
abrégé en ce, id. (Rat, 1790, p. 10 : deux bêtes-à- 
cornes de ce; Chauffeurs, 1800: ce, argent), et 
avec le sens généralisé : bien (Vidocq : marque de 
ce, femme légitime d'un voleur ; tout de ce, très 
bien). 

CHASSIS, œil (et chassans, yeux, Chauffeurs, 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 87 

1800 ; Vidocq : chasse), assimilé au cadre ou châs- 
sis d'une fenêtre (cf. mod. carreau, œil), comme 
le fourb. halchi, yeux, propr. balcons. 

CHiFFARDE, pipc (Vidocq), propr. vieille pipe, 
comparée à une chiffe ou à un chiffon. 

CHIFFON, langue (Id.), et chiffon rouge, id. 

CITADELLE, forêt (GliaufFeurs, 1800), celle-ci ser- 
vant d'asile aux voleurs. 

COFFRE, prison (Villon, ii3 : Et gardez les / 
coffres massis), et malle, id., d'où enmaller, em- 
prisonner (Villon, 21 1 : Enmallez en coffre, en gros 
murs), à côté de enclouer, id. (Villon, 207 : Luez 
au bec que l'on ne vous encloue) ; de là, coffrer, 
mettre en prison, et encoffrer, emprisonner, termes 
passés dans la langue populaire (Oudin, iG^o). 
C'est au même ordre d'idées que se rapportent les 
synonymes boucle (d'où boucler, enfermer les déte- 1/ 
nus dans leur cabanon, Vidocq), et clou {être au 
clou, être en prison, /d.) ; cf. fourb. cavagna, pri- 
son (= panier), et germ. banaslo, id. (= grand 
panier) . 

COGNE, cognard, gendarme (Chauffeurs, 1800 ; 
Vidocq), propr. celui qui cogne ou tape ^ image 
analogue à celle de ses synonymes^Z/^Me (v. p. 44) (/ 



1. A. Darmesteler (Création des mots, p. 5i) interprète cognard par 
« celui qui saisit le voleur et le jette dans le coin, le cogne, ou, 
connue on dit encore, le rencogne. » 



88 l'argot ancien 

et fapin (v. ci-dessous); Genève cogne, agoni de 
police. 

COLLE, mensonge (GoqnilL, i/iô5 : Anlcuns 
d'eulx sentrcineltent d'aulcun mestier ou mar- 
chandise, feignant qu'ilz en vivent qui leur voul- 
droit aucune chose demander et appelle cela leur 
rôle; Jargon, 1690 : ficher la colle gourdement, 
c'est être bon trucheur en perfection [i836 : c'est 
mentir adroitement]) ; le terme se rencontre avec 
ce sens dans le langage populaire (Oudin. 16^0 : 
la colle est franche, la mente rie est bonne, ei ficher 
la colle, persuader, cajoler, en faire accroire, mot 
de jargon ; Msard. Parisianismes, 67 : ficher la 
colle, en faire accroire), et dans les patois : Pi- 
cardie colle, mensonge (Champagne coller, men- 
tir, Poitou co/ear, menteur). 

COLLÈGE, prison (Yidocq) : l'argot moderne 
y ajoute : lycée, pension, séminaire (Bruant) : cf. en 
vieux cant, collège, id. 

coLLETiN. force (Vidocq), propr. collet protec- 
teur de cuir ou de tapisserie que mellent les por- 
tefaix de la halle ; de là, coltiner {Rat, 1790. p. i4 ; 
Vidocq), à côté de coltiger (Id.), arrêter, saisir vio- 
lemment. 

COMBLE, chapeau {St. Christophe, 1527 : Mon 
comble est à la tatière ; Me, 1096), répond au mod. 
toiture, chapeau d'homme (Rigaud), et tuile, id. 
(Id.j; cf. germ. techo, tejado, chapeau (= toit). 



j 



ELEMENTS ORIGINAUX 89 

coMBLETTE, tête {Vie, 1596 : comblet te ou tron- 
che, la teste). 

CONTRE, compagnon (Villon, i3i : vos contres 
ne soient greffis), aujourd'hui complice (Gri- 
sou, 80) ; cf. fourb. contro, contadino (Pulci) et 
contrario, paysan. 

CORVETTE, jeune sodomitc (Yidocq), à l'exemple 
de frégate, id. (Id.J ; cf. galupe, prostituée (Riche- 
pin), propr. chaloupe (fr. pop. chaloupe, femrne 
de forte tournure). 

couRTAux {de boutanche), classe de voleurs qui 
opéraient dans les boutiques {Jargon, 1628 ; 1728 : 
ceux qui volent des outils à leurs maîtres) ; en 
fr.. courtaud, homme à la taille ramassée, trapu. 

CRÉPINE, bourse (Vidocq), en fr., frange ou 
résille (cf. réticule, ridicule, petit sac en filet), à 
côté dé crespinière, beaucoup (Halbert). 

CROCS, dents (Granval, 1725) ; cf. bellau crocs, 
doigts. 

CROSSE, avocat du roi (Yidocq), propr, béquille, 
répondant au synonyme moderne, pilier, id. 

CUISINE, préfecture de police {Id.), et cuisi- 
nier, agent de la sûreté, mouchard (= mod. cas-^' 
serole) : même association d'idées que manger^ 
dénoncer (v. p. 68). 

ÉCUME, étain (Yidocq), c'est-à-dire écume de 
terre. 

EGRUGEOiRE, cliaiic à piêclicr {Id.), assimilée 



y 



L 



go L ARGOT ANCIEN 

aux petits vaisseaux dans lesquels on égruge du 
sel, du sucre. 

ENCENSOIR, fressure {Jargon, 1628 : encensouer). 

ENDOSSE, vêlement [Viel Testament, i458 : Or 
taillé avons quelque endosse), propr. ce qu'on 
endosse, qu'on met sur le dos (Bouchet, III, i3o : 
andosse, l'eschine ; Jargon, 1628 : andosse, 
l'échiné ou le dos), sens encore populaire (Nisard, 
p. 99 : endosse, dos) ; de là, endosser, mettre un 
vêtement (Villon, 44 • Changez et andossez sou- 
vent). 

ENTONNE, église [Jargon, 1628 : Gwiiïie on entonne , 
une église ; Vidocq : antonne), propr. action 
d'entonner des prières (cf. ci-dessus priante], 
répondant au bellau chantant, église. 

ENVOYEUR, assassin (Coquill., i455 : ung 
envoyeur, c'est un muldrier), c'est-à-dire qui 
envoie dans l'autre monde ; cf. argot anglais, 
convey, voler (= ôter), et conveyer, voleur (Sha- 
kespeare). 

FANAL, estomac (Vidocq) : cf. les appellations 
modernes boîte à gaz et gazomètre (Bruant). 

FILÉE, barbe (Vie, 1596) ; cf. fourb. setosa, barbe 
(= poilue), et argot roumain cânepa, cheveux 
(= chanvre). 

FiLOTS, cheveux (/6id.), au], fdasse {\idocq). 

FLAMBE, épée (V7e, ib^Q; Jargon, 1628), propr. 
flamme, répondant à la germ. centelta. épée 



ELEMENTS ORIGINAUX QI 

(= étincelle) ; flambart, poignard [Vie, iSgô ; 
Jargon, 1628), et flamberge, épée (Bouchet, III, 
i3i : une flarnberge, c'est une espée), propr. nom 
de répée de Renaud de Montauban appelée 
d'abord Floberge et altérée en Flarnberge, sous 
l'influence àe flambe. Les noms des épées célèbres 
des vieux romans de chevalerie sont également 
familiers à la germania : durindana, la justice, 
propr. l'épée, c'est la Durendal, l'épée de Roland ; 
fisberta eljoyosa, épée, font allusion à la Floberge 
de Renaud et à la Joyeuse de Charlemagne ^ . 

FLMERON, jambe maigre (Vidocq), semblable au 
gros brin de fagot appelé fumeron ; cf. cotrel, id. 

GET, jonc [Id.], comparé à un jet d'arbre 
(cf. fr.jet, sonde de jonc pour dégorger un tuyau). 

GLACE, verre à boire [Jargon, 1628). 

GRAIN, écu [St. Christophe, 1627 : Tous mes 
grains ont pris la brouée ; Jargon, 1628 : grain, 
un escu) ; cf. germ. grano (« ducado de once 
reaies »), calao grâo (u cruzado novo », Bluteau), 
provençal avé de grenalho, avoir de l'argent. L'ar- 
got moderne dit blé, de l'argent (Larchey), à 
l'exemple du calô trigo {= blé) et du calao milho, id. 

GREFFIER, chat {Jargon, i836), propr. griffard 
(cf. plaisamment, dans l'argot militaire, chat, 
grefiîer, employé aux écritures, déjà Chauffeurs, 

I. Voir à cet égard l'ouvrage cité de Salillas, p. i68 et 198. 



9 3 L ARGOT ANCIEN 

1800) ; à côté de griffon id. (Yidocq), d'où griffon- 
ner, ^urer (Jargon, i836), c.-à-d. jurer comme le 
chat. 

HVLÊNES, outils dc volcui* (Vidocq), propr. 
alênes ; cf. clous, id. 

HÔPITAL, prison (Yidocq), et malade, prisonnier 
(Id.), association d'idées très intéressante et 
antérieure au xix" siècle (v. castu) ; cf. rotwelsch 
« gefangen iverden, krank sein », dans le glossaire 
argotique de Baie de lySS (v. Kluge, p. 201). 

HORLOGE, coq (Ft>, iSqô : V orologe, le coq). 

HuiSTRE (de Varane), fh\e (Jargon, 1628); v. ci- 
dessus barbillon. 

JÉSUITE, dindon (Vidocq), acclimaté en Europe 
par les jésuites (terme également familier aux 
patois du Centre). 

JETTARD, prison (Halbert), endroit où l'on jette 
les coupables (cf. jeter à la boite, emprisonner) : 
l'argot moderne écrit schtard. 
. LAMPION, sergent de ville (Id.), répondant aux 
synonymes modernes bec de gaz, chandelle, cierge 
(v. Bruant) : il est planté dans la rue pour guider 
et protéger le passant. 

LAXDiÈiiE, boutique de foire (« terme des mar- 
chands forains et des voleurs de campagne », 
Vidocq), tiré de landit, la plus ancienne des foires 
parisiennes, d'où également landier, commis de 
l'octroi (Id.). 



ÉLÉMENTS ORIGINALX qS 

LIÈGE, gendarme (Yidocq), allusion à la légèreté 
de sa course. 

LOCHE, oreille (/d.), propr. cuiller à potage, 
d'après sa forme; cf. rotwelscli « Ohren, Lôffel », 
dans un glossaire argotique de 1733 (Kluge, 
p. 201). 

LOUCHE, main (Goquill., i4v35 : Quant ilz dient 
que l'ung d'eulx est ferme à la louche, c'est-à-dire 
qu'il se deffendroit contre justice et aultre qui le 
vouldroit prendre ; Jargon, 1628), même sens 
primitif que le mot précédent. 

LUSTRE, juge (Halbert) : il éclaire l'afTaire ; le 
synonyme mod. est allumeur, id. Dans l'ancien '^ 
fourbesque, lustro désigne le jour (Pulci). 

MARIAGE, pendaison (Villon, i4 '• Qu'au mariage 
ne soiez sur le banc), et corde (Lacurne : Les 
jurés cordiers appellaient mariage la corde qu'ils 
devaient fournir au bourreau de Paris), à côté de ij 
marier, pendre (Bouchet, III, i3o : si aucun de 
leurs compagnons a esté pendu, ils diront il a esté 
marié), et marieuœ, bourreau (Villon, 1^9 '- Par 
la poe du marieux), c'est-à-dire celui qui vous 
marie avec la potence (v. ci-dessous veuve). 

MARINE {la), la justice (CoquilL, i4o5 : Hz appel- 
lent la justice de quelque lieu que ce soit la 
marine), par une association d'idées qui nous 
échappe : la pelite marine désigne les galères 
(v. Larchey, Suppl.) ; dans le fourbesque, marina 



94 L ARGOT ANCIEX 

signifie bruit (cf. en italien, la marina è turhata, la 
mer est troublée, que l'on applique à une per- 
sonne en colère). 

MARIONNETTE, solclat (Vidocq), et poupée, id. 
(/d.), d'après ses mouvements automatiques. 

MARRON {être), être pris en flagrant délit ou 
nanti des objets volés (Vidocq), par allusion au 
nègre marron (fugitif) ou au cocher marron (en 
contravention) : maronner une affaire, c'est man- 
quer un vol par maladresse (Id.). 

MATHLRiNS, dés à joucF (Vidocq), et maihurins 
plats, dominos {Id.), d'après le costume des moines 
dits Mathurins. 

MÉDAILLON, derrière (Vidocq) : cf. revers de la 
médaille, id. (Oudin). 

MiCHON, argent (Halbert), à côté de michon, 
pain (Vidocq), même association d'idées que le 
synonyme carme cité plus haut. 

MINUIT, nègre (Vidocq), par allusion à la cou- 
leur. 

MOULIN, enfer (Bouchet, III, i3i : enfer, c'est le 
moulin), v. ci-dessus boulanger; auj. moulin est la 
maison du meunier ou receleur qui achète le plomb 
volé sur le toit (Vidocq). 

MOULOiRE, bouche (Chauffeurs, 1800; Jargon, 
i836 : mouloir), propr. mâchoire, les molaires 
broyant les aliments comme la meule le grain. 

MOUSSE, excrément {Jargon, 1628) ; cf. l'ancien 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX qS 

proverbe : Mousse pour le guet et bran pour les 
sergens (cité par Fr. -Michel) ; de là, mousser, aller 
à la selle (Fie, 1627). 

OGRE, agent de remplacement, usurier (Yidocq), 
et ogresse, revendeuse à des filles publiques 
(Id.), h cause de leur voracité. 

OIGNON, grosse montre (Yidocq), d'après la 
forme. 

ONCLE, concierge de prison (Chauffeurs, 1800; 
Yidocq), et tante, la femme des prisons d'hommes cy 
(Id.), appellations euphémiques. 
^ ORPHELINS, classe de gueux qui allaient de com- 
pagnie {Jargon, 1628, p. 25 : les orphelins sont 
ces grands mions qui triment trois ou quatre de 
compagnie... ; i836 : orphelins, gens sans aveux). 

pANTiÊRE (à miettes), la bouche {Vie, lôgô), c*est- 
à-dire panetière. 

PASSE {la), guillotine (« terme des Aoleurs des 
campagnes et des Normands », Yidocq), par allu- 
sion à la passe de la fatale lunette. 

PATURON, pied {Jargon, 1628 : pasturon, un 
pied). 

PAVILLON, fou (Yidocq), semblable à un pavillon 
qui tourne à tous vents. 

PEAU, lit {Vie, 1596, p. II : il nous coustoit pour 
les peaux hurés deux herpès, c'est-à-dire deux 
liards pour coucher), et piau, id. {Jargon, 1628 ; 
1690 : piot, Yidocq : pieu), formes dialectales (cf. 



NJ 



\/ 



96 l'argot xVNCIEN 

picard piau, pieu, peau) ; de là, les verbes peaus- 
ser, se coucher (Vie, iSgô, p. 6 : quand il faisoit 
froid, nous peaussions dans Tabbaye ruffanle), ou 
piausser, id. (Jargon, i(j 28), cl pioncer (Yidocq) ; 
cf. bellau piou, lit (= peau) et peya, se coucher, 
argot breton de Vannes pionchen, sommeil, nor- 
mand pioncer, dormir (Moisy), tous termes em- 
pruntés à l'argot. 

PEIGNE, clé (Rat, 1790 : avec six peignes dans la 
profonde ; Yidocq). 

PELOTTE, bourse (Jargon, 1728 : plot te). 

PELOUSE, paille (Jargon, i83G : plouse). 

PÊZE, argent monnayé (Yidocq), propr. poids. 

PIED, denier (T 7e, lôgC), auj. retenue faite par 
les tireurs (Yidocq), ci pied de nez, pièce d'un sou 
(Rigaud) ; cf. bellau pied, sou, et argot vénitien 
piede, id. 

PILIER, maître (Jargon, 1628 : pillier de creux, 
le maître du logis) ; ci pilier de boutanehe, commis 
de magasin (Ibid.). 

piLOCHE, dent (Vie, 1596), propr. petite pile : cf. 
argot mod. meale, dent. 

PLATRE, argent (Yidocq), d'après sa blancheur. 

PILON, doigt (Id.). 

PLOMB, mal vénérien (Yidocq), allusion au 
plomb des chasseurs (Fr. -Michel), et plomber, 
puer, allusion aux plombs des maisons (Id.). 



ÉLÉMENTS ORIGIN'AUX 97 

PLOMBE, heure, année {Rat, 1790, p. i4 ; Yidoeq), 
allusion au poids des horloges. v 

POIVRE, poison (Yidoeq; auj. syphilis), et eau- 
de-vie (d'où po/mer. ivrogne, Yidoeq), à côté de 
poivrer, payer (/d.), propr. vendre trop cher (cf. 
en fr., saler). 

POSTICHE, forain chargé de l'annonce dans les 
parades (faire une postiehe, rassembler la foule 
sur la voie publique, Yidoeq), et postige, posiija- 
feur, id., répondant au fourb. po5/egr^iV//ore, char- 
latan, propr. celui qui se poste devant le public. 

POUSSE, corps des archers {Jargon, 1728). la 
maréchaussée {Jargon, i836), auj. gendarme ; cf. 
poiisse-eiils, nom des archers lorsqu'ils condui- 
sent en prison (v. Fr. -Michel). 

POUSSETTE, poucette, tricherie (Delesalle), d'où 
empoiisteur, c'est-à-dire empoiieeteur, escroc, etc. 
(v. Yidoeq) ; cf. donner le eoiip de pouee, voler, et 
avoir le pouce rond, être habile à voler. 

PROYE, derrière {Jargon, 1628; Vie, 1696 : 
proais), propr. proue de a aisseau, les latrines des 
matelots sur les navires à voiles étant à la proue ; 
de \ii, Jî 1er du proye, aller à la selle (on dit vul- 
gairement faire des cordes, locution qu'on ren-, 
contre également dans Aristophane, v. Fr.- 
Michel) ; le lexique des Chauffeurs (1800) apro^e, 
anus (= anc. proaise), dont on a fait plaisamment 
prussien, 

L'Argot ancien. H 



98 l'argot ancien 

y y QUILLE, jambc (Coquin. , i4ô5 : les jambes, ce 
sont les quilles; Villon, i38 : Pousser de la quille 
et brouez), d'où enquiller, entrer {anquilleuse ^ , 
femme qui porte un tablier pour cacher ce qu'elle 
vole chez les marchands, Granval), et renquillei\ 
rentrer, ce dernier également dans le patois 
lyonnais au sens de remettre ^ns sa poche (« j'ai 
reuquillé mon argent »), c'est-à-dire faire rentrer, 
terme emprunté à l'argot ; de même, en normand, 
quilles, jambes maigres et longues ; Jouer des 
quilles, tirer ses quilles, If^ousser ses quilles, déguer- 
pir au plus vite. (« Quille est un terme populaire 
qu'on rencontre un peu partout dans le sens pré- 
cité », Moisy). 

QuiNQUETS, yeux (Yidocq), répondant aux syno- 
nymes modernes lampion et lanterne ; cf. fourb. 
lanterna, id., germ. fanal et lanterna, id. En lyon- 
nais, chelu, lampe, s'applique également à l'œil. 

RAFFALE, misèrc, abaissement (Yidocq), allusion 
au coup de vent violent qui abaisse les arbres ; 
et raffalé, misérable {Id.), ce dernier passé dans 
les patois : normand raffalé. déguenillé, gueux 
(St.-Pol . qui porte des vêtements râpés, qui ne 
sont pas de saison), Lyon raffalé, ruiné, amaigri, 
d'aspect misérable (et en français). 

RAILLE, agent de police (Yidocq : et railleux, 

I. L)e là, anquileuse, filouteuse (Leroux, Dictionnaire comique). 



ELEMENTS ORIGINAUX QQi 

déjà Rat, 1790), propr. raeloir ou râteau u long- 
manche dont on se sert dans les salines ; cf. les 
synonymes modernes raclette, râteau, riflard 
(Bruand). Dans le vocabulaire des Chauffeurs 
(1800). raille désigne le paysan, le villageois : 
raille de la vergue, habitants du pays. 

RAISINÉ {da), du sang (Yidocq), propr. jus du 
raisin, par analogie de couleur entre le sang et le 
vin. 

RAME, plume {Jargon, i836) ; cf. inversement, 
germ. pluma, rame. 

RAïiCHON, prêtre (Jargon, 1628 : rastichon) et ^ 
peigne {Jargon, i836), propr. petit râteau, d'où 
ratissé = prêtre (v. ci-dessus ras) ; cf. argot bre- 
ton raton, prêtre (Quellien, p. 27). 

REBIFFE, vengeance (Yidocq), tiré de se rebiffer, 
regimber. 

REGOUï {faire du), manquer de précaution 
(Yidocq), propr. /aire du ragoût, faire soupçonner 
(Delesalle) ; v. manger, dénoncer (p. 68). 

ROCHET, évêque (Yidocq) ; cf. grand bonnet, id. 
{Jargon, i836). 

SACRISTAIN, mari d'une maquerelle (Yidocq), 
appelée abbesse, dans le langage populaire (cf. 
couvent, bordel). 

SERPENTIN, matelas de forçat (/d.), semblable au 
canon allongé qui portait jadis ce nom. 

SERRE, main (CoquilL, 1455 : la main, c'est la- 



lOO L ARGOT ANCIEN 

serré) ; cf. germ. zerra, id. (d'où foiirb. zerra) et 
garro, id. (= serre). 

SIGNE, louis (Chauffeurs, 1800), et signe, pièce 
d'or (Yidocq, à côté de sigle, cigne et cigale), 
propr. signe de métal (en anc. fr., argent, et 
signale, pièce d'or). 

SGELRS, cuisses {Vie, iSgô) ; dans l'argot mo- 
derïie, sœurs blanches, dents, k côté de dominos, id. 
(Yidocq). 

TAMBOUR, chien de garde, appelé aussi alarmiste 
(Yidocq) ; cf. roulement de tambour, aboiement 
(Id.), et battre du tambour, aboyer (Rigaud). 

TAPiN, gendarme (Chauffeurs, 1800), enfr., celui 
qui bat le tambour, même image que cogne (v. ci- 
dessus). 

TAPIS, auberge, cabaret (Yidocq), et tapis franc, 
auberge où se réunissent les voleurs, répondant 
au fr. tapis l'crt. lieu où s'assemblaient des admi- 
nistrateurs (prop. table de jeu) ; de là, tapissier. 
aubergiste (Id.). 

TAPPE, la fleur de lys qu'on appliquait avant 
i83o sur l'épaule des condamnés aux travaux 
forcés (Jargon 1628 : trappe; 1690, etc. : tappe), 
prop. tape ; ci. faire le tap, être attaché au poteau, 
et tapette, faux poinçon servant à marquer les 
objets d'or ou d'argent (Yidocq). 

TINETTE, têle (Yidocq, II, 332), répondant au 
s^nontme moderne caisson, \à. 



ELEMENTS ORIGINAUX lOI 

TIRASSE, chaîne fausse (CoquilL, i '^55 : une 
chainne faulse c'est une trainne ou une tirasse) ; 
en fr., sorte de filet que le chasseur traîne derrière 
lui. 

TIREUR, voleur à la tire, qui lire, dans une foule, 
ce que contiennent les poches des voisins (v. 
Vidocq), anciennement tireur de laine, voleur de ^ 
manteaux (cf. tiretaigne, tireur de campagne, 
Id.). 

TiROu, chemin (Jargon, 1728), à côté de tire, 
route (Vidocq), propr. bande d'étoffe, répondant 
au synonyme moderne ruban (abrégé en rub, che- 
min, Delesalle) ; cf. germ. tira, chemin (= bande), 
et Lyon, Savoie, Genève tirée, route. 

TORTURE, jour (Coquill., i455 : le jour, c'est la 
torture), en opposition avec la nuit, favorable aux 
voleurs. 

TOLPiE, prostituée {Jargon^ 1806); cf. normand, 
picard toupie, id., et argot mod. ronfle, prostituée 
(Richepin). 

TRAINE, fausse clé (Coquill., i/i55 : v. tirasse). 

TRAVERSE, baguc, galèi'C (\ idocq) : cLfaire la tra- 
verse, aller au bagne, avec ses synonymes passer 
le grand ruisseau et traverser le pré salé. 

TROTTOIR, bavardage (Bouchet, III, i3i :1e babil, ujA^ 
c'est le Irotoaër ; un andre qui va sur le trotouër, 
c'est une femme qui va babiller), terme qu'on 
trouve dans Gotgrave expliqué comme argotique ; 



r 



I02 L ARGOT ANCIEN 

le trottoir est, comme le carrefour, le lieu où l'on 
se réunit pour bavarder. 

VELVE, potence {Jargon, 1628 : espouscr la 
veavc, estre pendu eu une potence) ; cf. germ. 
viuda, id. ^ 

Ajoutons les noms composés : 

ACCROCHE-coELus, favoris (Vidocq). auj. mèche 
de cheveux que les souteneurs de barrière portent 
j)laquée sur la tempe et qu'ils appellent aussi 
roujlaquettes, propr. petites rides (du dial. voujle, 
provençal raflo, riflo, ride). 

BÈTE-A-coRNES, fourchctte {Rai, 1790, p. i5 ; 
Vidocq). 

CORNET d'épices, Ics bous Pèrcs {Jargon, i634). 
les capucins {Jargon, i836). 

CROTTES d'hermite, polrcs cuites {Jargon, i634). 

GRAS-DOUBLE, fcuillc dc plomb (Vidocq), com- 
parée à la membrane de l'estomac du bœuf. 

I. Cf. en outre, dans le vocabulaire des Chauffeurs de 1800 : 
Croissant (gilet), parrain (témoin). 

Dans le Jargon de i83G : Coton (dommage), embarras (carrefour), 
yorge (étui), landier (blanc?), mouche (mousseline), occasion (chan- 
delier), olivet (oignon), organe (faim), pente (poire), prônier (père), 
quille (feuille ?), rondache (musette), sable (estomac), trique (dent). 

Dans Vidocq : Aboyeur (celui qui dans une prison est chargé 
d'appeler les prisonniers demandés au parloir), banquette (menton), 
barbichon (capucin), barre (aiguille), batterie (mensonge), blanquette 
(argenterie), bonhomme (saint), cabestan (officier de paix ou de 
police), centre (nom propre), chanoine (rentier), croix (écu de 
six francs), frotin (billard), masseur (ouvrier), mousseline (pain 
blanc;, pivot (plume), pot (cabriolet), purée (cidre), réduit (bourse), 
roupie (punaise), tourmente (colique). 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX Io3 

GRIPPE-JÉSUS, gendarme (« terme des voleurs du 
Nord de la France », Yidocq), propr. qui saisit 
les innocents {\. Jésus) ; cf. provençal gripo-jesas, 
id., rouchi grippe-jésus, id. (et hypocrite, dévot) 
et argot breton de la Roche Jîrib-jezuz, gendarme 
(tous d'origine argotique). 

GRIS-BLEU, gendarme (Chauffeurs, 1800). 

LÈVE-PIEDS, escalier, échelle (Vidocq). 

MARCHAND DE LACETS, gciidarmc (/d.), allusion 
aux lacets dont il garrotte les prisonniers. 

PIED DÉ COCHON, pistolct ((( terme employé par 
Cartouche et Mandrin », Yidocq), répondant au 
provençal ped-de-porc , pied plat et pince de fer ; 
cf. argot roumain p/c/o«/'e de porc, pistolets. 

piouE-EN-TERRE, diudc (Cliauffcurs, 1800) et 
volaille (Vidocq) : « cette expression est devenue 
populaire, au moins parmi les canuts de Lyon » 
(Fr.-Michel). 

PRUNE DE MONSIEUR, archcvêquc (Vidocq), 
d'après la couleur violette de leurs habits ; cf. 
violet, évêque(/c?., II, 290). 

QUATRE COINS, mouchoir de poche (« terme des 
voleurs lyonnais », Vidocq). 

ROUE DE DERRIÈRE, piècc dc ciuq fraucs 
(Vidocq), et roue de devant, pièce de deux francs 
(Id.), d'après le diamètre respectif de ces roues ; 
cf. cant hind-coach-wheel, pièce de cinq shillings, 
eifore-coach-wheel, pièce de deux shillings et demi. 



io4 l'argot ancien 

TAS DE PIERRES, prisoii (M.), rcpondaiit RU syno- 
nyme français boite aux cailloux (Oudin). 
VOL AU VENT, plumc (Yklocq) ^ . 

B. — Appellatifs tirés des nojns cf animaux. 

Les termes suivants appartiennent à cette caté- 
gorie : 

ANGUILLE, ceinture (Vidocq) ; la germania rend 
la même notion par culebra, couleuvre. 

ASPIC, calomniateur (Vidocq), dont la langue 
est venimeuse comme celle de l'aspic : cf. Mayenne 
aspiquer, piquer par des paroles, calomnier. 

BIDET, moyen de correspondance dans une pri- 
son d'une fenêtre à l'autre (/d.), allusion au bidet 
qui porte les courriers. 

BOUC, cocu (/d.), répondant à cornard: et hoc- 
card, bordel (M.), nom patois du bouc, emblème 
de la débauche. 

BREMES, cartes ii jouer {Jargon, i836), d'après la 
brème, poisson plat et court. 

CANARD [sans plumes), nerf de bœuf avec lequel 
les argousins frappent les forçats qui sont en route 
pour le bagne Vidocq). 



I. Cf. en outre, dans Vidocq : Boulet à queue (melon), bûche plom- 
bante (allumette), coste de bœuf (sabre), couenne de lard (brosse), 
crucifix à ressorts (pistolet), étron de mouche (cire), peau-d\ine (tam- 
bour), plume de Beauce (paille), tape-dur (serrurier). 



ELEMENTS ORIGINAUX lOO 

CANICHE, ballot carré à oreilles (M.). 

CAPON, filou [Jargon, 1628, p. 3o : Capons sont 
les eschevins de la triperie, dont la plupart sont 
casseurs de liane et doubleux), nom dialectal du 
chapon : cf. provençal cf/pow/*, gueux, vaurien. 

CAPRE, un carolus (Jargon, 1G28), et capelou 
(Ibid., 1728), noms patois de la chèvre et du che- 
vreau, effigies du carolus. 

CARLiNE, la mort (Yidocq), propr. femelle du 
carlin au nez camus, appelée également la camarde 
(Granval), terme populaire qu'on retrouve dans 
Scarron et dans Voltaire : ce qui frappe tout 
d'abord à la vue d'un squelette, tel que la mort a 
été personnifiée, est l'absence du nez, qui donne à 
la face un aspect si hideux (Fr. -Michel). 

CERF- VOLANT, fcmmc qui dépouille les petits- 
enfants dans un lieu écarté (Yidocq). 

CHAT, concierge de prison (Yidocq), celle-ci 
envisagée comme une chatière ; et chatte, pièce de 
six francs (« les filles publiques sont à peu près 
les seules qui se servent de ce terme », Id.). 

CHEVAL DE RETOLR, cclui qui cst couduit au 
bagne pour la deuxième fois {Id. ) . 

CHOUART, membre viril [Vie, 1096), propr. ^ 
mâle de la chouette, répondant au fourb. daco, 
dago, id. (= duc, hibou), terme euphémique ; cf. 
dans Rabelais, MaistreJean Chouart, et le provençal 
dugonel, derrière (= hibou) ; par contre, la femelle, 



io6 l'argot ancien 

la chouette a, dans l'argot, le sens de excellent 
(Vidocq), bon, beau (Larchey), ce qui rappelle le 
passage connu de Rabelais (III, i4) : « Ma femme 
sera coincte et jolie comme une belle et petite 
chouette », certains de ces oiseaux étant en effet 
d'une beauté remarquable ; dans le fourbesque, 
civetta signifie servante, ménagère (la chouette 
étant sobre et économe). 

GIGOGNE, préfecture de police (Vidocq) : « Par 
une coïncidence des plus singulières, les bandits 
et boulangers de Zagori, en Albanie, appellent, 
dans leur argot, la maison du juge \zXvaiol, cigo- 
gne » (Fr. -Michel). 

CRAPAUD, cadenas (Vidocq), sens ancien français 
du mot (14Ô9 : la clé du crapauld d'icelle porte) ; 
cf. allem. Frosch (= grenouille) et anglais pad/oc/c 
(= loquet-crapaud). 

DUPPE, niais qu'on trompe facilement (Ducange, 
i4'26 : V. p. 16 ; GoquilL, i455 : v. ci-dessus btanc ; 
Passion, i486 : Nous allons donner sur la corne à 
quelque duppe ; Villon, 71 : Les duppes sont privez 
de caire), propr. huppe (Rabelais, II, 12 : aussi 
huppés que dupes de marais), oiseau à apparence 
^tupide (encore auj. dans le Poitou). 

ÉCREVissE, cardinal (Vidocq), par allusion à la 
couleur. 

ESCARGOT, vagabond (/d.), pareil au mollusque 
qui porte sa maison sur son dos. 



ELEMENTS ORIGINAUX IO7 

FuiQLET, mouchard (« terme des voleurs de 
Paris», Id.), d'après le nom de ce moineau qui 
frétille sans cesse lorsqu'il est perché. 

GRIVE, guerre (Jargon, 1628, p. 42 : les drilles 
ou les narquois en revenant de la grive), et soldat 
(Yidocq), d'après le nom de l'oiseau qui maraude y 
dans les vignes (cf. en fr. , grivcler, voler, c'est-à- 
dire grappiller comme la grive). 

HIRONDELLE DE GREVE, gciidarmc (Yidocq, 
Mémoires, III, l'.î^)\ cf. germ. golondrino, soldat, 
propr. mâle de l'hirondelle (« porque van en 
companias o bandadas », Salillas). 

LAPIN FERRÉ, gendarme, (u terme des Aoleurs 
normands », Yidocq) ; cf. anc. fr. lévrier du bour- 
reau, archer (Oudin). 

LÉZARD, mauvais camarade (Yidocq), semblable 
au reptile qui se cache dans les trous. 

MANDOLET, pistolct {Jurgoii, i836), propr. petite 
mendole, par allusion à la forme de ce poisson. 

MOLCHE, laid, vilain (Halbert), à côté de mou- 
chique (Yidocq), propr. ennuyeux comme une 1/ 
mouche ; mod. moustique, id. 

MOUTON, espion placé par la police près d'un 
prisonnier dont il doit chercher à acquérir la 
confiance, afin d'en obtenir des révélations (Yi- 
docq), répondant au calao cabra (= chèvre) et au 
calô chivo, chota, propr. chevreau, chevrette. 

MULET, diable (Bouchet, III, i3i : mulet, c'est le 



io8 l'ar6ot ancien 

diable, et ainsi interpretent-ils, quand le nieus- 
nier dit le diable m'emporte en son enfer), propr. 
mulet des meuniers ; cf. ïabourot, Bigarrures 
(dans Fr.-Michel) : « Les meusniers aussi ont une 
mesme façon de parler que les cousturiers, appel- 
lant leurasne le grand Diable... » 

PAPILLON, blanchisseur (Vidocq) et linge, étendu 
sur les haies au soleil. 

PIE, boisson (Viel Testament, i4ô8 : Si irons 
croquer cesle pie * ; Vie, 1596 : pie santoche, cidre), 
d'après le nom de la pie - à laquelle on attribue 
l'habitude de se griser ; piard, id. (St. Christophe, 
1627 : Je m'en brouay au gourd piard), eipiarde, 
id. (Villon, 67 : gourde piarde), propr. petit, 
petite de la pie, à côté de pier, boire (Bouchet, lll, 
i3o : pier, c'est boire), piolle, taverne {Jargon, 
1628), auj. piolle, piaule, logement, chambre 
(« terme des camelots et voleurs de campagne », 
Vidocq). Le terme a passé en anc. fr. dès le xv** 
siècle {Test, de Pathelin, éd. Jacob, p. 187 : Je vous 

1. Dans Rabelais (IV, prol.) : « Boire d'autant et à grans traitz 
estre pour vray croquer la pie. » 

2. Charles d'Orléans (v. Littré) appelle desduit de la pie, un repas 
où l'on boit « du vieil et du nouveau », et, dans les Contes d'Eu- 
trapel (ch. \XX111\ il est question d'une enseigne de la Pie qui 
boit ; la locution juchier la pie, vider les pots, se trouve dans Villon 
et dans un Mystère du xv' siècle (v. Bijvanck, Essai critique sur les 
œuvres de Villon, i883, p. G3). Cf. Berry l'agace a emporté le dou:il, 
le tonneau est vide ; provençal prene l'agasso, se griser (= prendre 
la pie); Parme gazza, pie et ivresse. 



ELEMENTS ORIGINAUX IO9 

Ijry que j'aye k pyer Un coup de quelque bon vin 
vieulx ; Farce du Meunier, 1496, p. 286, Ibid. : 
Baillez- moy... La gourde pie ; La Condamnation 
du Banquet, i5o7, p. 299, Ibid. : Gallans, allons cro- 
quer la pie ; Je n'en puis plus si je ne pie Quelque 
pianche bonne et fresche). Dans la germania : piar, 
ho'ivc, pio, boisson (ci pie la, ici., d'où pie larse, se ^ 
griser), piarcon, buveur, piorno, ivre (termes j 

empruntés à l'ancien argot). L'argot breton de 
Vannes a également pien, cidre, piart, ivre, etc. 
(V. Reime celtique, XXVI, 87), qui dérivent de la 
même source. 

PIGEON, dupe (Vidocq), forme moderne de l'an- 
cien coulon, niais simulé (GoquilL, i455 : Ung 
blanc coulon, celluy qui se couche avec le mar- 
chant ou aultre et lui desrobe son argent, ses 
robes et tout ce qu'il a, et les gette par unefenestre 
à un compaignon qui l'attent hors de la chambre) : 
c'est l'anc. fr. et dial. (Picardie, Champagne) cou- 
lon. pigeon, répondant à la germ. palonio (« simple 
o nescio ») ; v. plus haut blanc. 

PIVERT, ressort avec lequel on coupe les bar- 
reaux et les fers des forçats (Id.), allusion à l'oiseau 
qui perce l'arbre de son bec. 

RAGOT, un quart d'écu (Jargon, 1628), répondant 
au cant hog, shilling (= pourceau) et pig, six 
pence (= porc) 

RAT, type du voleur : prendre un rat par la 



IIO L ARGOT ANCIEN 

queue, c'est couper une bourse (Bouchet, III, i3o : 
Entrant en prison le mattois dira : il a pris un 
rat par la queue), et courir le rat, voler 
la nuit dans l'intérieur d'une auberge ou 
maison garnie (Yidocq) : raton, petit voleur 
de dix à douze ans (Id.), répondant à la germ. 
raton, voleur de bourses. 

ROSSIGNOL, haut-bois, et rossig notante, flûte 
(Jargon, i836) ; en fr., rossignol, petite flûte 
d'enfant. 

SACRE, sergent (Jargon, 1628), semblable à l'oi- 
seau de proie, hardi et vaillant, auquel rien 
n'échappe. 

SANGLIER, prêtre (Yidocq). par allusion à sa robe 
noire : cf. les synonymes modernes : marcassin et 
sac à cliarbons, curé (radis noir, prêtre, dans le 
jargon de l'ouvrier, Rigaud), corbeau ou coincoin, 
frère de la Doctrine chrétienne. 

G. — Appellatifs tirés des noms de plantes. 

Ces termes, moins nombreux que les précé- 
dents, sont représentés par : 

CHÊNE, homme : abattre un chêne, tuer un 
homme (Bouchet, III, i3i : s'il a tué un homme, 
on ne fera que dire // a abbatu un chesne), compa- 
raison naturelle qu'on rencontre sous forme de 
proverbe en ancien français (« Petit homme abbat 



ELEMENTS ORIGINAUX III 

bien un grand chesne, et douce paioUe grand 
ire )), Gabriel Meurier) et avec son acception spé- 
cialement argotique dans Oudin, i6/io : « Petit 
homme abbat grand chesne, un petit homme en 
tue un grand... » ; auj. faire suer un chêne ; cf. 
germ. arbol, corps, et calao tronco, homme. 

COLOQUINTE, têtc (Yidocq), répondant aux syno- 
nymes modernes : citrouille, potiron, tomate, etc. 

GIROFLE, homme ou femme aimable (Vidocq : 
Jargon, i836 : giroble), mignon comme l'œillet. 

JONC, or (Vidocq), par alhision à la couleur. 

PLANT, faux lingot (Coquill., i/i55), propr. ce 
qu'on cache, planteur, celui qui baille les faux 
lingots (Ibid.), et planter, cacher (Villon, io8 : 
Allez ailleurs planter vos marques), à côté de la 
forme moderne planquer, id. (Vidocq), propr. 
enfoncer dans le sol, sens du fourb. piantare et de 
la germ. plantar, enterrer (cf. aussi cant to plant, 
cacher). La forme secondaire plan {= plant), 
signifie prison (Vidocq, XXXV), auj. mont de 
piété, propr. cachot, cachette, et le sens de cha- 
peau que plant a également dans l'ancien argot 
(Jargon, 1628, p. 20 : un chapeau on le nommoit 
plant) se rapporte à celui d'enfoncer^. 

PRUNE, balle, d'où empruner, fusiller (Chauf- 
feurs, 1800). 

I. Voir aur planter les notes de Bijvanck (Essai, p. 187 et 176), 
qui l'interprète par « tromper ». 



i^ 



sj^ 



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112 L ARGOT ANCIEN 

TREFFLE, labac (Yidocq), le trèfle sec étant de 
couleur brune, à côté de triffois, id. (Jargon, 
i836) et triffoin, id. (Yidocq), d'où triffonière, 
tabatière (fd.). 

TRONCHE, tête (Bouchct, III, 1.3 1 : la tronche, 
c'est la teste ; raser la tronche, c'est couper la teste; 
Vie, 1096, comblette ou /roAîcAe ; Jargon, 1628 : 
tronche de înorne, teste de mouton), propr. trône 
d'arbre, sens ancien français et dialectal (Picardie, 
Vosges) du mot, analogue au calô troncho (« pes- 
cuezo ))) ; cf. normand de Vire et canut tronche, 
tête (terme emprunté à l'argot). Tronche désigne, 
en argot, la tête en général, et non pas la tête 
tranchée (cf. Larchey, Introd. : u La tronche 
montre la tête tombant sous le couteau de la guil- 
lotine ))); cette appellation, comme le remarque 
Delesalle, se trouve antérieurement à la peine 
générale de la décapitation, et il cite, à cette 
occasion, ce passage de la Vie Généreuse (iSgô) : 
(t Les sujets du Grand Goesre s'approchèrent de 
leur souverain tronche nue » (v. ci-dessous sor- 
bonne). 

YERGNE, ville (Villon, 212 :Va.r la verg ne : }ie, 
1596, el Jargon, 1628), propr. lieu planté de ver- 
gnes, le nom français et dialectal de l'aune ou 
osier, rouergat vergne, marécage, c'est-à-dire mare 
plantée d'aunes : .« Il y a près de Valloires (en 
Picardie) un terroir qu*on nomme el Vergne, parce 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX I l3 

qu'il a été autrefois planté d'osier » (Gorblet) ; et 
les noms de lieux La Verne, La Vergue, Lavergne, 
Les Vergues, Les Vernes, etc. Le bellau vergna, 
ville, est emprunté à l'argot. 

D. — Appellatifs tirés des noms propres. 

Ces noms personnels ou géographiques, au sens 
généralisé, désignent surtout des objets (outils, 
habits, monnaies, etc.), plus rarement des agents 
et tout particulièrement diverses catégories de 
voleurs. Tels sont : 

BOURGUIGNON. Ic solcll ^ d'après la situation 
orientale du département de la Gôte-d'Or, répon- 
dant au Val-Soana /omèard ((( sole, giorno»), la 
Lombardie se trouvant à l'orient de Val Soana ; 
ou simplement par allusion au vin bourguignon 
(cf. le beau blond, autre nom argotique du soleil). 

BRETON, voleur (Coquin. , i455 : un breton est 
un larron). 

CARLE, argent monnayé (Vidocq), c'est-à-dire 
Caroliis, ancienne monnaie frappée sous Char- 
les Mil, et répondant au fourb. carlo, denier'; 
cf. philippe, écu de trois et de six livres (Id.). 

CHARLES, voleur (Chauffeurs, 1800), répondant 
aux synonymes modernes Bertrand et Macalre ; 
chariot, voleur (Vidocq, vol. 1, p. xxxiii). 

. 1. Le mot se trouve dans les Mémoires de Vidocq (III, i33) : « \ 'là 
le Bourguignon qvii baisse. » 

L'Argot ancien. Q 



ii4 l'argot ancien 

CHARLOT, bourreau (\ idocq), nom qui date du 
temps de la Révolution. 

DA\iD, crochet à ouvrir serrures (Coquill., i455: 
le roy David, c'est ouvrir une serrure, un huiz 
ou un coffre et le refermer ; Villon, 2i4 : Vive 
David!), et Davyot. id. (Coquill., i455 : le roy 
Davyot, c'est simple crochet à ouvrir, serrures), 
appellations analogues aux synonymes dauphin 
(ou dauffe) et monseigneur, à côté de modernes 
Jacques, Charlotte, pince d'effraction ; cf. cant Bess, 
Betty, id., elKate, rossignol (= Catherine); dans 
le rotwelsch, Rehhemausche, barre à briser les ser- 
rures, signifie propr. Rabbi Moïse. 

DiJONMER, moutardier (Vidocq), de Dijon, 
ville renommée pour sa moutarde. 

GASCON, voleur, et gascâfre, jeune voleur (Co- 
quill., i455 : ung gascatre est un apprentiz qui 
n'est pas encore bien subtil en la science de la 
coquille); cf. Oudin, i64o : gascon, qui desrobe 
volontiers, gasconner, prendre, desrober ; en four- 
besque Guasco ou Vasco, c'est-à-dire Gascon, a, au 
contraire, le sens de gentilhomme. 

GEORGET, pourpoint {] ie, 1096 ; Jargon, 1628), 
propr. petit Georges (=jfac^Me/, jacquette, litt. petit 
Jacques), répondant au fourb. piero, manteau, 
germ. pedro (« capote o tudesquillo »), propr. 
Pierre ; cf. cant Joseph, manteau. 

GREC, filou, tricheur (Vidocq), d'où grèce, tri- 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX Il5 

chérie (Rigaud) ; cf. cant Greeks, id., et anc. fr. à 
la griesche, à la manière des Grecs, locution 
employée par Eust. Deschamps à propos de filou- 
terie au jeu des dés (suivant Lacurne) : Lui fist 
jeter à la griesche, XV poins *. 

HUBiNS, mendiants soi-disant mordus par un 
loup ou chien enragé et prétendant avoir fait le 
pèlerinage à Saint Hubert {Jargon, 1628, p. 29), 
patron des chasseurs qu'on représente toujours 
suivi d'une meute : de là, hubin, chien {Jargon, 
1728), c'est-à-dire chien de Saint Hubert, mod. 
lubin (= V hubin), domestique (Rigaud), propr. 
chien. 

JABOTER, parler (Chauffeurs, 1800), et interroger 
(Larchey, SuppL), propr. bavarder (v. ci-dessous 
babiller) . 

JEAN {faire le saint), se décoiffer pour avertir ses 
compères de prendre les devans et de se rendre 
au lieu convenu (u signal des emporteurs », 
Vidocq). 

JÉRUSALEM {lettre de), c'est-à-dire écrite de pri- 
son (pour escroquer de l'argent) : cf. la petite 
Judée, la préfecture de police (Fr. -Michel), située 
rue de Jérusalem 2. 

JÉSUS, innocent et jeune voleur (Vidocq). 

1. Voir l'article griesche (jeu) dans Godefro} et dans Lacurne. 

2. A Avignon, la rue, habitée autrefois par les Juifs, s'appelait 
carriero de Jerusalen. 



ii6 l'argot ancien 

LÉON, président de la Cour d'assises (Id.), appelé 
aujourd'hui aussi Anatole. 

LILLOIS, fil (Id.), propr. de Lille. 

LIMOUSINE, plomb des couvertures {Id. ; cf. 
limousin, maçon). 

LiNGRE, couteau (Jargon, 1628 : lingres, 1728 : 
laingres ; 17e, 1696 : ingre = lingre), mod. lingue, 
propr. couteau de Langres, ville célèbre par sa 
coutellerie, d'où provençal lingre, dague, stylet, 
et Val Soana lingher, couteau. L'argot moderne 
dit eus tache, couteau de poche (terme familier au 
patois champenois), répondant aux synonymes de 
l'argot milanais martin (« coltello »), niartolfa 
(« spada ))) et de l'argot roumain busuioc, couteau 
(nom d'un heïduque célèbre), à côté de hismarc, 
poignard (= Bismarck). 

LISETTE, veste (Chauffeurs, 1800); v. ci-dessus 
georget. 

LYONNAISE, soicric (Yidocq), c'est-à-dire de Lyon. 

MALTAISE, écu d'or (Chauffcuis, 1800; Vidocq), 
qui aurait eu cours sur les galères de Malte 
(Rigaud). 

MICHE, michet (diminutif michelon), homme 
payant les filles (Fr. -Michel), de Miche, Michel, 
propr. niais, dupe, à côté de mikel id. (Vidocq) ; 
cf. Lyon miche, apprenti canut, Champagne 
miche, galant, amoureux, et michaud, michclct, 
galant (anc. fr. michaud, libertin, ai faire le saut 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX II 7 

michelet, se livrer à la galanterie), auj. faire le 
michelet {michelin), c'est palper les femmes dans 
une foule (Rigaud) ; fourb. miccheggiare, s'amou- 
racher. 

ORLÉANS, vinaigre (Yidocq) : celui d'Orléans 
était célèbre. 

PANTIN, Paris (M.), d'après le village de la ban- 
lieue qui porte ce nom, modifié en Pantruche 
à côté de Pampelache, id. (Yidocq), nom de fan- 
taisie analogue au provençal Pampaligosso, pays 
imaginaire, lointain (Rabelais mentionne un 
viceroy de Papeligosse) ; l'argot ancien connaît 
Parouart (Villon, i). 

ROLLAND [soye ou saye), locution d'un sens peu 
clair (GoquilL, i455 : La soye Rolland, c'est 
ouvrir quelque chose à force... Aulcune fois 
quand ilz parlent de la saye Rolland, c'est à dire 
qu'ilz ont batu la justice ou la batroyent qui les 
vouldroicnt prendre) et qui contient une allusion 
qui nous échappe. 

SAVOYARDE, mallc (Vidocq). 

soissoNÉ, haricot [Id.], propr. de Soissons. 

soRRONNE, tête : « La sorbonne est la tête qui 
pense, qui médite ; la tronche est la tête lorsque 
le bourreau l'a séparée du tronc. Je crois qu'il 
serait difficile d'expliquer d'une manière à la fois 
plus concise et plus énergique deux idées plus 
dissemblables ». Cette explication de Yidocq 



ii8 l'argot ancien 

(II, 179), qu'on retrouve chez Rigaud ^ est de 
pure fantaisie : Tronche, le seul terme historique 
de l'argot, désignait et désigne encore la tête en 
général, sans aucune restriction, humaine ou 
animale, vivante ou inanimée ; sorbonne ne figure 
dans aucune édition du Jargon du xin*" siècle (Hal- 
bert a sorbonner, méditer, verbe de l'invention de 
cet éditeur peu scrupuleux), et, aujourd'hui, il est 
également inconnu. Il est possible que le terme 
soit imaginaire (de même, par ex., que arche de 
A^oe, Académie, ou fièvre cérébrale, condamnation 
capitale 2; Yidocq), ou plutôt qu'il ait eu une 
existence passagère (un exemple unique se trouve 
dans Vidocq, p. xi). 

THUNE, aumonG {Jargon, 1628. p. 22 : demander 
la thune dans les antifles ; éd. i836 : trune), auj. 
tune, pièce d'argent, d'après le nom du j'oy de 
Thunes, c'est-à-dire roi de Thunis, que portait le 

1. « Sorbonne, tète. Autrefois, c'était la tète sur les épaules, la tète 
qui pense. L'autre, la tète coupée, était la tronche. Messieurs les 
assassins qui ne sont jamais sûrs de conserver cette partie si essen- 
tielle de leur individu, avaient créé deux mots pour exprimer les 
deux manières d'être de la tète. Aujourd'hui sorbonne n'est guère 
plus usitée. » Cf. Delvau : « Sorbonne, la tète, parce qu'elle médite, 
raisonne et conseille le crime. » Cette explication, d'ailleurs, 
remonte à Balzac (Vautrin : « La sorbonne est la tète de l'homme 
vivant, son conseil, sa pensée »), qui l'a puisée dans Vidocq. 

2. Cf. également, dans l'édition du Jargon de i836, les termes : 
homicide, hiver, honnête, printemps, impôt, automne, et jaune, été 
— tous d'un caractère artificiel prononcé et qui n'ont certainement 
jamais appartenu au langage des voleurs. 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX II 9 

chef des gueux, le grand Coesre {Jargon, 1628, 
p. 9), à l'exemple du général des Bohémiens appelé 
duc d'Egypte ; de là, taner, mendier, et tuneur, 
mendiant (Vidocq), à côté de Tune, Tunebée, 
Bicetre, prison et maison de mendicité dans le 
département de la Seine, tuneçon, maison d'arrêt 
(Vidocq). Tune a pénétré dans l'argot breton de 
la Roche, appelé tunodo, d'où lunodi, parler 
argot (de tunaud, pour tuneur, mendiant). Le 
terme a également passé en espagnol et en portu- 
gais (tout en manquant à la germania et au 
calao) : tuna, vie fainéante, vagabonde (corer la 
tuna, quémander), tunante, gueux, et tuneav, 
mener une vie débauchée. La pénétration se fît 
par l'intermédiaire d'un patois méridional : bas- 
limousin tuna, boire abondamment, Lyon tune, 
bamboche, partie de plaisir, Vaud tune, ribotte, 
débauche de table, Suisse tuner, boire abondam- 
ment et faire la débauche. 

3. — Verbes 

Cette dernière catégorie embrasse un certain 
nombre de termes, que leur notion primordiale 

1. Cf. Revue celtique, vol. XIV, p. 212, où M. Ernault ajoute : « A 
la même origine (c'est-à-dire à l'argot tune) se rapportent les mots 
bretons tun, espièglerie, tour d'adresse, ruse, teiin, faux, frivole, 
fraude, fausseté, tromperie, teûni, frauder, tromper, cornouaillais 
tuna, gagner par ruse et subtilité. » 



I 20 L ARGOT ANCIEN 

ferait rentrer dans une des classes précédentes. 
Tels : caner, cavaler, tauper, tirés des noms d'ani- 
ifiaMx; pivoiner, dérivé d'un nom de plante, et 
capahuier, qui remonte à un nom propre. On a 
pourtant rangé ces termes sous cette rubrique, 
attendu qu'on ne les rencontre que sous forme 
verbale. 

AFFRANCHui, corromprc, apprendre à quelqu'un 
les ruses du métier de fripon (Vidocq), propr. le 
débarrasser de toute entrave ; cf. franche, rece- 
leuse (GliaufTeurs, 1800). 

ALLUMER, regarder attentivement (Yidocq), 
comme le fourb. allumare, id. ; cf. argot mod. 
ardents, yeux, répondant h la germ. quemantes, 
id. 

BABILLER, avoucr (Villou, Ao : Devant la roe à 
habiller), auj. confesser (Yidocq : babillard, confes- 
seur: Jfl/'(/o/M 628: ministre), et lire (Yidocq : babil- 
lard, livre : Jargon, 1728 : babillarde, lettre), à côté 
de Tanc. babigner, avouer (Yillon, 4i : il babigna 
pour son salut), ci babinage, bavardage {St. Chris- 
tophe, 1027 : Pour te pendre hault comme un lart 
Nonobstant tout ton babinage). 

BALANCER, rcmucr [Vocabulaire de 1829) et jeter 
(Yidocq), à côté de balançoire, fraude [Id.). 

BALLADER, aller demander l'aumône (Jargon, 
1628, p. 5i : que les frères puissent trucher et 
bcdlader ; Response au grand Coesre, i63o : il y 



ELEMENTS ORIGINAUX 121 

eut de ses narquois qui... se prindrent ii trucher, 
ballade r et faire jouer la mine), propr. mendier 
en chantant des ballades (anc. fr. ballader, chanter 
des ballades), répondant au synonyme aller en 
mw^/^we (Chauffeurs, 1800), demander l'auniône, 
pUr allusion aux mendiants aveugles, ou contre- 
faisant les aveugles, qui allaient par les villes 
jouant de la vielle et chantant des ballades dans 
les carrefours. 

BARBOTER, fouilIcr uu détcnu à son entrée en 
prison (Yidocq), auj. voler (barbolln, vol), image 
prise du canard {barbotle, en argot) qui barbote 
dans l'eau trouble. 

BECQUER, regarder (CoquilL, i455 : quant ilz 
dient qu'ilz ont regardé quelque chose, ilz dient 
qu'ilz ont becqaey), répondant à la locution laer 
au bec (Villon, 33 : Luez au bec, que ne soiez 
greffis), où bec a le sens de nez (cf. calao beque, 
narine) ; le patois de la Mayenne dit s'abequer, 
s'abequeter, regarder fixement. 

BiGOTTER, prier (Vidocq), c'est-à-dire faire le 
bigot. 

BONiR, dire, assurer (/d.), propr. dire des bonnes 
(bonne histoire), d'où boniment, long discours 
adressé à ceux que l'on désire se rendre favo- 
rable, annonce d'un charlatan ou d'un banquiste 
(Vidocq). 

BOLLiNER, voler {Jargon, 1728), et trouer la 



^\ 



122 L ARGOT ANCIEN 

muraille (Vidocq), d'où boulin, trou fait dans une 
muraille, et bouline, bourse {Id.,. 

BRANCHER, pendre {St. Christophe, 1627 : ... le 
taulart vous eust branché en la tourtouse ; Yidocq), 
propr. pendre à un arbre, à une branche. 

BRIDER, fermer une porte, et débrider, l'ouvrir 
{Jargon, 1628), à côté de bride, chaîne de forçat 
{être bridé, être ferré et prêta partir pour le bagne, 
Vidocq). 

CA>iER, agoniser, mourir (Vidocq), propr. faire 
la cane ou le plongeon, et canage, agonie {Id.) ; 
Lyon caner, mourir(terme emprunté à l'argot). 

CAPAHLTER, assassiucr son complice pour s'ap- 
proprier sa part de butin (et sauter à la capahut, 
id., Vidocq), d'après le nom du voleur Capahut 

(v./d., 11,98-99)- 

CASSER, couper la bourse {Jargon, 1728 : casser 
la hane). 

CAVALER {se), s'enfuir (Vidocq), propr. fuir 
rapidement comme une cavale. 

CHARRIER, escroquer, duper, d'où charriage, 
escroquerie, et charrieur, charron, voleur (Vidocq), 
propr. charretier, répondant à la germ. carretero, 
tricheur (= charretier). 

CHIQUER, battre (Chauffeurs, 1800 : Vidocq), 
propr. manger, association d'idées familière (cf. 
fr. pop. bâfre, dariole et tarte pour gifle) ; de là, 
Genève chique, chiquenaude (pr. chico, id.), syno- 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 123 

nyme de croquignole, qui signifie à la fois pâtis- 
serie et coup sur le nez ou sur la tête. 

CRAMPER, fuir (Vidocq), c'est-à-dire éprouver 
une crampe. 

DÉVIDER, parler longuement (Vidocq), et dévi- 
dage, long discours (Id.), propr. dévider le fil du 
discours, d'oii Jîlin, argot (Bruant). 

DORER, mentir (Villon, 27 : Songears ne soiez 
pour dorer...). 

EMBLÈMER, trompcr (Vidocq), et emblème, trom- 
perie {Id.), propr. conte ou faux prétexte, dans 
le langage populaire (« courte allocution ayant 
pour objet de conseiller, de protester, de faire 
des remontrances », Nisard, Parisianismes , p. 97). 

EMPRESSER, aboycr (Chauffeurs, 1800), associa- 
tion d'idées dont le terme intermédiaire nous 
échappe. 

ÉPOUSER (la veuve), être pendu (v. plus haut 
veuve) ; cf. Oudin, i64o : espouser une potence ou 
une roue, se faire pendre ou rouer. 

FILER, aller à la selle {Jargon, 1690 : Jîller du 
proys ; v. proye). 

FILER {quelqu'un), le suivre à son insu sans 
le perdre de vue (Vidocq) ; cf. germ.Jilar, couper 
la bourse (u cortar sutilmente »), d'où fdatero, 
filou ((( ladron que hurta cortando alguna cosa ))). 

FOURMILLER, maichcr (Vidocq), et courir 
{Vocabulaire de 1829). 



y 



I'i^ l'argot ancien 

FRETiLLER. clanscr {Jargon, i836). 

GRAISSER, dérober subtilement (Jargon. i836), 
représente la même image que poisser, au même 
sens (v. ci-dessous); de là, graisse, vol (Yidocq). 

GRATTER, arrêter (Yidocq). et raser (Jargon, 
i836) ; cf. les synonymes modernes rafler, rifler, 
ratisser, arrêter (Bruant). 

HAPPER (le taillis), s'enfuir hahilcmeni (Jargon, 
1628), répond au fr. gagner le taillis (Molière), 
anciennement gagner le bois. 

JASER, prier (Jargon, i836). 

JUDACER. embrasser quelqu'un pour le tromper 
\J (Vidocq), allusion évangélique ; cf- argot roumain 
caiafa, agent secret, propr. Caïphe, nom du grand- 
prêtre qui demanda la mort de Jésus. 

MAQUILLER, travailler, voler (Jargon, 1628), 
propr. farder, c'est-à-dire déguiser; ci maquillage, 
vol (Ibid., p. 3o : quand l'esté est venu, ils disent 
fy du maquillage) ; cf. fourb. camuffare, voler, 
propr. déguiser (sens du mot en italien). 

MOULINER, bavarder (Vidocq), image facile à 
saisir. 

piCTER, boire (Jargon, 1628), et piqueter, id. 

(Chauffeurs, 1800), propr. boire de la piquette, 

iVoù piéton, vin (Ibid. ; Yidocq), c'est-à-dire pi^we- 

J ton; cf. Mayenne piéton, piquette, et normand 

pictrie (être de la), être ivre. 

PINCER, voler (Jargon, 1728), même image 



^ 



U' 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 125 

que les synonymes modernes crocher, griller, 
grincher. 

pivoiNER, rougir ((( terme des voleurs bretons», 
Vidocq), comme la pivoine. 

POISSER, voler (Yidocq), propr. avoir de la poix 
aux doigts (c'est-à-dire voler, Oudin), d'où poisse, 
voleur ((( terme des camelots et des voleurs de 
province », Yidocq), répondant à l'anc. fr. pois- 
sard, larron (Golgrave), au xvii" siècle poissarde, 
sobriquet injurieux des harengères (Oudin, i64o : 
poissarde, une vendeuse de marée, par mespris) ; 
cf. bellau poinçar, voler, et argot breton de la 
Roche poi/isa, id.. poiiis, vol, poinser, voleur), 
termes tirés de l'argot. 

RAPLiQUER, revenir (Vidocq), propr. répliquer. «^ 

REBECïER, répéter (Id.), c'est-à-dire rehequeter, 
frapper de nouveau avec le bec. 

REFROIDIR, tuer (Vidocq). '-' 

REMBROQUER, reconnaître {Id.), propr. regarder, 
verbe tiré de broc, au sens supposé d'œil (cf. argot 
moderne godet, œil). 

RETAPPER {se), se présenter, et être à la retappe, 
guetter sur le chemin (Chauffeurs, 1800) ; faire la 
retappe, aller se promener sur place (« terme des 
filles publiques », Vidocq). 

RINCER, voler (Id.), c'est-à-dire laisser nu 
comme une bouteille qu'on rince, même image 
que nettoyer et ratisser, id. 



126 l'argot ancien 

lUYER, coïter {Vie, 1096), r/vard, paillarde (Ibid.), 
rlvette, sodomite et fille publique (Vidocq). 

SAUTER, faire le saut, tromper (ChaufFeurs, 
1800), et cacher à ses camarades une partie du 
vol qui vient d'être commis (Vidocq) ; image 
analogue aux synonymes modernes évaporer, 
filer, soulever; cf. anc. h\ faire saulter un homme, 
le tuer, le maltraiter (Oudin). 

SENTIR, aimer (Vidocq), c'est-à-dire souffrir 
quelqu'un (cf. je ne puis le sentir). 

siAGER, couper (Chauffeurs, 1800), propr. couper 
avec la scie. 

SOULAGER, tuer (Reims : Tarbé, II, 228), répon- 
dant au synonyme mod. apaiser : l'assassinat est 
conçu d'un côté comme un soulagement, et de 
l'autre, comme un apaisement. 

SUER (faille), se faire donner la part du vol 
{Jargon, 1728) et assassiner (Vidocq ; v. chêne), 
propr. faire suer du sang. 

TAUPER, travailler (Vidocq), image prise de la 
taupe qui creuse sous terre. 

TRAVAILLER, assassiiicr (Chauffeurs, 1800), et 
voler (Fr. -Michel), de même que les termes corres- 
pondants de la germ. trabajar et du calao trahal- 
har, voler ; la même association d'idées se trouve 
dans affaire et ouvrage, vol, ouvrier, voleur (Vi- 
docq) ; cf. rotwelsch, 1700 : « Diebstahl, Mase- 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 127 

matte, so eigentlich eine Handelschaft bedeutet » 
(Kluge, p. 216). 

TURBINER, traAailler un ouvrage (Chauffeurs, 
1800), travailler honnêtement (Vidocq), propr. / 
tourner comme une toupie (sens propre du verbe 
en provençal). 

VENDANGER, YolcT {PassioR, i486 : Nous y allons 
luer au bec Vouv le vendanger h.Veffvixy),d'o\i ven- 
dangeur, filou (GoquilL, i455 : Ung vendangeur, 
c'est ung coppeur de bourses ; Villon, 216 : Le 
vendangeur, beffleur comme une choue), et ven- 
dange, larcin {St. Christophe, 1627 : Nous en aurons 
asés vendange), images tirées de la vigne (cf. en 
français, grappiller). En anc. h\,vendangier signifie 
gaspiller (Oudin, i64o : Gela est vendangé, perdu, 
dissipé) ; cf. calao vindimiar, tuer^. 

4. — Ironie, Jeux de mots 

Quelques appellations ironiques, telles que : 
ANGLUCHE, olc {Jurgon, 1628), et Anglais 
{Jargon, 1690; Oudin, i653 : Anglais, un 'occa), 
tous les deux vivant dans un milieu aquatique ; 
cf. argot vénitien Ebreo, oie, répondant à pieds- 
plats, juif (Vidocq), et rotwelsch Plattfuss, oie. 
CARDEuiL, commissaire de police {Rat, 1790, 

(i) Cf. en outre, dans le vocabulaire de Vidocq : épicer (railler), 
ficeler (habiller), gratter (arrêter), isoler (abandonner). 



J28 l'argot ancien 

p. i5 : il fut reconoblé chez le cavdeuil : Chauf- 
feurs, 1800; Yidoeq), c'est-à-dire quart-d'œil : il 
guigne le voleur (v. Rigaud). 

CHARMANTE, galle {Jargoii, i836), et charmant 
galleux (Ibid.). 

CLPiDON, chifTonnier (Vidocq), appelé aussi 
wnour (ïd.) ; cf. Mayenne Cupidon, enfant mal- 
propre. 

LURON, hostie (/d.), propr. joyeux compère, 
répondant aux synonymes modernes Auvergnat, 
bourgeois, polichinelle. 

MINCE, qui signifie à la fois * peu de chose et 
beaucoup, ce dernier sens par ironie, comme le 
berrichon a j'sais beaucoup ! » exclamation pour 
(( est-ce que je sais ? » (= pas du tout) : Un tel 
est-il venu ce matin ? — J'sais beaucoup ! (Jau- 
bert). 

MUSICIEN, haricot (Fr.-Michel), appelé aussi 
pétard (Vidocq), par allusion au bruit des vents 
qu'il forme, terme populaire comme son syno- 
nyme y?rtgfeo/e^ ; cf. ^i.-PoY musicien, haricot (bur- 
lesque), et Savoie, musicien, se dit de tous les 
haricots d'une digestion difficile. 

NAZARETH, nez (Vidocq), augmentatif burlesque 
V denaze, (id.. du provençal naz, nez) ; cf. Oudin, 

1. J. Richepin : « Les significations de mince sont innombrables 
•€l il faut pratiquer Targot à fond pour en saisir toutes les nuances 
souvent intraduisibles. » 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX 129 

i64o : vin de Nazareth, celui qui ressort par le 
nez, et, dans le patois lyonnais, faire le vin de 
Nazareth, rejeter par le nez une partie de liqueur 
qu'on a avalé de travers (Puitspelu). 

PAUMER, qui signifie en même temps prendre 
(cf. repaumer, reprendre, Yidocq, mod. pommer, / ^y 
pommjaquer, prendre), propr. empoigner, et perdre 
(/d.), ce dernier sens par antiphrase. 

PHILOSOPHE, misérable (et mauvais souliers que 
les voleurs achètent lorsqu'ils sortent de prison, 
Vidocq), philosophie, misère (Id.). 

RiE\, garde-chiourme, argousin (Id.). 

SAUTERELLE, pUCC {M.). 

Le vocabulaire des Chauffeurs, de 1800, con- 
tient, en outre : Baron, chapon ; bijoutier au clair 
de lune, voleur ; bracelet de soie, menotte ; graisse 
d'oignon, poudre à canon ; juge de paix, bâton. Le 
Jargon de 1690 : Forest moust rubin (1700... 
mont...), un cloaque de ville, propr. forêt très 
(= moult) âpre^. 

Un curieux rapprochement de ce genre est 
offert par le terme harpe, qui signifie à la fois ins- 
trument de musique, griffe et barreau de fer qui 
garnit les fenêtres des prisons ; de là, jouer de la 

I. Cette tendance ironique est également accusée dans l'argot 
roumain : lup y signifie mouton (= loup), prieten, procureur 
(r=: ami), tata, préfet de police (= père), etc. 

L'Argot ancien. Q 



i3o l'argot ancien 

harpe, voler, propr. jouer de la griffée et pincer 
de la harpe, toucher les barreaux, se mettre à la 
fenêtre de la prison. Dans ce sens, harpe a comme 
synonymes guitare et violon : de là, également, 
pincer de la guitare, être prisonnier (par allusion 
à l'habitude qu'ont les détenus d'étendre les mains 
sur les barreaux de leur prison), ci jouer du vio- 
lon -, scier ses fers ou les barreaux de la prison 
(cf. bastringue, scie à scier les fers). 

Les personnifications ne sont pas rares : Père 
Frappart, marteau (Rigaud), Mademoiselle Manette, 
malle (Vidocq), Madame, nom de dé (Coquill., 
1 455 : En dez a divers noms, c'est assavoir madame, 
la vallée...), Petit père noir, broc (Yidocq, II, gS), 
à côté de moricaud, id., et de négresse {Id.), paquet 
de marchandise enveloppée d'une toile cirée. 

On les obtient parfois à l'aide d'un nom propre : 
Jean de la Vigne, crucifix (Yidocq, Mémoires, III, 
421), anc. fr. Jehan des Vignes, le vin, et fr. pop. 
Jean-Raisin, vigneron (cf. 60/5 tortu, vigne) ; 
Jean-VHoussine, bâton (Vidocq), en fr. Jean du 



I. Oudin, iG4o, explique autrement la locution : « Jouer de la 
harpe, desrober, parce qu'en jouant de la harpe on a les mains 
crochues » ; et Rigaud l'interprète ainsi : « Jouer de la harpe, voler 
à la tire ; les doigts du voleur se promènent dans la poche d'au- 
trui comme les doigts du virtuose sur les cordes de la harpe. » 

a. De là, sentir le violon, être sur le point de devenir misérable 
(Vidocq), et violoné, misérable (= mis au violon). 



ÉLÉMENTS ORIGINAUX l3l 

tloax. Cf. anc. h\ faire Jacques Desloges, s'enfuir 
((( c'est par allusion de desloger », Oudin, i6/io). 

L'épithète saint, précédant le terme proprement 
dit, produit un effet analogue : le jeu de marelle 
porte, dans l'ancien argot, tantôt le nom de 
Saint-Joyeux (i4ô5), et tantôt celui de Saint- Marry, 
c'est-à-dire marri, triste. L'ancien français connaît 
des saints tels que : Saint-Pyon, patron des buveurs 
(Ancien Théâtre français, II, 52), ou Saint-Trotin, 
patron des coureuses {Ibid., p. 4i5) ; le français 
populaire moderne, des saints tels que : Saint- 
Lâche, paresseux, Saint-Longin, nonchalant, et 
Sainte-Touche, jour de la paye (Delesalle). Dans le 
patois picard, Saint- Pane hard est le nom donné 
au mardi-gras, appelé en lorrain Saint-Crevaz, en 
provençal Sant-Crebassi, car on fait alors des 
ripailles, des crevailles. 

Les noms géographiques se prêtent tout parti- 
culièrement à cette catégorie de jeux de mots ou 
de calembours. Tels sont : 

ANGOULÊME. bouclic (Jcirgon, l'j^S : Vangou- 
lême, la bouche); de là. aller en Angoulesme, par 
allusion à engouler, c'est-à-dire avallé, bcu ou 
mangé (Oudin, i6/io), ou faire passer par Angou- 
lesme, id. (d'oii le poitevin prangoulême : u l'ar- 
gent, les vaches, les écus ont passé prangoulême, 
ont été avalés », Favre), auj. Bcrry faire passer 
par la voie d'Angoulême, avaler. 



i32 l'argot ancien 

moRT, dans la loculion aller à Niort, nier un fait 
(Yidocq), ou prendre le chemin de Niort, nier une 
chose (Oudin. i64o). 

POITOU, point, non, rien {Jargon, 1628). encore 
dans Yidocq (XVIII : n'épargnons le poiVot/) ; cf. 
fourb. nicolo, non (calao nicles), propr. Nicolas. 

ROUE> (aller à), se ruiner (Yidocq). 

'-Le fourbesque dit également : andar in Picardia, 

être pendu (= aller en Picardie), rè di Granata, blé 

(= roi de Grenade, pour grano), et rè di Capa- 

docia, chapon (= roi de Cappadoce, pour capone). 

On trouve en ancien français : aller à Cachan, 
se cacher, se desrober aux poursuites de ses créan- 
ciers (Oudin, i64o), et envoyer à Mortaigne, tuer 
(/d.), aller à Saint-Bezet, ne savoir rester en place, 
errer (Cotgrave), comme les vaches piquées par 
les mouches (picard hezer, id.). 

Dans le patois berrichon : j'ai besoin d'aller à 
Argenton (ville du département de l'Indre), j'ai 
besoin d'argent ; alleràCracovie, mentir (cf. craque^, 
menterie) ; altéra Crevant (petit bourg du pays), 
se mourir ou être mort ; le via parti à Dormilhn 
(nom d'un village près d'Arcueil), disent les vi- 
gnerons quand ils voient quelqu'un se laisser 
aller au sommeil; aller à Turin (c.-à-d. tue-ren), 
qui se dit de tout mauvais chasseur (Jaubert). 

I. Craquelin, menteur, se trouve cliez Granval (1725), et dans les 
éditions ultérieures du Jargon. 



DEUXIEME PARTIE 



ELEMENTS EMPRUNTES 



« L'argot est toute une langue dans la langue, 
une sorte d'excroissance maladive, une greffe mal- 
saine qui a produit une végétation, un parasit€ 
qui a ses racines dans le vieux tronc gaulois et 
dont le feuillage sinistre rampe sur tout un côté 
de la langue. Ceci est ce qu'on pourrait ap- 
peler le premier aspect, l'aspect vulgaire de 
l'argot. Mais pour ceux qui étudient la langue 
ainsi qu'il faut l'étudier, c'est-à-dire comme les 
géologues étudient la terre, l'argot apparaît 
comme une véritable alluvion. Selon ([u'on y 
creuse plus ou moijis aA^ant, on trouve dans l'ar- 
got, au-dessous du vieux français ^Dopulaire, le 
provençal, l'espagnol, de l'italien, du levantin, 
cette langue des portes de la Méditerranée, de 
l'anglais et de l'allemand, du roman dans ses 
trois variétés, roman français, roman italien et 
roman roman, du latin, enfin du basque et du 



i34 l'argot ancien 

celle. Formalion profonde et bizarre. Edifice sou- 
terrain bâti en commun par tous les misérables. 
Chaque race maudite y a déposé sa couche, 
chaque souffrance a laissé tomber sa pierre, 
chaque cœur a donné son caillou ^. » 

Celte caraclérislique de Victor Hugo ne doit pas 
être prise au pied de la lettre. L'argot ignore tout 
élément germanique, et ce qu'il en possède, il le 
doit aux patois. Les emprunts allemands dont il 
s'agit sont, dans les patois mêmes, d'origine mo- 
derne, ayant été importés par les Allemands lors de 
l'invasion de i8i5. C'est de cette époque que 
datent, par exemple, les termes picards : chelofe 
{aller «). aller coucher, et choumaque , cordon- 
nier (ce dernier familier également à la Lorraine 
et à la Franche-Comté), qui ont pénétré dans le 
parler populaire, à côté de choujlique, savetier 
(Delesalle), et de chtibes. bottes {Ici.), d'où enchti- 
ber, emprisonner (= mettre en bottes). Ces termes 
n'ont rien de commun avec l'argot proprement 
dit, ancien ou moderne, et le répertoire de Vi- 
docq les ignore complètement -. « Le contact de 

I. Victor Hugo, Les Misérables, éd. Hetzel, vol. V, p. 211 à 234 : 
l'Argot (origines, racines, etc.). Le passage cité se trouve à la 
p. 220. Voir rAppendico. 

■2. On lit pourtant du schnouff, du tabac (=:allcni. Schnupftabak), 
dans le vocabulaire des Chauffeurs de 1800. Le terme beausse, riche 
bourgeois (Vidocq), qui serait le hollandais baas, patron, est expres- 
sément indiqué comme spécial aux voleurs flamands ; il a pénétré, 
par l'argot, dans le patois savoyard : bosse, maître, patron. 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS l35 

la France et de l'Alleinagne, nous dit Fr. -Mi- 
chel (Introd., XXX), dota l'argot de quelques mots 
d'origine et même de physionomie germaniques ; 
mais on les compte, et il ne faut pas beaucoup de 
temps pour cette opération. » Formulée même 
avec cette restriction, l'assertion ne répond pas à 
la réalité. 

Il ne peut pas être non plus question, en ce qui 
concerne le vocabulaire argotique, d'emprunts 
faits au latin, au celte ou au basque. On n'a ja- 
mais soutenu sérieusement que le latin ait rien 
fourni à l'argot. 

Y a-t-il des mots bretons dans l'argot? M. E. Er- 
nault l'a affirmé ^ en citant à l'appui les termes 
bras, grand (bret. bras), esgourne, oreille, esgou- 
verne, id. (« qui rappelle plutôt le gallois ysgy- 
Jarn, mais aussi le fr. gouverner »), ploiise, paille 
(bret. plousenn, id. : « Ce doit être le correspon- 
dant du fr. pelouse ») et quimper, tomber (u du 
gallois cwimpo, id., mais la priorité de celui-ci 
n'est pas prouvée », pouvant venir tous les deux 
d'un bas-lat. *coinpere pour coinquere, se. arbores). 

Remarquons que les termes cités appartiennent 
à la dernière édition du Jargon, celle de i836, et 
que M. Ernault doute lui-même de l'origine 
bretonne de esgourne (auj. esgourde, propr. la 
dégourdie), et de quimper. Quant à bras (fém. brasse) 

I. Revue celtique, VII, 5o, 352, et XV, 36A. 



l36 L* ARGOT ANCIEN 

et à phase, ils sont hors de cause, représentant 
des métaphores argotiques tirées des mots fran- 
çais correspondants : bras, pris comme terme 
comparatif de longueur (cf. fr. brasse), et pelouse, 
au sens de paille, répond au synonyme de l'argot 
ancien pelard, foin. 

Quant au basque, Fr. -Michel (Introd., XXXI) 
prétend y rapporter les termes d'argot andre, 
femme, et salir, vendre. Cependant, l'auteur a 
renoncé lui-même dans le corps de son volume 
à son explication du premier de ces mots : et le 
deuxième est une mauvaise transcription de solir 
(v. p. 24), qui n'est que l'ancien français sollir, 
vendre *. 

Reste, comme langues auxquelles l'argot a fait 
des emprunts, le roman, c'est-à-dire le provençal, 
l'italien et l'espagnol. Ce contingent lexique sou- 
lève un problème. 

I. — Fonds commun. 



L'ancien argot, le fourbesque et la germania 
possèdent en commun un stock de mots que ré- 
sume le tableau suivant : 

AXCE, de l'eau (Vie, iSgG), à côté de lance (Bou- 
chet, m, i3o : pier de lance, boire de l'eau; 

I. Voir TAppendice sur les fantaisies basques de Victor Hugo. 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS 187 

Jargon, 1628) ; — germ. ansia, eau (calao ançia), et 
fourb. lenza, id. (déjà au xv" siècle) ; cf. Val Soana 
lancio, soupe, et argot breton de Vannes lanche, 
eau, pluie (tous deux dérivant de l'argot). 

ARTO> ^ pain (Coquill., i^ôô : arton, c'est pain; 
Vidocq : larton), à côtéde«r/w (Bouchet, III, i3o : 
ils nomment du pain de ïartis), ou artie 
(Vie, 1096; Jargon, 1628 : artye; 1660 : lartle), 
«/'/i/ (Chauffeurs, 1800 : artif aille ; Vidocq : lar- 
tif) et artois {Vie, lûgô) ; — germ. artif e (et 
calao), harton (calao artâo), et fourb. ariinbaldo 
(xv" siècle), artibrio, artone (xvi'' siècle). 

BOULE, foire {Jargon, 1628) ; — germ. hola- (et 
calao), id., et fourb. bolla, ville (Pulci). 

CRIE, viande (Bouchet, 111. 100 : du lard et du 
salé, c'est la crie ; Vie, 1096 : crie ^, chair), à 
côté de criole {Jargon, 1628 : crie ou crïole, de la 
chair), et crîgnolle (Chauffeurs, 1800 : crignolle, 
fricot; Vidocq : crignolle, viande); — germ. 
crioja, viande (calao cria), et fourb. cria (xv'' siècle), 
créa {creata, creatura). criulfa*. id. 

1. Cf. bellau arta, arli, pain, et ménédigne arton, id. (mourmé : 
faim), empruntés l'un et l'autre à l'argot, comme le terme corres- 
pondant de l'argot breton de la Roche : eltriz^ pain. 

2. D'où boleador, voleur, propr. voleur de foire, répondant au 
synonyme argotique mion de boule, filou {=: enfant de foire,. 

3. Cf. bellau creia, viande, et mourmé crie, id., crieuz, boucher 
(termes tirés de l'argot). 

4. Le criolfo (« fratello »), du vocabulaire du xv' siècle, répond 
au fourb. carniero, carnifico, id. 



i38 l'argot ancien 

GAuSpou {Jargon, 1628: gaux, des poux; Vi- 
docq : got) ; — germ. gao (calao, id., à côté de ga- 
nau, gando) etfourb. gualdoiVyAcï), gaaltino, gual- 
/ÎAio (Val Soana gaut). 

LIME 2, chemise {St. Christophe, 1627 : Et porte 
la lime nouée; Vie, iSgô; Jargon, 1628), à côté 
de limasse {Jargon, 1700) et Umans {Vie, iSgô : li- 
mans, linceux) ; — germ. lima (et calao), limosa, 
chemise, et fouib. lima, id. 

MARQUE, fille (Villon, 77 : Souvent aux arques, 
et leurs marques, Se laissent toujours desbouser ; 
Jargon, 1628), à côté de marquise, femme {Ibid.) 
auj. maîtresse d'un adroit voleur (Vidocq), et de 
marquant, homme {Jargon, 1700), mod. homme 
couvert de bijoux, qui est riche ou qui paraît 
l'être (Vidocq), auj. maître, souteneur, ivrogne 
(Rigaud) ; de là marquin, couvre-chef {Jargon, 
1628), propr. chapeau d'homme, à côté de mor- 
quise, chapeau de femme (Larchey, Suppt.); — 
germ.marca, marquida, marquisa, prostituée (calao 
marca, entremetteuse, et marco, souteneur), et 
fourb. marcona, id. (Val Soana marconar, se ma- 
rier), marcone (« rufQano »). 



1. Cf. bellau gou, pou (tiré de l'argot). 

2. Cf. bellau lemieux, drap (lemieuse, blouse), et mourmé 
lemarda, chemise (termes pris à l'argot). De lime, l'argot a tiré 
limogere, chambrière {Vie, lôgO), avec une finale analogique d'après 
lingere. 



ÉLÉiMEXTS EMPRLNTÉS iSq 

RLFLE^ ruffle, feu (CoquilL, i^'')^ : rafle, c'est 
le feu de Saint-Antoine ; Villon, lok : Ou vous 
aurez le rafjle en la joue), à côté de rufe^, ruffe 
{Vie, 1096 : riife, le feu ; éd. 1627 : ruffe), riffe 
(Bouchet, III, i3o : riffe, c'est du feu) et rif/le, 
rifle {Vie, 1627, et Jargon, 1628); — fourb. ruffuldo, 
feu (xv" siècle), ruffo (Val Soana riif), calao riifo, 
id., et germ. rafon, briquet pourallumer l'amadou. 

Ce tableau nous servira de point de départ pour 
préciser, autant que possible, les sources où ont 
puisé les divers argots romans et pour établir le 
bilan de leurs actions et réactions mutuelles. 

Ce qui frappe tout d'abord, dans la liste ci- 
dessus, c'est la présence de quelques termes grecs, 
tels que artoih pain (apToç), et crie, viande (xpsac), 
auxquels il faut ajouter or/i/e, poule (opvs.;), ce der- 
nier particulier à l'argot {Vie, i^gô : ornie, et 
oriùon, ornichon ; Jargon, 1628 : ornye et ornyon), 



I. Cf. argot breton rufan, feu, et mourmé roufia, brûler (roujîé, 
chaud) ; le lexique des ChaulTeurs a erifjler, chauffer. 

3. Dérivés : ruffe:, riffaiidez, gueux {Jargon, 1(328, p. a5 : Des ruffez 
ou riffaudez... Ruffez ou bruslez sont ceux qui triment avec un 
certificat qu'ils nomment luque, comme leurs biens sont ruffez 
toutime menans avec sezailles leurs marquises et mions, feignans 
avoir eu de la peine pour sauver leur mion du rifle qui riffoit 
leur creux), riffauder, se chauffer (Bouchet, III, i3o), et brûler, 
chauffer (Vidocq), à côté de /'(/bdcr, cuire ou brûler (Jargfon, 1O28). 
Le nom de riffaudeurs s'applique également aux brigands Chauf- 
feurs (v. Vidocq, I, 6A, io4 s.). Cf. fourb. arrufare, brûler, cuire. 



i4o l'argot ancien 

à côté de onde de baie, poule cV Inde {Jargon, 1628: 
Chauffeurs. iSoo '.arnibale, oie), c'cst-à-dirc poule 
qui cherche sa nouiTituie dans la balle d'avoine. 

Le fait a déjà été relevé par Henri Estienne, le- 
quel, suivant ses préoccupations linguistiques, 
était disposé à lui accorder une portée plus géné- 
rale {Conformité, p. i36) : u Quelcun aussi pour- 
roit dire quej'aurois eu tort de laisser les beaux 
mots du jergon. dont la plus grande partie est 
évidemment prise du grec : et pourtant leur feray 
cest honneur de leur laisser ici place. Toutesfois, 
je diray les trois desquels il me souvient, qui 
sont .4/7/, d'àoTo;; Cri, c/e xpiac : Piot, de ttÔto;. » 
On a vu plus haut (p. 108) que nous attribuons une 
origine indigène au dernier des mots cités, lequel 
a passé de l'argot dans la germania (il manque au 
fourbesque). 

Quel a été le foyer d'expansion de ces termes ? 
Il est difficile de le dire. Pourtant, plusieurs in- 
dices renvoient à la Provence. Ce pays, de par sa 
position géographique, était tout indiqué pour 
servir de centre de ralliement aux argotiers de 
France, d'Italie et d'Espagne. C'est à Marseille 
qu'on embarquait les criminels condaninés à ra- 
mer sur les galères du Roi (peine instituée sous 
François F*^), et c'est encore Marseille qui posséda, 
après la suppression des galères, en 17^8: un des 
premiers bagnes. Malheureusement, le manque 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS l4l 

de toul travail spécial sur le patois marseillais, et 
notamment sur Targot local, est une lacune des 
plus fâcheuses dans cet ordre de recherches ; et 
force nous sera de faire état, à cet égard, exclusi- 
vement des indications éparses qu'on trouve dans 
le Trésor de Mistral. 

C'est ainsi que artoiin désigne encore aujour- 
d'hui, en proAcnçal, le pain, et spécialement le 
pain grossier, comme le lyonnais arton, pain 
((( on le rencontre encore à Lyon », Puits- 
pelu). Sans le faire remonter à la fondation de 
Marseille, dont arloun serait contemporain (sui- 
vant J.-J. Ampère), on peut croire qu'il a été 
importé au xiv*" siècle du byzantin, mais il est 
plus probable que le terme lyonnais et provençal 
vient simplement de l'argot. En eflet, l'ancien 
provençal l'ignore et en bas-latin, artona a exclu- 
sivement le sens religieux de (( pain béni », comme 
d'ailleurs dans le grec moderne ('^wjj^'-, pain, et 
àoTo;, hostie). 

Les expressions arton et crie ^, ainsi que ornie, 
appartiennent en propre à l'argot et leur origine 
paraît être purement livresque. Les auteurs de^ 



I . On rencontre également ce terme dans la rédaction bas-alle- 
mande du Liber Vagatornm (i5io : crew, fleisch, Rluge, p. 76) ; 
mais, comme le montrent quelques autres traces de ce vocabu- 
laire (sur lesquelles nous reviendrons), il paraît remonter à l'ar- 
got français. 



1^2 l'argot ancien 

cette nomenclature seraient, dans cette hypo- 
thèse, les escoliers de l'Argot, ces fameux Archi- 
suppôts auxquels on est redevable des transfor- 
mations successives du vocabulaire argotique * . 

Le bas-latin possède, en revanclie, limas, au 
sens de vêtement : « Une manière de Acstemens 
qui est dez le ventre jusqu'aux pies, comme de 
vantier à cuisiniers ou à femmes » (Glossaire la- 
tin-français) ; et l'argot marseillais connaît limaço, 
chemise (Mistral). 

Ce qui donne un certain poids à la conjecture 
que nous avons présentée sur le rôle de la Pro- 
vence comme facteur intermédiaire entre les di- 
vers argots romans, c'est le stock de mots que le 
provençal a fournis à la fois h l'argot, au four- 
besque et à la germania, à commencer par le nom 
que le langage des malfaiteurs porte dans ces 
deux derniers {gergo, xerga, v. p. 3o). Voici cette 
seconde série d'éléments communs à l'argot et à 
ses équivalents du sud de l'Europe : 

BAzm, tuer (Coquin.. i4ô5 : bazir ung homme, 
c'est tuer), et bazisseur, meurtrier {Ibid. : ung ba- 
zisseur est aussi un muldrier), à côté de bezarder, 
mourir (Bouchet, III, i3i : bezarder, c'est mou- 



1. Dans Targot slovène {plintovska spraha, propr. langage des 
aveugles), figure aussi arton, pain (v. Jagic, i-tude citée, p. 33), mais 
on en ignore la chronologie et les intermédiaires : Jagic le fait 
venir directement du grec moderne. 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS 1^3 

rir, il est bezardé, c'est-à-dire il est mort), basour- 
dir, tuer {Jargon, 1628), et eshcisir, assassiner (Yi- 
docq) ; fourb. basire, tuer, mourir, et germ. vasir, 
id. ((( morir », vasido, muerto, Hidalgo) ; — pro- 
vençal basir, basi, mourir (en parlant des ani- 
maux), défaillir (en parlant des hommes) : basi de 
fam, mourir de faim, périr d'inanition, basi de 
rire, crever de rire, l'argent basis entre si man, 
l'argent fond entre ses mains ; basi, basido, défail- 
lant, défait, mort ; abasourdi, esbasourdi, étourdir. 

BiRBE *, vieillard (Vidocq), propr. vieux birbe 
ou mendiant (et puis birbe tout seul au sens de 
vieux), même mot que bribe, pain mendié {Vie, 
1696, p. 35 : Quand toutes leurs bribes sont 
assemblées, ils ont de quoy faire un chenastre 
banquet), d'où briber, mendier ; fourb. birba, 
aumône (Val Soana barbir, manger = birbar), et 
germ. bribia (« arte y modo de enganar hala- 
gando con buenas razones »), bribion (« ladron 
que halaga con buenas palabras para enganar », 
Hidalgo) ; — provençal birbe, birbo, bribo, pain 
mendié, gueux, coquin, canaille ; birba, briba, 
mendier, gueuser ; birbant, bribant, mendiant; 
birbandeja, bribandeja, mendier {embirba, duper). 

soRNE^, nuit {Apôtres, i46o : Ou brouent ilz à 

I. Le lyonnais bibon, vieillard, est l'argot bibon (Fr.-Michel), 
pour birbon, id. 

a. Cf. bellau seiigni, nuit (= argot sorgne, id.). 



i44 l'argot ancien 

présent sur la sorne?). à côté de sorgne (Jargon, 
1700) et de sorgue {Jargon, 1628, d'où sorgueux, 
voleur de nuit, p. 48 : jamais je ne fus ni sorgueux 
ni doubleux) ; germ. sorna, nuit (calô : sommeil, 
calao : berceau), et sornar, dormir ; — provençal 
sorn, obscure, sombre, et sourno. id. {es sourno, 
il fait noir). 

Passons maintenant aux autres sources des 
termes du fonds commun, en tâchant de discerner 
les éléments indigènes de ceux qui ont été sim- 
plement importés. 



II. — Actions et Réactions. 

On a déjà mentionné l'action que les divers 
argots romans ont exercée les uns sur les autres. 
Il s'agit maintenant d'examiner de plus près ces 
influences mutuelles et d'en relever les résultats. 
Les voici d'après l'ordre de leur importance et de 
leur action chronologique. 

I. — La Germama 

Le premier terme de notre tableau — anee, eau 
— en dérive certainement : ansia. eau, propr. 
torture (l'eau étant un instrument de torture fort 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS 1-45 

employé autrefois), et ansias, galère, primitive- 
ment terme de procédure criminelle ^ 

Un autre terme — boule, foire — en dérive 
également : bola, propr. boule, appliquée fami- 
lièrement soit à la terre entière, au globe terrestre, 
soit à une de ses portions, foire ou marclié. 

Un troisième — marque, femme — parait avoir 
la même origine : marca est fréqueut dans les 
Jaearas ou romances argotiques du x\f siècle ; 
la présence pourtant du mot déjà dans les 
ballades de Villon indiquerait plutôt une origine 
française, une forme abstraite de marquise (en 
français, dès le xnr siècle). 

C'est de la même source que Tancien ai-got a 
tiré les termes suivants : 

GODiN, riche (Coquill., i455 : ung godin, c'est 
ung riche homme), et godîz -, id. (Ibid. : ung godiz 
est un homme qui a argent et est riche) ; — germ. 
godo, godizo, id. (u rico. principal », Hidalgo), à 
côté de godeiio, id., de l'esp. godo, Goth et nom 
donné au moyen âge. en Espagne, aux membres 
de la noblesse issus du mélange des Goths et des 
Ibères (5e/- (/odo, être d'ancienne noblesse). On ren- 
contre fréquemment, dans lesjacaras ou romances 

1. Cf. Salillas, p. 2G8 : « La reprcsentacion os de origcn escn- 
cialmentc proccsaL.. Lapeiia de galera, por coinplirsc iiavcgando, 
équivale a un segundo tormento de agua. » 

2. Salillas (p. /io) voit, dans ijodizo (dérivé de godo, de même que 
godeno), un composé de godo et de i:a, prostituée. 

L'Argot ancien. j^Q 



i46 l'argot ancien 

argotiques recueillies par Hidalgo, godo, godeno, 
godlzo, comme épithètes données à la prostituée, 
au souteneur et à d'autres personnes et choses*. 

LUDiE, coquin, dans la locution gavion de ludie, 
dupe, propr. pâture de coquin (Ancien Théâtre, 
III, 438 : Si trouvez me puis sus le banc Et 
quelque gavion de ludie) ; — germ. ludio, coquin, 
luda, femme (= ribaude), de l'esp. liidir, frotter 
(cf. fourb. lodo, laid, da lodi, méchant). 

LUQUE, faux certificat (J«r^o/i, 1628, p. 20 : avec 
un certificat qu'ils nomment lucque ; 1728 : 
luquet, i836 : luque, image, et luquet, faux certi- 
ficat) ; — germ. lucas, cartes à jouer, c'est-à- 
dire images, probablement d'après le nom de la 
ville de Lucques-, célèbre jadis par ses soieries et 
autres produits (cf. provençal or de Luco, similior). 

TAQUiNADE, cartcs dc même couleur qui se sui- 
vent, dans le jeu de piquet (Coquill., i455 : ilz 
appellent les cartes la taquinade), auj. taquiner la 
dame de pique, jouer aux cartes ; — germ. taquin, 
tricheur au jeu (Aragon taquinera, joueur aux 
osselets). 

Voici maintenant les termes que la gcrmania, 
à son tour, a empruntés à l'argot : 

1. Id., p. i65 (citations d'après les jacaras) : «Marca la mAz goda 
Y fresca ; las dos marquisas godenas ; la nias godiza ambladora ; — 
entre los godos mas maco ; el rufo corne es godizo, » etc., etc. 

2. Coelho (p. 157) rapproche le calao lucas, cartes à jouer (terme 
pris à la germania), du bohémien lias, id. 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS ifi'J 

coiME, gueux, maître (« seîior de casa », Hi- 
dalgo, coime del Alto, Dios, Hidalgo), et maître 
d'un tripot (en espagnol), à côté de coima, gueuse 
(« mujer del mundo », H.) ; en esp. : droit prélevé 
par le maître d'un tripot : — anc. argot coesme, 
gros mercier (v. l'index). 

DLPA, dupe (« ignorante o bobo o al que 
enganan » , Hidalgo) ; — argot dupe, id. (v. p. io6). 

E>TREVAR, comprendre (a entender », H., déjà 
dans Cervantes) ; — argot entrever. 

piAR, boire, etc. ; — argot pier, id. (v. p. io8). 

Et les suivants qu'elle a tirés du français : 

ALAR (et calao), alarse, s'en aller, et alon, id. ; 
— fr. aller, allons^. 

BELITRE, voleur ((( picaro » H. : mot passé dans le 
Dictionnaire de l'Académie espagnole), et belitrero ; 
id. ((( rufian que estafa alospicaros ») ; — fr. bélitre 
(xy" siècle), terme passé également dans le calao 
(hilontra, à côté du portugais biltre et de l'italien 
belllrone). 

BORNE, gibet ((( horca »), et bornido, pendu 
((( ahorcado »), termes passés dans le parler popu- 
laire ; — fr. borne ; cf. pour le sens, le synonyme 
finibusterre, potence, propr. borne du monde. 

GRULLAS, guêtres (« calzas de polaina », 

I. Salillas (p. 3G7) dérive alar de ala, aile, ou du terme nau- 
tique halar, haler (cf. Aragon et Andalousie ala ! avance ! port. 
alon ! id.). 



i48 ■ l'argot ancien 

Hidalgo) ; — anc. fr. et dial. grolles. provençal 
groulhos, savates, vieux souliers ; cf. bellau cjrouiey 
soulier. 

PARLAR, parler (« hablar ». H.) : — fr. parler. 

SAGE, entendu, rusé (u astuto, avisado », H.); 

— fr. sage. 

2. — Le Folrbesqle 

Deux des termes communs de notre première 
liste reviennent au fourbesque, à savoir : giialdo, 
pou, et rujjb, feu. Le premier, tiré de l'espagnol 
giialdo, jaune de gaude, fait allusion à la couleur 
jaunâtre du parasite ^ : le deuxième, h la notion 
« rouge ». la couleur du feu, répondant aux syno- 
nymes : bellau roubbio, feu {reiibbia, brûler), 
mourmé rouble, feu, et terratsu tmôio, id., propr. 
garance, plante d'un rouge éclatant. 

L'argot moderne a tiré du fourbesque les 
termes suivants : 

GONZE (gonce, goncier), homme, et gonzesse, 
\j femme (« terme des voleurs brabançois » , \ idocq) ; 

— fourb. gonzo, bourgeois, rustre (en italien : 
niais) ; provençal gonzo, coureuse. 



1. L'autre sens fourbesque de guoldo, à savoir « juif », peut èlr 
rapproché du nom provençal de la gaude : erbo-di-judieii (« autre- 
fois les Juifs étaient obligés de porter un chapeau jaune », Mi 
tral). 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS I^Q 

MORASSE, alarme, tumulte {battre morasse, crier 
au voleur, Yidocq), à côté de moresque, danger 
{Id.) ; — argot milanais batt mora, far chiasso, 
far romore (Gherubini), terme emprunté au jeu 
de la mourre ; argot piémontais moresca, danger, 
et bâté la moresca (« chieder soccorso »). 

pivASTE, enfant {Jargon, i836) ; — fourb. 
mvastro, pivo, id. 

RABOiN, diable (Yidocq) ; — fourb. rabuino, id. 
(vocabulaire du xv*" siècle : rabuini, dadi) ; Lyon, 
rabouin, diable (emprunt fait à l'argot). Le four- 
besque rabuino est tiré de l'esp. rabo, queue, 
propr. celui qui a une queue (cf. wallon coué, 
diable). 

REDix. bourse (Vidocq) ; — argot milanais 
redin, id. (de rede, filet). 

TARTiR, faire ses besoins (Fr. -Michel), moderne 
tarter, id. (Richepin) : — fourb. iartlre, id. 

Quelques-uns ont été pris directement à l'ita- 
lien : Casquer, donner aveuglement dans tous les 
pièges (et encasquer, entrer dans une maison avec ç/ 
le dessein d'y voler, Vidocq), propr. tomber 
(it. cascare), et payer, c.-à-d. être attrapé \fassolette. 
mouchoir de poche (it. fazzoletto) ; lazagne, lettre, 
dont les traits ont été assimilés à la pâte rubanée 
du même nom (it lasagna) ; niente, rien, zéro 
((( terme des voleurs du midi de la France », 
Vidocq) ; robe, vêtement de forçat (<( terme des 



I OO L ARGOT ANCIEN 

argousins », Id.), roher, dépouiller quelqu'un de 
tous ses vêtements après l'avoir volé {Id.), à côté 
de fourobe, fouille («^terme des forçats et des 
argousins », Id.), fourober, fouiller les effets des 
forçats, id. (robba, fuorarobba, id.) ; vingt-deux, 
couteau (u terme des voleurs flamands et hollan- 
dais », Vidocq), de vinti due, id. (suivant Lar- 
chey, SuppL)^. 

L'argot a fourni, à son tour, au fourbesque : 

BiSTi, bistoljï, nature de la femme ; — argot bis, 

id. {Vie, 1596 : Bouchet, III, i3o : en bon patois 

\/ on dit river le bis à la mille), bisioqueite, membre, 

bistouille, testicules; auj. Pas-de-Calais, bis, sexe. 

GiRONDA, Notre-Dame, terme fourbesque mo- 
derne ; — argot gironde, aimable (v. l'index). 

GUiNALDO, juif, à côté dc ginaldo, chien, propr. 
mendiant (cf. guido, guidone, chien, compagnon, 
juif), et ghigtw, juif: — argot gainai, juif (anc. 
fr. guenau, guinau. gueux). 

TREPPO, foule, terme fourbesque moderne ; — 
argot trèpe, affluence de peuple (Yidocq). 

Plus importante a été l'action exercée par 
l'argot sur les jargons de la Haute-Italie, et tout 

I. Fr. -Michel enregistre plusieurs autres rapprochements de ce 
genre, mais qui sont sujets à caution : camoufler, déguiser, du 
fourb. camuffare (cf. p. 86) ; chérance, ivresse, propr. bombance 
(=1 bonne chère), du fourb. chiarenza, id. ; coli'ujé, pris, arrêté, 
propr. pris au collet (v. p. 88), de l'it. colto, etc. 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS l5l 

particulièrement sur ceux du Piémont. Nous avons 
déjà mentionné en partie les termes valsoanins 
bore, sou (argot broque),brcmcL âne (argot branqué) , 
brugi, forgeron (argot briige), lingher, couteau 
(argot lingre), etc. Voici maintenant les mots^ 
d'argot qu'on rencontre dans le jargon piémontais 
(d'après les matériaux publiés dans le 8" volume \ 
de VArchivio dl Psichiatrla, 1887) : 

AMBROCAMENT (uii) , guardarc qualche cosa 
mentre comette un furto ; — argot rembroqiier, 
reconnaître (Vidocq ; v. p. 120). 

CALviNHA, croce ; — argot calvlne, vigne (cf. 
pour le sens, p. i3o). 

ciuRiN, coltello ; — Oirgoi c ho ar in, couteau. 

FOURAiÉ, sortire ; — argot (dé}fourailler , s'enfuir 
(Vidocq). 

FRANziN, fratello ; — argoi frangin, frère (Id.). \/ 

LEGRA, fiera ; — argot lègre, foire (Id.). 

ROULANT, carro ; — argot roulant, fiacre (Id.). 

RLPix, signore ; — argot rupin, gentilhomme 
(1628), à côté du piémontais rupinant (« ben. / 
inesso n) qui répond au moderne rupin, élégant. 

TAPIS, osteria ; — argot tapis, auberge (Vidocq). 

TiBisLOc , théâtre, rapproché de miseloque, 

id. (Id.). 

TOL GANTA, moutrc ', — argot toquante, id. {Id.).^ 
TRAFOuiET, tabac ; — argot treffoin, id. (Id.). 
VADO, foule ; — argot vade, id. (Id.). 



Î'O'À L A RG OT A> C I EN 



3. — Le Calao 



C'est le plus récent des argots romans. Il a tiré 
de la germania une bonne partie de son vocabu- 
laire et une autre du gitano. Les emprunts qu'il a 
faits à l'argot sont assez nombreux et tous 
modernes. En voici le relevé^ : 

CAMELOTE, dépouiUc ((( cspoUo ») ; — argot 
^y camelote, marchandise. 

DABo, père, et darona, mère ; — argot, dabot, 
daronne, id. 

GAio, cheval ; — argot gaille, id. 

GRIS, froid : — argot gris, id. (cf. p. 74) • 

(.uiBONA, jambe, eiguibo, orleil ; — argot guibe, 
^ giiibonc, id. 

LOFO, fou ; — argot louf, id. 

MARRAO, découvert ; — argot marron, id. 

MECo, homme ; — argot mec. id. 

MENEZA-, entremetteuse ; — argot menesse, pros- 
tituée (v. l'index). 

piovEs, vin (cf. Coelho, 102) ; — argot pivois, 
id. (v. l'index). 

POMS 3, femme ; — argot ponisse, prostituée 
(v. l'index). 

1. Cf. Coelho, p. 96 à io3 et ii4. 

2. Goelho (p. i58) dérive mencza, ainsi que maneza, femme 
(mânes, homme), du gitano monoii, homme. 

3. Coellio (p. 11 3) tire panis, femme, de l'anglais pony, cheval. 



ELEMEINTS EMPRUNTES 



l53 



RLivA. police; — argot rouve, id. (cf. roiiveaux, 
archers). 

Ainsi que les suivants tirés du français : Chena, 
chaîne ; Icibita, casaque (= l'habit), piston (« guarda- 
sol ))). trompar, tromper. Ou du provençal : 
gamar, voler (« furtar com subtileza »), d'où 
gamo, vol, du provençal gf«ma, escamoter, tromper, 
propr. gober ^. 

Le calao, vu sa formation moderne, n'a exercé 
aucune action sur l'argot. 

Quant à l'argot roumain, il reste, à cause de sa 
position géographique, complètement en dehors 
des influences linguistiques qui ont agi sur les 
autres argots romans. 



III. — Eléments non-romans. 

Tandis que le calô et le calao accusent une 
influence gitane assez importante, principalement 
le dernier qui en porte même le nom {calo^ 
signifie bohémien), l'ancienne germania, le four- 



en s'appuyant sur la prétendue analogie de marca, qu'il dérive du 
celtique marka, cavale (v. l'index). 

I. Coellîo (p. i5G) rapproche gamar du gitano jamar, jalar, 
manger. 

3. Le même terme bohémien désigne, en roumain, le bourreau 
{caldu), les Bohémiens ayant longtemps été en Roumanie les exé 
cuteurs des hautes œuvres. 



i54 l'argot ancien 

besque et Tancien argot ignorent entièrement 
toute trace de la langue des Bohémiens ou Tsi- 
ganes. L'argot compte, il est vrai, une demi dou- 
zaine de termes de cette provenance, mais tous 
appartiennent exclusivement à l'argot moderne, 
et Yidocq est le premier qui les ait enregistrés. 

La chose est d'autant plus surprenante que la 
première apparition des Bohémiens en France eut 
lieu au commencement du xv** siècle (on les vit à 
Paris en 1427), c'est-à-dire à l'époque même où 
l'Argot s'est constitué. Cette constatation n'est pas 
sans intérêt pour l'interprétation des anciens 
documents de l'argot. En voici un exemple : Yitu 
avait interprété le terme Can d'une des ballades 
jargonesques de Villon par « soleil » (sens du 
bohémien kan) et M. Longnon a admis cette expli- 
cation, dans le glossaire de son édition de Villon. 
Une chose pareille est pourtant inadmissible, si 
l'on tient compte de l'absence de tout élément 
bohémien dans l'argot antérieur à Vidocq^. Pas 
une des éditions modernes du Jargon, celle même 
de i836 qui est contemporaine des Voleurs de 
Yidocq, n'en porte de trace 2. 

1 . Les termes chique, église, et grè, cheval (v. ci-dessous) remontent 
au vocabulaire des brigands Chauffeurs (1800), dans les bandes 
desqviels se trouvaient probablement des bohémiens. 

2. L'influence du bohémien sur le rotwelschel le cant a été rela- 
tiAement peu importante, mais on en trouve des traces déjà au 
xvi* siècle (cf. dans l'ancien cant, rom, bon, magnifique). En re- 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS l55 

Ce n'était pas l'avis de Fr. -Michel : « Si le grec, 
dit-il (Introd., XXYII), a fourni un certain nombre 
de mots à l'argot de tous les pays, il est une autre 
langue à laquelle il a emprunté bien davantage : 
nous voulons parler du romany ou langue des Bohé- 
miens )) . Et tout récemment, Salillas affirme encore 
(p. 212) : « En cl argot existen abundantes zinga- 
rismos )). 

La vérité est qu'on a tout à fait exagéré la 
portée du bohémien ou tsigane, et que la plu- 
part des rapprochements correspondants (en 
dehors du calô et du calao) faits par Pott. Miklo- 
sich et Coelho, sont sujets à caution. On a 
d'ailleurs oublié ce que le gitano a emprunté à la 
germania (cf. lima, sornar, etc.), sans lui rien 
fournir en échange, et ce que le bohémien a pris à 
l'argot. Une note de l'Introduction de Fr. -Michel 
(LU) est particulièrement intéressante sous ce 
rapport ; il s'agit des Romanitchels du centre et 
du nord de la France : « Ces maraudeurs parlent 
entre eux une langue particulière dont eux seuls 
ont la clef, et qu'ils emploient même en présence 
des autres voleurs ; mais comme ils fréquentent ces 

A-anche, l'action du cant sur le romani est considérable. Voir la 
préface de Hotten, Slang Dictionary, Londres, 1874. L'argot sici- 
lien possède une dizaine de mots bohémiens, qui sont encore 
vivaces parmi les manœuvres de Palerme. Tels : mannetta, pain (du 
bohémien manro, id.), masa, viande (du bohémien mas, id.), etc. 
V. Pitre, ouvrage cité, p. 335. 



J 



i56 l'argot ancien 

derniers, au moins passagèrement, surtout les 
voleurs de nuit dans les départements, dits 
sorgueurs. il est impossible qu'ils ne comprennent 
pas l'argot. 11 y a plus, si l'on peut se fier à une 
note de police, le rom«/ïy. dans leur bouche, porte 
de nombreuses traces de l'invasion du jargon : 
c'est ainsi que pour coucher ils disent poiiltré, 
guernaf pour ferme, fertille pour paille, harbot 
pour canard, conque pour tabatière, apôtres pour 
doigts, battants pour bras, foaillouse pour poche, 
calandre pour panier, tourniole pour clef, matrone 
l^ouv église... Or, ces mots ne peuvent être reven- 
diqués que par l'argot, et il demeure établi que 
nos Romanitchels le comprennent. » 

Voici les quelques mots de l'argot moderne qui 
accusent une origine bohémienne * : 

BERGE, année (d'où Val Soana bejro, id.), du 
bohémien berj, id. (rapprochement d'abord fait 
par Ascoli) ; ajoutons que le terme manque dans 
le calo et le calao. 

CARiBENER, volcr à la care, c'est-à-dire dans les 
magasins, du boh. karibôn, vol à la care : c'est un 
mot hybride, composé du terme care, d'origine 
romane, et de la finale bohémienne bon (cf. tchor. 



I. Voir Miklosich, dans les Sitzimgsberichte der Wiener Akademie 
der Wissenschaften, 1876, t. LXWIII, p. 535 à 5G2 : Les éléments 
bohémiens dans les argots européens et pour l'argot, les pages 

556 et Sô'j). 



ELEMENTS EMPRUNTES IO7 

voleur, à côté de tchoribôn, id.). « Les Romanichels 
ont inventé, ou du moins ont exercé avec beau- 
coup d'habileté, le vol à la carre..., qu'ils nom- 
ment cariben » (Vidocq, II, 68). 

CHIQUE, église (Chauffeurs, 1800), du bob. 
chiké, maison ; cf. calao cangra, église (du bob 
kangréy id.). 

CHOURiN, couteau, du boh. ichouri, id. C'est 
dans Yidocq que Eug. Sue a puisé son chourineur. 
le type célèbre des Mystères de Paris, à coté de 
chouriner, escarper (calao churinar, id.). La 
variante plus moderne surin, encore inconnue à 
Yidocq (d'où suriner, tuer à coups de couteau), 
a subi l'influence analogique du verbe argotique 
suer, tuer. 

GRÈS, cheval (« terme des voleurs de campagne 
de la Normandie », Yidocq), eigrè. id. (des bri- 
gands d'Orgères ; Chauffeurs, 1800), du boh. grai, 
grani, id. On retrouve le terme, d'un côté, dans 
le rotwelsch {grai) et le cant (grei), et d'autre côté, 
dans le calô {gras) et le calao (grane, grasté). 

MANOUCHE, forain bohémien (Bruand), propr. 
homme, sens du boh. manouch. 

ROMANiTCHEL, bohémicu français, diseur de ^ 
bonne aventure et voleur par occasion (du boh. \J 
ronianitchel, fils de bohémien), à côté de romani, 
forain bohémien (Bruand), et romanigo, voleur 
bohémien (Coffignon, 87, dans Larchey, SuppL). 



58 



L ARGOT ANCIEN 



du boh. romani, langue des bohémiens (ils s'ap- 
pellent eux-mêmes rom). Ajoutons : romagnol, 
romagnon, trésor caché (Vidocq), mot qui dérive 
du même nom et qui fait allusion au pouvoir 
magique des bohémiens (cf. Berry embohemer, 
ensorceler, tromper). 

sÉNAQui, pièce d'or (« terme des romanitchels », 
Vidocq), du boh. somnakay, or^ 

Fr. -Michel fait venir de la même source : sive, 
poule (Vidocq), qui serait le boh. tchibeli, dinde; 
mouniche, nature de la femme (du boh. mintche, 
d'où calô miche et rotwelsch minsch, id.), terme 
en réalité d'origine dialectale (Lyon mouniche, 
id.) et d'origine indigène (propr. guenuche, à 
l'exemple du forézien mouna et de l'italien monna) ; 
rupin, gentilhomme (du boh. allem. rupin, thaler, 
boh. tchèque rupino, d'argent), d'où calao rypim, 
riche, mais le sens primordial s'y oppose (voir 

I. L'élément bohémien est très familier à l'argot roumain. 
Voici quelques exemples pris au lexique de M. Scîntee : barosan, 
directeur de la prison, et dindon (de baro, grand), bulan, dos (de 
boni, id.), canciu, je n'ai pas (de kantch, rien), ciurin, couteau (de 
tchouri, id.), gagiu, maître, mari (de gadjo, id.), ghes, jour (de 
gués, id.), g rasni, jument (de grasni, id.), et grazd, étalon (de grast, 
id.), haleald, le manger (de halilè, id.), itsalo, eau-de-vie (de itsalo, id.), 
lovele, argent (de lové, pi. sous), mârdeald, raclée (de mardo, battu), 
misto, bon (de michto, id.), mol, molete, vin (de mol, molete, caba- 
ret), pili, boire (de pilo, bu), rup, argent (id.), soili, dormir (de 
soilear, id.), somnacai, or (de somnakay, id.). Un seul de ces termes, 
à savoir a se pili, sous la forme moldave a se chili, se griser (d'où 
chilealâ, boisson), a pénétré dans la langue courante. 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS iSq 

l'index) ; finalement, tiirne, maison (du boh. 
turno, château), ce terme, comme le terme bohé- 
mien lui-même, n'étant que le provençal turno, 
taudis, cahute, propr. taverne *. 

Y a-t-il d'autres éléments orientaux dans l'ar- 
got ? Fr. -Michel n'en a trouvé qu'un seul : baïte, 
maison (Yidocq). « Ce mot, dit-il, n'est autre chose 
que le mot arabe beït, qui avait cours, avec le 
même sens, parmi les bohémiens de l'Italie. » 
Or, le terme en question se trouve en provençal 
{baito, hutte, dans une vigne, baitoiino, petite 
hutte) et principalement dans les patois de la 
Haute-Italie : 

Yal Tellina bail, cantinetta di contadino ; baitel, 
stanzino (Monti) ; 

Livigno bai ta, casa (Id.) ; 

Gôme baita, capanna posticcia d'assi per gli car- 
bonaj , capanna d'assi e di cortece d'alberi 
imbiutate di terra o creta per ricovero sui 
monti » {Id.) ; 

Piémont baita, capanna (Gavuzzi). 

Le mot est simplement un reflet de l'ancien- 
haut-allemand baitôn, demeure-. 

1. Goelho(p. 159) rapproche également le terme de la germ.piar, 
boire, du gitano pillai; id. ; or, le verbe bohémien proprement dit 
est piava : en efTet, la germania (qui ignore toute trace gitane) a 
piar, et le calô (qui se confond souvent avec le gitano) ne connaît 
que pivar, boire. 

2. Ascoli (p. 123) avait déjà rattaché balte aux patois italiens. 



i6o l'argot ancien 

L'absence, dans l'argot ancien ou moderne, 
comme dans le fourbesque et la germania. de 
toute trace d'Iiébreu. est encore plus frappante. 
On sait jusqu'à quel point le rotwelsch en est 
imprégné. Le petit vocabulaire du Liber Vagato- 
rum n'en est pas exempt ^ : et dans la préface de 
l'édition qu'en a donnée Marlin Luther, en i523, 
on lit : « Le rotwelsch est sans doute venu des 
Juifs, car il s'y trouve beaucoup de mots hébreux, 
comme le remarqueront ceux qui se connaissent 
en cette langue. )> Et depuis, ce contingent devint 
si considérable qu'aujourd'hui le rotwelsch est 
incompréhensible sans l'aide d'un vocabulaire 
hébraïque ou plutôt judéo-allemand-, cet élément 
oriental venant directement des Juifs alFiliés aux 
bandes des voleurs. Le cant en est infiniment 
moins pénétré ; et pourtant, des termes judéo- 



1. Voir Tarticle de J. M. Wagner (« Rotwelsche Studien ») dans 
VArcIdv fur dos Studiiim dcr nciiern Sprachen, i8G3, p. ai A- 

2. Voir Mémoires de la Société de Linguistique, t. XII, p. G8-G9 : 
Eléments hébrenx dans l'argot allemand. Il est également familier 
à l'argot roumain, comme le montre le lexique de M. Scintce, dans 
lequel on lit des termes hébreux tels que : chesef, argent (= kes- 
seph), chisàvd, lettre, pétition (^ kessiwa), musamatan, argent mon- 
ua\é (= massemattan), sicse. dame (au jeu de cartes =. scidktse) ; 
à côté d'autres mots purement judéo-allemands : chestel, tabatière 
(= petite boite), engher, cadenas {r=z pendant), fraier, étranger 
(= libre), miiihàl, montre (= petit moulin; cf. ibid., moara, id.), 
siechen, commissaire (=1 bâton), tsimbel, dépèche (= cymbale), 
treiters, bottines (= trottins), tuvàl, porte-monnaie (=: plaque, et 
teivolâ, portefeuille). 



ÉLÉMENTS EMPRUNTÉS l6l 

allemands y remontent assez haut : gonof, voleur, 
existe depuis Gliaucer, et shlckster, fille, femme, 
est familier à l'ancien cant. 

Tandis que le vocabulaire de Yidocq^ ignore 
absolument cet élément oriental, le Dictionnaire 
d'argot moderne de Lucien Rigaud (1881) en four- 
nit les premières indications, à savoir : 

Dabérage, l)avardagc, commérage ; dabérer, 
bavarder, raconter (« dans le jargon des mar- 
chands juifs »). 

Goy, goyim, chrétien : jxder le goy, tromper le 
chrétien (a dans le patois des marchands juifs : 
les marchands forains, mais principalement ceux 
du Midi, ont donné le nom dcgoye, à l'acheteur 
doté d'une bonne tête d'imbécile »). 

Ramor, âne, imbécile (« dans le jargon des 
marchands juifs ») : c'est une faute d'impression 
pour hanior, âne. 

Zona, fille publique (« dans le jargon des mar- 
chands juifs »), mot passé dans le calao. 

Ces termes sont donc spéciaux aux marchands 
juifs, et non pas aux voleurs. Pourtant, la caracté- 
ristique consciencieuse de Rigaud (u dans le jar- 
gon des marchands juifs ») change du tout au 

I. Oïl rencontre dans ses Mémoires (III, iG3) celte alTirmation 
complètement isolée : « Traiffe ou maron sont une seule et même 
chose », où le terme judéo-allemand traiffe, propr. impur, a ici le 
même sens que dans le rotwelsch : « treefe, verdachtig » (Kluge, 
p. 307). 

L'Argot ancien. \\ 



i62 l'argot a>cie> 

tout dans Delesalle (1899) : dabérage et dabérer y 
sont notés comme appartenant au langage popu- 
laire ; goye y figure tantôt avec la spécification 
« dans l'argot des juifs », et tantôt comme : goye 
(z= pante, dupe), accompagné du signe indicateur 
du langage des malfaiteurs ; ramor et zona y sont 
spécifiés « dans l'argot des juifs ». 

Et dans le Dictionnaire français-argot d'Aristide 
Bruant (1901), les premiers de ces termes ont 
nettement reçu droit de cité dans l'argot : (bavar- 
dage) dabérage: (cancan), id. , et (bavarder) dabérer. 

On le voit, la lexicographie argotique s'enrichit 
vite, mais ses acquisitions se font souvent aux 
dépens de la réalité. 

En somme, l'argot proprement dit ignore toute 
influence non-romane. Il est un produit fonciè- 
rement indigène et nous allons en aborder les 
deux éléments fondamentaux : le point de départ 
ancien français et l'apport des patois. 



TROISIEME PARTIE 



FONDS INDIGÈNE 



I. — Ancien Français. 

L'argot était déjà définitivement constitué au ^ 
xv" siècle et des témoignages isolés le font re- 
monter au xm'\ _J 

On cite généralement le miracle du poète arté- 
sien Jean Bodel, le Jeu de saint Nicolas (vers 
1200), comme farci d'argot S principalement les 
scènes de taverne dans lesquelles « les trois 
ribauds Cliques, Pincedès et Rasoirs usent d'un 
argot particulier aux voleurs maintenant incom- 
préhensible-. )^ On y relève les quatre vers sui- 
vants {Théâtre français au moyen âge, p. 18:2) : 

1. L. J. N. Monmcrqiié et Fr. -Michel, Théâtre français au moyen 
âge, Paris, 1889 (cf. p. lOo : a Les mots d'argot qui se trouvent en 
assez grand nombre dans le Jeu de saint Nicolas... »). 

3. Kr. Nyrop, Grammaire historique de la langue française, 2' cd., 
vol. I, p. ';3. 



iG4 l'argot ancien 

Clikks. — Santissics pour le marc don cois 
Et pour son gcugon qui la semc. 
PiNCEDi:s. — Voire et qui maint bignon il teme 
Quand il traict le bai sans le marc. 

C'est probablement de rartésicn populaire du 
xiV siècle (cf. p. i83: il fait le velouset... Purs 
est, en nevoire me vaque), et non pas de l'argot 
proprement dit. La pièce n'en contient pas de 
trace, et c'est le contraire qui nous aurait surpris. 
Dans l'état actuel de nos connaissances, on peut 
hardiment affirmer qu'il n'y a aucun vestige lin- 
guistique de l'argot antérieur au Procès des 
y^^ Coq ailla rs de i/i55. 

L'ancien français en constitue la base. et. mal- 
j gré les transformations rapides de l'argot, celui- 
-ci agardéjusqu'ànosjours nombre de mots anciens. 
Il a conservé également des formes, primitives 
ou secondaires, inconnues aux dictionnaires de 
l'ancienne langue ; telles sont : anticle (à côté de 
antif), aubioH (à côté de aube), bilou (à côté de bil- 
louart), chibre ou gibre (à côté de cjibrelin), coesme 
(à côté de eoënne, Cotgrave connaît coisne), 
variante conservée par les patois, crosle (à côté de 
grosle, Godefr.). frétille (à côté de fret il), fusliller 
(à côté de f aster), gripis (à côté de gripard), jajfe 
(à côté de jafuer), mornas (à côté de mornifle). 
Certains termes même ne nous sont connus que 
par les documents argotiques, tels bigner, gailleur. 



FO>DS INDIGÈNE l65 

mathe, tous familiers à Villon et (à l'exception du 
dernier) aux patois modernes. 

Le stock ancien français de l'argot embrasse 
deux catégories verbales distinctes, suivant 
la conservation plus ou moins fidèle du 
sens primitif. Nous avons déjà constaté à plu- 
sieurs reprises que l'argot, comme toute langue 
secrète, tend à masquer, pour ainsi dire, les ter- 
mes de son vocabulaire afin d'en soustraire l'in- 
telligence aux non-initiés. Pour atteindre ce but 
essentiel, l'argot ancien ne disposait que d'une 
seule ressource : le changement du sens des mots, <; \. 
tandis que l'argot moderne la complique encore ■ 
])ar laltération de la forme. Il y aura donc lieu 
de discerner, dans la recherche des diverses 
sources qui ont alimenté le fonds indigène de 
l'argot, une double série lexique : d'un côté, les 
termes qui ont gardé le sens de la langue générale 
ou des parlers populaires, et d'autre côté, ceux / 
qui l'ont altéré plus ou moins profondément*. 

A. — Avec le sens conservé. 

AMBiER, aller (Bouchct, III, i3i : anibier, c'est 
aller; 17e, 1096 : ambier, embier, fuir ; Jargon, 

1 . Nos sources sont : les dictionnaires ancien-français de Nicot 
(160G), de Cotgrave (lOii), de Ducange (éd. Favre, i883), de 
Lacurne de Sainte-Palaye (éd. Favre, 1875-1882) et principale- 
ment celui de Fr. Godefroy (1880- 1902). 



iG6 l'argot a>cie>- 

1628, id.), Il côté de hier, oWer {Vie, ib^Q; Jargon, 
1628), d'où biard, côté {Jargon, i836), et norm. 
s*embiarder, s'enfuir, qu'on rencontre dans la 
Muse Normande de David Ferrand (éd. Héron, II, 
7), à côté de débiarder, se sauver, du patois de la 
Mayenne; — ambier (Cotgrave : embier), aller à 
l'entour, sens conservé par le picard ambier, aller 
de côté et d'autre, tourner autour de. 

ANDRE, femme (Bouchet, III, i3o : andre, c'est 
une femme) ; — andre, id. (xiv*" s.), du provençal 
andra, landra, id. (d'où se landri, se marier ^ 
s'alandri, devenir coureur), fourbesque landra, 
femme, primitivement prostituée ; cf. lorrain 
landroie, femme ou fdle qui se néglige. A côté de 
andre, on trouve isolément la forme amplifiée 
andrimelle, id. (1097, dans le sonnet soudardant du 
capitaine Lasphrise), ou andrumelle (dans une 
facétie du commencement du xvn^ siècle, v. Fr.- 
Michel, XI\ ), au suffixe analogique (= andre 4- 
[fejmelle) et répondant au fourbesque andrimola, 
mère (dans le vocabulaire du xv^ siècle). Dans le 
patois de l'Yonne, drumelle (de l'argot andrumelle) 
est le synonyme méprisant de fumelle. 

AUBiox, bonnet {Vie, 1096), diminutif de l'anc. 
fr. aube, vêtement blanc ; à côté de loubion, bonnet 
(Chauffeurs, 1800 ; Vidocq). 

I. Cf. bellau liandra, marier (du provençal). 



FONDS IINDIGÈXE 167 

BACLER, fermer {Jargon, 1628), et débacler, 
ouvrir (Yidocq) ; — bâcler, fermer huy s , ou fenes- 
trc, avec un baston par dedans (Nicot). 

BACON, porc {Jargon, 1628); — bacon, id. \^ 

BARBEROT, forçat chargé de raser ses camarades 
(Vidocq) ; — barberot, barbier. 

BAUDRIER, bourse {Jargon, 1660) ; — baudrier, id. 

BEFFLEUR, cscroc (Coquill., i/i55 : ung befflear 
c'est un larron qui attrait les simples à jouer ; 
Villon, 5 : Là sont beffleurs [var. : bleffeurs] au 
plus haut bout assis) ; — beffleiir, trompeur, terme 
encore familier à l'argot moderne (Colombey : 
beffeiir, faiseur de dupes). Le sens primordial de 
befjleur, à savoir « gourmand » (cf. fripon), était 
encore vivace dans le normand du temps de David 
Ferrand {Muse Normande, éd. Héron, I, io3, 161: 
beffleur ;lll, 297 : ..les bleffreux de bisette [c'est- 
à-dire de pain bis]), à côté de beffler, bleffrer, 
manger avidement {Ibid., lli, 95 : No leu vayet 
blejfrer leu pain et leu froumagc). 

BiGNER, regarder (Villon, l'j'j : Bigner la mathe \y 
sans targer), et rebigner, id. {Id., i35 : Rebignez 
bien ou ioncherez), d'un anc. fr. bigner, conservé 
dans les patois : Mayenne bigner, bignoler, lou- 
cher, cligner des yeux, Auvergne bigna, regarder 
{bigni, yeux) ; cf. bellau bigni, regarder (emprunté 
au patois jurassien). 

BiLou, nature de la femme {Jargon, 1700 ; 1728: 



i68 l'argot ancien 

hillou ; éd. 1628 : bijou), rapproche de billouart, 
membre viril {Poésies fr. du xv*" etxM" s.. Y, i52). 

BIS, membre viril (Vie, ioqô), terme encore 
vivace dans le patois picard ; Tanc. fr. ne con- 
naît que le diminutif bistri, dans le composé 
synonymiquc caillebistri. calibisiris. id. (Rabelais, 
H, i5, 16), où caille (niod. cailletle) est une appel- 
lation euphémique tirée du nom de cet oiseau (v. 
chouart). Le patois de St.-Pol a bi, bis, bit, sexe et 
membre viril. 

BLOQuni, vendre des objets volés (Vidocq), et 
abloquir, acheter {Jargon, 1628; Vidocq; acheter 
à prix d'argent, se dit aussi pour acquérir), à 
côté de blot, prix, marché (Vidocq) ; — bloc, prix, 
bloquer, vendre ou acheter (« c'est serrer et arres- 
ler un marché », Nicot). 

BOUCANT, poison (Vidocq, II, 3 18) ; — cf. anc. 
fr. boucon, id. 

BOUESSER, BOusoLER, tourmentcr, en parlant du 
vent, propr. produire de la boue {Jargon, 1628, 
p. 19 : Le gris bouesse ou bouzolle, c'est il gelle, 
fait froid) ; — bouece, boue, et bousole (dim. de 
bouse, id.). 

BOULER, aller (Vidocq) ; — bouler, marcher 
(Eutrapel : Les seigneurs et moy boulions par les 
chemins), provençal boula, patauger. 

BOYE, bourreau d'un bagne (Vidocq) ; — boye, 
bourreau. 



FONDS INDIGÈNE 1G9 

BRIFFER, manger {Jargon, 1628, p. 20 : manger, 
c'étoit 6r(/^e/* ou gousser, à présent c'est morfier), ^y 
à côté de biffer, manger goulûment (Yidocq) ; 
— briffer, id.. picard briffer et biffer, manger beau- 
coup (d'où briffe, biffe, gros morceau de pain) ; 
cf. argot breton de Vannes brlfe, repas et pain 
(terme emprunté à l'argot). 

BROCANT, haguc {Viel Testament , i458 : S'il a au 
doys quelque brocant), et braquante, id. (Jar- 
gon, 1628) ; — brocant, id. ; picard brocantes, objets 
que vendent les brocanteurs (Berry : menus 
meubles, objets de peu de valeur). 

BROUER, marcher (Passion, i486 : la n'y brou- 
ray dessus la plaine ; Villon, 9 : S'en broiient du 
tout à néant), et embrouer, id. (Villon, i36) ; — 
brouer, s'enfuir (Molinet), propr. bouillir (Oudin), 
c.-à-d. se mettre en mouvement (évolution de 
sens analogue à bouger). 

CALviNE, vigne (Jargon, 1628), et calvins, rai- 
sins (Ibid.) : en anc. fr., le calvanieresi l'ouvrier de 
moisson chargé d'enlever les gerbes d'un champ 
(Nicot, Oudin), aujourd'hui, en Normandie, cal- 
vinier, id., Mayenne calvegnier, celui qui aide un 
ouvrier. Le blaisois et lorrain calcine (wallon 
calvigne) désigne la pomme calville. 

CASTROT, chapon (Vie, 1096 : ornioys ou co^/ro/^, 
chappon ; Jargon, i836 : castion), propr. châtré. 

CHiBRE, membre viril (Jargon, 1628, p. 87 : 



I 70 L ARGOT ANCIEN 

avoit grand mal à son ch'wre : Chauffeurs, 1800 : 
chibres, testicules), et gibre, ici. {Jargon, 1628 : 
gyvre ; 1690 : givre), rapproché de l'ancien fr. gi- 
brelin, pudenda (Gollerye), gibreleiix, gimbreteux, 
lascif, gimberter, faire l'amour (Evangile des Que- 
nouilles), auj., blaisois, prendre ses ébats (en par- 
lant des bestiaux). 

CROLLE, écuelle {Vie, 1096, p. i3 : une escuelle 
de bois que nous appelions erosle ; 1627 : grosle) ; 
— grole, vase en forme de flacon à une poignée ; 
le patois poitevin a erole, vase (Lalanne), et celui 
de la Mayenne, erole, écuelle de chien, bas-gâti- 
nais croie, vaisseau à contenir du feu. 

CRLC, crochet {Passion, i486 : Les dyables de- 
mourront en crue), d'où dérive le berrichon et 
poitevin encrucher, accrocher. 

DALLE, écu de six francs (Vidocq) ; — dalle, mon- 
naie flamande d'une valeur environ de cinq francs. 

DOUBLER, dérober {Jargon, 1628), à'ohdoubleux, 
larron, et doublage, larcin {Ibid.)\ — doubler, user 
de duplicité, tromper {doublerie, duplicité, faus- 
seté) ; cf. germ. doble, id. (« que ayuda a enga- 
nar », Hidalgo). 

ECAMAXï, mendiant {Jargon, 1628, p. 3o : On 
nomme les franc-mitoux les ecamens, ils bient ap- 
puyez sur un sasbre et bandez par le front faisant 
les trembleurs), répondant au berrichon et poite- 
vin encamant, privé de l'usage d'un bras ou d'une 



FONDS INDIGENE I7I 

jambe par blessure ou autrement (Yonne : inva- 
lide, impotent), à côté de acamander, rendre 
impotent et fatiguer, exténuer, paralyser (Cham- 
pagne camander, mendier), picard et lorrain 
camand, mendiant, de l'anc. fr. caymant, men- 
diant (attesté dès i393). Cf. pour le sens, les 
locutions berrichonnes : mendiant de jambes 
[— eul-de-jatte) et gueux de nez (= camus). 

ECORNER, injurier (Yidocq) ; — eseorner, id. 

ENTERVER, entendre {Apôtres, i46o : Escoutez 
comment il enterve ; Yillon, i63 : Entervez tou- 
siours blanc pour bis ; Bouchet, III, i3i : entre- 
ver, c'est entendre; Jargon, 1628 : id., 1728 : en- 
traver), et enterveux, qui entend (Yillon, 17 : 
Rebignez tost ces enterveux) ; — enterver, entrever, 
entendre, comprendre; cf. argot breton de Y'annes 
intermein, comprendre, bellau enterver, id., et 
ménedigne entreveto? (terratsu : entarve-to ?), 
comprends-tu? termes d'origine argotique. 

ESCouTE, oreille (Jargon, i634 : escoutes, 1690: 
escoules, i836 : escouilles) ; — escoute, action 
d'écouter (cf. dans la langue moderne, être aux 
écoutes) 

ESGAR, faire Uesgar, dérober à ses camarades 
une partie du vol qui vient d'être commis (Yi- \/ 
docq), propr., égarer (cf. Id., II, 98: un indi- 
vidu esgara vingt billets de mille francs) ; — 
esgarer, égarer. 



172 L ARGOT ANCIEN 

/ 



/ FARDAiNE. \èiemeni {Cfiauffeiirs, 1800): — Jar- 
dage, hardes. 

FOURGAT, marchand, receleur chez lequel les 
voleurs déposent et vendent des objets volés (Yi- 
docq), e{ fourguer, vendre des objets volés (/d.) ; — 
forgat (Colgrave : Norm.). vente des objets après 
l'exécution. 

GAiLLEUR, trompeur (Villon, 09. : Gailleurs, bien 
faitzen piperie). ci gayeux, id. (Villon. i3o : Prince 
des gayeux les saqx^s). de la même origine que 
l'anc. fr. galtier, un meschant frippon (Oudin), du 
pi-ovençal gatié, pendard, vaurien, propr. goinfre 
(même évolution de sens que le fr. fripon). Dans 
l'argot moderne, engailleur. trompeur (Grison, 80), 
et dans celui des camelots, engailleur signifie : 
complice qui attire la foule pendant que son 
compagnon explore les poches des badauds (Vir- 
maître). 

GALiER, cheval (Coquill., i455 : ung cheval, 
c'est ung galier ; St. Christophe, 1027 : Et le galier 
pieça vendu), et gallier, id. {Jargon, 1628), à côté 
de gaye, id. (Yidocq ; cf. Rigaud : gaily gaillet, che- 
val, terme remis en circulation depuis quelque 
temps, principalement par les maquignons ; 
gaillon, id., dans le langage des cochers de 
fiacres); gailloterie, écurie {Chauffeurs, 1800); — 
galier, mauvais cheval (Palsgrave. Cotgrave : (( a 
dull horse »), sens conservé dans les patois (Maine 



FONDS INDIGÈNE t'J^ 

galier, cheval de fatigue, Yonne gaille, gaillofrc, 
rosse). 

GOLiiuER, tromper (Bouchet. III, 129 : pour 
m'engarder d'estre affiné, qu'ils appellent gour- 
rer...); — gorrer gourrer, id. (bas-lat. gor//î«re, 
voler, gorinus, escroc, Lyon gorrin. id.) ; normand 
gourer, id. 

GRAFFEii, saisir, empoigner (S^ Christophe, 1527: 
... le marieux Qui vient ichy pour nous graffer), 
à côté de grefjlr, id. (Villon. 1^7 '- de grefjir 
laissez vos carrieux; Jargon, 1660). et de griffir, 
déro}3er sublilemenl {Jargon, 1628), propr. saisir 
avec un croc ou avec la griffe ; — (J^'ffffcr, clouer, 
cramponner (i3Gi), grejfer, agriffer. 

GiiuppER, saisir (P055/0/J, 1486 : Et force d'auber 
grupperons ; Villon, iG : Si gruppez estes des ca- 
rieux), d'où grup, saisie (Villon. 188 : Danger de 
grap en arderie ; St. Christophe, 1027 : S'il est 
grup?) ; — grupper, attraper (Cotgrave), propr. ac- 
crocher (Oudin), verbe qu'on trouve à la fois 
dans Rabelais * et dans les patois (Champagne, 
grupper, saisir). 

GLixAL, guignai, juif (Vidocq), aujourd'hui mar- 
chand de chiffons en gros (appelé encore ogre, 
Abraham, Juarez, v. Rigaud) et Mont-de-piété, à 
C0I6 de g uenaud, iiovcicv {Jargon, 1806) ; — guinau, 

I. Pantagruel, III, i8 : « Qui desrobe, ne sixgce, mais gruppe, ne 
avalle, mais emballe, ravit et joue de passe-passe ». 



y 



174 l'argot ancien 

gueux, et guenau, id. (Oudin, i64o : guenaux 
St. Innocent, des pouïls ou des gueux), auj. Berry 
(Youiie gninandcr, mendier), et guignaud, rôdeur 
(Yonne gucugner, mendier) ; dans le patois de 
Montpellier, giiinelo désigne le bohémien, le 
gueux par excellence. 

HARicoTER, romprc (CliaulTeurs. 1800 : haricoté, 
rompu : Yidocq : aricoter), d'où haricoteur, bour- 
reau (Id.) ; — haricoter, déchirer (Ducange). 

JOBE, niais (Vidocq : battre Job, dissimuler, faire 
le niais) : — Jobe, id. (auj.. dans les patois, d'où 
Vo'ilou Jobard, sot); la locution normande battre le 
job, flâner, ne rien faire, vient de l'argot ; dans le 
vocabulaire des Chauffeurs (1800), job signifie 
veau, litt. le sot. 

JONCHER, tromper {] iel Testament, i458 : Ne me 
ionche point quel preudhomme ; Yillon, 94 : Par 
ioncher et enterver), et joncheur, trompeur, jon- 
chérie, tromperie {Id., i34 : loncheurs, ionchant 
en ioncherie). Le terme joncheus, au même sens, 
se trouve dans un registre du parlement de Paris 
de 1889 (dans Fr.-YIichel : ((appelle l'en tels gens 
qu'il est ioncheus, c'est à dire cabuseur de gens ») 
et il est probablement d'origine argotique ^ 



1. Suivant la conjecture ingénieuse de Fr. -Michel, joncheus, 
trompeur, dériverait de jonc, paille des prisons (Villon, 2 A : Et 
aussi d'estre sur les joncs), de sorte que le sens primitif serait 
« paillard » (Guillaume Coquillart emploie joncheresse au sens de 



FONDS INDIGÈNE I75 

JLXTE, le long de, auprès de {Jargon, 1628), sens 
de l'anc. fr. Jiixte, conservé également dans les 
patois (Normandie Jouste, attenant, Champagne 
jouxte, à côté, Poitou, jouste, auprès). 

LANDREUX, infirme (Yidocq) ; — landreux, faible, 
malade, en mauvais état (Oudin). 

LiGOTS, jarretières (Tïé', iôqô), et ligotante, cor- 
dage (GhaufTeurs, 1800), ligotte, corde (Yidocq), 
à'oixligotter, lier avec des cordes (Id.)\ — ligote, 
courroie de bouclier (xn'siècle), %o//er(xvi'' siècle, 
en parlant de la vigne). 

LORGNE, borgne (Yidocq), et as d'un jeu de 
cartes, propr. borgne, sens de l'anc. fr. lorgne. 

MALINGRE, maladc (Bouclict, III, i3i : les courbes 
malingres sont de mescliantes jambes), et malin- 
greux, classe de gueux ayant de fausses plaies 
{Jargon, 1628, p. 27 : Malingreux sont ceux qui \j 
ont de maux ou playcs, dont la plupart ne sont 
qu'en apparence) ; — malingre, infirme. 

MANiCLE, anneau que l'on rive au bas de la 
jambe des forçats et auquel est attaché la chaîne 
{frère de la manicle, filou, voleur), et métier (Ri- 
gaud : manique) ; — manicle, menottes ; cf. d'Hau- 
tel : entendre la manicle, être adroit, rusé, com- 
prendre toutes les finesses, sens d'origine argo- 

débauchée), le filou étant à la fois rusé et bon vivant (Cf. Cham- 
pagne joncher, jouer, plaisanter, joncherie, badinage, joncheur, 
galant). 



V 



176 l'argot ancien 

liquc qu'on retrouve dans les patois: Lyon ma- 
nicle, métier (a il est de la mcmicle, c'est un enfant 
de la manlcle, ») et tour, ruse (« je connais la ma- 
nicle ))), Genève mcmicle, manigance, manœuvre, 
secret (« être de la mcmicle, voir la manicle )>). 

MARCANDiEii, prétcudu marchand qui se disait 
avoir été volé (Jctrgon, 1628, p. 20 : Marcandiers 
sont ceux qui bient avec une grande ane à leurs 
costez, avec un assez chenastre frusquin, et un 
tabar sur les courbes, feignanz avoir trouvé des 
sabrieux sur le trimard qui leur ont osté leur 
michon toutime) ; — mcircandier, id. (Berry : pe 
tit commerçant), marccmder. ivariquer, mcircandise , 
négoce ; Yonne marccmdier. marchand-colporteur, 
et, par extension, coureur, flâneur. 

MARQUE, mois (Vidocq), abstrait de l'anc. fr. 
marquis, menstrues (Gotgrave) ; cf. fourb. mar- 
chese, mois (en italien : menstrues). 

MYTHE, prison (Villon, i : A Parouart, la grant 
mcdhe gdiudie ', i54 : Bigncz la mathe sans targer), 
et mcdte, id. (enfans de la matte, filous, coupeurs 
de bourse, Gotgrave, Oudin), d'où mattois, ma- 
tois, voleur (Bouchel, III. 129 : des mattois qui 
mattent...; Oudin : langue matoise, langage des 
coupeurs des bourses). Le sens primitif de pri- 
son^, démontré par Schone (p. 191-193), permet 

I. La définition qu'en donnent Gotgrave, Furetière et le Dic- 
lioiniaire de Trévoux (« il y avoit un lieu nommé la Mate où les 



FONDS INDIGENE I77 

de rapprocher le mot de Tanc. fr. mathe, tombeau 
(Ducange, s. v. mattare), par l'acception intermé- 
diaire de « fossé )) qui s'applique à la fois au 
cachot et au tombeau. Cette acception résulte des 
formes patoises du mot encore vivace : Gironde 
inatte, terre d'ail uvion, amas de boue, provençal 
mate, bourbe. V. ci-dessous mitte. 

MATOIS, matin (Yidocq); — matois, id. (Guillaume 
Coquillart, Monol. des Perruques : Ribler, tromper- 
soir et matois). 

MENÉE, douzaine {Jargon, 1G28 : menée d'aver- 
gos, une douzaine d'oeufs, menée de l'onds, douze 
sols) ; — menée, poignée. 

MENESTRE, potagc {Javgon, 1628 : du potage 
s'appelloit la jaffe, à présent c'est de la menés tre) ; 
— menestre, id., terme pénétré en français, au 
xvi" siècle, de l'italien minestra, soupe (pr. me- 
nés tro, id.). 

MicHAUD,tête (Fr.-Michel); — michaad, id. (1602); 
cf. germ. mechosa {calao mie hosa), id. 

MiTOUFLET, gaut {Me, 1Ô96) ; — mitouftet, id. 

MORFiER, manger {Jargon, 1628, p. 20: Manger 
c'estoit briffer ou gousser, à présent c'est morfier), 
d'où mor/e, repas {Vie, 1096; Jargon, 1628), mor- 
fiante, assiette (/6/d.) ; — morfiailler, manger (Rabe- 
lais), auj. Hainaut morfalier, manger avidement 

filous s'assembloient autrefois pour faire leurs complots, » dit le 
dernier) est sujette à caution. 

L'Argot ancien. An 



/ 



178 l'argot ancien 

en ouvrant fort la bouche et en appuyant forte- 
ment les dents les unes contre les autres, Cham- 
pagne morfiller, mâcher, à côté du berrichon 
morfier, manger avec avidité (Genève morfer), 
id. L'anc. fr. morfudller suppose morfier et mor- 
fer, conservés par les patois (c'est à tort que Ou- 
din, 16^10, attribue ces formes verbales à l'argot), 
provençal morfi, grande tranche de pain, mor- 
fio, goinfrerie, et moiirfia, bâfrer. Les termes 
fourbesques corrrespondants {morfa, faim, morfia, 
sj bouche, morfire et murfezzare, manger) dérivent 
de rilalien morfire, manger, et morfia, bouche 
(cf. smorfia, moue), répondant au bellau morfi, 
bouche, propr. celle qui mange. Tous ces termes 
sont d'origine onomatopéique (comme le roum. 
molfiiL grignoter, et l'esp. - germ. mujlir, man- 
ger), exprimant le mouvement des joues lors- 
qu'on mâche lentement, surtout chez les per- 
sonnes qui n'ont pas de dents. 

MOLScmER, dénoncer (Coquin. . i4ô5 : mouschier 
à la marine, c'est encuser l'ung l'autre à la jus- 
tice), d'où mod. mouche, agent de police, 
mouchard, à côté de mouchailler, regarder {Jar- 
gon, 1628), auj. regarder à la dérobée, c'est-à- 
dire espionner, sens de l'anc. fr. moue hle r : ci re- 
moucher , regarder (Yidocq). 

PELiuE, redingote (Yidocq) ; — pelëure, four- 
rure. 



FONDS INDIGENE I79 

PIAF, orgueil, amour-propre (Id.) ; — pi^^iffe, 
faste (Mayenne : luxe vulgaire et vaniteux). 

PIÈTRE, faux (Bouchet, III, i3o : la fausse mon- 
noie, c'est de la piètre bille), à côté de piètres, 
faux estropiés qui marchaient avec des potences 
(Jargon, 1628, p. 27 : Les piettres sont ceux qui 
ont les jambes et bras rompus, ou qui ont mal 
aux pasturons qui bient avec des potences) ; — 
piètre, chétif(Oudin : mauvais, en mauvais estât), 
auj. en champenois {d'où piètre rie, misère). 

POMMARD, bière (Jargon, i836) ; — pomat, cidre. 

PUNAISE, prostituée (Ibid.) ; — piisnaise, id. 

RABAT, manteau (Jargon, 1690) ; — rabat, rotonde 
(Monet). 

REBONNETER, flatter (Vidocq) ; — bonne ter, sa- 
luer à coups de bonnet ; cf. argot bonneteur, celui 
qui tient dans les campagnes des jeux de caries 
auxquels on ne gagne jamais (Id.). 

REFAITE, repas (Yidocq), propr. restauration, 
réconfort, sens du terme en ancien français. 

RiOLE, bonne chère (Jargon, 1728 : riolle ; Yi- 
docq : riole, joie, divertissement) ; — riole, partie 
de plaisir, débauche. 

SABOULER, tourmenter, incommoder (Jargon, 
1628. p. 3o : l'hyver quand le gris saboule), courir 
(Ghaufteurs, 1800) et se secouer comme des épilep- 
tiques (Jargon, iG 28, p. 27 : aux lourdes des entifles 
où ils se saboident gourdement), d'où sabouleux 



i8o l'argot ancien 

gueux contrefaisant les épilcptiques(/6/d., p. 27 : 
Les sahouleux sont ceux que vulgairement on ap- 
pelle malades de Saint Jean, dont il y en a plus 
de faux que de véritablement malades) ; — saboii- 
lei\ secouer, fouler aux pieds, auj. Berry (Morvan : 
maltraiter, wallon : houspiller, lorrain : culbuter), 
Forez saboiiler, rouler dans la boue (cf. Yidocq : 
sahouler, décrotter) et sahouillat. bourbier. 

SALVERiNE, tassc (Bouchct, III, i3o : une tasse, 
c'est une salverne ; Jargon. 1628 : saliverne, 
écuelle): — salverne, id. (Rabelais, lY, 3i ; Y, 34), 
auj . jNîmes saliberno, vin (terme burlesque), propr. 
tasse de vin (cf. Yidocq isaliverne, salade, propr. 
saladière). 

SATOU, bois (Yidocq), et satte, id. {Id, : dossièrc 
de satte, chaise)/, — satou, gros bâton (xiv° s.), 
aux sens figurés dans les patois : Berry satou, 
verte réprimande (« je lui ai donné un satou »), 
et satter, battre (u la pluie a satté les garets »), 
Auvergne satou, coup violent, gourmade, et sati, 
fouler, presser, battre {Kixsatouna, frapper fort). 

SERGOLLE, ceinturc à argent (Yidocq) ; — serre- 
golle (cf. golle, gorle, ceinture où on portait son 
argent). 

SERPILLIÈRE, Tobc {Jurgon, 1628 : serpillière de 
rastichon, robe de prestre) ; — serpillière, id. 

SERRARD, notaire {Vie, 1096) ; — serrer, tenir 
clos, enfermer. 



FONDS INDIGÈNE l8l 

soLiii, sollir, vendre {Jargon, 1628), d'où solli- 
ceur, marchand (Yidocq) ; — ; sollir, vendre (1261). 

TABAU, tabarin, manteau {Jargon, 1628) ; — ta- 
bart, id. (xii" siècle). 

TALDE, maison {Vie, 1627; Chauffeurs, 1800 : 
tote), à côté de taudis, id. (Bouchet, III, i3o : 
j'ambie au taudis, c'est-à-dire à la maison) ; — 
taude, abri, taudeis, id. (xv" siècle). 

TOLLE, tollart, hourresLU {Jargon, 1628 ; *S^. Chris- 
tophe, 1027 : tekirt et taulart ; Chauffeurs, 1800 : 
tôle, bourreau, et tôloire, guillotine) ; — tollart, id. 
(xv" siècle; Nicot : tollart ou bourreau). 

TROLLER, porter çà et là {Jargon, 1628, p. 26 : 
ceux qui trollent sur leur endosse de gros guel- 
lards), auj. promener un objet pour le vendre et 
entroller, antroller, emporter {Ibid., p. Sg) ; — trot- 
ter, courir çà et là (terme de vénerie, xvi" siècle), 
auj. Picardie trauler, marcher dans la boue (Mor- 
van : aller de côté et d'autre) ; Mayenne trotter, 
vagabonder (Bourgogne : aller partout colporter 
des nouvelles) ; provençal traula, aller et venir, 
rôder, se traîner, s'enfuir {s'entraula, s'enfuir). 

B. — Avec changement de sens. 

ACCOLER, pendre (Villon, 187 : Où accolez sont 
vos ainsnez), propr. embrasser, jeter les bras au- 
tour du cou (auj .^ en picard) . 



.l82 



L ARGOT ANCIEN 



AFFLRER, tiomper (Vie, ibg6, p. 12 : savisant 
de vciajfarer, c'est à dire de me tromper ; ajfa- 
rard, sergent), propr. tromper en achetant (Vi- 
docq : affarer, gagner, ajfurage, bénéfice, profit) ; 
— ajfarer, mettre à prix, taxer, acheter (Cham- 
pagne ajforer, acheter et fixer le prix d'un drap) ; 
le normand de Vire affarer, voler (Du Méril), vient 
de l'argot. 

AXGEL, sergent (Villon, 3 : Et par angels... Sont 
greffis et prins cinq ou six), à côté de ange, valet 
de bourreau (St. Christophe, 1527 : Se le rouastre 
et ses anges Nous trouvoit à la gourde pie) ; — cf. 
ange de grève, sergent de police, à Strasbourg 
(Lacurne), crocheteur, à Paris (Oudin) ; le sens 
argotique a persisté à Dijon : envier un ainge, 
c'est envoyer un sergent (La Monnoie, Glossaire 
des Noëls bourguignons). 

AXTiFFE, entifle, église (Jargon, 1628, 1700; 
Chauffeurs, 1800 : s'entifter, se marier; Vidocq : 
antijler, id.), propr. la maison antique (anc. fr. 
antif, entif, ancien), à côté de anticle, messe (Vie, 
1596). La locution argotique battre Vantiffe (Jargon, 
1728), battre l'estrade, marcher, signifie primiti- 
vement battre le pavé des églises ^ les fréquenter 

I. Cf. Mayenne courir la calistrade, vagabonder, propr. courir 
l'aumône, de calistrade, pour caristad, aumône (litt. charité) ; 
Vidocq, I, 102 : « Un mendiant ouvre la porte du magasin et 
demande la caristade d'une voix lamentable ». Cf. Yonne caristade, 
aumône, mauvaise farce, danse malséante. 



FONDS INDIGÈNE l83 

assidûment (de là, battre entifte, dissimuler, Vi- 
docq), ensuite vagabonder, sens conservé dans le 
lyonnais battre l'antiffa, rôder (u s'emploie souvent 
à propos des enfants » , Puitspelu) et dans le 
provençal batre Vantifo, battre la campagne, courir 
les champs, être misérable, grelotter (Mistral), 
l'une et l'autre locution d'origine argotique ; ajou- 
tons le Bas-Maine entijler, enticher, enjôler, et le 
A'erbe argotique moderne rentlffer, rentrer (Riche- 
pin), propr. rentrer à l'église. 

ARQUE, dé à jouer (CoquilL, i455 : Dcz à jouer 
ilz l'appellent acques (sic !) ; Villon, i32 : Pour 
double de frouer aux arques ; — arque, arche, 
par une assimilation qui nous échappe. 

ARQuiN, soldat voleur, drille {St. Christophe, 
1027 : Où est Arquiti (nom propre de voleur) ? — 
U fait la moue à la lune), et narquin, id. {Ibid. : 
Es tu narquin? — Ouy, compain), à côté de nar- 
quois, id. (Jargon, 1628 : narquoys^, un soldat), 
tous dérivés de arc et désignant primitivement 
l'archer (cf. bellau arqui, soldat, et provençal 
arquié, agent de police), d'où soldat viveur, pil- 
lard (provençal arquin, soldat libertin, terme 
argotique), répondant à l'italien arcadore, trom- 
peur, propr. archer. 

I. Sauvai, Antiquitez de Paris, l, 525 : « Ces misérables qui, 
répée au côté, contrefont les soldats estropiez, sont les Narquois, 
ou gens de la petite flambe. » 



iSfi l'argot ancien 

ALBER. aubert, argent (CoquilL, i455 : ilz appel- 
lent argent aubert : Passion, i486 : Et force 
d'auber grupperons), propr. blanc (sens de l'anc. 
fr. auber, appliqué spécialement au peuplier 
blanc, à l'aubier), répondant au fourbesque 
albume, argent (= blanc d'œuf) ; cf. argot plâtre, 
id., mourmé abia, argent (emprunté à l'argot), et 
Berry blanc, petite monnaie d'argent ; argot rou- 
main albisor. franc (= petit blanc). Le terme aubert 
se trouve dans Rabelais (v. ci-dessous /oM///ow5e). 

AUTAN, grenier (Vidocq), rapproché de l'anc. fr. 
autan, vent du midi. 

BARBALDiER. gardicii de Thôpital (Jargon, 1628); 
— barbaudier, mégissier, brasseur de bière et 
apprêteur de laines. 

BALCHER, se moquer (Vie, 1096 ; Jargon, 1690), 
rapproché de l'anc. fr. baucher, établir le poutrage 
de (1496 ; Berry baucheron, bûcheron), de bauche, 
poutre, comme plancher, mentir (Chauffeurs. 1800), 
se moquer, plaisanter (Vidocq), est tiré de planche ^ . 

BALDE, le mal de Naples {Jargon, 1628), propr. 
chienne en chaleur (sens anc. fr. et dial. du mot : 
femelle du chien baud). 

BAUGE, coffre {Jargon, 1628), auj. ventre (Vi- 
docq), assimilé im. bauge du sanglier (xvi" siècle). 

i. Terme d'ailleurs d'origine populaire (\. d'Hautel s. \. plan- 
cher) qu'on retrouve dans le normand de Bayeux : pianche, pian- 
chon, fille, enfant (à Mortain : malin, espiègle). 



FONDS INDIGÈNE l85 

BENAiiD, voleur (Villon, 109 : Benardz, vous 
estes rouges gueux), propr. niais ou qui se 
montre tel pour mieux attraper les autres ; — 
bernard, sot, et Mayenne benard, id. ; cf. anc. 
fr. (clé) benarde, ouvrant à la fois plusieurs ser- [^ 
rures, avec (serrure) bernardine (i^/V), appella- 
tions tirées peut-être du nom propre Bernard ou 
Benard (cf. David, p. ii4)- 

BEROLART, sobriquct du voleur (Villon, 177 : 
Fait aux beroars faire la moe ; St. Crlstophe, 1527 : 
He, povre berouart !). propr. loup-garou ; — berou, 
loup-garou et terme injurieux (cf. picard leuérou, 
loup-garou et mauvais sujet). 

BILLE, pièce de monnaie (Bouchet III, i3o : de 
la monnoie, c'est de la bille ; Vie, 1596 : la bille, 
c'est l'argent), d'où biller, payer, et biancher, id. / 
{V intérieur des prisons, iS/jG) ; — bille, pièce de 
bois (cf. argent en bille et le moderne billon) ; nor- 
mand bille, argent, petite monnaie, et H. -Maine, 
argent dû à un ouvrier (termes empruntés de 
l'argot), et fr. pop. des billes, pour dire de l'argent 
monnayé, des espèces sonnantes : on n'a rien sans 
billes^ c'est-à-dire qu'on ne peut rien se procurer 
sans argent (d'Hautel) ; cf. Oudin : bille pareille, 
la pareille, chose égale (= monnaie pareille). Le 
terme argotique se trouve dans le ttinodo rochois : 
billeoz. argent. 

BLEscHE, petit mercier (Bouchet, III, 106 : un 



i86 l'argot ancien 

gentilhommc acheta à ce hlesche 4 ou 5 sols de 
marchandise ; Vie, iSgô, p. 5 : il n'estoit 
coesme..., ains estoit simple hlesche), et voleur 
(Oudin, i653 : hlesche, furbo, furbesco) ; — hlesche, 
sot ^ niais (v. ci-dessus henavd) ; cf. hellau hlesse 
marchand (terme pris à l'argot), Mayenne byèche, 
blêche, qui biaise, qui use de finesse, qui agit en 
sournois (sens dérivé de celui de « mercier ») ; haut- 
breton (Ille-et-Yilaine) hlèche, méchant, sournois, 
qui frappe ou commet une mauvaise action en se 
cachant (hlècher, faire du mal en se cachant). Le 
terme argotique figurait également dans l'ancien 
langage populaire, au sens d'hypocrite (Gherardi, 
Théâtre italien, III, i6i : Je ne sais ce que c'est 
que de faire le blêche). Le sens du mot dans 
l'argot moderne u laid, désagréable » (Rigaud) en 
est une autre induction. 

BouYs, fouet {Jargon, 1628), propr. fouet de 
buis (anc. fr. et dial. houis), et houée, le fouet 
infligé jadis aux petits voleurs (Vidocq), même 
sens primordial (Poitou houée, buis), à côté de 
hrouée, id. (Jargon, 1728), propr. bruine de 
coups. 

I. Iluet et Fr. -Michel rattachent hlesche, voleur, à blachois, 
valaque (Villehardouin), le premier arguant la mauvaise réputa- 
tion de ce peuple, et le deuxième supposant que les voleurs, pour 
la plupart bohémiens, venaient le plus souvent de la Valachie. 
Voir plus haut, à propos de zigue, un autre rapprochement fan- 
taisiste de ce genre. 



FONDS INDIGÈNE 187 

BRiMART, bourreau {Vie, iSgô ; Jargon, 1728; 
Comédie des Proverbes, i633, acte IV, se. 3 : De 
peur que le brimart ne nous chasse les mouches 
de dessus les espaules), d'un primitif 6rime, petite 
branche (cf. Oudin : brimart, balai), qui survit 
dans le patois de la Mayenne : brime, mèche de 
fouet et petite branche, et brimer, battre, tour- 
menter, punir (d'où fr. brimer, vexer pour 
éprouver, terme d'origine dialectale). Le brimart 
est littéralement celui qui punit avec la brime, qui 
inflige les peines corporelles, répondant à l'espa 
gnol verdugo, bourreau et verge. 

CAGOu, lieutenant des gueux {Vie, 1096, p. i3 : 
les Cagous, lieutenans du grand Goesre par les 
provinces ; Jargon, 1628 ; Ibid. 1728 : cagou, 
voleur solitaire), qui enseignait l'argot, c'est-à- 
dire le métier de voleur (auj. voleur qui ins- 
truit les autres) ; — cagou, mendiant {Chronique 
Paris, s. a. i436 : un gros vilain comme un 
cagou), proprement ladre, ces gueux portant des 
cliquets comme s'ils étaient des lépreux ^ ; cf. 
blaisois cagou, homme qui vit seul (= ladre), et 
lorrain caqueux, mendiant, propr. lépreux. 

GALLE, tête {Jargon, 1628, p. 20), et teigne, 
d'où callot, teigneux {Ibid., p. 28 : Callots sont 
ceux qui sont teigneux véritables ou contrefaits) ; 

I. Voir le chap. XIX du Liber Vagatorum. 



i88 l'argot ancien 

— cale, calle, calotte (cf. caloquet, cliapeau, 
Vidocq). 

CAN {le grand), le grand prévôt^ (Villon, 27 : 
Escharicez, ne soiez durs, Que le grand Can ne 
vous fasse essorer), propr. le Khan des Tartares, 
connu en Europe depuis le voyage de Marco 
Polo -, et dont le nom devint depuis synonyme 
de chef 3. 

CANTON, prison (Jargon, 1628), propr. coin, sens 
inhérent à cantonade, coin de rue (Goquill., i455 : 
Quand ilz sentent quïlz sont poursuyz de justice 
ou qu'ilz se doubtent que l'on voizent après eulx 
et ilz tiennent un chemin et se pensent que Ten 
les a veu cheminer par illec, ilz se détournent à 
coup et prendent un aultre chemin ; cela s'ap- 
pelle bailler la cantonade), sens de l'anc. fr. et 
provençal canton, coin, cantonade, angle de 
maison, coin de rue. 

GARE, carre, boutique (vol à la care, en chan- 
geant de monnaie dans une boutique, v. Vidocq) 
et maison (et cachette, Reims, Tarbé, II, 226), 
d'où decarrer, sortir, s'en aller (Vidocq), et en- 



1. Et non pas : « le soleil » (Longnon). 

2. Le livre de Marco Polo, éd. Pauthier, p. 4G5 : « Ils (les Tar- 
tares) ont ydres (c.-à-d. idoles) et font ardoir les corps morts, et 
sont au grant Kaan. » 

3. Cf. Vig. de Charles VII (dans Lacurne) : « Car c'estoit le 
grand cacin et maistre » (il s'agit du comte Salisbury tué au siège 
d'Orléans). Philippe ^JLousquet écrit ; Kaan. 



FONDS INDIGÈNE 189 

carrer, entrer (M.) ; à côté de carriiche, prison 
{Jargon, 1690 : et charruche; 1700^ : caniche \ 

— care, carre, coin (v. ci-dessus canton) ; cf. 
Mayenne, Ambrière, caniche, maison, et picard 
décarrer, se sauver, détaler, répondant au fourb. 
scoscar. décamper (de cosco, maison). 

CHOPER, voler de menus objets (Yidocq), et 
chopin, vol, propr. coup ; — choper, heurter du 
pied, chopin, coup violent. 

coESME, gros mercier (Vie, 1596, p. 8 : Pechon 
est quand on a la première balle..., en après 
blesche, mercelot, et puis coesme, c'est mercier), 
d'où coesmelot, coesmelotier, id. (Vie, 1596; Jar- 
gon, 1628), et coesmeloterie, marchandise (Ihid.) ; 

— coisne (Gotgrave), à côté de coënne, couenne, 
conservé dans les patois au sens de sot, niais 
(Berry couème et couanne, id., Mayenne, couèine, 
poltron), sens qu'il a dû avoir également en ancien 
français -. Le terme argotique représente ainsi 
une association d'idées parallèle à son synonyme 
blesche (v. ci-dessus) ; cf. bellau coiian, maître 



I. L'c'dition du Jargon de 1728 porte cartiiche, dérivant de carte, 
cartre, prison (cf. Genève charte, chartre, prison). 

a. Un autre sens de coenne, coesme, à savoir, bouc, crotte (cf. Roy 
Modus, dans Littré : la couenne de l'herbe), s'est également conservé 
dans les patois : wallon couanne, gazon, Mayenne couème et couenne, 
crottin de cheval (et personne très grosse, sotte ou mal habillée). 
Cf. Haut-Maine camelotte, mélange d'aliments ou d'engrais (Vidocq : 
camelotte, sperme) : c'est le diminutif de couème, crotte. 



igo l'argot ancien 

de maison, sens correspondant au terme de la 
germania coyme, l'un et l'autre empruntés à 
l'argot. 

coEsiiE, chef du royaume de l'Argot {Vie, lôgô, 
p. 12 : le chef appelé le grand Coesre ; Jargon, 
1628 : Coesre, le maistre des gueux ; i836 : le 
grand Coëre), rapproché de l'anc. fr. coiraii, 
bœuf engraissé, association d'idées qui n'a rien 
de surprenant pour le tour d'esprit argotique 
(cf. bellau toire, maître, propr. taureau). Coesre, 
graphie archaïsante pour coëre (cf. coesme = 
coème), serait ainsi abstrait de coirau ; le terme 
argotique s'est conservé en provençal : couero, 
couaro, gueux, rustre {lou coiiaro, le maître, le 
bourgeois, le chef, dans le patois rouergat). 

COMTE, geôlier {Jargon, 1690 : comte de la 
caruche, geôlier de la prison), et comtois, niais 
{battre comtois, servir de compère à un marchand 
ambulant, Yidocq, locution analogue à battre 
Job, faire le niais, Id.), propr. comte (cf. Oudin, 
i64o : bourgeois, c'est-à-dire sot ou niais) ; v. ci- 
dessous sire. 

coQUART, maréchal ferrant {Vie, 1696) ; — 
coquart, sot (Ducange, iSgi : ledit Bernart estoit 
bien coquart, bernart et tous sos) : le sens inter- 
médiaire est rustre, rustaud. 

coQuiLLARD, gucux, mendiant, propr. pèlerin 
porteur de coquilles (Goquill., i455 : et appellent 



FONDS INDIGÈNE IQI 

iceux galans les Coquillars qui est à entendre 
les Compaignons de le Coquille ; Villon, 88 : Et 
pour ce, benards, Coquillars, Rebecquez vous de 
la montioye ; Jargon, 1628 : Coquillards sont les 
pèlerins de Saint Jacques, la plus grande part 
sont véritables et en viennent ; mais il y en a 
aussi qui truchent sur le coquillard, et qui n'y 
furent jamais...). De là : forezien coquillard, 
mendiant ; cf. béarnais coascoulhan, coquillard, 
faux pèlerin (de couscoulho, coquille), gascon 
cascoulhé, porteur de coquilles, pèlerin (de cas- 
coulho, coquillage) ; provençal eoco, gueux 
(= coquille, rouergal cofzcrt/'o, id.), queco, voleur, 
jeune filou, lazzaronc marseillais, répondant aux 
frères de la cuque^, filous, voleurs, coupeurs de 
bourse (Oudin, i6/io). De même, germ. marlsco, 
coquille et vol, mariscar, voler, propr. ramasser 
des coquilles, comme en anc. fr. : dresser une 
coquille, pi^ojeter une fourberie (Cotgrave), et 
bailleur de coquilles, menteur (/d.). 

covE, maison {Vie, iSgô), propr. tanière ; cf. 
bcllau eue, maison, fourb. cobi, lit (argot sicilien 
cuba, maison). 

DABE, dabuche, roi {Jargon, 1628 ; Yidocq), et 
dabot, préfet de police (Yidocq) ; — dabo, maître, 
originairement terme de jeu (Oudin, i64o) : 

i. Clique est à coque (« coquille ») ce que crue est à croc ; cf. 
picard queuqucr (nu cuquer), tromper, attraper. 



192 L ARGOT A>C1E> 

(( Celui qui donne, il est toujours le dabo *, façon 
de parler pour dire, il paye d'ordinaire pour 
toute la compagnie ; de là, ce mot s'est employé 
pour signifier le maistre du logis », Le terme 
persiste dans certains patois : Mayenne dabe, 
(labier, paysan, lorrain dabau, stupide, et dabo, 
souffre-douleurs (H. -Maine : enfant plus aimé 
que les autres). 

DEFFARDEUR, larrou {Jargon, 1690), auj. voleur 
de paquets et de liardes (Colombey). propr. qui 
décharge les boutiques ; — deffardeler, déballer. 

DESBOCHiLLELR, trichcur (Coquill. , 1455 : ung 
desbochilleur. celluy qui gaigne aux dez, aux 
quartes ou aux marelles tout ce que a un simple 
homme sans Iny rien laissier) ; — desbochier, 
ébrancher (1420 : comme le suppliant eust des- 
bochiez et deffouis deux grans freins), puis dépouil- 
ler, image tirée de l'horticulture. 

DESBOLSER, dépouillcr (Villon, 29 : Des sires 
pour les desbouser), propr. débarrasser d'ordure, 
retirer de la bouse. 

DESROCHEUR, trichcur (Coquill., i455 : ung 
desrocheur, c'est celluy qui ne laisse rien à 
celluy qu'il desrobe) ; — desrocher, démolir. 

DESSARQUEUR, cspècc dc filou (Coquill., 1455 : 

1. Larivey, Le Morfondu (1579), acte III, se. 5 : « Je heurteray 
tout bellement à la porte, que il ne m'oseroit refuser, pour ce qu'il 
sçait que je suis le dabo. » 



FONDS INDIGÈNE igS 

ung dessarqueiir, celluy qui viei^it le premier où 
l'en veult mettre un plant et enquiert s'il est 
nouvel) ; — dessarter, extirper. 

DESTicoTTER, parler (1661, ap. Fr. -Michel : 
Qu'on desticotte le narquois. En pictant du pivoy 
chenâtre) ; — dasticotter, parler allemand (Oudin, 
i64o : « Ce mot tire son origine de dass dich 
Gott..., qui est une façon de jurer »), et tastigoter, 
parler baragouin, parler vite (Le Roux). Le verbe 
a acquis un sens plus général dans les patois : 
Picardie testicoter, discuter, contester (Cham- 
pagne : taquiner, Genève : tracasser), Lyon tes- 
ticoto, contester aigrement et à propos de 
vétilles. 

DRILLE, soldat mendiant (Jargon, 1628, p. 33 : 
Drilles ou narquois sont les soldats qui truchent 
la flambe sous le bras), nom tiré de driller, 
courir, vagabonder (xvi*" siècle), aujourd'hui, dans 
le patois bourguignon, au même sens (suisse 
driller, courir très vite, provençal drllha, aller vite 
et légèrement). 

EGRAiLLER, prcndrc la poule avec un hameçon 
{Jargon, 1628 : égrailler Uornie, prendre la poule 
avec un haim), propr. lui faire écarquiller les 
yeux, sens de l'anc. fr. esgrailler (v. plus bas 
érailler). 

EMRANDER, prendre de force, saisir {Jargon, 1 728), 
propr. entourer de bandes. Le terme argotique a 

L'Argot ancien, jO 



194 l'argot ancien 

passé avec le même sens dans le canut lyonnais 
((( Emhandant son épouse, i s'escanne sans bruit », 
Ad. Yachet). 

EMBOURELX, cunboiireux, bourreau (Villon, /^S 
Dont Y amboureux lui rompt le suc), propr. celu 
qui embourre* le cou du patient (Rabelais 
emboiirreurs debasts). 

EMPAVE, drap de lit (Jargon, 1628), comparé à 
un pavé (cf. revêtir de dalles) ; — empaver, paver. 

ÉRAiLLER, tuer (Jargon, 1728) ; — csrailler, faire 
rouler les yeux (cf. des yeux éraillés). 

ESCHEG, gare, gardez- vous (Villon, 10 : Eschec, 
eschec pour le fardis), terme tiré du jeu d'échecs, 
d'où eschecquer, éviter (/d., 7 : Eschecquez-moy 
tost ces coffres massis ; St. Christophe, 1527 : Tes- 
chaquay) ; — eschequier, jouer aux échecs et faire 
éprouver un échec. 

ESSORER, pendre (Villon, 26 : Que le grand Can 
ne vous face essorer), propr. exposer à l'air-, 
répondant au synonyme anc. fr. mettre à la bise, 
pendre (Roman de Renart). 

ESTABLE, chapon (Jargon, 1690), à côté de 

I. Sens également inhérent à l'anc. fr. bourrel, qui signifie à 
la fois bourrelet (xiii* siècle) et bourreau (xiv* siècle), synonyme 
de tyrant, propr. tiran, mais interprété vulgairement comme celui 
qui tire le condamné à la potence (cf. Perceforest, dans Littré : 
Adonc marcha avant le tyran, qui print la royne par la main, si la 
mena jusqu'à rcstachc). L'anc. fr. bourrelier, hourrcau, répond 
exactement au synonyme argotique emboureiix. 

a. Et non pas : « sécher » (Longnoii). 



FONDS INDIGENE IQt) 

estaffon (Ibid. : castroz ou estaffon, un chappon) ; 
— eslable, étable, c'est-à-dire oiseau de basse-cour. 

ESTEVE, fraude {Apôtres, i/i6o : de plusieurs 
piperies et de plusieurs esteves), d'où estever, 
escroquer (Coquill., i455 : Et d'illec s'en allèrent 
en Lorraine pour cuidier faire un bon coup de 
tresgeter qu'ils appellent en leur jargon eslever), 
et esteveur, escroc {IbicL). En anc. fr., esteve 
signifie manche de la charrue, comme en proven- 
çal, estevo (cf. teni Uestevo drecho, tenir le manche 
droit, conduire sagement une maison, une entre- 
prise, une personne, marcher droit), image tirée 
du travail agricole ^ 

ESïOFFE, bulin (Coquill., 1^55 : Quand l'ung 
d'eulx dit : estoffe ! c'est à dire qu'il demande son 
bulin de quelque gaing qui est fait en quelque 
manière par la science de la coquille), d'où 
estoffé, riche {Passion, i48G : Estqffés, mous 
sus) ; l'argot moderne connaît étoffes, de l'argent 
(Delcsalle) ; — estoffe, étoffe {estoffer, garnir, 
pourvoir, approvisionner). 

ESTREiGNANTE, ceiiiturc {Vie, 1096), propr. ce 
qui serre (anc. fr. estreindre, serrer). 

I. L'anc. argot estcvc, escroquerie, n'a rien de commun avec 
l'csp. estafa, id. (Oudin, iG'i3 : estaffe, estafjier, coupeur de bourse,) 
qui répond au prov. estafo, pourboire, rétribution que retirent 
les souteneurs des mauvais lieux : tira l'cstafo, recevoir un pour- 
boire, comme les valets qui tiennent rétrier(it. staffà), d"où estajîc, 
valet de pied et mauvais sujet, complice. 



196 l'argot ancien 

FERLAMPiER, volcur du dcriiiei* étage (u terme 
des argousins » , Vidocq) ; le Dictionnaire d'argot 
de 1829 enregistre : feriainpier, condamné habile 
à couper ses fers ; — ferlampier, mauvais sujet. 

FEUILLE, bourse * {Viel Testament, 1^08 : Dont 
ma feullc sera gaudie ; Villon, 166 : Ruez des 
feuilles cinq ou six ; 2i5 : Jehan mon ami qui les 
feuilles desnoue), ci fouille {Passion, i486 : Les 
gros fonceront klafoulle; Vie, 1096 : fouille ou 
Ibuillouzc), à côté de feullouze (Coquill.. i4ô5 : 
une bourse est une feullouze), et de fouillouze 
(Bouchet, III, i3i : la/oMÎ/ZoMC^, c'est lagibbe- 
cière). C'est le primitif de l'anc. fr. fueillette, fût 
de vin, répondant au fourb. foglia, bourse, en 
rapport avec l'italien /o{///e//rt, fût, de la même 
origine. Feuille ou fouille représente ainsi un 
type/o/w, ci feuillouse ou fouillouse, son dérivé 
foliosa (cf. h\ feuillette, fût, en rapport avec l'anc. 
fr. foille, tonneau), termes métaphoriques tirés de 
la noiïon feuille et dont le patois savoyard a gardé 
le sens intermédiaire : folye, feuillée, tonnelle ou 
petite construction temporaire faite avec des 
branches garnies de leurs feuilles. C'est ainsi que 
le fût (feuille ou feuillette) a d'abord été une tonnelle 
en feuillage ; et la bourse (feuille ou feuillouse) a 
d'abord désigné la doublure intérieure d'une 

1. Et non pas : « pièce de monnaie » (Longnon). 



FONDS INDIGENE I97 

bourse, assimilée à un feuillet (l'anc. fr./«e// réunit 
ces deux sens). Le terme argotique, employé par 
llabelais ^ , a pénétré dans quelques patois (Picardie 
foailloiize, trésor, bourse, Normandie : poche de 
vêtement '^, Poitou : poche, escarcelle, Gâtine : 
foaillouse, petit sac, bourse [u As-tu la fouilloiise 
garnie?]) et dans certains parlers spéciaux (mourmé 
folîeusa, bourse, terra tsu /o/ie/a, id.). 

FLOU, rien {Jargon, 1628, p. 89 : le rupin ne 
lui ficha que le flou ; 1690 :frou), ci Jloutière, id. 
{Jargon, 1628; 1728 : flous itère el froustière), à 
côté de floLiqidère, id. {Ane. Théâtre fr. IX, 63 : 
Qui fera iouiour s flouquière et puis c'est tout), 
rapproché de l'anc. fr. flux ! interjection pour 
donner à entendre que l'on n'accorde pas ce qu'un 
autre dit (Oudin, i64o); cf. fr. pop. flut, flûte! 
non ! (terme de mépris). 

FOGNE, guerre {Vie, 1096 : f oigne), eifognard, 
soldat {Ibid. : foignard) ; — fogne, {ange,fognard, 
fangeux : le soldat est celui qui marche dans la 
boue (cf. en fr. patrouille, et fourb. huraseo, sol- 
dat, de burasca, tempête). 

I. Gargantua, I, 38 : « Car il arrapoit... l'aullre par la besace, 
l'aultre par la foiiillouse, l'aullre par l'escharpe » ; Pantagruel, 
III, 4i : « Plusd'aubert n'estoit en fouillouse pour solliciter et pour- 
suivre. » 

3. D'où : Aller àfouillouse, locution très fréquemment employée 
pour exprimer, soit l'action de tirer de l'argent de sa poche, soit 
l'obligation où l'on est d'acquitter une dette (Moisy). 



198 l'augot a>cie.\ 

FONCER, payer (Passion, 1/178 : Et d'esioffe pour 
le dcffray qui en fonce ? Jargon , 1628), même 
évolution de sens que son synonyme ^ficher 
(= enfoncer) : cf. Oudin. iG^o : foncer à l'a})- 
pointement, donner de l'argent. 

FOURLixEUR, volcuF à la tirc (Vidocq), tiré de 
l'anc. îv.forUnier, dégénérer, propr. sortir de la 
ligne droite. 

FOLRLOURER, assassiucr (Yidocq), rapproché de 
Tanc. fr. frelore, frelorier, vaurien (Colgrave). Le 
sens dofourlour, malade (Vidocq), résulte de Tas- 
sociation d'idées argotique : malade — prisonnier 
(= criminel) ; v. castu. 

FRAxc, épilhète ajoutée à diverses dignités ou 
autres {Vie, iôqô : /ro/îc ripault , Roy ;/r«//c cagou, 
lieutenant du Roy ; franc foignard, capitaine ; le 
franc mitou, Dieu ; les franches volantes, les 
anges), d'après l'analogie de l'anc. fr. franc 
archer, franc msinant, franc sergent, etc.*. Dans 
le patois poitevin, /r«//c, au sens de robuste, se 
dit d'un homme ou d'une bête de somme, et au 
sens de hardi, résolu, en parlant d'un enfant. 

FREMiON, marché {Jargon, 1628; l'joo'.frimion), 
propr. fourmillement (anc. fr. fourmilion, bruis- 
sement, fremion, petite fourmi), de même que 
fremillante, assemblée {Jargon, i836) et frémion, 

I. Cf. Jargon, i836 : franc, bas, franche, basse, franchir, baisser. 



FONDS INDIGENE I99 

violon (Ihid.) ; cf. picard freinioner, fourmiller (de 
fremion, fourmi), et argot roum. clocoteala, mar- 
ché, propr. bouillonnement. 

FRETILLE. paiUc (Bouchct, III, 125 : de la paille, 
de \a frétille, et disent, il a couché sur la frétille ; 
Vie, 1596; Jargon, 1628), rapproché de l'anc. fr. 
/re/iV, terre en friche (Bresse /r^/i, chaume, terre 
en chaume, ei frelon, Yonne ferlasse, filasse, 
mauvaises étoupes). Le terme argotique a pénétré 
dans plusieurs patois : bourguignon/re/i7/e, paille 
(La Monnoie), et picard couquer à la frétille, cou- 
cher dans les champs, en plein air (Jouancoux). 
Dans le patois haut-breton (lUe-et-Vilaine), le 
mot a acquis racception figurée de « rien » : 
Vous reste-t-il du pain ? — Il ne m'en reste pas 
une fertille (Orain). 

FROLLER, médire de quelqu'un {Jargon, 1628), et 
frolleux, traître {Ibid.) ; — frollcr, frotter: le sens 
argotique résulte de la locution froller sur la halle 
(des colporteurs), litt. frotter le dos de quelqu'un. 

FusTiLLER, trichcr au jeu (CoquilL, i/i55 : fus- 
tiller, c'est changer les dez), tiré de l'anc. fr. fus- 
ter, fouiller, piller, ravager, comme son synonyme 
picard fustiquer, tricher au jeu, propr. fustiger, 
battre de verges, par une métaphore analogue 
aux termes français /w/e et roué. 

GAFFRE, sergent (CoquilL, i455 : ilz appellent 
les sergens les gaffres),^ côté de gaffe, gardien, 



200 L ARGOT ANCIEN 

sentinelle (Vidocq). même mot que gaffe, perche 
garnie d'un crochet (Ducang-e. i455 : un baston 
nommé gaffe ayant un croc de fer au bout), par 
une image facile à saisir (cf. argot mod. marchand 
de lacets, gendarme) : provençal gafo, recors (= 
gaffe), et esp. corchete, sbire (= crochet) ; de même, 
germ. harpia, agent de police (= crampon). 

GAUDiLLE, épée {Jargon, 1728), propr. Joyeuse, 
(cf. anc. fr. gaudie, joie), nom de l'épée dans les 
romans de chevalerie (v. p. 91). 

GOURD, bon (Villon, 11 : Brouez-moy sur ses 
gours passans ; Bouchât, III, i3o : quand le vin est 
bon, il est gourd), gros, riche (Passion, 1486 : Est-il 
gourd? Jargon, 162S : gourdenient, beaucoup), et 
métier de voleur (Vie, 1696, p. 5 : il n'estoit 
coesme, n'ayant parvenu à ce degré, ains estoit 
simple blesche, et sortoit de pechonnerie, toute- 
fois entervoit le gourt), d'où les composés passe- 
ligourd(Ibid., p. 9 : J'atrime au passeligourd du 
tout, c'est-à-dire je desroberay bien ; i633, Comé- 
die des Proverbes, se. IV, acte 3 : Nous avons 
attrimé au passeligourt et fait une bonne grivelée) 
et tripeligourd (Vie, 1696, p. 10 : J'atrime au tri- 
peligourd, je desroberay trois fois très bien), à 
savoir triple gourt ou truc^. En anc. fr. gourt 

I. C'est à tort que Fr.-Michel traduit trepeligour par « vaga- 
bond » : le terme désigne le truc et non pas celui qui le met en 
action. 



FONDS INDIGENE 20I 

signifie lourd, pompeux ; le terme argotique a 
passé dans le bellau {gor, gordo, bon, beau) et 
dans l'argot breton {gourd, bon, Quellien, 56). 

COURT, dé à jouer (Coquill., i455), qu'on re- 
trouve dans Shakespeare {Merry Wives, I, 3 : 
gourds), et argot mod. gour, pot (Yidocq). l'un 
et l'autre d'après sa grosseur (même mot que le 
précédent) . 

GRiPis, meunier (Jor{/o//, 1690 : grispis), propr. 
voleur (anc. fr. grippart) ; cf. haut-brelon (Ille-et- 
Vilaine) grippis, nom donné au diable (terme 
passé en breton) : le voleur et le diable empoignent 
également. 

GUELiER, diable (Bouchet, III, i3i ; Vie, 1096 : 
gueliel), et glier, id. {Jargon, 1628) ; — galier, mau- 
vais plaisant {ei galier, se moquer de). 

GUEUX, mendiant {Passion, v. 3897: Sathan, tu 
es un gueux propice ; St. Christophe, 1627 : Hé, 
gueux! advance moy la poue ; Villon, 109 : 
Benars, vous estes rouges gueux ; Bouchet, III, 
129 : j'entendrois ce que disent les mattois... et 
les gueux de Vhosiièrc; Vie, 1696 ; Jargon, 1628; 
Response au Grand Coesre, i63o : chef de la gueu- 
seri£ ou gueulerie, général de la milice argotique), 
masculin tiré de gueuse, gorge (xiii*' s.. St. Ber- 
nard), d'oii glouton, goinfre, comme les synony- 
mes provençaux gourgas et grand gousié, et puis 
mendiant ou voleur (cf. en fr., /ripo/i, gourmand 



202 L ARGOT ANCIEN 

et filou) : gueuserie et gueulerie disent parfaite- 
ment la même chose ^. 

HALLEGRUP, potencc (Villon, ^9 : Bien attaché 
au hallegrup; St. Christophe, 1527: allegruc), 
composé au sens obscur (cf. halle, haie, et plus 
haut crue et grup). 

HANE, bourse (Jargon, 1628 : hane ; 1728 : ane ; 
Comédie des Proverbes. II, 5 : casseurs de haïmes ; 
Jargon, i836: henné); — hane, malle {i^i'j: un 
coffre, une hane) ; cf. Landes hanic, bonnet de 
vieille femme, et Poitou hcmac, panier. 

HANOis, cheval (lf>, logô), et hanoche, jument 
(Ibid.), dérivés d'un anc. fr. hane, conservé par 
les patois : picard Ae/ie, jument, rosse, et Cham- 
pagne /ta/ie//e, petit cheval. 

HAVRE, asile (Villon, 197 : loncverdoiant, /iawre 
du marieux), propr. havre, port, et iyieu{Jargon, 
162S : grand haure. Dieu), c'est-à-dire havre de 
grâce, dans Rabelais (III, 32 : ^aure de grâce, 
s'escrie Rondibilis, que me demandez-vous?). 

HERPE, liard {Vie, 1596), propr. âpre au toucher, 
ci herpelu, id. (Bouchet. III, i3o : ils appellent un 
liard un herpelu; Jargon, 1628 : herplus, 1700 : 
herplis), d'un vieux mot répondant à l'anc. fr. 



I. Les patois de la Haute-Italie présentent une association 
d'idées tant soit peu différente, celle de gosier-faim : Piémont 
sgôzia, Lombardie sgheiza (sghizà), à côté de sgûssia (Emilie sghessa, 
il. sgheschia), termes tirés de goz, gass, gosier. 



FONDS INDIGÈNE 2o3 

herpe, herse, poitevin herpe, serpe, hevpclii, 
hérissé ; bellau arpoiié. sou. 

HOQUET, hoquette, baluchon de gueux {Vie, 
i^Q^ : la hoquette c est le paquet que les gueux 
portent sur leur clos; Ibid., 1627: hocquet) \ — 
hoquet, grand manteau à capuchon. Du primitif 
de ce nom {hoc, crochet) dérivent Fane. fr. 
hoqueter, filouter, et les termes patois (Mayenne) : 
hoqueUtev, marchand de fil (et trompeur, voleur), 
hoqueter, porter les pièces de toile de maison en 
maison. 

HLRÉ, gros, grossier, riche {Vie, iSgô : aubert 
huré, coesmelotier huré, peaux hurés), propr. 
hérissé, sens du mot en anc. fr. et dans les 
patois. 

JAFFE, potage {Jargon, 1628, p. 20 ; 1660 :Jafle), 
d'un anc. ïr.jajfe. joue (auj. Bresse jaffes, grosses 
joues, ci jaffer, manger bruyamment et en fai- 
sant de l'écume, Mayenne, Jaffier, rejaillir), d'où 
peut-être jafuer, bonne chère, gourmandise 
(Champagne jafflis, galimafrée, Yonne jfiffle, 
acide) ; de jaffe, potage, dérive jafjler, jardin 
potager {Jargon, i836). 

JARTE, robe (Coquill., i455 : Une robe est une 
Jarte ; Villon, 47 : Et eschequez tost, en brouant, 
Qu'en la iarte ne soiez emple) ; — Jart, poil long 
et dur dans la laine. 

JLC, gibet (Villon, i/i4 : N'estant à iucla. rafïle- 



3o4 l'argot ancien 

rie ; St. Christophe, 1527 : Est-il aujuc?); — Juc, 
juchoir. 

LALUE, bordel (Vidocq, II, 272), propr. couvent 
(bas-latin laiira), répondant aux synonymes 
modernes abbaye de s'offre à tous et couvent. 

LETTRE DE COURONNE, taSSC (Bouchet, 111, l3o I 

une tasse est une saliverne ou lettre de couronne), 
dont les mendiants lépreux étaient porteurs et 
qui témoignait qu'on leur avait donné la couronne 
ou la tonsure comme aux moines (v. lettre de cou- 
ronne, dans iSicot). 

MARMOusE. barbe {Jargon, i836), tiré de mar- 
mouset, singe, propr. barbe de singe. 

MARMOUSET, marmite {Jargon, 1628 : marmozet, 
le pot au potage; p. 19 : le marmozet rifode, 
c'est la pottée bouilt), propr. singe (anc. fr. mar- 
mouset, XHi" siècle), ce pot étant muni de pieds et 
d'oreilles. 

MARMYON, bourgeois, dupe {Passion, i486 : Il 
n'a tirande ne endosse... Le marmyon est à sec), 
propr. singe (anc. fr. marmion), répondant au 
synonyme moderne singe, bourgeois, patron. 

MARPAUT, voleur (Ja/'^o/i, 1628, p. 21 : Qu'au- 
cun marpaut ne soit admis pour cstre grand 
Coesre; p. 2^ : les plus liabiles marpaux de tou- 
time l'Argot) ; — marpaut, goinfre, voleur (auj. 
Mayenne, Champagne; Berry : lourd, pataud, 
vaurien), Picardie marpaille, canaille. 



FONDS I>DIGE>E 20i> 

MARON, sel {Jargon, 1628, p. 22 : une poignée 
de marron), propr. sel marin (anc. fr. marois, de 
mer, et maronnier, marin) ; cf. le grand salé qï pré 
salé, noms argotiques de la mer. 

MAUHE, bouche (Coquill., i455 : Ferme en la 
niauhe, c'est celluy qui se garde bien de confesser 
rien à la justice), propr. moue (cf. pour 17i, 
Coquill., i^bô : qu'il jouhe aux dez). 

MINOIS, nez (67. Christophe, 1627 : On lui rase- 
roit le my/?o?> ; Vie, i^qQ; Jargon, 1628), suppose 
le primitif m//je, visage, qui est attesté ultérieure- ^ 
ment. 

MioN, garçon (Jargon, 1628), propr. miette, sens / 
de l'anc. fr. jnion, comme du synonyme moderne 
mioche (anc. fr., miette). 

Mrrou, franc mitou, Dieu (T/>. iôqG : le franc 
mitoii. Dieu; p. 17 : bier sur le franc milou, c'est 
d'estrc malade à bon escient), iVoùfrcmcs-mitoux, 
mendiants qui contrefaisaient les malades [Jargon, 
1628, p. 3o : Lqh francs-mitoux sont ceux qui sont 
malades ou qui font semblant de Testre) ; en anc. 
fr. mitoii signifie matou, chat mâle, d'où patron 
(Sicile, gaiiu, id., propr. chat) et gros bonnet 
(port, bichaço, id.. propr. gros chat). Pour le sens 
de u malade », comparer d'un côté, l'anc. fr. 
faire la cate catie, imiter les plaintes d'une chatte 
malade qui est tapie sur son ventre (Eust. Des- 
champs, IX, 123), et d'autre côté, jambe de Dieu, 



2o6 l'argot ancien 

jambe préparée de manière à ce qu'elle paraisse 
couverte d'ulcères (Vidocq). 

MITRE, galle (Fr. -Michel), tiré de mithrldate, 
onguent dont se frottaient les galleux. 

MOE {faire la), être pendu (Villon, 177 : Faites 
aux beroars faire la moe), propr. faire la moue : 
a Le patient, après avoir eu les quatre membres 
brisés, agonisait sur une roue de chariot horizon- 
talement placée, la face tournée vers le soleil » 
(U (Schone, p. 3oo) ; cf. faire le singe, être exposé 
au pilori (Vidocq). 

MOME, garçon (Vidocq), propr. masque ou épou- 
vantail (anc. fr. moine), répondant au fourbesque 
faniasima, enfant (= fantôme) : le genevois morne, 
sot, nigaud, et le provençal moumot, id., dérivent 
de l'argot (= niais comme un enfant) ; cf. Genève 
momière, panier terminé par deux anses (propr. 
fillette). Le terme argotique a passé dans la langue 
populaire : môme, gamin, petit enfant (Littré. 
SiippL). 

MORMFLE, monnaie (Vidocq), propr. soufflet 
(Oudin, i64o : donner momifie, c'est-à-dire un 
/ soufflet), rapproché de l'ancienne locution bailler 
un souflei au roy, faire de la fausse monnaie. 

xivET, chanvre {Jargon, i836), propr. blanc 
comme la neige (anc. fr. nive, neige) ; cf. 
rotwelsch « Sehnee, Leinwand », 1700 (Kluge, 
p. 21 4). 



FONDS INDIGENE 207 

NOUANT, poisson ( Bouche t, III, i3i : des noiians 
sont des poissons ; Jargon, i836 : noujon), propr. 
nageant, et répondant aux synonymes modernes 
flottant, nageoir. 

PACCANT, passant (Jargon, 1728), et paysan {Jar- 
gon, i836) ; — pacant, rustre (auj. dialectal et 
français populaire). 

PACQUELiN, pays {Jargon, 1628, p. 38 : en ce pas- 
quelin de Berry ; p. 36 : le cagou du pasguellln 
(sic!) d'Anjou, et pasgiiellin (sic!), le pays), et 
enfer, propr. pays du diable {Ihid. p. 19 : le glier 
t'entrolle en son paqaelin, c'est le diable t'emporte 
en son enfer) ; — patelin, baragouin, ensuite pays 
où l'on parle patelin (cf. patelinois, dans Rabelais) ; 
de là, dans le langage populaire, pays natal et 
compatriote. 

PARON, palier d'étage (Vidocq), rapproché de 
l'anc. fr. paronne, palonnier. 

PENNE, clé (Vidocq) ; — penne, pointe, répon- 
dant au synonyme aiguille. 

piNOs, deniers {Jargon, 1628), rapproché de 
l'anc. fr. pinard, très petite pièce de monnaie et 
richard ; cf. Lyon pignolles, argent (avoir des 
pignolles, être riche), provençal pi^/io, pomme de 
pin (qui est le sens primitif). 

pivois, vin (Bouchet, III, i3o : du vin, c'est du 
pivois ; Vie, iSgô : pihouais ; 1627 : pivouais ; Jar- 
gon, 1628 : pivois, i836 : pive, pivre), suppose un 



1/ 



2o8 l'argot axciex 

primitif anc. fr. pive, qui est aujourd'hui le nom 
patois de la pomme de pin, semblable à son 
raisin (cf. vin pineau). Le terme argotique a 
passé en anc. fr. (v. Littré) et en provençal 
(piboiies, pivoues, id.). 

PLUG, butin {Passion, i486 : Puisqu'il n'y a ne 
gaing ne plue; Villon, 6i : Et n'eussiez vous 
denier ni plue), propr. pelure ; cf. normand 
plue, ce que l'on peut éplucher (anc. fr. pelue, ce 
qui reste du grain après qu'il a été vanné). 

pomfleS prostituée (Jargon, i634), auj. ponife 
(Richepin), à côté de ponisse {Jargon, 1690) et de 
ponante, fille publique du dernier étage (Yidocq), 
termes tirés de l'anc. fr. ponant, derrière (cf. pour 
l'alternance des finales, argot passant, passifle, 
soulier, v. p. 76). 

RENGRACiER, ccsscr d'ôtrc voleur et devenir hon- 
nête homme (Yidocq, et rengracié, converti), 
rapproché de l'anc. fr. rengraeier, rendre grâce à. 

ROE, roue, la justice, envisagée comme un 
supplice, l'interrogatoire étant assimilé à une 
roue qui tourne (Villon, 167 : Et vous gardez 
bien de la roe ; 191 : Car escornez vous estes à la 
roue), auj. juge d'instruction (Vidocq), à côté de 



I. L'édition du Jargon de 1G28 a pontijle. qui répond probable- 
ment au synonyme moderne pontonniere, fille publique qui exerce 
sur les ponts (Vidocq) ; celle de 1728 a coniffe, déformation facile 
à comprendre. 



FONDS INDIGENE 209 

rohe, roiihe (Coquill. , i455 : ilz appellent la justice 
de quelque lieu que ce soit... la rohe, rouhe) ; 
de là, roiiastre, bourreau {Si. Christophe, 1527 : 
Le rouastre et ses subjetz) ; roiiiu, le prévôt des 
maréchaux {Jargon, 1628), et roiiault, pi. rotiaux, 
les archers (/6id., 1728 : roveaux). En anc. fr. on 
trouve roe, roue, pilori, roart {rohart), roiiart 
{roaharl), bourreau, prévôt des maréchaux qui 
condamnait à la roue (cf. Rabelais, III, 5i : il ne 
fut onques roiiarl). 

SAUPIQUET, subtil (Villon, 107 : Saiipicqiiez 
frouant des gours arques), propr. assaisonné avec 
du sel ; — saupiquet, sauce piquante. 

SIRE, dupe (Coquill., i455 ; Villon, 29 : Des 
sires pour les desbouser), propr. seigneur, à côté 
de syrois, id. {St. Christophe, 1027 : Embuschons 
nous soubz la feullée, Pour attendre quelque 
syrois) ; cf. dans l'argot moderne, messière, dupe, 
bourgeois (Rigaud). 

souuDu, pendu (T7e, i5g6), propr. soulevé (anc. 
fr. sourdre), à côté de sourdolle, potence, et sour- 
dante, justice {Ibid.). 

TAUOQUE, marque (Vidocq), propr. marque de 
carte ; — taroc, tarot. 

TAiiTE. mauvais, faux {Id.), propr. crotte, 
bourbe ; — tarte {bourbonnoise), bourbier, fon- 
drière. 

TEMPLE, manteau {Pas.sion, i\86 : Aubert, 

L'A''got ancien. j^4 



2IO L ARGOÏ ANCIEN 

temple, ne pain, ne poulce), auj. vêtement ; — cf. 
templette, bandeau que les femmes se mettaient 
sur la tête pour retenir leurs cheveux, avec rabat, 
manteau, propr. pièce de toile fine qui tombait 
sur la poitrine (dans Cotgrave, rabat des manteaux). 

ïORTERiE, potence {Viel Testament, i458 : Aller 
fault à la torterie, c'est-à-dire au joUy gibet ; 
Villon. !•]'>. : furterle), propr. torlis ou corde pour 
étrangler, à côté de tourtouse^, corde (St. Chris- 
tophe, 1627 : Que pleust aux dieux que le taulart 
Vous eust branché en la tourtouse ; Jargon, 1690), 
d'où se tortouser, se pendre (Chauffeurs, 1800), 
répondant à se eorder, id. (Ibid.) ; cf. anc. lyon- 
nais tortossière, corde (1/172), auj. provençal tour- 
tousso, tortis, et retorto, corde, en fourbesque torta. 
tort osa, id. 

TiuMER, marcher {Jargon, 1628), triniard, che- 
min {Ibid., p. 20 : Un chemin on Tappelloit pelle, 
à présent c'est un trimard ; cf. Moyen de parvenir, 
éd. Royer, I, 128 : Les gueux qui bient sur le 
grand trimard), d'où trimarder, cheminer; le 
composé attrimer signifie prendre, c.-à-d. dérober 
{Jargon, 1G28), d'où atrimeur, larron (V/e, iôqG), 
et atrimois, voleur {Ibid.). propr. voleur de grande 
route, évolution de sens analogue aux synonymes 

I. Cf. Richclet, lOSo, s. v. hard : « Ce mot signifie les cordes 
dont on étrangle une personne,.., mais le bourreau de Paris les 
nomme aujourd'hui tourtouse, et les cordiers les appellent mar/fl^e. » 



FONDS INDIGENE 211 

populaires chemineau et voyou. L'anc. fr. tramer, 
courir (Eust. Deschamps), qui se rattache à un 
primitif trame, jambe (cf. tramel, id., xii^ siècle), 
répond au synonyme argotique moderne joaer 
des gaiholles {Jargon, i836 : trimoire, jambe). Cf. 
mourmé trimma, porter, et argot moderne trimard, 
^ventaire, balle de marchand ambulant, boutique 
de marchand forain (Rigaud). 

VACQUER, voler {L'Intérieur des prisons. i846), et 
aller en vaquerie, sortir pour aller voler (Yidocq), 
propr. aller à son occupation ; — vaquer, employer, 
s'occuper à ; cf. être dans le vaque, être en quête de 
vol, et être en vaque, en aller commettre un (Lar- 
chey, SuppL). 



II. — Patois Français. 

Les foires étaient les points de répère des 
diverses catégories d'argotiers. lisse réunissaient 
tantôt dans le Poitou et tantôt dans la Normandie. 
La Vie Généreuse fait mention de la foire de Cha- 
taigneraye, près Fontenay, et le Jargon est encore 
plus explicite à cet égard (p. 7) : a L'Antiquité 
nous apprend et les docteurs de l'Argot nous 
enseignent qu'un Roi de France ayant estably les 
foires de Niort. Fontenay et autres villes du 
Poictou... » 



512 L ARGOT ANCIEN 

D'un autre côté, le nom de Jargolle que la 
Normandie porte en argot, c'est-à-dire le pays du 
jargon, témoigne également d'une influence lin- 
guistique rendue d'ailleurs certaine par la forme 
des termes patois propres à l'argot. 

Ajoutons que chaque province avait son cagou, 
ou lieutenant du grand Coesre, qui avait la mis- 
sion d'enseigner le métier aux apprentis voleurs ; 
et qu'aux assemblées générales tenues en Poitou 
accouraient tous ces représentants du royaume 
argotique. 

Il est difficile, dans ces conditions, de préciser 
les sources dialectales de l'argot, dans lequel des 
formes normanno-picardes côtoient des termes 
poitevins, manceaux, tourangeais ou angevins ^ 
Les patois du centre et du nord ont tour à tour 
alimenté ou renouvelé le vocabulaire argotique. 



I. Nos sources sont : Berry (Jaubert, 18G4-69), Bourgogne (La 
Monnoie ; Mignard, 18G9 ; L. Guillemant, 1902), Champagne 
(P. Tarbé, i85i ; A. Beaudouin, 1877), Gàtinais (C. Puichard, Bevuc 
de philologie française, vol. VII, 1893); Genève (J. Humbert, 18^2), 
-Ille-ct-Vilaine (Ad. Grain, 1891), Lille (L. Vermesse, 1867), Lorraine 
(L. Adam, 1881), Lyon (N. du Puitspelu, 1889 et 1908, et Ad. 
Vachet, 1907), Haut-Maine (C. R. Montesson, 1857) et Mayenne (C. 
Dottin, 1899), Morvan (de Chambure, 1878), Normandie (E. et 
A. Duméril. 18^9; H. Moisy, ï885), Picardie (Abbé J. Corblet, i85i ; 
Jouancoux et Devauchelle, 1880 ; Ed. Edmont, 1897), Poitou 
(L. Favre, 18G7 ; L. Lalanne, 18G8), Savoie (A. Constantin et J. De- 
sormaux, 1903), Yonne (S. Jossier, 1882). Voirpour l'argot moderne, 
Ad. Hamdorf, Uber die Bestandteile des modernen pariser Argot, Inan- 
guraldissertation, Berlin, 188G. 



FONDS INDIGÈNE 2x3 

Comme dans le chapitre précédent, nous allons 
envisager les mots empruntés aux patois suivant 
la conservation ou l'altération de leurs sens. 

A. — Avec le sens conservé. 

AB.vTi, tué (Fr. -Michel), propr. abattu, et rebâtir, 
tuer {Jargon, 1728; Yidocq : rebcdir), c'est-à-dire 
rabattre {Jargon, 1628 : rahatleiix, larron) ; — cf. 
Berry rabâter, rebâter, battre. 

ABÉQUER, nourrir gratuitement (Vidocq) ; — 
picard abequer, donner la béquée, nourrir. 

ABouLER, apporter {Rat, 1790, p. i5 : aboiilez une 
rouillarde), et venir (Yidocq) ; — dial. (Berry, Poi- 
tou, Normandie) abouler, apporter vite, amener 
{s'abouler répond à s'amener, venir), d'où fr. pop. 
abouler, venir et payer non sans regret (Littré, 
Snppl.), provençal «6o«/«, donner, financer, s'exé- 
cuter ; Savoie abouler, apporter, donner prompte- 
ment {faire abouler, le forcer à payer), s'abouler, 
venir, arriver. Un autre sens argotique de abouler, 
accoucher (Fr.-Michel), dérive de la même source : 
Berry aboulée, accouchée (pour éboulée, affaissée : 
« Quand une femme est accouchée, on ne dit 
pas qu'elle est aboulée, mais que le pignon est 
aboulé, c.-à-d. éboulé, figure analogue à celle que 
présente l'expression bâtir sur le devant, d'une 
personne qui prend du ventre », Jaubert). 



(/ 



2i4 l'argot ancien 

AFFUTER, tromper {Jargon, i836), repondant au 
fr. pop. affûté, rusé (d'Hautel). 

ARCASSiEN, celui qui écrit une lettre de Jérusalem 
(c'est-à-dire de prison) pour escroquer de l'argent 
(Vidocq) ; — picard arcassier, trompeur, malin, 
tracassier, terme apparenté au berrichon arcaler, 
tromper (arca/eiw?, trompeur), et arcander, trimer 
misérablement, travailler sans profit, d'où arcan- 
dier, petit commerçant ambulant, vagabond, vau7 
rien, répondant au H. -Maine arcanier, mauvais 
garnement, et arquanier, arquelier, débauché, 
libertin (cf. ci-dessus arcaler) ; normand arqueler, 
marchander à l'excès ^ 

ARQLEMiNE, maiu (« tcrmc des voleurs fla- 
mands », Vidocq, qui transcrii arguemine), propr. 
main crochue, composé analogue à arquepince, 
recors (Mayenne : reprise grossière faite à l'ai- 
guille), arquepincer, saisir vivement {Id.) : mine 
est la forme dialectale et enfantine (cf. mininé) 
pour main. 

ASTic, épée (Jargon, 1728), tiré du normand 



I. Le point de départ de ce groupe lexique paraît être arc, voùle 
ou arcade, et la notion primordiale est encore transparente dans 
les dérivés provençaux : arcadié, marchand des halles, étalagiste 
qui suit les marchés ou les foires, et arcandié, brocanteur, contre- 
bandier. Quand à arcavot, mensonge (« dans le jargon des mar- 
chands juifs », Rigaud), prov. arcavot, galant, libertin, (cf. anc. fr. 
arquabot, coquin, i/»Gi, Ducange, du provençal), il appartient à luie 
autre origine (v. Mistral). 



FONDS INDIGENE 310 

astiquer, piquer (anc, fr. estiquer, ici. ; provençal 
estico, épée). 

AVALOiRE, gosier (Vidocq) ; — picard avaloire, 
id. 

BEULLE, couverture (kl.) ; — Mayenne berluchc, 
grosse étoffe, bure. 

BiBLOT, outil d'artisan (Yidocq) ; — Mayenne 
bibelot, outil nécessaire à un ouvrier. 
. BIGLER, voir (Chauffeurs, 1800) ; — Genève 

^ bicler, loucher. 

BiDOGHE, bourse (Fr. -Michel) ; — Mayenne ô/do- 
che, id. (à côté de bidouille, poche : cf. besouille, 
ceinture, Vidocq). 

BOGSON, boxon, bordel (Vidocq, p. xix) ; — nor- 
mand boxon, cabaret, lieu de débauche (Moisy), 
de l'anglais populaire boxon, cabinet particulier 
de taverne (= boîte; v. p. 84). Le synonyme 
normand bousin, cabaret borgne (pénétré aussi en 
français), dérive de l'argot anglais bowsing, id., 
qu'on trouve déjà dans le cant du xvi'' siècle. 

BRENiGLE, ricu, iiou (Jcirgon, 1728) ; — dial. 
Vy brenicle, id. (français : bernique). 

CABE, cabot, chien (Vidocq) ; — Yonne cabot, 

/ chien de petite taille (Lyon : méchant petit chien) ; 

en français, cabot, variété de chien (Littré, SuppL). 

GACHEMiTTE, cachot {Jarcjou, 1728) ; — Mayenne 
cacheniute, cachette, cachotterie {se cacheniutter , 
se cacher). 



2i6 l'argot ancien 

CAFARDE, tasse {Jargon, i836) ; — Genève cajfe, 
casserole. 

CAMBRioLLE, chambrc {Rat, 1790, p. i5 : pris 
dans la camhrioUe ; Vidocq), et cambriolleur, voleur 
de chambre {ïd.) ; — picard camhrioUe, petite 
chambre {cambre, chambre). 

CARNE, viande gâtée (Vidocq) ; — Berry carne, 
mauvaise viande (picard : charogne). 

DAVÔNE, prune {Jargon, i836 ; Halbert : da- 
ronne!)', — normand d'Eure (prune) d'avouène, 
picard (St.-Pol) dagoine, id. ; anc. fr. davoisne, 
prune jaune, et davesne ou prune d'Avesne, id. 
(cf. Roniania, XXX, ^02). 

DÈciiE, dépense, déficit (Vidocq), perte, misère 
(Halberl) ; — poitevin dèche, défaut de conforma- 
tion (« mon bœuf a une dèche à la jambe ») et 
mauvaise fortune (provençal decho, tare, défec- 
tuosité, vice de conformation) ; le mot français 
tare a subi une évolution inverse : déchet, perte, 
imperfection physique. 

DÉMARGER. s'cu allcr (Fr.-Michcl) ; — Mayenne 
démarger, id. (provençal demarga, id.). 

ESCANNER, fuir (Larclicy, Suppl.), et à Vescanne ! 
fuyons I (Chauffeurs, 1800), propr. lever le pied, 
rapproché du lyonnais canne, jambe. 

FiGNARD, derrière {Jargon, i836 ; Vidocq : 
pignard) ; auj. figne (Richepin) ; — Bcvr\ fi g nai^d, 
id. {anc. fr. fig non). 



k/ 



FO>DS INDIGENE 21 7 

FiQUER, plonger (u ne s'entend que de cette 
manière : plonger un couteau dans le cœur », 
Vidocq) ; — picard fiquer, ficher, enfoncer. 

FLANCHER, jouer franchement (Vidocq), et 
flanche, le jeu de la roulette et du trente-et-un 
{Id.) ; — cf. fr. pop. à la Jlanqaette, franchement 
(d'Hautel). 

FouAiLLER, craiiidrc, manquer de résolution au 
moment de l'exécution d'un crime (Vidocq) ; 
— Yonne foLialller, faiblir, être sans force, propr. 
étriller. 

FRIME, visage, d'où frimer, envisager (Vidocq), 
ei frimousser, tricher au jeu (Id.), propr. envi- 
sager; — dial. frime, mine (anc. fr., xvi° siècle), {/ 
fr. pop. frimousse, visage. 

GAME, rage {Jargon, i836 : habin engamé, chien 
enragé) ; — Vendée game, accès de rage (Poitou 
engamer, crier, enrager), Mayenne game, colère 
bruyante (normand : écume qui vient à la gueule 
d'un animal et forte remontrance, soufflet). 

GAVÉ, gamolé, ivre (Vidocq), répond au Bas- 
Maine gavion, ivresse, gavionner, se griser (propr. 
se gorger, se gaver). 

GAULÉ, cidre (Vidocq) ; — normand gaullay (Dav. 
Ferrand), boisson faite avec les pommes abattues 
par la gaule (de gauller, abattre les fruits avec la 
^aule). 

GOLGNOTTE, tribadc (Fr. -Michel) ; — Berry 



2i8 l'argot a>cien 

gougne, prostituée (Genève gogne, crapule, pri 
mitivement truie). 

GOUPiNER, voler (Vidocq), à côté de gouspin, 
jeune apprenti voleur, voyou (Id.) ; — Mayenne 
gouspinev, grappiller, vagabonder, gouspin. petit 
berger, galopin (Champagne goiipev, duper) ; dans 
le langage populaire parisien, gouspin, polisson, 
est déjà attesté en 1649 (Nisard, Parisianismes, 
p. 125). Le provençal a gouspilha et goupilha, gri- 
veler, dérober secrètement, friponner. 

HAPPiN, chien {Jargon, 1728), à côté de habin 
{Vie, 1596 ; Jargon, 1628), tiré du dial., Cha- 
rente! nf.. happer, aboyer; cf. mourmé nabin, 
chien (= un habin), et argot breton de Vannes 
abin, id., termes empruntés à l'argot. 

JALO, chaudronnier {Jargon, i836), rapproché 
du Bas-Maine jalot, cuvier (jale, grand pot de 
terre) . 

jASPi>ER, bavarder {Jargon, 1728), à côté de 
jaspin, oui {Ibid., 1628), auj. bavardage (Richepin); 
— picard, normand, berrichon et poitevin Jas- 
piner, bavarder, propr. japper (cf. Jaspinemenf, 
aboiement, Vidocq). 

LicHER, boire (Fr.-Michel) ; — normanno-picard 
licher, boire en se délectant (Berry, licher, lécher). 

MARGOULIN, marchand peu aisé (Fr.-Michel) ; — 
normand m«r^OM///î, petit marchand forain (Lyon : 
colporteur; provençal : ouvrier jeune et petit 



FONDS INDIGENE 219 

charretier), d'où Mayenne margoiiliner, aller 
vendre de bourg en bourg (de l'anc. fr. margouler, 
rouler dans la boue). 

MENESSE, prostituée, maîtresse (Halbert, iS/Jq); 
— poitevin menesse, femme ou fille peu riche qui 
affecte des airs de grandeur ridicule, d'un pri- 
mitif irûiie, chatte (provençal meno, id.), répon- 
dant au Bas-Maine miiiine, fille fainéante et déver- 
gondée. 

MELLARD, vcau (\ idocq), tiré du H. -Maine meii- 
ler, meugler. 

MILLE, fille (Bouchet, III, i3o : une garce, c'est 
une înille) et femme {Vie, 1096), à côté de înil- 
lards, mendiants qui portaient des bissacs sur 
le dos {Jargon, 1628), millogère, chambrière 
{Vie, 1596), milloget, valet {Ibid.), et millerie, loterie 
{Jargon, i836), propr. mendicité ; — cf. normand 
(Mortain) et Mayenne millaud, mendiant, vaga- 
bond, et millaiider, vagabonder, dérivant de millev 
(à Châlons), crier d'une manière perçante, d'où 
mendier : mille signifie primitivement gueuse. Le 
terme argotique a passé dans les parlers spéciaux : 
bellau mille, femme, et mourmé millie, pauvre, 
indigent {milliache, misérable), à côté de mellie, 
enfant, garçon {milliacho, petit) ; l'argot breton 
de Yannes a milhen, fille *. 

I. Voir rtevue celtique, vol. XXVI, p. 90, où M, Eruault rapproche 
le poitevin ineille, pis de vache, et grosse et vilaine femme. 



220 L ARGOT ANCIEN 

MiTTES, cachot (Chauffeurs, 1800 : mettre aux 
mittes), à côté du mod. mitard, mite, mitre (ce 
dernier dans Vidocq) ; — fr. dial. mite, boue, vase 
(et fr. mitte, vapeur qu'exhalent les fosses d'ai- 
sance) : le terme argotique signifie proprement 
creux d'eau, fosse (cf. Yonne mitoue, mare, ci^ 
terne rustique), et répond ainsi au synonyme 
ancien mathe{\. ce mot). 

MORGA>ER, mordre (Yidocq). d'où morgane, sel 
(Id), propr. ce qu'on grignote, rapproché du 
lorrain mouargola, mordiller, grignoter. 

MORNAS, bouche {Jargon, 1628), propr. museau, 
d'un primitif morne, id. (conserve par le patois 
créole des Antilles au sens de monticule), d'où. 
Champagne mornicaut, museau ; le bellau murgna, 
nez, est emprunté à l'argot. 

MORNE, mouton, brebis {Jargon, 1628), tiré du 
poitevin mourner, mugir (la forme marmier, ber- 
ger, Yidocq, est, peut-être, une fausse leçon, au 
lieu de mornier). 

PAUTRE, grabat {Jargon, 1728 : pôtre) ; — cham- 
penois paiitre, lit, paillasse {se pautrer, se cou- 
cher) ; cf. fourb. poltro, lit, Yal Soanapatt/ro, id. 

PIF, nez (Yidocq) ; — normand pif, grand et 
gros nez (identique avec l'anc. fr. pifre, fifre), 
x/ terme passé dans le langage populaire (savoyard 
pifard, homme qui a un gros nez). 

PIGER, prendre sur le fait {L'Intérieur des prisons ^ 



FO>DS INDIGENE 221 

1846) ; — Berry, Yonne piger, prendre en faute. 

piNiCLE, parties naturelles (Chauffeurs, 1800, 
d'où espenicler, châtrer); — Bresse, etc., pine, 
membre viril. 

PIRE, fressure {Jargon, 1660) ; — poitevin, auni- 
sien pire, estomac, foie. 

POGNE, main {Jargon, i836), auj. force; — nor- 
mand poigne, main (cf. fr. empoigner) ; dans 
Oranval, pogne a le sens de « voleur », répondant 
au synonyme moderne main, voleur qui fouille 
les poches (Delesalle). 

POQUE, main (Chauffeurs, 1800) ; — Mayenne 
poqae, id. 

poucHON, bourse {Jargon, 1728); — Mayenne 
poachon, poche, sac. 

POUSSIER, poudre {Jargon, i836), et argent mon- 
nayé (Vidocq), répondant au synonyme poudre, 
argent (cf. cant dust, argent, propr. poussière) ; 
— Berry, etc., poussier, poussière. 

RECORDER, prévenir quelqu'un de ce qui doit 
lui arriver (Vidocq) et iuev {Jargon, i836) ; — dial. 
et anc. fr. recorder, rappeler, instruire quelqu'un. 

RENAUDER, bisqucr (Vidocq) ; — dial. et anc. fr. 
renauder, murmurer ; Mayenne arnauder, se fâ- 
cher, chercher querelle. 

ROANT, porc (Vidocq) ; — haut-breton (lUe-et- 
Vilaine) rohani, id., propr. grognon. 

ROUPILLER, dormir {Jargon, 1628); — picard 



222 L ARGOT ANCIEN 

roupiller, ronfler en dormant ; le fr. roupiller, 
sommeiller (xvin* siècle), est également d'origine 
dialectale. 

SABREXAUT, savctier (Jargon, 1628; 1700: sabre- 
nolt, 1728 : scihrenot), et salblenaut, id. {Jar- 
gon, 1G90; Yidocq) ; — dial. et fr. sabrenaud, id. 
(à côté de l'anc. fr. sallebrenaud, fat, Rabe- 
lais, V, 18, propr. savetier). 

TRIMBALLER, conduirc, transporter (Vidocq) ; — 
poitevin trimbaler, porter un fardeau sur les 
épaules et traîner à sa suite. 

VERVER, pleurer, crier (Jargon, 1690); — nor- 
mand verver, gronder. 

B. — Avec changement de sens. 

ACRE î gare! méfiance (llalbert). et crèsl vite! 
(Jargon, i836), à côté de acres, méfiance (Dele- 
salle), et de cresto ! attention ! (Bruand) ; — picard 
(St.-Pol) acre ! sacré ! crestil sacristi ! Lille acre l 
cré l cris ta jurons par aphérèse de sacré! sacristi 
^sapristi) ! 

ARNAGHE, trompcrie (Yidocq), tiré d'une forme 
dialectale arnacher pour renacher, gronder (Jar- 
gon, 1 836), parallèle à re/mMdiT, id. (v. ci-dessus) : 
la tromperie est conçue comme une criaillerie. 

ARNAQUE, agent de sûreté (llalbert), tiré de re~ 
naqùer, forme dial. et anc. fr. à côté de renâcler. 



FO>DS INDIGÈNE ^23 

crier après quelqu'un (Jar^o/i, 1728) : en français, 
renifler. 

ATTRiQUER, acheter des effets volés (Viclocq), 
rapproclié du dialectal (Mayenne) attriquev, jeter 
une trique dans un arbre pour abattre les fruits. 

BAGOL, bague, nom propre {Rat, 1790, p. i/j : 
Quel bagou aurait eu pris ? Yidocq ; Jargon, i836 : 
bagouler, nommer), propr. bavardage, sens de ^y^ 
bagou (tiré de l'anc. fr. bagouler, bavarder), terme 
à la fois patois et populaire très répandu. 

BiGE, ignorant, et bigeois, imbécile {Jargon, 
i836), rapproché du berrichon biget, chevreau. 

BOCCARD, bordel (Yidocq), propr. bouc (cf. wal- 
lon, lorrain, etc. boc, et Yonne boucard, id.), type 
de la lascivité. 

BOMQUE, vieux ((( terme des voleurs normands », 
Yidocq), à côté de bonique, bonne femme, maî- 
tresse (Chauffeurs, 1800). bonicard, bonhomme, 
maître de maison {Ibid.)\ — cf. Anjou bonique, 
vieille, et bonicard, vieux (appellations euphé- 
miques). 

BOULOTER, assister (Yidocq) : — cf. Mayenne bou- 
lofer, amasser, économiser (Pas-de-Calais : être 
en bonne santé). 

BRiNGEANTS, clicveux {Jurgou, i836. et brin- 
(jcanle. perruque), propr. semblables à des brins 
ou liges des plantes (Mayenne bringe, brin, tige). 

BROQLE, double liard {Jargon, 1628, p. f\i : il 



22i4 l'argot ancien 

n'y a ny rond, ny lierplus, ny broqiie en ma fe- 
louse), auj. centime (Rigaud), propr. pointe (pi- 
card hroque, broche, broquette, dé) ou aiguillon, 
c'est-à-dire âpre au toucher (cf. ci-dessus herplus, 
sou, et le synonyme moderne rèche, id., broche, 
petite valeur commerciale) ; le valsoanin bore, 
sou, vient de l'argot. 

BROQuiLLE, bague (./rt/'r/o/j, 1 836), propr. épingle, 
d'oii broquilleur ou cjrinchisseiir à la broquille, vo- 
leurde bijoux (v. Yidocq, I, 218-220). 

BUQUER, voler dans une boutique en deman- 
dant de la monnaie (Yidocq), propr. frapper, 
heurter (picard baqiier), c'est-à-dire faire un 
coup. 

CADiCHON, montre (Vidocq), rapproché du ber- 
richon cadichon, cadet : la montre est assimilée à 
une fdlette. 

GAGNE, cheval (Vidocq), propr. rosse (normand 
d'Yères cagne, id., primitivement chienne, en fr., 
mauvais chien), à côté de cagne, gendarme (Fr.- 
Micliel). même image que le synonyme moderne 
cabot ferré, c'est-à-dire chien ferré (cf. fourb. 
bracco, sbire, propr. chien braque, et germ. mas- 
tin, officier de justice, propr. mâtin). 

CALOT, dé à coudre, et, au pluriel, coquilles de 
noix (Yidocq) ; — Poitou calot, coquille de noix. 

CARGE, balle {Jargon, i836), propr. charge. 

CASCARET, écu dc trois francs (Yidocq), propr. 



FONDS INDIGENE 2 20[ 

misérable (dans le langage populaire et dialectal :, 
picard cascaret, homme ou animal de chétive 
taille) ; bas-gâtinais cascaret, fou, toqué : le sens 
argotique paraît avoir été influencé par casquer, 
payer (v. p. 149). 

CHAHUTER, faire tapage pour s'amuser (Vidocq) ; 
-;— Vendôme chahuter, crier comme un chat-huant 
(français populaire : danser en imitant le cri du 
chat-huant et faire du vacarme, d'où chahut, 
tapage et sorte de cancan). 

cHAUMui, perdre (Vidocq), rapproché du Bas- 
Maine chaumir, briser, pâlir, flageoler {chaumi, 
pris de boisson). 

GHiPETTE, tribade (/d.), diminutif de chipe, anc. 
fr. et dial. chiffon, répondant aux synonymes 
modernes chiffonnée, guenippe, torchon. 

CHOLETTE, dcmilitrc (Id.), rapproché du picard 
cholette, balle de bois. 

CONGE {de cas tus), celui qui porte les saletés de 
l'hôpital à la rivière {Jargon, 1G28) ; — cf. Genève 
conche, bassin de fontaine (Lyon : pierre creusée 
sous l'évier pour évacuer les eaux). 

coQLER, dénoncer (Vidocq) ; — lyonnais coquer, 
baiser, par allusion à l'action de Judas Iscariote 
(v. judacer). 

CROssEii, sonner {Dictionnaire de 1829), propr. 
glousser, sens dialectal du mot (cf. poitevin 
croasser, glousser et blaisois crosser, râler) ; de la, 

L Argol ancien. j^^ 



226 l'argot ancien 

crosse, heure. Dans le vocabulaire des Chaufleurs 
(1800), crosse r a le sens de u jaser n. 

BARON, maître, père {Jargon, 1728; Chauffeurs, 
1800), daronne, mère (Ibid.), rapproché du Bas- 
Maine darin, ventru, anc. fr. et normand daru, 
id., de dare, gros ventre, bedaine ; dans Le Roux, 
daron a le sens de » vieillard fin et rusé » (cf. 
dariolet, entremetteur, dans Régnier) ; le lillois 
daron, maître de la maison, mari, est emprunté à 
l'argot. C'est ainsi que, dans le jargon de Yal 
Soana, dtirhi, vieux, père (diirhki, vieille, mère), 
signifie propr. ventru (du provençal durbo, be- 
daine). 

DÉFOURAiLLER, s'cnfuir, s'évadcr (Yidocq), et 
être enfouraillé, être arrêté {Id. , XXVI) ; — Mayenne 
défourailler, tirer peu à peu d'une cachette. 

DÉMURGER, s'cu aller {Jargon, 1728), auj. sortir 
de prison (Rigaud), propr. franchir un obstacle 
(Berry murgée, tas de pierres dans les vignes), 
Mayenne demeurger, faire sortir d'un lieu, forcer 
à remuer. 

ESTOC ^ esprit, finesse, malice (Vidocq) ; — lyon- 
nais et genevois estoc, esprit, capacité, propr. 
souche (sens du mot en anc. fr.) ; cf. Oudin, i6/13 : 
(( de son estoc, de son propre, de soy mesme » 

I. La variante estio, qu'on lit dans la dernière édition du Jar- 
gon, i83G, représente la prononciation esto(c). 



FONDS INDIGÈNE 227 

(auj., dans la Mayenne, faire quelque chose de son 
estoc, de son initiative). 

FiLOCHE, bourse (Yidocq), propr. filet, sens du 
bressan /f/oc/ie (provençal JZ/ocAo, filet de soie). 

FRIPOUILLE, misérable (Yidocq), propr. fripe, 
guenille ; cf. Champagne frapouille, guenille, et 
frapouillat, gueux ; normand fripouille^ canaille ^y 
(terme également passé dans la langue populaire). 

GALiNE, jeune pédéraste (« terme de bagne », 
Vidocq), propr. truie, sens du morvandeau ^a/t/îe 
(v. ci-dessus gougnotié). 

GAMBiLLER, dauscr (Yidocq) ; — picard gambil- 
1er, jouer des jambes (en fr., agiter les jambes 
pendantes), danser, analogue à gigoter. 

GARGUE, bouche (Yidocq), et gargoine, bouche 
sale (M.), propr. gosier, gorge, sens du picard 
gargouenne ; à côté de gourgane, gosier (Chauf- 
feurs, 1800), forme également dialectale. 

GODELAY, cidre (Chauffeurs, 1800) ; — cf. Pas-de- 
Calais godale, mauvaise bière (ailleurs : boisson). 

GOSSELiN, veau mort-né (Yidocq), et enfant qui 
vient de naître {Id.) ; — fr. pop. gosse, garçon, 
terme d'origine dialectale. 

GOUALER, chanter {Id.) ; — genevois goualer, a^B!)^ 



crier d'une voix aigre, forme parallèle 'dgouailler, . \ 
grogner (cf. les synonymes coiialer et couailter) ; ( ^/^ 
Mayenne oiialer, chanter à tue-tête. 

GRiNCHE, voleur adroit (Chauffeurs, 1800), et 



•ri 8 L.VRCOT ANCIEN 

grincher, voler (Ibid.), à côté de grinchisseur, voleur 
(Vidoeq), et de grinchiv, voler (/d.), propr. griffer 
ou accrocher ; — picard agrincher, accrocher (pro- 
vençal grincher, petit crochet, et griucho, voleur, 
ce dernier pris à rargot) : de la même origine : 
grinche, amoureux (Cliauiîeurs, 1800. et grincher, 
aimer), propr. crampon : le mourmé grinche, 
garde, surveillant, répond, sous le rapport du 
sens, à l'argot gaffe (v. ce mol). 

GUEXETTE, pcur {Jctrgon, i836), propr. foire, 
sens du dialectal, Vienne, (7«è^îe (cf. chiasse, peur). 

jACTEii. parler (Fr. -Michel), c'est-à-dire jaque- 
fer, anc. fr.. jacasser, du nom dialectal du geai, 
Jacques ou Jacquet, d'où également rejaquer, crier 
(/d,), propr. crier comme le geai. 

LARBi>, mendiant (sens donné par le glossaire 
des Mémoires d'un forçat de 1858) et domestique 
(Vidoeq) : c'est le même mot que habin, chien 
(v. ci-dessus), avec l'article agglutiné, latin (d'où 
larbin), comme le synonyme lubi/), domestique 
(Fr. -Michel), pour l'hubin. aulre noiTi argotique du 
chien (v. p. ii5). 

MARAiLLE. pcuplc (Jurgon, 1628, p. 19 : Que de 
beaux, la maraille enterve, c'est prenez garde, on 
entend ce que vous dites), forme parallèle à ma- 
raudaille, tas de gueux. 

MARLOL . malin (Vidoeq, d'où marlouserie. ma- 
lice) et souteneur (Fr.-Michel) : — normand de 



FONDS INDIGÈNE 339 

Bessin marloii, malin (Berry : maquereau, Lor- 
raine : souteneur), propr. matou (clans la Haute- 
Marne), type à la fois du rusé et du rôdeur noc- 
turne. 

MARONER, bisquer, se fâcher (Vidocq) ; — wallon 
maroner, miauler en grondant (d'où également fr. 
maronner, gronder). 

MiRETTE, œil (Yidocq), tiré du Acrbe dialectal 
mirer, regarder (d'où également fr. mire, visée). 

MisTiCK, voleur étranger (glossaire des Mémoires 
dan forçat, 1838), à côté de mistringue, id. {Rai, 
1790, p. 17 : les mistringues aboulent), rapprochés 
du normand mis tin, mistringue (Caen), chat, type 
de voleur {ci. faire miau, voler, locution fréquente 
dans \di Mase Normande de David Ferrand). 

NÈPE, espèce de voleur (Yidocq, I, 383), rap- 
proché du morvandeau nièpe, guêpe, et nipien, 
vaurien (cf. anc. fr. niepesseries, grimaces, dans 
Tallemant des Réaux : v. la citation dans Fr. -Mi- 
chel). 

PANOUFLE, perruque (Vidocq), rapproché du 
berrichon p«//owyZ^. fourrure qui retombe sur le 
devant d'un sabot (anc. fr. /xmi(/7e, guenille). 

PÉGOCE pou (Fr. -Michel) ; — \onnepégosse,id., 
propr. qui pique (Poitou pi^oce/', piquer), répon- 
dant au synonyme picanti (v. p. 77). 

PELOUET loup {Jargon. i836), propr. le petit 
pelou ou bête fourrée (H. -Maine pe/oM, pelu, velu). 



23o l'argot ancien 

PIGE, année (Yidocq), tiré du berrichon pige, 
mesure de longueur, et répondant au synonyme 
argotique longue ; cf. argot roumain cot, année 
(= aune). 

PINGRE, pauvre (Jrt/'(70/*, i836), malheureux, mi- 
sérable (Yidocq), voleur (Fr. -Michel) ; — dial. 
pingre, pauvre (provençal : piètre, mesquin), 
d'oiî également fr. pop. pingre, usurier, avare. 

PLACARDE, place publique (Yidocq), propr. rue 
boueuse ; — berrichon placard, petite mare 
(plaque, flaque). 

RAPiAT, Auvergnat, Savoyard (Yidocq), propr. 
crasseux ; — suisse rapial, galeux (aux pieds des 
chevaux) ; cf. rapioter, visiter les condamnés en 
route pour le bagne {Rat, 1790, p. 17 : on me 
rapiote ; Yidocq) ; le fr. pop. rapiat, grippe-sou 
(Littré, SuppL), et le normand rapiat, vagabond, 
dérivent de la même source. 

REBOuisER, regarder (Yidocq) ; — fr. pop. re- 
houiser, id. (v. Fr. -Michel), propr. donner le bouis 
ou faire reluire quelque chose (sens vulgaire du 
verbe français), répondant h reluit, œil. 

sixvE, sinvre, niais (Yidocq, Mémoires, lY, 822 : 
boivent aux dépens de sinve, c'est le nom qu'ils 
donnent à la dupe) ; — Yosges sinvre, sinve, sénevé 
sauvage, moutarde sauvage (normanno-picard 
sinfe, id.) ; cf. pour le sens, l'anc. fr. amoustarder , 
•tromper, duper. Le sens du mot argotique est 



FONDS INDIGÈNE ^Sl 

niais simulé (cf. L'Intérieur des prisons, i846 : sinfe, 
volé qui tient le voleur) pour mieux attraper les 
autres, répondant à peu près à l'ancien saupiquet, 
subtil (v. ce mot). 

suBRER, attraper (Vie, 1096, p. 21 : de l'autre 
costé Ton subre, c'est-à-dire attrape), rapproché 
du poitevin soubrer, manger avidement, tirailler, 
tracasser {MsLjenne subrer, têter avidement). 

TIQUER, voler à la carre (Yidocq) ; — champe- 
nois tiquer, frapper : le sens argotique répond 
exactement au synonyme buquer (v. ci-dessus). 
. TRÈPE, affluence de peuple (« terme des saltim- 
banques et des voleurs parisiens », Yidocq), propr. 
troupeau (sens du mot en savoyard). 

VANNE, peur (Chauffeurs, 1800), propr. vesse ; — 
berrichon vêne (anc. fr. vesne, id.), d'où vanner, 
s'enfuir (Fr. -Mie bel). 



III. — Patois Provençaux, 



Un passage du Jargon nous explique la prove- 
nance des mots provençaux dans l'argot (p. 21) : 
(( Les Estats généraux estoient tenus ancienne- 
ment juxte la vergue de Fontenay le Comte, et 
à présent transtolez au Languedoc... » 

Nous avons montré plus haut le rôle en quelque 



s32 l'argot ancien 

sorte international que la Provence a probable- 
ment joué entre les divers argots romans et dont 
certains termes communs font encore foi. Un 
autre stock de termes de la même origine, et parti- 
■culiers à l'argot seul, remonte au xv*-xvi* siècle, 
tandis que la grande majorité de ces emprunts 
appartient à l'époque moderne. 

Voici tout d'abord la série des emprunts anciens 
dont quelques-uns ont subi un changement de 
sens propre à l'argot ^ : 

AMADOU, sorte de drogue {Jargon, 1628 : de 
•Vamadouë, c'est de quoy les Argotiers se frottent 
pour faire devenir jaunes et paroistre malades ; 
Ibid., p. 10 : de V amadoue de plusieurs sortes, 
-l'une avec de l'herbe qu'on nomme Esclaire 2,... 
j l'autre avec du coulant et du sang), d'où ama- 
douer, frotter avec de l'amadoue {Ibid., p. 27 : Les 
sahouleux s'amadouent avec du sang et prennent 
du savon blanc dans la bouche, ce qui les fait 



1. Notre source est ici le Trésor du félihrige de Fr. Mistral (1879- 
1886). 

2. Vherheà l'éclairé, c'est la grande chélidoine. Les mendiants se 
servaient également des feuilles fraîches de la clématite des haies 
ou herbe des gueux, pour se faire venir des ulcérations aux bras 
ou aux jambes, et par là exciter la commisération. Ces ulcères, 
superficiels et larges à volonté, se guérissaient facilement en les 
couvrant avec des feuilles de poirée. Les gueux, prétendus estro- 
piés et infirmes, une fois rentrés dans leur quartier, dans la Cour 
des Miracles, y redevenaient sains et saufs comme par enchante- 
ment. 



FONDS INDIGÈNE 233 

escumer) ; — amadou, aimant, épithètc appliquée 
par les argotiers à une substance spongieuse, 
laquelle, tout en leur donnant Tair malade, fai- 
sait apitoyer les personnes charitables : Vanm- 
douë, c'est l'amoureuse des voleurs, la drogue 
qui les rend sympathiques aux autres, et ama- 
douer, oindre avec cette drogue, a fini par signi-J^ 
fier « se marier » {Jargon, i836), répondant au 
synonyme moderne collage, ou mariage à la colle, 
qui se dit d'une liaison illégitime. 

AUZARD, âne {Vie, iSgô) ; — asard, gros âne 
{ase, âne). 

CASTU, hôpital (Jargon, 1628 ; Yidocq : castus) 
et prison (Yidocq : castux) ; — caslèu, château, 
forteresse : « Le prisonnier, en argot, est un malade 
et la détention une maladie ; il devait donc arriver 
que l'hôpital et la prison fussent désignés par 
les mêmes expressions » (Bruant s. v. hôpital) ; 
le terme argotique a pénétré dans le patois de la 
Mayenne : castu {castor in, castoiiille) , chambre de 
sûreté, violon. 

cosNY*, mort (Fie, lïjgô ; Vidocq : conî), eicosne, 
la mort {Jargon, 1628 ; i836 : cône), à côté de {y 
conir, assassiner (Chauffeurs, 1800) ; — cauno, 
terrier où les animaux se retirent, et cauni, tré- 



I. De là, semble-t-il, de'conir, arracher (Chauffeurs, 1800), propr. 
arracher à la mort. David Ferrand (v, le glossaire de l'édition 
Héron) a tiré de cône, mort, la locution envoyer à Cône, faire mourir. 



234 l'argot ancien 

passé, c'est-à-dire retiré dans un terrier. Le 
terme argotique a pénétré dans les parlers spé- 
ciaux de la France : bellau coni, mourir ; mourmé 
coegne, mort, coegnt mourir, counio, la mort ; 
tcrratsu couna, la mort (et counii, médecin !). 

DROGUER, mendier {Jargon, 1728), et drogue, 
mendicité {Ibid., 1628, p. 49 • As-tu jamais esté en 
drogue en ce pasquelin de Berry ?), endroguer, 
chercher à faire fortune (Ibid.), à côté de droguerie 
(Villon, 102 : Rassurez vos en droguerie), mod. 
demande (Vidocq) ; — drouga, frauder, trimer, 
courir, muser ; cf. Mayenne endroguer, emporter 
((( l'gyabe m'endrogue ! » juron). 

FARANDEL, Camarade (Jargon, 1728), à côté de 
f anandel, id. {Ibid., 1628; 1^00: fanande, ce der- 
nier encore dans Richepin) ; — farandel, écervelé, 
jeune fou ; cf. Reims rifandel, complice (Tarbé, 
II, 228). 

FAROT, monsieur {Jargon, 1728), à côté de 
pharo, gouverneur d'une ville {Ibid., 1628) ; — 
farot, faraud, petit-maître, élégant, coquet. 

GOussER, manger {Viel Testament, i46o : Quand 
nous goussames les harans ; Bouchet, III, i3i : 
gousser, c'est manger ; Vie, iSgô) ; — goussa, 
manger de grand appétit, propr. dévorer comme 
un chien (cf. gousso, appétit, litt. appétit de 
chienne), répondant aux synonymes argotiques 
modernes cléber, cléboter (de cleb, clebot, chien). 



FONDS INDIGÈNE 235 

t^c terme argotique a pénétré dans l'argot breton 
de Vannes : gousse (housse), nourriture. 

MOuscAiLLE, matière fécale {Jargon, 1628 : mous 
cailler, aller à la selle) ; — mouscalho, ordure, 
gadoue, propr. grande quantité de mouches. 

PALLOT, paysun {Jargon, 1628); — pâlot, rustre. 

PECHON, enfant et apprenti voleur {Vie, iBqô, 
p. 8 : Pechon, c'est quand on a la première balle 
et du premier voyage), et pechonnerie, apprentis- 
sage {Ibid., p. 5 : sortait de pechonnerie) ; — 
pechoun, petit, enfant. 

RIPE, rippe, dame, demoiselle {Vie, lôgô : et 
franche ripe, reine), ripault, gentilhomme {Ibid., 
p. 6 : les ripaux, rippes et milles ; franc-ripault, 
roy), à côté de ripois, prince, et ripaudier, gou- 
verneur {Ibid.) ; — cf. dauphinois ripo, femme 
méchante, Lyon ripa, vaurien, vagabond. 

RUBi {de), éveillé {Vie, 1596, p. 4i '- Pechon de 
rubi, enfant éveillé ; p. 11 : Pechon de rubi, sur 
quoy voulez vous marcher ?), rapproché du pro- 
vençal rubi, portefaix de la dernière classe. 

suc, cou (Villon, 43 : Dont l'amboureux lui 

rompt le suc) ; — suc, tête, occiput ; le terme, 

employé également par Marot (Ballade XI :... 

* l'abattit et lui cassa le suc), se retrouve dans le 

patois champenois {suque, haut de la tête). 

vERDOuzE, une pomme ou une poire {Jargon, 
1628, et verdouzier, un jardin ou jardinier) ; 



236 l'argot ancien 

— verdoiiso, verte, verdoyante ; cf. argot vénitien 
verdoso, jardin. 

Voici maintenant la série des emprunts mo- 
dernes disposés suivant le critère sémantique 
déjà appliqué, à savoir : 

A. — Avec le sens consei'vé. 

AGANTER, attraper au vol, et enganter, voler 
(Vidocq, XVIII : j'engantais sa toquante) ; — 
aganta, enganta, empoigner, saisir. 

AGOLT,eauàboire(Halbert), et/a^oii<(= Cagout), 
rapproché de aigo, eau. 

ARGANEAU, auncau de fer de la chaîne qui joint 
les forçats suspects (Vidocq) ; — arganel, gros 
anneau de fer. 

ARPiO-v, main {Jargon, 1628 : harpion) ou pied 
(Vidocq) ; — arpiowi, griffe, patte, doigt (Lyon, 
Poitou arpion, id.) ; cf. bellau arpiot, pied (du 
dialectal harpe, patte). 

VRTOUPAN, garde-chiourme (Delvau) ; — artoii- 
pan, terme injurieux (dans le Gard) ; Lyon artou- 
pan, vaurien (forme amplifiée et de la même 
famille qviQartet, rusé, eiartignole, menteur, propr. 
artificieux). 

, BACHASSES, galèrcs, travaux forcés (Rat, 1790, 
:p. i4 ' trois plombes de bâchasses ; Jargon, x836) ; 



FONDS INDIGÈNE 287 

— bachasso, bac servant à franchir les torrents 
débordés. 

BARGAYA, coutcau (ChaufFcurs, 1800) ; — bargo, 
couteau d'un brisoir de chanvre {barga, broyer le 
chanvre ou le lin). 

BARROLx, bois, forêt (Ibid.) ; — barri, rempart, 
muraille [barro, montagne de forme allongée). 

BÈGUE, avoine (Yidocq) : — bego, gesse, vesce. 

CADÊNE, chaîne des forçats ; — cadeno, id. (déjà 
en anc. fr., chez Mcot et Oudin, auj. dans la 
Mayenne). 

CAMBROUSE, chambrièrc. servante {Jargon. i6î>8; 
Chauffeurs, 1800: cambreline) ; eicambrou, domes- 
tique (Yidocq) ; — cambroiiso, femme de cham- 
bre, cambrons, valet de chambre : cf. havrais 
cambrouse, mauvaise servante (vient de l'argot). 

civADE, avoine (Jargon, i836) ; — civado, id. 

ESBiGNER (5'). se sauA cr (Fr. Michel) ; — s'esbi- 
gna, s'csbina, décamper, prendre la fuite (de bignOy 
bino, vigne), propr. franchir la vigne, image ana- 
logue à dénmrger{\. ce mot) ; de là, également, 
dans les patois : Bcrry, Picardie, Normandie s'esbl-. 
gner, s'ébigner, s'esquiver, s'en aller (Mayenne : se ^/ 
fatiguer, se faire du mauvais sang: en normand, 
esbigner, tuer) et dans le langage populaire : s'es- 
bigner, s'exbîgner, s'échapper (v. Littré, Suppl.) ; 
cf. fourb. sbignare, svignare (u correre »). 

ESBROUFFE, embarras (\ idocq) ; — esbrouf, id. 



J 



238 l'argot ancien 

(d'où également picard et fr. mod. esbrouffe, id.). 

ESGAPER, assassiner (Vidocq), propr. ôter la 
cape et par suite la tête qui la recouvre (v. le mot 
suivant). 

ESCAPOUCHE, assassin (« terme des voleurs du 
midi )), Vidocq), escapoucher, assassiner (Id.) ; 
— escapoucho, chenapan, vaurien, scélérat, tiré de 
escapoacha, tuer, propr. ôter le capuce ou capu- 
chon, même image que escofJîer{\. ci-dessous); 
cf. fourh. scapazzador, assassin. 

ESGARPER, assassiner pour voler (Chauffeurs, 
1800 ; Vidocq), d'où escarpe, assassin [Id. ; Chauf- 
feurs, 1800 : escarpe, monde tué) ; — escarpi, 
écharper, déchirer. 

ESGLOT, sabot (Vidocq) ; — esclot, id. 

ESGOFFiER, tucr assassiucr (Chauffeurs, 1800 ; 
Vidocq), à côté de coffier, id. {Jargon, 1728) ; — 
escoujîa, tuer, dépouiller, voler (wallon, normand, 
picard, lorrain, berrichon escoffier, tuer), propr. 
ôter la coiffe et par suite la tête. 

ESGANAGER, rirc {Jcirgon, 1728) ; — esganassa. 
rire à gorge déployée. 

ESQUINTER, fracturcr, briser (Vidocq), el esquinte, 
abîme {Id.) ; — esquinta, déchirer, briser de fati- 
gue, éreinter (sens du fr. esquinter, Berry : assom- 
mer, normanno-picard : tuer). 

ESTOURBiR, tuer (Vidocq, XVI) ; — estourbi, 
étourdir, assommer, tuer (propr. troubler, comme 



FONDS INDIGÈNE sSq 

le synonyme argotique étourdir, tuer), Lyon 
estourher, tuer. 

ESTRANGOuiLLER, étrangler (Yidocq) ; — estran- 
goalha, id. ; Lyon et Mayenne estrangouiller, id. 

FLAQUE, sac (Jargon, 1728; Midocqijlacul), Jla- 
qaet, gousset (Fr. -Michel), à côté de enftaquer, 
faire arrêter (Yidocq, Mémoires), propr. ensacher 
et être enftaqiié, être condamné (Id.) ; — cf. ftaco, 
outre, gourde, poire à poudre. 

FRALiN, frère (Vidocq) ; — fraie, id. 

GOUSSE, fille publique (Rigaud) ; — goasso, id., 
propr. chienne. 

GUIDON, jambe (Jargon, 1728), à côté de gui- 
bolle (Fr. -Michel) et de guibe (Yidocq) ; — guibolo, 
jambe, longue jambe ; cf. normand, Orne, gui- 
bolle, id. (ne se dit qu'en mauvaise part), Yonne, 
Poitou guibe, guibole, id. 

JORNE, jour (Yidocq) ; — jorn, id. 

LOFFE, imbécile (Fr. -Michel), et loffitude, sottise 
(Yidocq : coquer la loffitude, donner l'absolution ; 
V. luron) ; — lofi, nigaud, imbécile et vesse, bêtise ; 
Val Soana loffi (» cattivo), du provençal 1. 

MAGNUCE, putain (Jargon, 1690 : ponisse ou 

I . Le dérivé ultérieur loufoque, fou (Rigaud), dérive de la même 
source (v. p. 47). Le terme lofe, loffe, se rencontre également dans 
binelle lofe, banqueroute (Jargon, i836), propr. mauvaise faillite, 
et dans lazi-loffe, mal vénérien (Vidocq), probablement mal de 
St-Lazare (la prison des vénériennes est appelée en argot St-Laze). 



2aO L ARGOT ANCIEN 

magnuce), rapproché de magno, minauderie, ma- 
(jnac, gentil. 

M.VNQLE {à la), à gauche (Yidocq), auj. mauvais, 
/ laid {tronche à la manque, mauvaise mine) ; — 
fnanc, manco, gauche (bras, main). 

MÈCHE, moitié {Jargon, i836 ; être de mèche, 
I être de moitié, partager, Yidocq) ; — mech, demi, 
moyen . 

MiRADOu, miroir (Vidocq) ; — miradou^ belvé-, 
dère, vedette. 

MOuzL, mamelle {Jargon, 1690 : moazu, teston ; 
1700: mounzu), tiré de mouse, mounze, traire. 

PAGNE, assistance que les voleurs reçoivent de 
leurs camarades lorsqu'ils sont prisonniers 
(Vidocq) ; — pagn, pain. 

PALETTE, main (u terme usité parmi les voleurs 
italiens et provençaux », Vidocq) ; — paleto, 
main, petite fourche (terme de marine), propr 
petite pelle. 

PALLAS {faire), faire le grand seigneur, de l'em- 
barras avec peu de chose ((( terme des camelots 
et des saltimbanques », Vidocq), rapproché de 
faire palalan, faire montre ou parade de quelque 
chose (de là, dans 0\ià\n, faire le palalan, faire le 
grand) ; cf. germ. hacer pala (u ponerse un 
ladron delante de uno a quien se quiere robar 
])ara ocuparlc la vista»), et argot milanais/a /)«/« 
((( far comparsa o parata ») ; dans l'argot mo- 



FONDS INDIGÈNE 2^1 

derne ^,pallas, c'est le forain chargé de Fannonce 
dans les parades (d'où /aire le pallas, faire le 
boniment). 

PANTRE, pante, homme simple, facile à trom- 
per, paysan (Yidocq) ; — panto, peintre, rustre, 
pataud (Poitou peintre, avare). 

PANTURNE, catin {Jeirgon, i836) ; — pantarlo, id. 

PÈGRE, voleur (Vidocq : d'où pègrenne, faim) ; 
- — pego, larron des quais, voleur des marchandises 
à Marseille, propr. poix (cf. béarnais qu'ha pegiie 
eiux eioigtz, il a de la poix aux doigts, c'est-à-dire 
il est enclin au vol), évolution de sens analogue 
à poisse, poisseird (v. ce mot) ; dans le patois 
champenois, pègre signifie espiègle, polisson 
(= voleur, terme emprunté à l'argot). 

PESsiGUER, tirailler (Larchey, SuppL), et pessi- 
gner, arracher, prendre avec violence (Yidocq, 
XY), à côté de peseiller, id. (ïei.) ; — pessigei, 
pessigna, pincer, attraper, escroquer, prendre ; 
cf. fourb. pizziceire, id. (= pincer). 

PEzouiLLE, paysan (Chauffeurs 1800), rapproché 
de pesoulh, pou (cf. gueneiux, p. 174). 

PEZOUL, pois vert (Ibid.) ; — pesou, petit pois. 

picoRAGE, butin provenant d'un vol de grand 
chemin (« terme des voleurs du midi de la 
France», Yidocq), à côté de pécore ar, voleur de 

I. L'homonyme moderne pains, beau (Richepin), est le proven- 
çal pa/as, très pâle. 

L'Argot ancien. ao 



2^2 l'argot ancien 

grande route (/d.) ; — picoura, picorer, aller à la 
picorée (en fr., picorée, dès le xvi" siècle) . 

ROBiGNOLLE, petite boule de liège (Vidocq) dont 
se servent certains voleurs pour faire des dupes 
(d'où robignol, très amusant, et roubignoleur, 
floueur, malin, Rigaud), et testicules (Delesalle) ; 
— roubignoU, les testicules. 

ROUSTIR, tromper (Yidocq), à côté de roustl, 
ruiné (« c'est-à-dire rôti, variante de cuit, Jlambé, 
fricassé, famé », Rigaud), roustissear, parasite 
éhonté (Larchey, SuppL), et roustissure, volerie 
(Ici.) ; — rousti, rôtir, griller, mettre un joueur à 
sac, décaver, duper escroquer, voler ; cf. calao 
rustir (« corner »), et Mayenne ça sent le rousti, 
ça sent le brûlé, et perdre ses ressources. 

SABLER, assommer les voyageurs avec une peau 
d'anguille remplie de sable (u ce terme n'est 
employé que par les assassins du midi de la 
France », Yidocq) ; — sabla, assassiner quelqu'un 
en le frappant avec un sachet de sable. 

SAPIN, soldat (Yidocq) ; — sapin, id. (v. p. 28). 

SERPE, couteau (u terme des roulottiers du 
midi de la France », Yidocq) ; — serpo, serpe. 

SOUQUER, rudoyer, battre (Fr. -Michel) ; — souca, 
heurter, frapper. 

TAFFE, peur (Yidocq) ; — tafo, id. {tifotafo, tif- 
taf, tic-tac, palpitation; Oudin, i6/i3 : le cul luy 
fait tif-taf, il a grand'peur) ; cf. argot milanais 



FONDS INDIGÈNE 2^3 

tajf, derrière, et argot breton de Vannes daf, peur 
(ce dernier, tiré de l'argot). 

TAULE, maison (Vidoeq) ; — taale, compartiment 
d'une saline (dans les patois du Nord, taule signifie 
u table ))). De là : entôler, entrer dans une maison 
avec le dessein d'y voler (M.), et entôleiise, terme 
passé dans la langue courante. 

TRUC, une des diverses manières de voler, 
profession d'un voleur (Vidoeq), d'où truquer, 
tromper, ruser, et truqueur, habile, malin, 
(Rigaud) ; — truc, heurt, choc, coup, habitude, 
secret, facilité de faire {avé lou truc, avoir l'art ; 
counèis bon truc, il connaît la manière de s'en 
servir) ; cf. fourb. trucco, bâton et excuse pour 
attraper de l'argent. Le terme est familier aux 
patois : berrichon, truc, habileté de faire, 
adresse ; picard donner le truc, ne rien donner, 
savoir le truc, savoir comment il faut s'y prendre, 
avoir le truc, être habile, ingénieux, fin, adroit; 
normand truc, finesse, fraude. Le fourbesque a, 
en outre, truccante, mendiant, voleur, truccare, 
mendier, voler. 

TURNE, maison (Chauffeurs, 1800), et enturner, 
entrer dans une maison {Ibld.) ; — turno, taverne 
(v. p. iSg) ; de là, normand turne (tune), masure, 
St.-Pol turne, taudis, Champagne (Clairvaux) 
turne, maison sale, Mayenne teurne, et français 
populaire turne, échoppe, cabane. 



244 l'argot ancien 

B. — Avec changement de sens. 

ABADis, foule, multitude, rassemblement (Vi- 
docq), propr. abbaye (provençal abadié), répon- 
dant au fourbesque badkdita, lieu où beaucoup de 
personnes s'assemblent. 

BiGARD, trou {Jargon, i836, et bigarder, percer), 
rapproché de bigord, fosse au fond d'une cave. 
, BLASÉ, enflé (\ idocq), rapproché de blasi, blesl, 
rneurtri. 

BLAviN, mouchoir de poche {Rat, 1790, p. 10 : 
douze blavins ; Chauffeurs, 1800: blave, blavin ; 
Yidocq) ; -:- blaven, bleuâtre ; cf. argot bleu, man- 
teau (Yidocq). 

BOUCANADE, corruptiou {Id.); — boucanado, gron- 
derie, c'est-à-dire causerie bruyante pour cor- 
rompre (v. ci-dessus arnache). 

BOuscAiLLE, bouc (Yidocq) ; — bouscalho, menu 
bois, broutille (cf. anc. fr. gloe^ bûche et boue). 

BRANQLE^ âuc {Jargon, i836) ; — branco, traî- 
nard; cf. Val Soana branci, id. (terme tiré de 
Targot). 

BRISER, escroquer (Yidocq), d'où briseur, escroc, 
et brisure, escroquerie {Id. : « termes des escrocs 

I. Cf. branque, ministre (« dans le jargon des voleurs, » Rigaud) 
avec le français dialectal ministre, âne (par ex. St.-Pol minisse, 
baudet, terme burlesque). 



FONDS INDIGÈNE 245 

auvergnats ») ; — brisa, briser, drousser la laine 
brisawe, briseur, drousseur). 

CA3iBROLSE, province (\ idocq), à côté de cam- 
brousse, campagne {Id. ; Jargon, i836 : campe- 
loiise), et combrousier , paysan (« terme des forains 
ou marchands qui suivent les foires », Fr. -Michel); 
— cambrousso, combrousso, bouge, cambuse : le 
terme argotique a d'abord désigné la baraque 
foraine et puis l'endroit où elle se trouvait. Cf. 
Yonne, cambrouche, homme très grand, très fort 
(= paysan). 

CARCAGNO, usurier (Vidocq), rapproché de car- 
cagiio, décrépite, vieille grondeuse. 

cosTEAL , musclé, fort, et costel, souteneur (Hal- 
bert, 1849) ' — costo, côte. 

DRAGUE, chirurgien (J«rgfo/i, 1 83 6), et dro^aettr, 
escamoteur, charlatan, banquiste (Yidocq) ; — 
drago, lutin femelle, fée (cf. fa loii drac, faire le 
diable, faire merveille). 

ESCANER, ôter {Jargon. i836), rapproché de 
escana, étrangler, égorger, 

ESTUQLE, part du vol (Vidocq: Jargon, 1728 : 
s tac, i836 : stuque) ; — estuc, réservoir, cachette, 
propr. étui ; cf. Champagne stuquer, frauder 
l'octroi (terme emprunté à l'argot). 

FADE, part dans un vol (Vidocq) , et fader, par- 
tager les objets volés (Id.) ; — fado, fée et don 
de fée (fada, donner). 



246 l'argot ancien 

FARGUE, charge (Vidocq, d'où /arguer, charger, 
eifarguement, chargement « se dit aussi pour 
rougir de honte )),défargueur, témoin à décharge), 
rapproché defargo, forge, enclume (et ce qu'on 
forge). 

GANGE, bande, clique {Jargon, 1728); — ganço, 
ganse, propr. crampon ; de là, fr. pop. gance, id. : 
se ficher la gance, se battre, un luron de la gance, 
un querelleur (v. Msard, Parisianismes , p. 118). 

GIRONDE*, aimable (Fr.-Michel), et jolie femme 
(Rigaud) ; — girondo, hirondelle (= fluette comme 
une hirondelle). 

GODILLER, éprouver un accès de priapisme, rap- 
proché de goudilha, plaisanter. 

GOUAPE, vagabondage, vaurien, vagabond (d'où 
gouapeur, id., Rigaud; gouèpeur'^, id., Vidocq); 
— gouapo, viveur, libertin, gourmand ; cf. 
Mayenne gouèpe, mavais sujet, gouépeux, qui 
mène une vie déréglée ; Yonne gouape, ivrogne, 
débauché, et larcin, maraude (« aller à la gouape »), 
Savoie gouapo, buveur. 

HOSTEAU, prison (Rigaud), et osto, chambre, 
maison {L'Intérieur des prisons, i846); — ostau, 
oustau, maison {lou grand ousiaou, l'hospice, 

1 , Le terme manque dans le vocabulaire de Vidocq, mais on le 
rencontre dans ses Mémoires (III, i85 : je ne suis pas si gironde). 

2. La forme gouepe pourrait être rapprochée du champenois 
gouèpe, guêpe, à l'exemple du morvandeau nipien, vaurien, de 
nicpe, guêpe. 



FONDS INDIGÈNE 247 

l'hôpital), Yonne, osteau, oustau, housteaii, domi- 
cile, Poitou hosteaa, logis (et à U housteaii ii la 
maison, Lalanne), anc. fr. hostel, id. ; bellau hos~ 
tau, maison. Cf. Mayenne ostau (ostrau), dans la 
locution : aller à r ostau, aller en prison, et se 
perdre, se détériorer, à côté du picard (St.-Pol) à 
U osteau, en prison, en violon (locutions d'origine 
argotique) . 

LÈGRE, foire (Vidocq : et legrier, marchand 
forain), rapproché de alegre, gai, dispos ; cf. 
germ. alegria, cabaret, et argot roumain veselle, 
assemblée publique (= gaieté). 

MANCHE, quête (Vidocq : faire la manche, implo- 
rer, au coin des rues, la commisération publique); 

— mancho, id., propr. manche (faire la mancho, 
faire la quête dans le public). 

MEC, maître (Vidocq : mec des mecs, Dieu ; 
grand mec, roi ; mec de la rousse, préfet de police, 
ciméquer, commander), auj. souteneur (Richepin); 

— mec, niais et poseur, meco, le meilleur (terme 
d'argot marseillais : lou grand meco d'adaut, le 
Très-Haut). 

MisTON, vol, dans la locution allumer le mis ton, 
préparer un vol (litt. regarder le bambin), répon- 
dant au synonime nourrir un môme ou un poupon ; 

— mistoun, bambin, mioche. 

MOUISE, soupe économique (Vidocq) ; — mouisse, 
humide. 



2^8 l'argot ancien 

piTRE, paillasse d'escamoteur ou de saltim- 
banque (Vidocq), propr. plastron (cf. servir de 
pitre, amuser les autres en faisant rire de soi), 
terme devenu populaire: — pitre, poitrine. 

piTuor. pistolet (Id.) : — pitrou. solive, che- 
vron, répondant aux synonymes modernes bâton 
ereax, et tringle, fusil. 

SOULASSE, la gronde soûlasse, l'assassinat (Vi- 
docq), à côté de soldasse, trompeur (« se lier 
avec une personne pour la tromper ensuite d'une 
manière quelconque », Id. ; Mémoires, lY, 876 : les 
grèces ou soûlasses sont presque tous des gens de 
province) ; — soûlas, soulaci, soulagement, con- 
tentement, divertissement (faire soûlas, tenir com- 
pagnie dans une circonstance difficile) et guide 
qu'on donne à quelqu'un pour le rassurer (v. sou- 
lager, p. 126). 

VALLADE, poche dc derrière d'un habit (Vidocq) ; 
— valade, bas-fond, vallée. 



IV. — Termes d'origine obscure. 



Les termes de cette catégorie représentent des 
formes et des sens pour lesquels tout rapproche- 
ment nous manque. On peut les répartir en 
deux classes, suivant qu'ils sont antérieurs au 



FONDS INDIGÈNE 2^9 

xix*" siècle, ou qu'ils appartiennent à sa première 
moitié. 

A. — Termes anciens (1^55-1800). 

AFFE, la \io (Jargon, 1728; iS'66 : lajjfe), d'où 
eau-d'affe, eau-de-\ie (Vidocq). 

ANGUER, pendre (Bouchet, IIL 129 : il a esté 
angué, c'est à dire pendu). 

AQUiGEii, aux sens nombreux : i" tromper {Vie, 
1096, et aquigeur, trompeur) et attraper {Ibid., 
p. 27 : aquigeornie. goujat, propr. attrape-poules), 
mod. prendre (Ricliepin) ; 2" faire (Jorgro/i, 1628), 
et spécialement faire mal {Vie, 1596, p. 7 : les 
courbes maquigeoient fermis, c'est-à-dire que les 
espaules me faisoient mal), et battre, blesser (Vi- 
docq : on aquige aussi les cartes pour les recon- 
naître au passage et les filer au besoin), à côté de 
a/%e7'. blesser (Fr. -Michel), mod. atigé. malade 
(Kigaud). et atiger, torturer, atigear, bourreau 
(Colombcy). 

AVERGOT, œuf {Jargon. 1628). 

BATOCHES, testicules {Vie, 1596 : batoches et 
battouers), à côté de baloches, id. (Vidocq, et balo- 
cher, tripoter, faire des affaires illicites), ce der- 
nier synonyme de « ballant ». 

BAUDRU, fouet {Jargon, 1728), et fil {Jargon, 
i836), d'où baudrouiller, filer {Ibid.). 



25o l'argot ancien 

CAIRE ^ argent (CoquilL, i455 : Ils appellent 
argent... caire et puille ; Apôtres, i486 :... mince 
decaire; Villon, 71 : Les duppes sont privez de 
caire). terme fréquemment employé par Guillaume 
CoquillarL p. ex. (vol. I, p. 45) : u Tant est pour et 
mince de caire » (cf. plus bas, chez le même : 
(( Mince d'argent et mince de pécune n). 

coMRRiEz. pièce de vingt sols {Jargon, 1628). à 
côté du bellau cambrée, pièce d'un franc. 

coRPALLT, pot (Bouchet, III, i3o : corpaalt, c'est 
un pot; //a pié un corpaalt de pivois, c'est à dire 
il a bu un pot de vin). 

DALLVAGE, maiiagc {Vie, 1096), daulvé, marié 
{Ibid.). 

DiTRE, fressure {Jargon, 1628, p. 20 : une fres- 
sure se nommoit ditre, à présent c'est cncen- 
souer). 

FAUGER, trahir (Coquill., i455 : Quand il dit : 
estoffe, ou je faageray ! c'est-à-dire que qui ne luy 
baillira sa part, il encusera le fait). 

FOUQUER, donner {Vie, 1096, p. 7 : et la gous- 
sions ou fouquioiis pour de l'aubert, c'est-à-dire 

I. Sclnvob (Mémoires, VII, 3 12) identifie caire, argent, avec 
Caire, ville de l'Egypte, en invoquant l'analogie de thune, pièce 
d'argent, en rapport avec Thunes, Tunis; mais ce sens de thune est 
récent, étant précédé par celui d'aumône et d'hospice de men- 
diants (v. p. 118). On rapproche également à tort le germ. cayre 
(« gain que fait une femme avec son corps »), qui est inséparable 
de cairel, frange d'une chemise, et de cairelota, chemise de cou- 
leur (v. Salillas, p. 38) : cf. argot mod. linge, prostituée élégante. 



FONDS INDIGENE 201 

manger ou vendre ; Jargon, 1628 : fouqiier ou 
foncer, donner), et foucauderie , ce qu'on a volé 
{Jargon, 1628: épouser la fricaudrie [sic! 1700 : 
foiicaudière , i836 : faiiconnière !], c'est quand les 
coupeurs de bourse jettent ce qu'ils ont desrobé 
de peur d'estre surpris..., solist il la. foucaudrie ?). 

FRAPiER, verre à boire (Jargon, 1728; 1700 : 
frappier ; 1690 : glace ou f râper; 1660 : frapet). 

FROC, double liard {Vie, 1096). 

GuiNDRELLE, épéc {Jargon , 1728). 

HAiRGUE, un grand blanc (Goquill., i4o5). 

HAN {son), lui (Bouchet, III, i3i : J'ay clianté 
à son han, j'ay parlé à luy). 

LiEFFRE, prêtre {Ibid.). 

MiRQuiN, bonnet {Jargon, 1628, p. 55 : deux 
mirquins de battouse ; i836 : mirquin, bonnet). 

MLiCHE, dé (Coquin., i455). 

ovENDE, livre {Vie, 1596, p. 6 : ovendes sont 
livres). 

PLiLLE, argent (Coquill., i455 : v. ci-dessus 
caire ; Halbert : pouijfes). 

ROUASTRE, du lard {Jargon, 1628, p. 35 : un 
morceau de rouastre ; i836 : rouâtre). 

RUPIN, un gentilhomme {Jargon, 1628 ; i836 : 
rupin, bourgeois ; Halbert : rupine, dame bien V 
mise), et fameux (Halbert), auj. généreux, distin- 
gué (Larchey), rupe, rupin, riche, élégant, malin 
(Rigaud), à côté de urphe {= rupe), élégant, soi- 



t 



2;32 L ARGOT ANCIEN 

gné (/rf.), urplno, distingué, coquet (Boutmy). Le 
terme a passé dans Targot breton {rupin, richard, 
monsieur. Quellien. p. 27) et dans les patois : 
Normandie (canton de Pieux) rupin, rusé, et être 
en rupin, être en gaîté, être joyeux ; Poitou 
atmir fair rupin, c'est avoir l'air vif, entreprenant 
(G. Lévrier), avoir le visage rubicond et éveillé, 
joyeux (Lalanne). 

SABRE, fouet (Bouchet, III, i3i : le sabre, c'est 
le fouet ; // a eu le sabre sur son endosse, c'est à 
dire il a eu le fouet), et bâton {Jargon, 1628, p. 34 : 
un bout de leur sabre ou baston). bois {Ibid. : 
sabre, du bois ; 1690 : sable ; Vidocq : sable, bois 
à brûler, et sabri. foret, bois), sabrieux, un 
voleur {Jargon. 1628), sabrée, aune (Yidocq). Le 
terme a passé dans les parlers spéciaux : mourmé 
sabre, bois {sabra, couper du bois, boiser), et 
bellau sapre, bois. Cf. Mayenne sabre, bruyère. 

TARGUE, ville {Vie, iSgô, p. 10 : et ambiasmes 
le pelé juste la targue, c'est à dire nous enfilasmes 
promptement le chemin de la prochaine ville). 

TiRNOLEs, trinoles, guêtres {Vie, 1096). 

TRUCHER, mendier {Jargon, 1628, p. ^ : lequel 
mestier s'appelle trucher ou argoter le plus franc), 
d'où t ruche, action de mendier {Ibid. , p. i : j'enterve 
truche et doubler), trucheux, gueux{Ibid.) ; cf. anc. 
fourbesque truccare, aller (xv" siècle, Pulci). 

ZERVER, crier {Vie, iSgô, p. 7 : là attrimions 



FONDS INDIGÈNE 253 

Y ornic sans zerver; Jargon, 1628), d'où zervart, 
prédicateur (Fie, iSgô), et zervinois, procureur, 
juge (Ibid.). 

Pour être complet, il faudrait y ajouter les 
termes obscurs du Jargon de Villon ; mais nous 
préférons renvoyer simplement au lexique de 
l'édition Longnon. Il suffît de faire remarquer 
que ces termes se répartissent nettement en deux 
catégories : A la première, appartiennent les mots 
ancien français dont on ignore le sens argotique 
(par exemple : arderie, arerle, assegi, assiéger, 
assosé, etc.), et c'est la grande majorité ; à la 
deuxième, les mots dont on ignore à la fois r ori- 
gine et le sens (par exemple : arvani, baadrouse, 
flogie, hevaige, hirenalle, hume, hurquer, pirenalle, 
spelican). Des découvertes de documents contem- 
porains, semblables au dossier du Procès des 
Coquillards, pourraient seules jeter du jour sur cet 
amas de ténèbres. 

B. — Termes modernes (1800-1850). 

balcoterS impatienter (Yidocq). 
BAYAFE, pistolet (u tcrmc des voleurs de grande 
route du midi de la France », Vidocq). 
BÉRiBONo, béricain, homme simple (/d.). 

1. Les dictionnaires d'argot (Delvati, Higaud) transcrivent à tort 
bocotter. 



25/| l'argot ancien 

BOL B ANE, perruque (Id.). 

BOLCARD, boutique (Chauffeurs, 1800 ; Yidocq). 

Bouis, bordel (Vidocq). 

BRiDOU, liard (Chauffeurs, 1800), auj. hredoche, 
sou. 

BROBÈGHE, liard (Vidocq). 

BRUGE*, serrurier (/c?.), brugerie, serrurerie (Id.). 

CAROLBLE, fausse clé {Id., d'où caroubleur, 
variété de cambrioleur), à côté de caroufle, id. 
(Larchey, Suppl. : i83o) et carreau, id. (Ibid.). 

coNDÉ, certificat (dans le Jargon de i836, condé 
est substitué à l'ancien laque), permission de 
tenir des jeux illicites (Vidocq), et chef (Fr.- 
Michel : grand condé, préfet ; petit condé, maire). 

coQLiLLON, pou (Vidocq). 

CRIQUE, eau-de-vie (A'idocq, II. 287). 

ESïORGLE, fausseté, méchanceté {Id.). 

FERLiNGANTE, faïcncc, cristal. verrerie {Id.), à 
coié de fermingant, plat (Chauffeurs. 1800). 

FLiGADiER, SOU (Vidocq), auj. flèche, id. 

FixASGiy, frangine, frère, sœur {Id.) ; cf. dans le 
^canut lyonnais. //Ym^i/i, camarade (tiré de l'argot). 

GANDIN, duperie (cf. monter un gandin, duper, 
Larchey), et décoration {gandin d'altèque, id., 
Vidocq), répondant au synonyme trompe l'œil, à 
côté de gaudineur, décorateur (Vidocq). 

I. Fr. -Michel dérive 6rug<? de l'italien bruciare, hrùler (étymolo- 
gie admise par Ascpli, op. cit., p. lai). 



FONDS INDIGENE 20'ô 

GivERNEUR, vagabond qui passe toutes les nuits 
dans la rue (u terme des cochers parisiens », 
Vidocq). 

MACARON, traître, dénonciateur (Vidocq), maca- 
roner, découvrir {Dictionnaire de 1829), d'où, dans 
l'argot milanais, macarona (« riconoscere »). 

MANDRiLLON, pistolct (Cliauffcurs, 1800), à côté 
de mandolet, id. (Halbert). 

MiRZALE, boucle d'orcille (Vidocq). 

MisELOQUE. théâtre, etmiseloquier, comédien (/d.). 

PON, cheval (Vidocq. Il, 277), eiponne, jument 
(Chauffeurs, 1800). 

pouLAiNTE, vol par échange (Vidocq). 

RADE, pièce de monnaie {Jargon, i836), et tiroir 
de comptoir (Vidocq : et radeau), radin, gousset 
{M.). 

ROUBioN, fille publique laide (cf. Fr. -Michel, 
Introd. XVIII). 

ROUBLARD, laid, défectueux (Vidocq) et agent de 
police (i83o : Larchey, SuppL), à côté de rouhler, 
témoigner, se plaindre {Id.), et de rouhleur, déla- 
teur {U Intérieur des prisons, i846). 

ROucHi, gredin (Vidocq. Mémoires, III. 180 : ce 
vilain rouchi), et rouchie, smle femme, sale pros- 
tituée (Rigaud). 

ROUFiER, soldat (glossaire des Mémoires d'un 
forçat, 1829), à côté de ruf, argousin (Fr. -Michel). 

ROUMARD, roué, rusé (glossaire des Mémoires d'un 
forçat, 1829). 



256 l'argot ancien 

ROusPANï, souteneur de pédéraste (Yidocq) ; cf. 
rouspéter, être de mauvaise humeur (dans le jar- 
gon des ouvriers, Rigaud). 

ROUSTONS, testicules (Yidocq, II, 332). 

siME, patrouille grise (u désignait autrefois le 
guet », Yidocq), et cimer, aller, voyager (Chauf- 
feurs, 1800 = patrouiller?) 

siTRE, bon (Yidocq), à côté de sitrin, noir (Jar- 
gon, i836). 
. sivE, poule (Yidocq). 

TALBiN, huissier (Jargon, i836), et billet de com- 
plaisance (Yidocq). à côté de talbine, halle 
(Halbcrt). 

TiGNE, foule (Yidocq ; s'eshattre dans la ligne, 
chercher à voler dans la foule), à côté de ligner, 
coïter (Id.). 

TOC, cuivre, mauvais bijou (Yidocq), et loque, 
locasse, méchant, malin (Id.) ; de là, popul. toc, 
faux, en parlant d'un bijou (Littré, SuppL). 

TOUSER, aller à la selle au commandement des 
argousins pendant le voyage de la chaîne (Yidocq). 

TRAQUE, peur (Yidocq, II, 281 : taffe ou tracque). 

TRiFAiLLES, cufauts (Rcims : Tarbé, II, 228). 

TRiMiLET, fd (Yidocq). 

VADE, foule, rassemblement (Id.). 

ziF, marchandise supposée (Yidocq, II, 82 : un 
échantillon de ce nouveau produit, auquel on a 
donné le nom de ziph, mot grec qui signifie 
parfait). 



FONDS INDIGENE 20 7 

zozE {boucle de), pain bis (Vidocq). 

Le vocabulaire des Chauffeurs contient en 
outre : boiiisse, prostituée ; corbetle, vache {corbé- 
terie, étable) ; croie, fier ; dague, poule (dagotier, 
poulailler) ; gé, or ; jorer, parler ; nivet, trou ; 
rouanne, grange ; savcde, poule ; tiche, chemin ; 
turbelte, prison. 

Et le Jargon de i836 : abour, sas ou tamis 
{aboudier, sasser) ; attilles, testicules; blon, employé 
dans les gabelles ; bricard, escalier ; butre, plat ; 
coire, ferme, métairie ; corbuche, ulcère ; crôme, 
crédit ; escarver, empêcher ; javard, lin ; lennond, 
élain {lennonner, étamer) ; niéruche, poêle; nielel, 
petit; monfier. baiser; niseite, olive; orphie, oiseau; 
ovale, huile ; quoquar, arbre ; quoqueret, rideau ; 
rabiage, rente ; rapalu, morpion ; regon, dettes ; 
reng, cent ; rome, chou ; rustu, greffe {rustique, 
grelïier) ; scdbin, serment ; stafer, dire. 

Si l'on tient compte du but poursuivi par toute 
langue secrète, de son effort constant pour s'écarter 
du courant de la langue générale, on ne sera pas 
surpris du nombre de ces termes obscurs. ïoutCr 
langue à évolution normale dégage un résidu, plus 
ou moins considérable de problèmes étymologi- 
ques ; à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un lan- 
gage conventionnel, dans lequel les associations 
d'idées restent absolument isolées. 

L'^.rgot ancien. Y} 



QUATRIÈME PARTIE 



INFLUENCE DE L'ARGOT 



Nous allons énumérer, dans les pages suivantes, 
les diverses actions que l'argot français a exercées 
soit sur les langues secrètes de la France et du sud 
de l'Europe, soit sur les parlers populaires et 
tout particulièrement sur le français. 



I, — Actions externes. 

Nous avons dressé ailleurs le bilan des termes 
que l'argot a successivement fournis à la ger- 
mania, au fourbesque et au calao. Il suffit ici de 
les caractériser sommait-ement. 

L'apport argotique dans la germania n'est pas 
sans intérêt et il remonte assez haut. Le recueil de 
Juan Hidalgo (1609), le premier document de la 
germania, enregistre déjà des termes argotiques, 
tels que coyme (= coesme), dupa (= dupe), entre- 



INFLUENCE DE L ARGOT 2Ù^ 

var (= entrever), etc. Hâtons-nous d'ajouter que 
les traces de la germania dans Targot remontent 
encore plus haut et que des termes de cette ori- 
gine, comme godiz et taquinade, se trouvent déjà 
dans le Procès des Coquiliards (i/i55). 

Les emprunts que le fourbesque a faits à 
l'argot sont presque tous modernes et sans grande 
portée, comme d'ailleurs les contributions que le 
fourbesque a fournies à son tour à l'argot. En 
revanche, les termes argotiques dans le calao, tout 
en étant récents, sont nombreux et caractéris- 
tiques. 

C'est ici le lieu de dire un mot sur quelques 
vestiges isolés de l'argot dans la rédaction bas- 
allemande du Liber Vagatoriim (i5io). On y lit : 
crew, fleisch (= crie\ Kluge, p. 76), lyms, hemd 
(= lime ; M., p. 77), morf, mundt (= morfe ; Ibid.), 
à côté de pkmteii (= planter), dans un vocabulaire 
rotwelsch de 18^7 (/< ein sehr gebrauchtes wort, so 
vicl als Avegbringen, Avegstehlen », Kluge, p. 385). 
Les trois premiers termes manquent dans la 
rédaction haut-allemande du même document. 
Cependant, les termes patois français ^ communs 
aux deux rédactions — quien, hund ; ccwal, ein 
ross ; cabas, houpt (Kluge, p. 53, 5^. 76. 77) — nous 

I, Cf. en outre, dans le glossaire de Bàlo, de i-'So, les deux 
termes : Fleisch, carne, et Schloss, Caslel (Kluge, p. 200, 203), 
d'origine italienne. 



:^6o l'argot a>cie> 

renvoient à une source normande, d'où dérivent 
également les quelques mots argotiques men- 
tionnés plus haut. On sait, en effet, que la Nor- 
mandie a été un des centres du rovaume de 



l'Argot. 



II. — Actions internes. 



Une stricte démarcation s'impose ici entre les 
langages dont le but est de rester secrets, et les 
parlers populaires ou patois. Les uns et les autres 
exigent un traitement à part. 

. I . — Langues secrètes 

Nous avons indiqué à diverses reprises l'in- 
tluence de l'argot d'un côté sur le breton des 
nomades de la Basse-Bretagne, et d'autre côté sur 
le bellaii du Ilaut-Jura. sur le mouriné de la Haute- 
Savoie et sur le terratsa de la Tarentaise. A ces 
parlers spéciaux on pourrait ajouter le ccinuP des 

1. Voir, sur ce parler, l'ouvrage posthume de Mzier du Puils- 
pelu, Le Lillré de la Grand' Côte, Lyon, 1900, et Ad. Nachet, Glos- 
saire des Gones de Lyon, d'après M. Toulinonde (= Tout le Monde) 
et les meilleurs auteurs du Gourguillon et de la Grand'Côte, Lyon, 1907. 
Je dois la connaissance de ces ouvrages à robligeantc indication 
de M. Clédat. — ^oir également C. Latreillc et L. Vignon, « Les 
grammairiens lyonnais et le français parlé à Lyon à la fin du 
xviii' siècle », dans les Mélanges de philologie offerts à F. Hrunot, 
iQoi, p. aoj-aoy. 



INFLUENCE DE l' ARGOT 26 I 

ouvriers en soie lyonnais, qui a servi en quelque 
sorte d'intermédiaire enti'e l'argot proprement dit 
et le patois lyonnais, exceptionnellement riche en 
réminiscences argotiques. Le canut remonte à 
la fin du xvm'' siècle. Il fait son apparition aux 
alentours de la Révolution. Les artisans lyonnais 
se créent alors un langage hybride, mélange de 
termes techniques, d'argot, de français et de patois 
local. Après avoir alimenté le théâtre populaire, il 
s'est aujourd'hui à peu près fondu dans le patois 
lyonnais. 

2. — Bas-breton 

Le bas-breton a été fortement influencé par 
l'argot, et plusieurs termes de son vocabulaire en 
font foi ^ Tels, par exemple: hanche, farce (cf. 
bancher, plaisanter), borne, as (= borgne), couer-, 
paysan (cf. coére, gueux), fouillezet, bien dissipé 
(cf. fouillouse, bourse), grullii, blé noirci intérieu- 
rement (cf. grêla, blé), mous, fiente (= mousse), 
trimo, prostituée (cf. trimer, vagabonder), trucha. 



1. Voir E. Ernaull, Remie celtique, vol. XIV, p. rîSo-^Sg, et vol. XV, 
p. 36V3G7. 

2. M. Ernault rapproche également le haut-breton couyer, id, 
(« ce mot, connu dans tout le département d'IUe-et- Vilaine, est 
presque une injure », Grain) : c'est l'argot couillé, nigaud, rustre 
(Vidocq, Mémoires, 111, ii3 : Tu n'y est pas, couillé), qu'on rencontre 
également dans le bas-gàtinais couiller, valet de charrue. 



262 l'argot ancien 

gueuse {truchen, une gueuse, et f rucher, séduc- 
teur), remontant à trucher. au même sens ^). 

3. — Bas-langage 

Il est à peine besoin de dire un mot du poissard, 
genre contenu tout entier dans les œuvres de 
Vadé et de l'Ecluse, parues en 1796. C'est au fond 
le bas-langage parisien de la fin du xvnr siècle, 
augmenté de quelques termes d'argot, tels que 
solir, vendre, poussier, argent, pivois, vin, etc. 
Voici, comme spécimen, ces trois vers de la Pipe 
cassée de Vadé (vers la fin du chant III) : 

Des gnillcs ! Via ce qui faut faire. 
Faut les solir cheuz l'tapissier. 
Hé puis partager le poussier. 

Quant au parler populaire proprement dit, 
remarquons qu'après avoir alimenté dans le passé 
le vocabulaire de l'argot, il a subi, à son tour et 
de nos jours, une forte influence argotique. Les 
soldats et les ouvriers ont été les principaux fau- 
teurs de cette pénétration. Comme cette influence 
s'est faite sentir principalement après i85o, il 
suffît ici de l'avoir indiquée. 

I. Victor Henry (Lexique étymologique du breton, au mot bigria) 
voit dans ce bigria, qui signifie « braconnier », un dérivé du terme 
argotique pègre, gucuserie. Dottin ajoute avec plus de raison en 
note : cf. Mayenne bigre, mauvais garnement. En français, bigre 
est l'altération euphémique de bougre. 



INFLUENCE DE l'aRGOT 263 

4. — Patois 

La part de l'argot dans le vocabulaire dialectal 
n'est pas du tout insignifiante. Nous en avons 
fait le relevé toutes les fois que se présentait un 
rapprochement de cette nature. Non seulement 
des vocables isolés, mais des locutions argotiques, 
telles que battre rantiflc ou battre le job, sont deve^ 
nues familières aux patois normand et lyonnais. 

Cette influence n'est pas d'ailleurs partout la 
même : tel patois la connaît à peine, tel autre en 
est pénétré. C'est le cas, par exemple, du bour- 
guignon, et voici un spécimen que nous emprun- 
tons au vocabulaire de Mignard (1869), au mot 
ornie : « Voici un mot, nous dit ce patoisant, dont 
la signification est un mystère. Lacombe dit que 
le mot ornie signifie « voisine » ; toutefois, dans 
la langue romane, oro, venant d'oraeiilum, c'est-à- 
dire oratoire, signifiait aussi église, et ce dernier 
mot est bien en effet selon le sens des vers bour- 
guignons que je vais citer (Le Mausôlei de Jai- 
eôpin) : 

On ne voit que trop de cafard. 
Qui pour attraper quelque bazar, 
Se forre dans lé confrérie, 
Guriou d'égrailler V ornie. 
Et de vivre au dépens du trône, 
Sans craindre le qu'en diré-t-on. » 



'^64 l'argot ancien 

Or, le mot en question n'est que l'argot orîiie. 
poule {Vie, 1096), et égrailler Vomie, est une locu- 
tion argotique courante du Jargon, depuis l'édi- 
tion de 1628 jusqu'à celle de i836, au sens de : 
prendre la poule avec un hameçon, et par suite, 
voler. 

Voici maintenant le relevé systématique d'un 
patois voisin, celui de la Bresse Louhannaise* : 
Baluchon (« terme d'argot partout populaire »), 
bastringue (bruit, tapage), hénéf (« j'ai cent sous 
de hénéf »), houle (« perdre la houle », la tête, la 
raison), eau-dfajffe (eau-de-vie), escoffier (tuer), 
estourhir (tuer), estrangouiller (étrangler), fla- 
geolets (jambes), flûtes (id.), frangin, frangine 
(frère, sœur : « ils ne sont pas frangins, ils sont 
ennemis »). fouillouse (poche : « mets ça dans la 
fouillouse ))), frit (perdu), gouape (vagabond, 
ivrogne), guelin (diable et enfant qui renverse et 
casse tout : « ce petiot est un vrai guelin »), marlou 
(sale type, entremetteur des marchés honteux), 
môme (enfant), pantre (paysan, rustre, injure : 
« quelpantre ! ))),pioncer (dormir), quilles (jambes : 
(( il a de mauvaises quilles ))), quinquet (œil), rous- 
cailler (agir en lilbertin), rousti (être rousti, avoir 
perdu au jeu), tromhine (figure, binette), turhiner 

I. D'après L. Guillemant, Dictionnaire patois de la Bresse Lou- 
hannaise (Arr. de Louhans, Saône-et-Loire) et une partie de la Bour- 
gogne, Louhans, 1894-1902. 



INFLUENCE DE l'aRGOT 265 

(travailler), tarne (masure, taudis, se prend tou- 
jours en mauvais tour : u quelle tuvne l »), zigue 
(joyeux drille, bon compagnon : « c'est un bon 
zigue »). 

Le patois normand possède, dans la Muse Nor- 
mande (1625-1 653) de David Ferrand, un docu- 
ment précieux pour les mœurs et l'esprit du 
peuple rouennais de la première moitié du 
xvn*' siècle. Ce livre éminemment populaire est 
écrit dans le langage puriniqiie, ou gros nor- 
mand, parlé par les ouvriers drapiers appelés 
purins^ : c'est le patois de la Haute-Normandie, 
et spécialement celui du pays de Caux, enrichi 
d'un certain nombre de mots d'argot, familiers à 
la population ouvrière de Rouen. C'est à ce titre 
que nous allons l'examiner-. 

David Ferrand a admis, dans son œuvre, les 
termes argotiques suivants : 

ARTOIS, pain (l, 121 : Se fournisset de bechon 
[boisson] et iVartois). 

ATRiMER, prendre (III, 97). 

I. Cf. normand d'Eure purm : i. Partie la plus liquide du fumier; 
3, Surnom des ouvriers qui travaillent la laine, probablement à 
cause de la saleté de leur profession ; 3. Langage qu'on parle à 
Rouen (E. Robin, Le Prévost, etc. Dictionnaire du patois normand, 
1879-1883). 

■2. D'après l'excellente édition qu'en a donnée M, A. Héron : La 
Muse Normande de David Ferrand, publiée d'après les livrets origi- 
naux 1625-1653, et l'inventaire général de 1655, avec introduction, 
notes et glossaire, 5 volumes, Rouen, 1891-189/i. 



266 l'argot ancien 

BALLE, dans l'expression argotique frôler^ sur 
la balle (chez Ferrand •.fouler sur la halle), médire, 
se moquer (lïl. 96 : Et yoncore pour mieux 
fouler sur notie balle...). 

BAZOLRDV, tué (III, 17^ I Lv CU CUSt UU 

bazourdy par un chef de nos guerres). 

BiARDANT. fuyaut (I, i56), à côté de s'embiarder, 
s'enfuir (II, 7 : Pis s'embiarder comme une le- 
vrière). 

BILLE, argent (lY, 90 : C4ar il n'y passoit pas 
chrestien Qui ne leur fonça de la bille). 

BiLLER, payer (III, 63 : Sen compagnon ossy- 
tost bille Et s'encourt...). 

BouTANCHE, boutiquc (IV, 279 : Harau su vou et 
su votte boutanche !) 

BROQUE, double liard (II, 22 : Je délaisse o trésor 
six liars avec deux broques). 

BROQUETTE, bijou (II, 85 : Une broquette d'or 
oprès de la prunelle). 

CAGOu, voleur (II, 23 : cagou de Rouen je 
délaisse neuf double). 

CASSELX. filou, c'est-à-dire casseux de hanes (I, 
69 : Par un casseux qui sondayst l'escarchelle). 

GONiR. tuer (lY, 280 : Tout est cony ; Testât en 
décadence...) 

couRTALx DE BOUTIQUE, commis (II, 8 ', Et les 

I. L'éditeur traduit inexactement par : opprimer, gêner. 



INFLUENCE DE L ARGOT 267 

bourgeois et les courlaux de boutique Vous pourret 
bien bailler su le muzel). 

COLLE, mensonge (II, 78 : Le chicaneur a biau 
fiché la colle). 

GOLRDE-piE, bonne boisson (I, 4 : Criant Roy 
bois; j'avallions gourde pie). 

GOURDEMENT, abondamment (I, 21 : Lors à part 
moy si gourdement me traicte). 

jAFFLiER, soupière (II, I02 : Sans le secours 
d'un jafflier de mattes). 

MAQUILLER, travailler (lY, 61). 

MATOIS, argot, appliqué ici au gros normand 
(II. 3o : Gant Royal fait en gros matois). 

MiCHON, magot (II, 197 : Y vaudrait mieux que 
tout sen ptit rnichon Y l'épergnit dedans se 
n'équercelle). 

PATURONS, pieds (lY, 62 : Quand un grand 
embarras de chevaux et carrosses Me firent des- 
taller craignant mes paturons). 

piENCHE, boisson (II, 81 : Ya, tire nou un day 
de ia pienche) ; ei piencher, boire (III, i35), à côté 
de pion, ivrogne (II, ig^). 

RESIGNER, regarder attentivement (I, 56, etc.). 

TRiMARDER, chemiiicr (I, 17). 

TROTiN, mouton (I, 161), et pied (III, 107 : Elles 
trotins [du bœuf] à la sauce nouvelle). 

TROToiR, bavardage (lY, 38 : No mit sur tro- 



268 



L ARGOT ANCIEN 



tolr..., c'est-ù-dire on mit sur le chapitre, on parla 
de...). 

David Ferrand était d'ailleurs un excellent con- 
naisseur de l'argot, et il a écrit dans ce langage 
une ballade qui est restée jusqu'ici inconnue aux 
bibliographes. \ous la reproduisons en l'accom- 
pagnant de quelques remarques. 

Elle est précédée par cet avertissement (IV, i6) : 

« L'Authcur estant en l'eglisc de Nostre Dame pres(a 
l'oreille à deux niendians qui devisoicnt ensemble en 
jargon de la delTence de la Truche en la ville de Rouen : 
c'est pourquoy il a faict cette ballade en mesme langage. » 

BALLADE 

Lanceillez *, petits gueux d'hostiere, 
Goquillars, calles ^^, morpions ^, 
Narquois ou traîneurs de rapières, 
Cagoux, francs mitoux, polissons, 
Hubins, convertis, francs capons. 
Prenez mesme mélancolie : 
Par le zerver des ratichons '* 
La Truche est dans Roilen conie ^. 

Dans ceste bonne vergue n'a gueres 
Deux rouaux cerfs des patturons, 

1. Forme inconnue à nos documents, pour lanscaillcr, pleurer. 

2. Pour callots, classe spéciale de gueux. 

3. Méprise de l'auteur ou de son imprimeur, au lieu de orphe- 
lins. Les morpions étaient le fléau des argotiers, et non pas une 
classe spéciale de gueux. 

l\. C'est-à-dire : par la prédication des prêtres. 
5. La mendicité est morte dans Rouen : c'est le refrain de cette 
'ballade. 



I>FLLE>CE DE l'aRGOT 2G9 

Portant deux mornes aux derrières 
De leurs tabars en esquchons S 
Attrimcnt aincliin que larrons 
Argotier et argoterie, 
Et leur font dire en des prisons : 
La Truche est dans Roiieii conie. 

Lancillez ossi, morphilieres '-^ 
Qui ne rouscaillez nos jargons. 
Qui faisiez les entremettieres 
Ballaudant aux bonnes maisons ; 
Vos marmousets jusqu'aux tisons 
A os rifodiez à chaque hye. 
Maquillez quittant vos haillons ; 
La Truche est dans Rouen conie. 

Puisqu'on n'atrime que floutieres^ 
Dans Renelle et aux environs, 
11 faut trimarder mes bons frères. 
Dans les boules et fremions, 
Egraillant tous les ornichons 
Sans oublier la doublerie. 
Qui nous fait faire ces lichons ? 
La Truche est dans Rouen conie '*. 



5. — Français 

Les auteurs du Dictionnaire Général ont les pre- 
miers tenu compte de l'argot comme Tune des 

I. Forme normande pour écusson. 

•i. Dérivé inconnu à nos documents : l'auteur l'a tiré du verbe 
argotique morphiller, manger, au sens de « gourmandes. » 

H. Parce qu'on n'attrape rien... 

'1. Cette ballade est facile à comprendre : en dehors de remarques 
faites ci-dessus^ elle ne contient que des termes d'argot courants. 



/ 



270 



L ARGOT ANCIEN 



sources qui out alimenté le vocabulaire français. 
La liste des mots d'origine argotique que donne 
l'Introduction de cet ouvrage, est, comme premier 
essai, tout à fait remarquable *. La voici : 



bagou 


flamborgc 


guibole 


mioche 


caboulot 


flouer 


gueux 


narquois 


cambrioleur 


frusquin 


larbin 


trimer 


escarpe 


gouaper 


maquiller 


i rucher 


cscofîer 


gourer 


matois 


voyou. 



Il n'y aurait que peu de réserves à faire : bagou, 
caboulot et voyou n'ont jamais appartenue l'argot 
proprement dit, c'est-à-dire au langage des vo- 
leurs ; bagou manque complètement à l'ancien 
argot et dans l'argot moderne (p. ex. chez Yi- 
docq), il a le sens de « nom propre n, car le vo- 
leur, désirant rester anonyme, considère la décla- 
ration de son nom comme un ba^ ardage compro- 
mettant ; caboulot n'a pas franchi le parler popu- 
laire, auquel il appartient en propre, en même 
temps que voyou, dont l'équivalent argotique est 
atrimcur, atrimois, c'est-à-dire voleur de grande 
route. Ajoutons que guibole est d'origine dialec- 
tale, et que maquiller, au sens de farder, est pure- 



I. On trouvera des remarques intéressantes sur le même sujet 
dans la Grammaire historique de la langue française de Kr. Nyrop, 
vol. P, 190'!, p. 43, io5, etc. (des termes comme bataclan, chique- 
naude, magot n'ont jamais appartenu à l'argot), ainsi que dans 
l'Histoire de la langue française de F. Brunot, vol. I, 1905, p. 5o8-5io 
(le terme anicroche n'a rien de commun avec l'argot). 



INFLUENCE DE l'aRGOT 27 1 

ment français remontant très haut (xiu" siècle : 
le vis masqii'illiés) \ l'acception argotique de 
u voler » en est tirée par une association d'idées 
familière à l'argot. 

En revanche, les recherches spéciales que nous 
avons entreprises nous permettent d'apporter 
quelques contributions nouvelles. Ces données, 
jointes à celles de la liste ci-dessus, forment un 
ensemble qui n'est pas dépourvu d'intérêt et que 
nous allons étudier suivant l'époque de la pénétra- 
tion de chaque mot dans la langue littéraire ^ 
Voici cet ordre chronologique : 

XV '^ SIÈCLE 

CHANTER, au scus dc parler, dire, association 
d'idées foncièrement argotique, commune à la 
fois à l'ancien argot, au fourbesquc, à la germa- 
nia et au cant, ce dernier nom en étant lui-même 
une réminiscence (v. p. 66). On en trouve le pre- 
mier écho dans la Farce de Pathelin (éd. Jacob, 
p. 44) : 

GuiLLEviETTE. — Bcncdicitc ! Maria ! 

Qu'un g denier ? Il ne se peut faire I 
Pathelin. — Je vous donne cest œil à traire, 
S'il en a plus eu, ne n'aura, 
.Ta si bien chanter ne sçaura. 

I. Voir l'Index sur les emprunts faits à l'argot par l'ancien fran- 
çais du xv* et du xvi" siècles. 



272 L ARGOT ANCIEN 

On lit dans un texte du xvi'^ siècle (dans Littré) : 
(( La depesche de Thomas de Granson ne chantoit 
pas la mesme chose » ; et dans Molière : « Que 
chantes-tu là? (Bourg. Gentilh.. II, 6); Ne nous 
chantez plus d'impertinents propos » {L'Etourdi, 
I, 8). Le sens de « faire des aveux », en parlant 
d'un criminel mis à la torture, en est tiré par induc- 
tion : u II le îdMi faire chanter, il faut qu'il parle ou 
qu'il confesse (Oudin, i64o) » ; de ili. faire chanter 
quelqu'un, lui faire faire quelque chose par con- 
trainte (v. Littré), et, de nos jours, l'obliger à 
donner de l'argent en le menaçant de révélations 
scandaleuses (Vidocq, I, 6o-64). d'où chanteur et 
chantage, derniers représentants d'une évolution 
sémantique qui remonte au xv*" siècle. 

GUEUX, mendiant (v. p. 201), se rencontre 
d'abord dans une chanson du xV siècle (éd. 
G. Paris, p. 129) : 

S'clc est fine, soyez songneiix 
Que de ses fins tours vous gardez ; 
Car souvent les plus rouges yueux 
Y sont surprins, bien l'entendez. 

Le terme devient courant au xvr siècle : Cot- 
grave enregistre gueux et gueus (masculin de 
gueuse, qui est le primitif), d'où un féminin 
gueue (dans Noël Du Fait) ; le sens du provençal 
moderne gus, gu, gueux, est emprunté au fran- 



INFLUENCE DE l'aRGOT 278 

çais K L'ancienne locution {giieiis de) rostlere, 
mendiant qui va de porte en porte, semble sur- 
vivre dans le normanno-picard losft^e {= Tostiere), 
losse, vaurien, polisson, malpropre. 

Ajoutons que gueux possède dans les patois un 
sens hypocoristique analogue aux synonymes 
français câlin et coquin, qui signifient à la ibis 
mendiant et gentil, galant. Dans le Pas-de-Calais, 
mon gueux ! est un terme d'amitié donné aux 
enfants et même aux adolescents des deux sexes 
(Edmont), et, dans la Champagne et ailleurs. 
engueuser a le sens de : séduire, tromper par de 
belles paroles (Baudouin). Rappelons que les 
Coquillards s'appelaient les galans de la Coquille, 
comme les brigands Feuillards, les galans de la 
feuillie. Le terme poitevin truon (c'est-à-dire truand) 
signifie galant, jeune homme à marier, et le lor- 
rain miston, mendiant, répond au blaisois miston. 
galant, amoureux, Meuse caman (= caymand), 
nnendiant et langoureux (cf. en fourbesque, corie- 
giano, gueux). Ces associations d'idées, en appa- 
rence incompatibles (cf. fr. câlin, séduisant, avec 
le berrichon câlin, mendiant, fainéant, imbécile) 
s'expliquent par l'attitude des mendiants ou des 
gueux, par leurs manières à la fois humbles et 



I. L'acception familière du provençal ^us, à savoir ventre, panse, 
est seule indigène (cf. le dérivé yusié, gésier). 

L'Argot ancien, |Q 



V 



2-4 l'argot a>:cien 

scduisanlcs quand ils a culent capter la sympathie 
d'autrui. C'est à cette attitude calculée que fait 
allusion l'auteur du Jargon lorsqu'il parle des 
gueux (éd. 1G28, p. 5) : u Vous les verrez les plus 
humbles, les plus doux et affables ». en opposi- 
tion avec les soudards « au visage furibond et 
affreux, juia ni, fiappanl... » 

XVI'^ SIÈCLE 

AMADOU n'est attesté que dans le premier quart 
du xvni" siècle, et le Dictionnaire de VAcadémie 
n'enregistre le mot qu'à partir de 17/io ; mais 
comme il est inséparable de amadouer, qui re- 
monte au xvr siècle, nous en traiterons en même 
temps. Aimidoue, forme attestée * à côté de ama- 
dou, est encore vivace dans les patois (Saintonge : 
de la bonne amadoue) : c'est le terme argotique 
amadoiie, substance spongieuse (v. p. 232). Le 
verbe amadouer, frotter avec de l'amadoue, garde 
encore ce sens matériel dans le premier texte lit- 
téraire connu, le prologue du tiers livre de Pan- 
tagruel (' ... bassouoit, enclouoil. amadouoit, goil- 
dronnoit, mittonnoit, tastonnoit... », d'où frotter 



I . La Chaussée, Rapalr. . se. vu : « Enfin, je te revois, beau briquet 
de ma flamme, Douce et clièrc amadoue, étoupe de mon àme ». 



INFLUENCE DE l' ARGOT 276 

doucement ^ appliqué spécialement à la four- 
rure du chat (Régnier, Satires., YIIl, 35 : Je de- 
vins aussi fier qu'un chat amadoué), d'où l'accep- 
tion morale d'adoucir, de flatter, qu'on rencontre 
déjà dans Calvin {Institution, p. 683) : «... une 
fiance, laquelle amadoue l'âme et lui donne un re- 
pos souef pour l'endormir-. » 

BuiBE. pain mendié (Cotgrave : Il n'est vie que 
de coquins quand ils ont amassé leurs bribes ', Ou- 
din : amasser ses bribes, mettre ses bribes en- 
semble, manger de compagnie), auj. gros mor- 
ceau de pain, propr. aumône (sens du mot en 
wallon), d'oiî briber^, mendier (en ancien fran- 
çais et dans les patois), et bribeur, mendiant (ibid.), 
termes d'origine argotique (v. p. i43). C'est égale- 
ment du fourbesque que dériven t les mots corres- 
pondants italiens : birba, birbante^. coquin, et 

1. Cf. Le Roux, Dictionnaire comique, s. v. amadouer: « Dans son 
sens naturel, ce mot signifie llatter un chat, le frotter pour l'appri- 
voiser ; et au figuré, il veut dire caresser une personne, l'attirer 
par de belles paroles. » 

■2. La forme wallonne amadouler a subi l'action analogique du 
synonyme amiouler^ et sa variante amidouler (picard amitouler) 
répond au Mayenne amidonner, amitonner, caresser, qui se rap- 
porte à une autre origine. 

o. La forme nasalisée hrimher est attestée antérieurement 
(siv" siècle), mais elle suppose la forme primitive briher, dérivée 
de bribe, bas-lalin briba (transcrii^tion du i^rovençal), morceau de 
pain destiné au mendiant. 

t\. L'italien birbante a voyagé jusqu'en Pologne (birbant, flâneur) 
et en Moldavie {berbanl, libertin) ; v. Gihac, Dictionnaire d'êtymo- 
Ingie daco-romane, vol. Il, p. 5Z|8. 



i; 



276 l'argot ancien 

birbo, birbone, id. (d'où birboneggiare, gueuser), à 
côté de l'esp. briba, gueuserie, et bribon, gueux. 

COFFRER, emprisonner (Thierry, i564 : coffrer 
aucun en prison ; Molière, Y Etourdi, V, i : Ton 
affaire allait bien, le drôle est coffré), tiré de 
coffre, prison, image proprement argotique 
(v. p. 87), qu'on ne rencontre pas en français 
avant le xvi^ siècle ; cf. Condé, Mémoires, p. 571 : 
« Lettres patentes, afin de faire ouvrir les coffres 
des prisons, et mectre en liberté les prisonniers 
detenuz pour le faict de la religion. » 

DAVIER, pince (Rob. Estienne, iS^g), à côté de 
la forme plus ancienne daviet (Rabelais, II, 16 : 
un daviet, un pellican, un crochet), propr. petit 
David, et david (Ménage et Th. Corneille), encore 
auj., dans la Champagne, outil de fer : la forme 
et le sens primitifs dérivent de l'argot (v. p. ii4). 

DUPE, niais, à côté de duppe, id. (encore dans le 
Dictionnaire de l'Académie de 17 18), d'abord chez 
Ouclin, i64o ((( Une duppe, celui qui trompe et 
celui qui se laisse tromper; prendre pour duppe, 
tromper et prendre pour un niais »), d'où duper, 
tromper (Oudin. 16^0 : dupper, attraper, trom- 
per). Dupe, comme niais ei pigeon (cf. coulon), se 
rencontre avec ce sens d'abord dans des docu- 
ments exclusivement argotiques (v. p. 106). 

MATOIS, rusé (d'abord dans Oudin, i64o, et 
matoiserie, ruse, finesse), sens déduit de celui de 



INFLUENCE DE l'aRGOT 277 

voleur (v. p. 176), acception courante au xv!*" siècle 
(v. Littré). 

NARQUOIS, rusé (d'abord dans Oudin, i64o : 
narquois, un fin gueux, un meschant frippon, un 
rusé; La Fontaine, XII, 8 : Maint vieux chat, fin, 
subtil et narquois), même évolution que celle du 
terme précédent : sens primitif, voleur (v. p. i83 ; 
cf. Oudin : parler narquois, parler le langage des 
gueux), ou filou (sens du bourguignon narquois, 
La Monnoie) ; Champagne narquois, grimaces et 
ruses des gueux. 

piOT, boisson, vin (Rabelais, II, 2 : ceste necta- 
rique... liqueur qu'on nomme le piot', Régnier, 
Satires, 10 : Leur voyant de piot la cervelle 
échauffée), auj. dans la Champagne et dans la 
Normandie (dans celle-ci, au sens de « cidre », 
d'où pioter, s'enivrer), à côté de pion, buveur, 
ivrogne (Berry, Mayenne, Vaud, d'où pioner, se 
griser), et de piolée, quantité de vin absorbée par 
un ivrogne (Yonne), termes d'origine argotique 
(v. p. 108, et Oudin, i643 : pier, parola zerga, 
bevere), qui avaient pénétré en moyen français dès 
le xv*' siècle. 

XVÎl^ SIÈCLE 

ARGOT, terme d'origine jargonesque (v. p. 34), 
qui a fini par désigner en français, à partir de la y 



278 l'argot angien 

fîn du xvii' siècle, le langage des voleurs, appelé 
antérieurement Jar^o/i. 

DRILLE, soudart, se trouve d'abord dans Scarron 
{Virgile travesti, 16^18) et dans la i'^*' édition (1694) 
du Dictionnaire de C Académie. C'est un synonyn^ 
argotique du narquois, et son sens secondaire de 
bon compagnon (La Fontaine, Fables, XI, 3 : On 
vous sangle le pauvre drille) est analogue à l'évo- 
lution de grivois (v. ci-dessous) ; cf. provençal 
drilho, luron (v. p. igS). 

FOURBE, trompeur (d'abord dans Corneille) et 
tromperie (xv" siècle), propr. celui qui fourbit ou 
nettoie en frottant, association d'idées foncière- 
ment argotique (v. p. 62), répondant à l'italien 
furbo, malin, qui dérive d'une source analogue 
(du fourbesque furbo, voleur). L'argot militaire 
connaît encore la forme dérivée fourbi, petit vol, 
truc (« connaître son fourbi »), terme qui a péné- 
tré dans le patois de la Mayenne : fourbi, feurbi, 
objets, bien en général, ouvrage, travail à entre- 
prendre {du fourbi, de drôles d'affaires). 

GRIVOIS, épithète appliquée vers la fin du 
xvii^ siècle (1690) au soldat de bonne humeur, 
bon compagnon, sans gène {Dictionnaire de r Aca- 
démie, 17 18 : Grivois, terme qui se dit d'un drille, 
d'un soldat qui est éveillé et alerte), mot d'origine 
argotique (dérivant de grive, guerre, v. p. 107), 
d'où grivoise, tabatière portée par les grivois 



INFLUENCE DE L AUGOT 279 

(Furetière, 1701 : les {/r/yo/^ei' s'appellent ainsi sans 
doute parce que les soldats s'en servent)^. Le 
sens figuré de grivois fait allusion, comme celui 
de narquois, à l'humeur libre et hardie de la sol- 
datesque argotique. Dans le patois savoyard, grivois 
est un terme d'affection : mô don grivoiié ! (à 
Rumilly) ; grivoise, h Samoëns, est également 
employée dans un sens favorable : femme dégour- 
die (Constantin et Dcsormaux). 

Miox, jeune enfant (Oudin, iG^o : un petit A/i/o/i, 
un petit badin, un jeune sot), terme argotique 
(v. p. 2o5), passé également dans les patois : 
Berry et Mayenne inion, enfant (Champagne : petit 
homme). 

POLISSON, petit vagabond, terme qui a désigné 
d'abord une classe spéciale de gueux (v. p. 62) ; 
on appelle aujourd'hui, à Genève, polisse ou po- 
lissons, les enfants qui courent les rues pour faire 
des espiègleries (Humbert). 

TRLCHER, mendier (Oudin), et trucheur, men- 
diant, termes d'argot (v. p. 202), encore vivaces 
dans les patois : picard trucher, id. (Mayenne : 
mendier sans besoin), et Irucheux, mendiant 
(suisse truchon, id.). 



1. Voir, sur les fausses interprétations de ce mot, une belle page 
de Gaston Paris (Mélanges linguistiques, 190G, p. 3o8-3o9). 



28o l'argot anciex 



XVIII'' SIECLE 



ABASOLiiDiR. olourclir (1721). même mot* que 
I "argot basourdir, tuer (v. p. i43), avec le sens atté- 
nué en français (cf. argot étourdir, tuer) ; le pri- 
mitif bcisu\ ici., qu'on rencontre déjà en 1/155, 
figure dans le Testament de Pathelin, au sens d'être 
mort (éd. Jacob, p. i85 : « Je suis hast, si Dieu 
ne m'aydc ! » p. 207 : « Ha ! Nostre Dame de Mon- 
fort I Le bon maistre Pierre est basi »), sens en- 
core vivace dans la Saintonge et le Poitou {bazir, 
mourir). Le correspondant italien sbasire, mou- 
rir, défaillir, est également d'origine fourbesque 
et se retrouve dans les patois de la Haute-Italie 
{i^ovciG sbasi, u morire, impallidire, illanguidire », 
Monti). 

FLAMBERGE, épéc (Molièrc, Etourdi, III, 4 : Mei~ 
ions flamberge au vent et bravoure en campagne), 
forme et sens qu'on rencontre d'abord dans Tar- 
got (v. p. 91). 

FRLSQui>, ce qu'on possède, en argent ou en 
effets (Senecé, Serpent mangeur de kaïmac : Puis 
dans deux petits sacs mettant tout son frusquin), 
et saint-frusquin -, id. (« il a mangé tout son saint- 

1. Cf. Dictionnaire Général, s. v. : « Abasourdir, mot fait avec 
sourd sur le modèle de abaloiirdir. » 

2. Voir, pour l'épithète saint, p. i3i. 



INFLUENCE DE l'aUGOÏ 28 1 

frusqain »), ù côté de la forme moderne frusques, 
effets, formes et sens d'origine argotique (v. p. 53), 
qu'on rencontre dans le parler populaire (d'Hau- 
tel. 1808 '.fvusquin, bagage, trousseau, tout ce que 
Ton a de vaillant) et dans les patois : Mayenne 
frusquin, brassière ; Genèyefrlsquin, saint frisquin, 
bagage ; provençal fresquln, habit vieux, pauvre 
hère, frusca (ado), nip\)C\ frusco, frusquin, bardes, 
défroques. 

GOLUEK, falsifier et duper (v. p. 170). 

TRIMER, aller et venir (Comte de Caylus, Blanc 
et Noir, se. \ II : J'aperçois vos deux amants qui 
triment par ce côté), auj. marcher beaucoup et 
avec fatigue, sens familier aux patois : Berry tri- 
mer, travailler péniblement (Morvan : aller et ve- 
nir avec fatigue et ennui ; Champagne : marcher 
vite, avoir du mal). St.-Pol trimer, travailler sans 
relâche pour ne retirer qu'un maigre profit {tri- 
mage, travail éreintant et peu payé), Ille-et-Yilaine 
trimarder, faire autre chose que son métier, 
Mayenne atrimarder, réunir, assembler, et Morvan 
trimardier, vagabond, à côté du wallon de Liège 
Irimard, vacarme ; suisse trima, travailler sans relâ- 
che, aller fort vite, et provençal trima, marcher 
vite, courir, peiner, travailler rudement {trimo, 
course, labeur, fatigue), Querci atrima, être en 
train de marcher, de travailler (v. p. 210). 



282 l'argoï ancien 



XIX" SIECLE 



La plupart des termes qui suivent manquent 
encore dans le Dictionnaire de Bescherelle, le 
plus complet des travaux lej^icographiques jusqu'à 
Littré. Nous ne tenons compte que des mots qui 
se trouvent chez ce dernier et dans le Dictionnaire 
Général, à savoir : 

AccuocHE-ccELRS, pctitc mèclic de cheveux 
collée sur la tempe, terme argotique enregistré 
par A'idocq. qui lui donne le sens de u favoris » 
(v. p. 102). 

ARLEQUINS, rcstcs dc rcpas, terme qui remonte 
également à cette origine, d'où il passa dans la 
langue populaire (v. p. 83). 

BALADER {sc), sc promcncr ça et là (Littré, Suppl. , 
\/ p. 358), propr. aller demander l'aumône en 
chantant des hallades (v. p. 120), terme devenu 
familier au parler populaire et aux patois : Nor- 
mandie se balader, se promener pour se faire voir, 
Mayenne balader, flâner, courir les boutiques (et. 
Vidocq : balader, choisir, chercher), ci balauder, 
colporter une nouvelle (Dottin). Poitou, balade, 
assemblée champêtre (Lalanne) ; fr. pop. balade, 
promenade (« être en balade, faire la balade »), 
balader, promener, marcher {se balader, ne rien 



INFLUENCE DE l' ARGOT 283 

faire), baladeur, flâneur, ci baladeuse, petite voiture 
de marchand ambulant. 

BOMMENT, propos dc saltimbauquc pour séduire 
{Dict. Géii.), tiré du verbe argotique bonir, dire, 
raconter (v. p. 121). 

CAMBRIOLEUR, volcur qui dévalise spécialement 
les chambres (Ibid.), terme argotique (p. 216). 

CAMELOT, colporteur 1 qui vend des marchan- 
dises de peu de valeur {Ibid.), descendant moderne 
de l'ancien coesmelot, petit mercier (v. p. 189), d'où 
également camelotier, gueux (Oudin ; = coesme- 
fo/icr, mercier), et c«me/o^er,gueuser (Oudin, 1(343 : 
« mot de narquois »), mod. camelote, toute 
espèce de marchandise (Chauffeurs, 1800 ; Yidocq), 
termes également passés dans les patois : Genève 
camelote, contrebande {camelotier, contrebandier), 
Mayenne camelote, marchandise, surtout draperie. 
cameloter, porter la balle sur le dos comme font 
les colporteurs, et camelotier, marchand de drap 
ou de toile (Dottin) ; H. -Maine camelote, complot, 
et cameloter, comploter, ou parler l'un à l'autre 
à voix basse. 

CHOUETTE, parfait en son genre (Littré), digne 
d'admiration {Dict. Gén.), mot populaire récent 



I. On confond généralement ce camelot, colporteur, et ses déri- 
vés, avec camelot, grosse étoffe (déjà dans Joinville) et ses dérivés : 
le sens et la chronologie s'opposent également à une pareille iden- 
tification. 



284 l'argot a>cie> 

emprunté à l'argot (v. p. io6). Le patois d'IUe-et- 
Vilaine a formé sur chouette un masculin chouet, 
^ beau, joli, bien fait (« Y* là un travail qui est 
rhouel »). 

DAUPHIN, pince de voleur, sens purement argo- 
tique passé dans la langue générale (v. ci-dessus 
davier et plus bas monseigneur) : cette appellation 
n'a aucun rapport avec le cétacé du même nom 
(cf. Dict. Gén. : a pince... dont la forme rappelle 
une queue de poisson »). elle se rattache au pro- 
cédé familier à l'argot de rendre cet outil soit par 
un nom propre, soit par un titre de noblesse. 

DÉBINE, gêne où l'on se trouve faute d'argent 
(admis par l'Académie en 1878), et débiner, tomber 
dans la misère (qu'on trouve chez d'Hautel, 1808), 
allusion à l'opération faite par les vignerons pour 
débiner la vigne (association d'idée argotique et 
répondant à bêcher, id. : v. p. 67) ; cf. Yonne 
débiner, décrier (dérivant de la même source). 

DÈCHE, manque d'argent, misère (terme récent 
emprunté à l'argot : v. p. 216) ; cf. normand dèc/ie, 
id. (« être ou tomber dans la dèche »), et Savoie 
dèche, gêne, indigence (a argot récemment pa- 
toisé »). 

ESCARPE, voleur, assassin (v. p. 238). 

EscoFiER, tuer, terme argotique également fami- 
lier aux patois (v. p. 288). 

FLOUER, escroquer (v. p. 64). 



V 



INFLUENCE DE l' ARGOT 285 

GOUAPE, gouapeur, nom donné à Paris aux vaga- 
bonds sans aveu (Littré, SuppL), et gouaper, vaga- 
bonder (v. p. 246). 

GREC, tricheur au jeu (v. p. ii\). 

LARBIN, laquais (v. p. 228). 

MIOCHE, jeune enfant (v. p. 200). 

MONSEIGNEUR, piuce dc volcuF (v. ci-dcssus 
dauphin, et p. 11 4). 

MOUTON, homme apposté par la police dans la 
cellule d'un prévenu, pour gagner sa confiance 
et en obtenir des aveux (Dict. Gén.), appellation 
argotique (v. p. 107). 

QUILLE, jambe (Ibid.), vieille image argotique 
(v. p. 98). 

ROUBLARD, Tusé daus la défense de ses intérêts 
{Dict. Gén.), terme récent emprunté à l'argot (v. 
p. 255). 

ROULOTTE, voiture où logent, couchent ceux 
qui mènent une Ade errante (Ibid.), image égale- 
ment argotique (v. p. 79). 

VIOLON, prison de corps de garde (« mettre quel- 
qu'un au violon »), propr. barreau de prison, 
association d'idées à la fois familière à l'argot (v. 
p. i3o) et au langage populaire : cf. bourguignon 
bandore, prison, propr. mandore, espèce de man- 
doline, répondant au synonyme anc. fr. salterion, 
prison, qu'on lit dans une lettre de grâce de i4ii 



/ 



286 l'argot ancien 

(citée par Fr. -Michel, p. 420) : Ce prisonnier 
et lui furent mis au salierion. » 

ziGLE. zig, terme populaire, celui qui a de 
l'entrain, de la gaieté dans le caractère, de la 
rondeur et de la simplicité dans les allures : Un 
bon zig (Littré, SuppL), mot d'origine argotique 
(v. p. 68), familier aussi aux patois. Terme 
intraduisible dont les mots homme ou garçon 
peuvent seuls donner une idée approximative, 
mais toute la valeur dépend uniquement des qua- 
Hficatifs qui l'accompagnent : Un bon zigue. un 
sale zigue. un pauvre zigue. appartiennent h trois 
V catégories bien différentes. Quand on emploie ce 
mot sans adjectif : c'est un zigue. on peut traduire 
par : c'est un homme » (Ad. Vachet. Glossaire des 
Gones de Lyon). 

Voilà les éléments lexiques dont le français est 
redevable à l'argot. Ils représentent le côté le plus 
frappant de l'influence sociale exercée par cette 
classe réprouvée des gueux et des voleurs. On 
constate partout le même phénomène. Le rot- 
welsch et le cant ont également fourni leurs con- 
tributions au vocabulaire allemand^ et anglais 2. 

1. Voir la sixième édition du Dictionnaire étymologique de la 
langue allemande de Fr. Khige. Strasbourg, i8()(). 

2. Cf. John S. Farmer et W. E. Henley, Slang and its Analogues, 
Past and Présent, A dictionary historical and comparative ofthe he- 
terodox Speech of ail classes of Society for more than three hundred 
years wilh synonyms in English, Frencli, Gcrman. Italian, etc., 7 vo- 
lumes, London, 1890-190^. 



INFLUENCE DE l'aIIGOT 287 

Plus profonde encore a été Taction du fourbesquc 
et de la germania, dont les premiers recueils argo- 
tiques ont presque intégralement passe dans les 
dictionnaires des langues littéraires de Tltalie et de 
TEspagne. C'est ainsi que les divers argots, après 
avoir tiré la substance de leur lexique des parlers 
indigènes, ont à leur tour réagi sur ces derniers. 
C'est ce double rapport que nous nous sommes 
efforcé de mcltre en lumière. 



CONCLUSION 



L 



Les matériaux dont on s'est servi jusqu'ici pour 
caractériser l'argot, ont été incomplets et troubles. 
On a confondu à la fois les époques et les langages 
spéciaux qu'on désigne aujourd'hui en français 
par le nom collectif d'argot. De là, des apprécia- 
tions générales qui sont loin de répondre à la 
réalité ^. Aussi, pour exposer sommairement 
les traits les plus frappants du langage des malfai- 
teurs, le mieux à faire est de faire ressortir en 
même temps leurs côtés positifs et négatifs. 

Nous dirons donc que l'argot proprement dit, 
tel qu'il a été constitué pendant quatre siècles 
(i455-i85o), ignore toute formation onomato- 
péique; que, ne connaissant que la dérivation, il 
ignore également les procédés déformateurs (tels 

1. Voir, par exemple, les Notes sur l'argot d'Edmond Mayor 
(dans VArchivio di Psichiatria, IV, i883, p. /|8i-5oo, d'après Lorédan 
Larchey), notes qui ont servi de base à Lombroso pour son cha- 
pitre consacré à l'argot (L'Uomo delinquente, chap. IX : Gerghi, 
p. AGy-igo), ainsi qu'au travail d'Alfredo Aiceforo, H gergo nei nor- 
mali, nei degenerati e nei criminaliy ïorino 1897. 



CONCLUSION 289 

que le largongi et raltération des finales) qui ont 
pris une grande extension dans l'argot contempo- 
rain ; que tandis que celui-ci pour réaliser le but 
immédiat de toute langue secrète, Fincompré- 
hensibilité, altère à la fois la forme et le sens des 
mots courants, l'ancien argot atteint le même but 
exclusivement par des ressources sémantiques. Et 
c'est là, au fond, le caractère essentiel de ce lan- 
gage conventionnel, le seul où l'esprit est en jeu, 
tandis que les tendances déformatrices modernes 
ont quelque chose d'enfantin et d'aventureux. 

L'argot, comme le fourbesque et la germania, 
ignore tout élément non-roman : pas de trace 
dinflucncc germanique ou celtique, orientale ou 
bohémienne (ces deux dernières très importantes 
dans le rotwelsch). Il est entièrement constitué 
par des éléments indigènes et dérivant soit de la 
langue générale soit des parlers populaires. 

Les divers argots romans possèdent en com- 
mun un petit fonds de termes caractéristiques, et 
ils ont exercé les uns sur les autres une action plus 
ou moins importante. Ils n'offrent aucun point de 
contact avec les argots germaniques et slaves, et 
les quelques coïncidences sémantiques qu'on y 
rencontre sont dues à une même manière de voir. 
Il un même tour d'esprit. 

Le véritable cachet de l'argot réside, on ne 
saurait assez le répéter, dans la modification du 

L'Argot ancien. iiç\ 



290 CONCLUSION 

sens des mots qu'il adopte. Cette transformation 
sémantique accuse une mentalité à part, à la fois 
divergente de l'intelligence populaire et de l'esprit 
(les auteurs des langues internationales, tels que 
le volapuk ou l'espéranto'. L'argot diffère de la 
langue populaire et des patois par son manque 
de spontanéité, trait qu'il partage avec les langues 
soi-disant universelles, tout parler conventionnel 
supposant nécessairement la réflexion ; mais il 
difl'ère également de ces dernières, en ce qu'il ne 
touche pas à la structure de la langue générale, à 
sa morphologie et à sa syntaxe, que les langues 
internationales tendent à simplifier ou à unifor- 
miser. 

Nous avons touché à diverses reprises cette 
forme d'esprit propre à l'argot. Il suffit ici d'en 
relever un seul trait. Longtemps avant les consta- 
itions de la criminologie moderne, l'argot envi- 
sageait la prison comme un hôpital et le détenu 
comme un malade, et le même mot y désigne 
l'une et l'autre : castu, par exemple, qui a le sens 
d'hôpital, dans le Jargon de 1628, signifie propr. 
prison, c'est-à-dire castel, forteresse. 

On a déjà relevé le fait que l'argot se transforme 



I. Voir L. Gouturat et Leau, Histoire de la langue universelle, 
Paris, 1905. Le travail de U. M. Meyer (dans le XIP volume des 
Indogermanische Forschungen, igoi) offre un exposé sommaire des 
divers langages conventionnels. 



CO.NCLLSION 291 

avec le temps, et que le lexique, par exemple, du 
Procès des Coquillards (i455) ou des Ballades de 
Villon (1-489) diffère de celui de la T 7e Généreuse 
(1596) ou du Jargon (1G28). Est-ce à dire que ces 
changements se font avec une rapidité surpre- 
nante ? Nous ne le pensons pas. A entendre Yictoi>^ 
Hugo, tous les mots de l'argot « sont perpétuelle- / 
ment en fuite comme les hommes qui les pro- / 
noncent » {Les Misérables , Y. 220) ; et Jean Richepin / 
d'ajouter : « C'est du vif-argent. 11 passe, court, 
roule, coule, se déforme, se reforme, meurt, 
renaît, flotte, fine, file, fuit, échappe à la notation J 

(Préface au Dietionnaire de Delesalle). ! 

Ces assertions ne doivent pas être prises à la 
lettre. L'argot change, évidemment, comme toute 
langue, naturelle ou conventionnelle, dès que 
l'ancien état des choses ne répond plus aux 
conditions de l'époque nouvelle. Les sens mul- 
tiples du terme argot, véritable mot-protée, qui 
revêt vingt aspects diff'érents suivant les milieux 
et les spécialités, continuent à exercer leur 
influence troublante sur la valeur primitivement 
unique de ce terme : le langage des malfaiteurs. 
Certes, si Ton comprend par argot le langage du 
peuple, celui de la caserne et de l'atelier, et tout 
particulièrement celui de la presse, u le principal 
organe de transmission, l'instrument de difl'u- 
sion des nouveautés quotidiennes, dont elle mul- 



292 CONCLUSION 

liplic les chances de succès » ^ on voit naître 
des nnots tous les jours et vingt fois par jour. 

Ainsi présentée, la question reste dans le vague, 
et pour lui donner plus de précison, nous 
allons lui substituer cette autre : Y a-t-il dans 
Targot assez d'éléments stables qui se soient 
perpétués à travers les siècles jusqu'à nos jours? 
Et c'est précisément la Chanso/i des Gueux (1881) 
qui nous fournira les meilleurs éléments pour y 
répondre. Cette édition définitive d'un des docu- 
ments les plus précieux de l'argot contemporain 
est accompagnée d'un glossaire argotique où l'on 
lit cette déclaration de l'auteur : u J'affirme hau- 
tement que tous les sens présentés par ce Glossaire 
sont rigovueusement exacts, puisés à la bonne 
source, à la seule bonne, c'est-à-dire recueillis de 
la bouche même des gens qui s'expriment en argot 
aussi naturellement que nous nous exprimons 
en français. » Nous sommes ainsi pleinement 
rassurés sur la valeur réelle des termes con- 
tenus dans la liste donnée par le poète, à 
l'exception, ajoule-t-il. de deux sonnets {Sonnet 
bigorne, Autre sonnet bigorne), où il a u tâché 
d'enchâsser un échantillon de l'argot classique 

I. Ferd. Brunot, Histoire de la langue française (extrait de 17//s- 
toire de la langue et de la Littérature française des origines à 1900, 
publiée sous la direction de L. Petit de JuUeville), p. 8/io. Voir, 
aux pages 84 1 à85i, un tableau intéressant « des mots nouveaux 
relevés dans les journaux quotidiens parus le i(j mars 1899 à Paris 
et les hebdomadaires de la même semaine, m 



CO-XCLLSION 293 

qui a flori de Cartouche à Yidocq et dont ce der- 
nier a laisse le vocabulaire ». En en faisant donc 
abstraction, la liste argotique nous fournit les 
résultats suivants : 

1. Les termes : aquiger, aiiber, hvijjer, cambroase, 
chenu, colle, criole, dab, daronne, douillard, 
enterver, fanande, foncer, frusqiiiner, Jaspin, lans- 
quine, larton, limace, maqidller, nmrpcai, marquise, 
mezig, mousse, nib, niort, nouzailles, palpitant, pieu, 
piole, pioncer, pivois, poisser, ponife, proye, rond, 
rouillarde, rupin, saliver g ne, suer (faire), tézig, 
thune, trimard, trucher — se retrouvent dans les 
documents argotiques du xv" au xvn" siècle. 

2. Les termes : abouler, arlequins, arpion, balle, 
. balocher, baluchon, bat h, birbe, blot, boule, braise, 

brisant, buter, cambriole, camoufler, casquer, 
chouette, cogne, conobrcr, culbutant, fade, fer- 
lampier, figne, flouer, flûte, frangin, j rime, girond, 
gonce, gonzesse, gosseline, goualer, gouapeur, 
grinche, guibole, larbin, largue, manque {à la), 
marlou, mec, micheton, môme (inômignard), mouche 
((( laid ))), pante. Pantin, pègre, plombe, plomber, 
poivrot, pommer, pouchon, rappliquer, refroidir, 
remoucher, rincer, riole, roue de derrière, roulotte, 
rousse, roussin, surbine, surin, taf, tarter, trac, 
traviole, trombine, truc, turbiner, turne, volant, 
zigue — figurent dans le vocabulaire de Vidocq 
(1887), qui continue la tradition argotique du 
xvni" siècle. 



ag/i CONCLUSION 

C'est ainsi que des 25o mois que contient 
environ le glossaire argotique de Richepin, une 
cinquantaine remonte aux plus anciennes couches 
du vocabulaire argotique, et une centaine à peu 
près au xvuT siècle. Un tiers à peine est moderne 
et tiré en grande partie des patois ou du lan- 
gage populaire. On peut donc soutenir sans 
la moindre exagération que le fonds ancien con- 
tinue à sulisister dans l'argot contemporain, et 
que celui-ci, en dehors des procédés déformateurs 
qui le déparent, montre en général très peu 
d'originalité dans l'assimilation des termes dia- 
lectaux et populaires. Un ol^servaleur compétent 
dit à cet égard : « Les voleurs d'aujourd'hui en 
sont généralement réduits à des réminiscences, à 
des plagiats, à des pastiches plus ou moins 
heureux... C'est ce qui faisait dire à un policier 
célèbre, dans un moment de mauvaise humeur : 
(( La pègre n'a plus d'argot, l'argot se perd, l'argot 
est perdu ^ » 

L'argot est devenu de nos jours l'intermédiaire 
entre les patois et le langage populaire d'un côté, 
entre ce dernier et la langue littéraire, de l'autre. 
Il a d'ailleurs subi l'influence de tous les jar- 
gons environnants et il continue à perdre, dans 
ces divers milieux, ses traits distinctifs pour 



I. Lucien Rigaud, Dictionnaire du Jaryon parisien, l'Argot ancien 
H l'Argot moderne, Paris, 1878, p. x. 



COIVCLUSIOX 295 

fondre peu à peu dans ce tohu-bohu linguisti- 
que qu'on appelle argot parmen. Il compense ce 
manque d'originalité par une action des plus 
intenses sur la vie contemporaine. Non seulement 
la caserne et l'atelier, mais le roman et le théâtre 
contemporains en sont de plus en plus pénétrés, 
et la presse met à son service ses fécondes res- 
sources d'expansion. Un des savants les mieux 
placés pour observer les divers courants du fran- 
çais contemporain, M. Ferd. Brunot, Fa dit en 
excellents termes, et nous nous plaisons à repro- 
duire ce passage^ comme la meilleure conclusion 
de notre travail : a Depuis une trentaine d'années 
nous assistons à une véritable invasion. Tout 
conspire à favoriser le progrès de l'argot, l'anar- 
chie qui est dans la langue et la démocratie qui 
grandit dans l'état... Partout, à Pans, à la Bourse, 
dans les rédactions des journaux, dans les cafés 
littéraires, les u brasseries d'art », c'est une 
mêlée confuse de français et de jargons, qu'on 
a plaisamment essayé de classer... Cet état de la 
langue parlée devait avoir sa répercussion sur la 
langue écrite, et elle Fa eue... Désormais l'argot a 
droit de cité dans les romans et au théâtre, dans 
les scènes dialoguées et les journaux, les mono- 
logues et la poésie, dans les études et dans les 
fantaisies. » 

I. Ouvrage cité, p. 83'i-838. 



APPENDICE 



L'Argot jugé par Balzac et Victor Hugo. 



Il nous a paru intéressant de reproduire, dans cet 
Appendice, les opinions que les deux grands écrivains 
ont émises à peu d'intervalle, sur le langage des mal- 
faiteurs. Il ne s'agit pas, cela va sans dire, d'apprécia- 
tions objectives, mais d'impressions générales, de 
sentiments diversement colorés par l'imagination 
minutieuse et réaliste de Balzac, colossale et oratoire 
de Victor Hugo. 

Il serait oiseux d'encadrer ces jugements dans un 
commentaire. Il suffît de dire que la source principale 
où ont puisé les deux romanciers (ainsi que leur con- 
temporain Eugène Sue), est le vocabulaire de Vidocq 
(1887), déjà contenu en grande partie dans ses Mémoires 
(1828). 

Ils doivent peu de chose à leur enquête personnelle ; 
mais il faut ajouter que, chez Victor Hugo, la plupart 
des termes qu'il cite comme argotiques, n'ont jamais 
appartenu à l'argot proprement dit. Comme il insiste 
lui-même sur le fait qu'il n'a en vue que le langage 
des classes dangereuses, (( la langue de la misère, le 



APPENDICE 297 

patois de la caverne et du bagne, » on est surpris de 
rencontrer sous sa plume des termes qui n'ont rien de 
commun non seulement avec l'argot des voleurs, mais 
avec aucune variété vivante du français. Tel est le cas 
pour acile, huile, frangir, casser, spadc, épée, etc. 
D'autres, comme carvel, bateau (= caravelle), g offeur, 
serrurier, hers (=: hère), maître, pourraient passer 
pour de l'ancien français, tandis que bofete, soufflet, 
gat, chat, etc., seraient du provençal. Mais à aucune 
époque, je le répète, ces mots n'ont fait partie de 
l'argot^. 

Ils manquent non seulement chez Yidocq et chez 
Fr. -Michel, mais encore chez Delvau et en partie chez 
Rigaud - ; et ce qui est plus singulier, aucun de ces 
prétendus termes argotiques ne figure dans les nom- 
breux passages des Misérables, où l'auteur met de 
l'argot dans la bouche de ses personnages. 

Comment expliquer cette singulière méprise? 



1. Ils passèrent chez Colombcy, Le monde des voleurs, leur esprit 
et leur langue, Paris, 18G2. Son dictionnaire d'argot (p. 2G9-3Z17) 
est un extrait du vocabulaire de Vidocq, augmenté de trouvailles 
de Victor Hugo (Colombey cite les Misérables dans son avant- 
propos). On y trouve tontes les fantaisies argotiques du grand 
écrivain (bichot, évêque, caleur, garçon, dévisser le coco, tordre le 
cou, gahisto, diable, gat, chat, gojj'eur, serrurier, guédouze, la mort, 
hers, maître, pilche, étui, sorgabon, bonsoir, spade, épée) ; et, par 
Tinlermédiaire de Colombey, elles firent le tour de la lexicogra- 
phie argotique : Larchey (1872), Delesalle (1899), Bruant (1901). 

2. Celui-ci a admis : gahisto, goffeur, guédouze et hers. Le pre- 
mier de ces termes (s'il a jamais été argotique) et guédouze n'ont 
rien de commun avec le basque : gahisto, diable, est béarnais 
igaho, gahin, croc, crochet : propr. celui qui accroche ou saisit 
avec la gaCfe), et guédouze, la mort, est une forme dialectale (cf. 
I^yon gandouze, gadoue) qvii signifie propr. salope. 



298 APPENDICE 

On connaît la prédilection du poète pour les séries 
verbales, soit noms propres, soit termes communs; il 
rappelle à cet égard l'autre grand forgeron du lexique, 
Maître François Rabelais. Victor Hugo s'était assimilé 
des vocabulaires spéciaux, bistoriques ou profession- 
nels, et malgré sa prodigieuse mémoire, ces connais- 
sances toutes formelles se confondaient parfois dans 
son esprit. Entraîné par l'élan de son verbe, l'auteur 
des Misérables a utilisé sans discernement ce qui se 
trouvait au courant de sa plume. De là, cet amalgame 
de termes de toute provenance qu'il appelle argot 
des voleurs, et dont la bizarrerie n'a de comparable 
([ue l'étrangeté de ses étymologies. 



H. DE Balzac, La dernière Incarnation de Vautrin, 
Paris, 1847*. 

Un mot sur la langue des grecs, des fdous, des 
voleurs et des assassins, nommé l'Argot, que la litté- 
ratrye a, dans ces derniers temps, employé avec tant 
de succès, que plus d'un mot de cet étrange vocabu- 
laire a passé sur les lèvres roses des jeunes femmes, a 
retenti sous les lambris dorés, a réjoui les princes dont 
plus d'un a pu s'avouer y?oa^. 

Disons-le, peut-être à l'étonnement de beaucoup de 



I. Nous utilisons l'édition de i855, p. a8à 3o. Voirsur les sour- 
ces de ce roman, A. Le Breton, Balzac, l'homme et l'œuvre, Paris, 
1905, p. 172-17/j. L'auteur voit en Vidocq l'original de Vautrin. 
M. Mario Roques (ManusciHts et éditions du Père Goriot, p. 5 du 
tirage à part) a noté l'analogie du nom de Vautrin avec celui de 
Watrin, nom d'un malfaiteur dans Froment, Histoire de Vidocq 
d'après lui-même, Paris, 1829, vol. I, p. 2/4/1. 



APPENDICE 299 

gens, il n'est pas de langue plus énergique, plus colo- 
rée que celle de ce monde souterrain qui, depuis les 
origines des empires à capitale, s'agite dans les caves 
dans les sentines, dans le troisième-dessous des sociétés, 
pour emprunter à l'art dramatique une expression 
vive et saisissante. Le monde n'est-il pas un théâtre ? 
Le troisième-dessous est la dernière cave pratiquée sous 
les planches de l'Opéra, pour en receler les machines, 
les machinistes, la rampe, les apparitions, les diables 
bleus que vomit l'enfer, etc. 

Chaque mot est une image brutale, ingénieuse ou 
terrible. Une culotte est une ^no ntante ; n'expliquons 
pas ceci. En argot, on ne dort pas, on pionce. Remar- 
quez avec quelle énergie ce verbe exprime le sommeil 
particulier à la ])ête traquée, fatiguée, défiante, appelée 
voleur, et qui, dès qu'elle est en sûreté, tombe et roule 
dans les abymes d'un sommeil profond et nécessaire 
sous les puissantes ailes du Soupçon planant toujours 
sur elle. Affreux sommeil, semblable à celui de l'ani- 
mal sauvage qui dort, qui ronfle, et dont néanmoins 
les oreilles veillent doublées de prudence. 

Tout est farouche dans cet idiome. Les syllabes qui 
commencent ou qui finissent les mots sont âpres et 
étonnent singulièrement. Une femme est une largue. 
Et quelle poésie ! La paille est la plume de Beauce. Le 
mot minuit est rendu par cette périphrase : Douze 
plombes crossent ! Cela ne donne-t-il pas le frisson? 
Rincer une cabriole^, veut dire dévaliser une chambre. 
Qu'est-ce que l'expression se coucher comparée à se 
piausser-, revêtir vme autre peau. Quelle vivacité 

/" f 

I. Lire : cambriole. 

■i. Le verbe piausser, identique à pioncer (qui en est la forme 
nasalisée), signifie siniplement se mettre dans le piau, nom argo- 
tique du lit. 11 n'y a pas trace de poésie ou d'image. Balzac et 
surtout A'ictor Hugo décovivrent dans l'argot des métaphores qui 
s'échappent à la i)remière analyse. 



3oo 



APPENDICE 



d'images ! Jouer des dominos, signifie manger ; com- 
ment mangent les gens poursuivis ? 

L'argot va toujours, d'ailleurs ! il suit la civilisation, 
il la talonne, il s'enrichit d'expressions nouvelles à 
chaque nouvelle invention. La pomme de terre, créée 
et mise au jour par Louis XYI et Parmentier, est aus- 
sitôt saluée par l'argot à' orange à cochons^. On invente 
les billets de banque, le bagne les appelle des fafiots 
garâtes-, du nom de Garât, le caissier qui le signe. 
7^^«/?o/.' n'en tendez-vous pas le bruissement du papier 
de soie ? Le billet de mille francs est un fajîot mâle, 
le billet de cinq cents est un fafiot femelle. Les 
forçats baptiseront, attendez-vous-y, les billets de cent 
ou de deux cents francs de quelque nom bizarre. 

En 1790, Guillotin trouve, dans l'intérêt de l'huma- 
nité, la mécanique expéditive qui résout tous les pro- 
blèmes soulevés par le supplice de la peine de mort. 
Aussitôt les forçats, les ex-galériens, examinent cette 
mécanique placée sur les confins monarchiques de 
l'ancien système, et sur les frontières de la justice 
nouvelle, ils l'appellent tout à coup VAhbaye de Monte-* 
à-Regret^ ! Ils étudient l'angle décrit par le couperet 
d'acier, et trouvent pour en peindre l'action, le verbe 
faucfier ! Quand on songe que le bagne s'appelle le pré, 
vraiment ceux qui s'occupent de linguistique doivent 
admirer la création de ces affreux vocables, eût dit 
Charles \odier. 

Reconnaissons d'ailleurs la haute antiquité de l'argot! 
Il contient un dixième de mots de la langue romane, 
un autre dixième delà vieille langue gauloise de Rabe- 

1. Cette appellation burlesque est inconnue à l'argot. Le vocabti- 
laire de Vidoeq enregistre orange, dans ce sens. 

2 . Le terme fafiot, papier, se trouve d'abord dans le vocabulaire 
de Vidoeq (1887) : il ne peut donc remonter à Garât. 

3. Cette appellation, qui date du xvi" siècle, a d'abord désigne 
la potence, et elle fut ensuite appliquée à la guillotine. 



APPENDICE 3o I 

lais. Effondrer (enfoncer), otolondrer (ennuyer), cam- 
brioler (tout ce qui se fait clans une chambre), aubert 
(argent), gironde (belle, le nom d'un fleuve dans la 
langue d'Oc), foiiillouse (poche), appartiennent à la 
langue du xiv" et du xv" siècle ^. h'ajfe, pour la vie est 
de la plus haute antiquité 2. Troubler Vaffe a fait les 
affres, d'où vient le mot affreux, dont la traduction est 
ce qui trouble la vie, etc. 

Cent mots au moins appartiennent à la langue de 
Panurge, qui, dans l'œuvre rabelaisienne, symbolise 
le peuple, car ce nom est composé de deux mots grecs 
qui veulent dire : Celui qui fait tout. La science change 
la face de la civilisation par le chemin de fer, l'argot 
l'a déjà nommé le routeur vif'^. 

Le nom de la tête, quand elle est encore sur les 
épaules, la sorboime *, indique la source antique de 
cette langue dont il est question dans les romanciers 
les plus anciens, comme Cervantes, comme les nouvel- 
//6'/\^ italiens et l'Arétin^. De tout temps, en effet, la 
fille, héroïne de tant de vieux romans, fut la protec- 
trice, la compagne, la consolation du grec, du voleur, 
du tire-laine, du filou, de l'escroc. 



I. Dans cette liste, aubert et fouillousc remontent seuls au 
XV' siècle ; cambriole est cité en 1790 et gironde se trouve d'abord 
chez Vidocq ; effondrer est purement fran(,-ais, tandis que otolondrer 
ne se trouve mentionné nulle i^art (Rigaud, qui donne seul ce 
terme, l'a pris à Balzac). 

■2. Le mot a//i' n'est jias antérieur au xvin" siècle : il figure 
d'abord dans le poème de Granval (1735). 

3. Les dictionnaires d'argot donnent roulant vif, dans ce sens. 

V Voir sur ce terme tout moderne, les pages 117 et 118 de notre 
travail. 

5. Pour Cervantes, voir ci-dessus, p. i3. Les novellieri ignorent 
le fourbesque, et quant à l'Arétin, il évite exiiressément dans ses 
liagionanienti, le gienjo furfante, « de peur de comj)romettre sa 
réputation. » Voir l'étude déjà citée de 1\. Renier. 



302 APPENDICE 



Victor Hugo, Les Misérahles, Paris, 18G3. 
Livre septième : l'Argot. 

I 

ORIGINE 

Pigrifia est un mot terrible. 

Il engendre ini monde, la pègre, lisez le vol, et un 
enfer, la pègre n ne, lisez la faim. 

Ainsi la paresse est mère. 

Elle a un fils, le vol, et une lîUe, la faim. 

Où sommes-nous en ce moment ') Dans l'argot. 

Qu'est-ce que l'argot? C'est tout à la fois la nation 
et l'idiome ; c'est le vol sous ses deux espèces, peuple 
et langue. 

Lorsqu'il y a trente-quatre ans le narrateur de cette 
grave et sombre liistoire introduisait au milieu d'un 
ouvrage écrit dans le même but que celui-ci * un voleur 



1. Le dernier Jour d'un Condamné. 

[Les phrases en argot qu'on y lit, au cliap. WIII, sont tirées 
des Mémoires de Vidocq. Avi ctiap. \ , on lit une caractéristique 
de l'argot qui n'est pas sans intérêt pour le développement des 
idées de Motor Hugo sur la matière. La voici : <( L'argot est toute 
une langue, entée sur la langue générale comme une espèce 
d'excroissance hideuse, comme vme verrue. Quelquefois une éner- 
gie singulière, un pittoresque effrayant : il y a du raisiné sur le 
trimard (du sang sur le chemin), épouser la veuve (être pendu), 
comme si la corde du gibet était veuve de tous les pendus. La tète 
d'un voleur a deux noms : la sorbonne, quand elle médite, raisonne 
et conseille le crime ; la tronche, quand le bourreau la coupe. 
Quelquefois de l'esprit de vaudeville : un cachetnire d'osier (une 
hotte de chiffonnier), la menteuse (la langue) ; et puis partout, à 
chaque instant, des mots bizarres, mystérieux, laids et sordides, 
venus on ne sait d'où : le taule [\c bourreau), la cônr (la mort), la 
placarde (la place des exécutions}. On dirait des crapauds et des 



APPENDICE 3o3 

parlant argot, il y eut ébahissement et clameur. — 
Quoi! comment! l'argot? Mais l'argot est affreux! 
mais c'est la langue des chiourmes, des bagnes, des 
prisons, de tout ce que la société a de plus abomi- 
nable ! etc., etc., etc. 

\ous n'avons jamais compris ce genre d'objections. 

Depuis, deux puissants romanciers, dont l'un est un 
profond observateur du cœur humain, l'autre un intré- 
pide ami du peuple, Balzac et Eugène Siie, ayant fait 
parler des Ijandits dans leur langue naturelle comme 
l'avait fait en i8'i8 l'auteur du Dernier Jour d'un Con- 
damné, les mêmes réclamations se sont élevées. On a 
répété : — Que nous veulent les écrivains avec ce 
révoltant patois? l'argot est odieux! l'argot fait fré- 
mir! 

Qui le nie? Sans doute. 

Lorsqu'il s'agit de sonder une plaie, un gouffre ou 
une société, depuis quand est-ce un tort de descendre 
Irop avant, d'aller au fond ? Nous avions toujours pensé 
que c'était quelquefois un acte de courage, et tout au 
moins une action simple et utile, digne de l'attention 
sympathique que mérite le devoir accepté et accompli. 
Ne pas tout explorer, ne pas tout étudier, s'arrêter en 
cliemin, pourquoi? S'arrêter est le fait de la sonde et 
non du sondeur. 

Certes, aller chercher dans les bas-fonds de l'ordre 
social, là où la terre finit et où la boue commence, 
fouiller dans ces vagues épaisses, poursuivre, saisir et 
jeter tout palpitant sur le pavé cet idiome abject qui 
ruisselle de fange ainsi tiré au jour, ce vocabulaire pus- 
tuleux dont chaque mot semble un anneau immonde 
d'un monstre de la vase et des ténèbres, ce n'est ni une 



araignées. Quand on entend parler cette langue, cela fait reffet de 
quelque chose de sale et de poudreux, d'une liasse de haillons 
que l'on secouerait devant nous »]. 



3o4 APPENDICE 

tache allrayaiile ni une lâche aisée. Rien n'est plus 
lugubre que de contempler ainsi à nu, à la lumière de 
la pensée, le fourmillement effroyable de l'argot. Il 
semble en ell'et que ce soit une sorte d'horrible béte 
faite pour la nuit (pi'on vient d'arracher de son cloaque. 
On croit voir une aifreuse broussaille vivante et héris- 
sée qui tressaille, se meut, s'agite, redemande l'ombre, 
menace et regarde. Tel mot ressemble à une griiïe, tel 
autre à un œil éteint et sanglant ; telle phrase semble 
remuer comme une pince de crabe. Tout cela vit de 
cette vitalité hideuse des choses qui se sont organisées 
dans la désorganisation. 

Maintenant, depuis quand l'horreur exclut-elle 
l'étude ? depuis quand la maladie chasse-t-elle le méde- 
cin ? Se lîgure-t-on un naturaliste qui refuserait d'étu- 
dier la vipère, la chauve-souris, le scorpion, la scolo- 
pendre, la tarentule, et qui les rejetterait dans leurs 
ténèbres en disant : Oh ! que c'est laid! Le penseur qui 
se détournerait de l'argot ressemblerait à un chirur- 
gien qui se détournerait d'un ulcère ou d'une verrue. 
Ce serait un philologue hésitant à examiner un fait de 
la langue, un philosophe hésitant à scruter un fait de 
l'humanité. Car, il faut bien le dire à ceux qui l'igno- 
rent, l'argot est tout ensemble un phénomène litté- 
raire et un résultat social. Quest-ce que l'argot propre- 
ment dit? L'argot est la langue de la misère. 

Ici on peut nous arrêter, on peut généraliser le fait, 
ce qui est quelquefois une manière de l'atténuer, on 
peut nous dire que tous les métiers, toutes les profes- 
sions, on pourrait presque ajouter tous les accidents 
de la hiérarchie sociale et toutes les formes de l'intelli- 
gence, ont leur argot. Le marchand qui dit : Montpel- 
lier disponible ; Marseille belle qualité, l'agent de change 
qui dit : report, prime, fui courant, le joueur qui 
dit : tiers et tout, refait de pique, l'huissier des îles 
normandes qui dit : l'affieffeur s'arrêtant à son fonds 



APPENDICE 3o5 

ne peut clamer les fruits de ce fonds pendant la saisie 
hêréditale des immeubles du renonciateur, le vaudevil- 
liste qui dit : on a égayé iours ^, le comcklien qui dit : 
j'ai fait four, le philosophe qui dit : tripUcité phéno- 
ménale, le chasseurjqui dit : voileci allais, voile ci fuyant, 
le phrénologue qui dit : amativité, combativité, sécréti- 
vité, le fantassin qui dit : ma clarinette, le cavalier qui 
dit : mon poule td'lnde,\e maître d'armes qui dit : tierce, 
quarte, rompez, l'imprimeur qui dit : parlons batio, 
tous, imprimeur, maître d'armes, cavalier, fantassin, 
phrénologue, chasseur, philosophe, comédien, vaude- 
villiste, huissier, joueur, agent de change, marchand, 
parlent argot. 

Le peintre qui dit : mou rapin, le notaire qui dit : 
mon saute-ruisseau, le perruquier qui dit : mon com- 
mis, le savetier qui dit : mon gniaf parlent argot. A la 
rigueur, et si on le veut absolument, toutes ces façons 
diverses de dire la droite et la gauche, le matelot 
bâfjord et tribord, le machiniste, côté-cour et côté-jar- 
din, le bedeau, côté de l'épitre et côté de Vévangile, sont 
de l'argot. 11 y a l'argot des mijaurées comme il y a eu 
l'argot des précieuses. L'hôtel de Rambouillet confinait 
quelque peu à la Cour des Miracles. Il y a l'argot des 
duchesses, témoin cette phrase écrite dans un billet 
doux par une très grande dame et très jolie femme de 
la Restauration : « Vous trouverez dans ces potins-là 
(( une foultitude de raisons pour que je me libertise -. » 
Les chifl'res diplomatiques sont de l'argot ; la chan- 
cellerie pontilicale:en disant 26 pour 7?om<?, grkztntgzyal 
pour envoi et al)fxustgrnogrkzu tu xi pour duc de 
Modèfie, parle argot. Les médecins du moyen 'Xgc qui, 
poiH" dire carotte, radis et navet, disaient : opoponach, 

1. On a silïlé la pièce. 

2, Vous trouverez dans ces commér.»gcs-là une multitude de 
raisons pour que je prenne ma liberté, 

L'Argot an ci m. 90 



Oo6 APPENDICE 

perfroschinum, rcptitalmus, dracathoUcum, angelorum, 
postmerjorum parlaient argot. Le fabricant de sncre qui 
dit : vergeoisc, tête, claircc, tape, lumps, métis, bâtarde, 
commun, brûlé, plaque, cet honnête manufacturier 
parle argot. Une certaine école de critique d'il y a vingt 
ans qui disait : — La moitié de Shalx'espeare est jeux de 
mots et calembours, — parlait argot. Le poète et l'ar- 
tiste qui, avec un sens profond, qualifieront M. de 
Montmorency « un bourgeois », s'il ne se connaît pas 
en vers et en statues, parlent argot. L'académicien 
classique qui appelle les fleurs Flore, les fruits Pomo/ï(?, 
la mer Neptune, l'amour les feux, la beauté les appas, 
un cheval un coursier, la cocarde blanche ou tricolore 
la rose de Bellone, le chapeau à trois cornes le triangle 
de Mars, l'académicien classique parle argot. L'algèbre, 
la médecine, la botanique, ont leur argot. La langue 
qu'on emploie à bord, cette admirable langue de la 
mer, si complète et si pittoresque, qu'ont parlée Jean 
Hart, Duquesne, Suffren et Duperré, qui se mêle au 
sifllement des agrès, au bruit des porte-voix, au choc 
des haches d'abordage, au roulis, au vent, à la rafale, 
au canon, est tout un argot héroïque et éclatant qui est 
au farouche argot de la pègre ce que le lion est au 
chacal. 

Sans doute. Mais, quoi qu'on en puisse dire, cette 
façon de comprendre le mot argot est une extension, 
que tout le monde même n'admettra pas. Quant à 
nous, nous conservons à ce mot sa vieille acception 
précise, circonscrite et déterminée, et nous restreignons 
l'argot à l'argot. L'argot véritable, l'argot par excel- 
lence, si ces deux mots peuvent s'accoupler, l'immé- 
morial argot qui était un royaume, n'est autre chose, 
nous le répétons, que la langue laide, inquiète, sour- 
noise, traître, venimeuse, cruelle, louche, vile, pro- 
fonde, fatale, de la misère. 11 y a, à l'extrémité de .tous 
les abaissements et de toutes les infortunes, une der- 



APPENDICE 307 

nière misère qui se révolte et qui se décide à entrer en 
lutte contre l'ensemble des faits heureux et des droits 
régnants ; lutte affreuse où, tantôt rusée, tantôt vio- 
lente, à la fois malsaine et féroce, elle attaque l'ordre 
social à coups d'épingle par le vice et à coups de mas- 
sue par le crime. Pour les besoins de cette lutte, la 
misère a inventé une langue de combat qui est l'argot. 

Faire surnager et soutenir au-dessus de l'oubli, au- 
dessus du gouffre, ne fût-ce qu'un fragment d'une 
langue quelconque que l'homme a parlée et qui se per- 
drait, c'est-à-dire un des éléments, bons ou mauvais, 
dont la civilisation se compose ou se complique, c'est 
étendre les données de l'observation sociale, c'est ser- 
vir la civilisation même. Ce service, Plante l'a rendu, 
le voulant ou ne le voulant pas, en faisant parler le 
phénicien à deux soldats carthaginois ; ce service, 
Molière l'a rendu, en faisant parler le levantin et toutes 
sortes de patois à tant de ses personnages. Ici les 
objections se raniment. Le phénicien, à merveille ! le 
levantin, à la bonne heure ! même le patois, passe ! ce 
sont des langues qui ont appartenu à des nations ou à 
des provinces ; mais l'argot ? à quoi bon conserver 
l'argot ? à quoi bon « faire surnager » l'argot? 

A cela nous ne répondrons qu'un mot. Certes, si la 
langue qu'a parlée une nation ou une province est 
digne d'intérêt, il est une chose plus digne encore d'at- 
tention et d'étude, c'est la langue qu'a parlée une 
misère. 

C'est la langue qu'a parlée en France, par exemple, 
depuis plus de quatre siècles, non seulement une 
misère, mais la misère, toute la misère humaine pos- 
sible ^.... 



I . [Les digressions sont remplacées par des points. Nous mettons 
les notes entre crochets potir les distinguer de celles de Victor 
Hugo]. 



3o8 APPENDICE 

L'argot n'est autre chose qu'un vestiaire où la langue, 
ayant quelque mauvaise action à faire, se déguise. Elle 
s'y revêt de mots masques et de métaphores haillons. 

De la sorte elle devient horrible. 

On a peine à la reconnaître. Est-ce bien la langue 
française, la grande langue humaine ? La voilà prête à 
entrer en scène et à donner au crime la réplique, et 
propre à tous les emplois du répertoire du mal. Elle 
ne marche plus, elle clopine ; elle boite sur la béquille 
de la Cour des miracles, béquille métamorphosable en 
massue ; elle se nomme truanderie ; tous les spectres, 
ses habilleurs, l'ont grimée ; elle se traîne et se dresse, 
double allure du reptile. Elle est apte à tous les rôles 
désormais, faite louche par le faussaire, vert-de-grisée 
par l'empoisonneur, charbonnée de la suie de l'incen- 
diaire ; et le meurtrier lui met son rouge. 

Quand on écoute, du côté des honnêtes gens, à la 
porte de la société, on surprend le dialogue de ceux 
qui sont dehors. On distingue des demandes et des 
réponses. On perçoit, sans le comprendre, un murmure 
hideux, sonnant presque comme l'accent humain, mais 
plus voisin du hurlement que de la parole. C'est l'argot. 
Les mots sont difformes, et empreints d'on ne sait 
quelle bestialité fantastique. On croit entendre des 
hydres parler. 

C'est l'inintelligible dans le ténébreux. Cela grince 
et cela chuchote, complétant le crépuscule par l'énigme. 
Il fait noir dans le malheur, il fait plus noir encore 
dans le crime ; ces deux noirceurs amalgamées compo- 
sent l'argot. Obscurité dans l'atmosphère, obscurité 
dans les actes, obscurité dans les voix. Epouvantable 
langue crapaude qui va, vient, sautèle, rampe, bave, et 
se meut monstrueusement dans cette immense brume 
grise faite de pluie, de nuit, de faim, de vice, de men- 
songe d'injustice, de nudité, d'asph}-xie et d'hiver, 
plein midi des misérables... 



APPENDICE Sog 



II 

RACINES 

L'argot, c'est la langue des ténébreux. 

La pensée est émue dans ses plus sombres profon- 
'deurs, la philosophie sociale est sollicitée à ses médi- 
tations les plus poignantes, en présence de cet énigma- 
tique dialecte à la fois flétri et révolté. C'est là qu'il y 
a du châtiment visible. Chaque syllabe y a l'air mar- 
quée. Les mots de la langue vulgaire y apparaissent 
comme froncés et racornis sous le fer rouge du bour- 
reau. Quelques-uns semblent fumer encore. Telle 
phrase vous fait l'effet de l'épaule fleurdelysée d'un 
voleur brusquement mise à nu. L'idée refuse pres- 
que de se laisser exprimer par ces substantifs repris de 
justice. La métaphore y est parfois si effrontée qu'on 
sent qu'elle a été au carcan. 

Du reste, malgré tout cela et à cause de tout cela, ce 
patois étrange a de droit son compartiment dans ce 
grand casier impartial où il y a place pour le liard 
oxydé comme pour la médaille d'or, et qu'on nomme la 
littérature. L'argot, qu'on y consente ou non, a sa syn- 
taxe et sa poésie. C'est une langue. Si, à la difformité 
de certains vocables, on reconnaît qu'elle a été mâchée 
par Mandrin, à la splendeur de certaines métonymies, 
on sent que Villon l'a parlée. 

Ce vers si exquis et si célèbre : 

Mais où sont les neiges d'antan ? 

est un vers d'argot. Antan — ante annum — • est un 
mot de l'argot de Thunes qui signifiait Van passé et 
par extension autrefois. On pouvait encore lire il y a 
trente-cinq ans, à l'époque du départ de la grande 
chaîne de 1827, dans un des cachots de Bicêtre, cette 



3 1 APPEDMGE 

maxime gravée au clou sur le mur par un roi de Thu- 
nes condamné aux galères : Les dabs d'antan trimaient 
siempre pour la pierre du co'èsre. Ce qui veut dire : Les 
rois d'autrefois allaient toujours se faire sacrer. Dans 
la pensée de ce roi-là, le sacre c'était le bagne. 

Le mot décarade, qui exprime le départ d'une lourde 
voiture au galop, est attribué à Villon, et il en est digne. 
Ce mot, qui fait feu des quatre pieds, résume dans 
une onomatopée magistrale tout l'admirable vers de 
La Fontaine : 

Six forts chevaux tiraient un coche. 

Au point de vue purement littéraire, peu d'études 
seraient plus curieuses et plus fécondes que celle de 
l'argot ^ 

Une foule d'âmes mauvaises, basses ou irritées, qui 
ont traversé la vie et sont allées s'évanouir dans l'éter- 
nité, sont là presque entières et en quelque sorte visi- 
bles encore sous la forme d'un mot monstrueux. 

Veut-on de l'espagnol ? le vieil argot gothique en 
fourmille. \ o\cï boffette , souftlet, qui vient de 6q/t'toAi ; 
vantane, fenêtre (plus tard vanterne), qui vient de 
vantana ; gat, chat, qui vient de gato ; acite, huile, qui 
vient de aceyte. Veut-on de l'italien ? Voici spade, épée, 
qui vient de spada ; carvel, bateau, qui vient de cara- 
vella. Veut-on de l'anglais ? Voici le bichot, l'évêque, 
qui vient de bishop ; raille, espion, qui vient de rascal, 
rascalion, coquin ; pilche, étui, qui vient de pilcher, 
fourreau. Veut-on de l'allemand ? Voici le caleur, le 
garçon, kellner; le hers, le maître, herzog (duc). A'eut- 
on du latin ? Voici frangir, casser, frangere ; affurer, 
voler, /«r; cadene, chaîne, catena. 11 y a un mot qui 
reparaît dans toutes les langues du continent avec une 



I. [Voir le passage qui sviit et le commentaire correspondant 
à la p. i34 et suiv.]. 



APPENDICE 3 1 I 

sorte de puissance et d'autorité mystérieuse, c'est le 
mot niagiiiis ; l'Ecosse en fait son mac, qui désigne le 
chef du clan, Mac-Farlane, Mac-Gallummore, le grand 
Farlane, le grand Gallummore * ; l'argot en fait le meck, 
et plus tard, le ineg, c'est-à-dire Dieu. Veut-on du 
basque ? Voici gahisto, le diable, qui vient de gaiztoa, 
mauvais; sorgabon-, bonne nuit qui vient de gahon, 
bonsoir. A eut-on du celte ? Voici blavin, mouchoir, qui 
vient de hlavet, eau jaillissante ; ménesse, femme (en 
mauvaise part), qui vient de meinec, pleine de pierres ; 
tarant, ruisseau, de haranton, fontaine ; goffeur, ser- 
rurier, de goff, forgeron; la giiédouze, la mort, qui 
vient de gaenn-du, blanche-noire. Veut-onde l'histoire 
enfin ? L'argot appelle les écus les malteses, souvenir 
de la monnaie qui avait cours sur les galères de Malte. 

Outre les origines philologiques qui viennent d'être 
indiquées, l'argot a d'autres racines plus naturelles 
encore et qui sortent pour ainsi dire de l'esprit même 
de l'homme. 

Premièrement, la création directe des mots. Là est 
le mystère des langues. Peindre par des mots qui ont, 
on ne sait comment ni pourquoi, des figures. Ceci est 
le fond primitif de tout langage humain, ce qu'on en 
pourrait nommer le granit. L'argot pullule de mots de 
ce genre, mots immédiats, créés de toute pièce on ne 
sait où ni par qui, sans étymologies, sans analogies, 
sans dérivés, mots solitaires, barbares, quelquefois 
hideux, qui ont une singulière puissance d'expression 
et qui vivent. — Le bourreau, le taule ; la forêt, le sabrl; 
— la peur, la fuite, taf; — le laquais, le larbin ; — 
le général, le préfet, le ministre, pharos ; — le diable, le 
rabouia'^. Rien n'est plus étrange que ces mots qui 

I. Il faut observer pourtant que mac, en celte, vent dire fils, 
a. [Sorijabon est un composé fantaisiste de bonne sorgue. Voir ci- 
dessus la remarque sur les étymologies basques de Victor Hugo.] 
3. [Voir sur tous ces termes l'index de notre livre]. 



3 1 2 APPENDICE 

masquent cl qui montrent. Quelques-uns, le rabouin 
par exemple, sont en même temps grotesques et terri- 
bles, et vous font l'effet d'une grimace cyclopéenne. 

Deuxièmement, la métaphore. Le propre d'une lan- 
gue qui veut tout dire et tout cacher, c'est d'abonder 
en ligures. La métaphore est une énigme où se réfugie 
le voleur qui complote un coup, le prisonnier qui com- 
bine une évasion. Aucun idiome n'est plus métapho- 
rique que l'argot. — Dévisser le coco, tordre le cou, — 
tortiller, manger ; — être cjerfjcK être jugé ; — un rat, 
un voleur de pain ; — // lansqiiine, il pleut, vieille 
figure frappante, qui porte en quelque sorte sa date 
avec elle, qui assimile les longues lignes obliques de la 
pluie aux piques épaisses et penchées des lansquenets, 
et qui fait tenir dans un senl mot la métonymie popu- 
laire : il pleut (les hallelmrdes ^ . Quelquefois, à mesure 
que l'argot va de la première époque à la seconde, des 
mots passent de l'état sauvage et primitif au sens méta- 
phorique. Le diable cesse d'être le rabouin et devient 
le boulanger, celui qui enfourne. C'est plus spirituel, 
ifiais moins grand ; quelque chose comme Racine après 
(Torneillc, comme Euripide après Eschyle. Certaines 
imrases d'argot, qui participent des deux époques et 
ont à la fois le caractère barbare et le caractère méta- 
phorique, ressemblent à des fantasmagories. — Les 
sorgueurs vont solliciter des g ails à la lune (les rôdeurs 
vont voler des chevaux la nuit). — Cela passe devant 
l'esprit comme un groupe de spectres. On ne sait ce 
qu'on voit. 

Troisièmement, l'expédient. L'argot vit sur la lan- 
gue. Il en use à sa fantaisie. 11 puise au hasard, et il se 
borne souvent, quand le besoin surgit, à la dénaturer 
sommairement et grossièrement. Parfois, avec les mots 
usuels ainsi déformés, et compliqués de mots d'argot 

1. {Lansquiner n*cst pas d'origine française; v. p. 53 et i3G]. 



APPE^DICE 3l3 

pur, il compose des locutions pittoresques où l'on sent 
le mélange des deux éléments précédents, la création 
directe et la métaj^hore ; — Le cabjaspine, je marronne 
que la roulotte de Pantin trime clans le sabri, le chien 
aboie, je soupçonne que la diligence de Paris passe dans 
le bois. — Le dah est sinve, la dabuge est merloussière, 
la fée est bative, le bourgeois est bete, la bourgeoise 
est rusée, la fille est jolie. — Le plus souvent, afin de 
dérouter les écouteurs, l'argot se borne à ajouter indis- 
tinctement à tous les mots de la langue une sorte de 
queue ignoble, une terminaison en aille, en orgue, en 
iergue ou en uclie. Ainsi : Vouziergue trouvaille bonor- 
gue ce gigptmuche ? Trouvez-vous ce gigot bon ? Phrase 
adressée par Cartouche à un guichetier, afin de savoir 
si la somme ofterte pour l'évasion lui convenait. — La 
terminaison en mar a été ajoutée assez récemment. 

L'argot étant l'idiome de la corruption, se corrompt 
vite. En outre, comme il cherche toujours à se dérober, i 
sitôt qu'il se sent compris, il se transforme. A rebours / 
de toute autre végétation, tout rayon de jour y tue ce 
qu'il touche. Aussi l'argot va-t-il se décomposant et se 
recomposant sans cesse ; travail obscur et rapide qui 
ne s'arrête jamais. Il fait plus de chemin en dix ans 
que la langue en dix siècles. Ainsi le larton^ devient 
le lartif ; le gail- devient le gaye ; la fertanche ^, la fer- 
tille ; le momignard, le momacque ; lessiques'', les 
frusques ; la chique ^, l'égrugeoir ; le colabre^, le colas. 
Le diable est d'abord gahisto, puis le rabouin, puis le 
l)oulanger ; le prêtre est le ratichon, puis le sanglier ; 



I, l^ain. 
•2. Cheval. 
3. Paille. 

I\. Hardes. [Ce mot figure conwna fiques, chez Delesalle et Bruant 
l'ancien argot l'ignorej. 
5. L'église. 
0. Le cou. 



3l4 APPENDICE 

le poignard est le vingt-deux, puis le surin, puis le 
lingre ; les gens de police sont des railles, puis des 
roussins, puis des rousses, puis des marchands de 
lacets, puis des coqueurs, puis des cognes ; le bourreau 
est le taule, puis Chariot, puis l'aligeur, puis le bec- 
quillard. Au xvii" siècle, se l)attre, c'était se 
donner du tabac ; au xix% c'est se chiquer la 
gueule. Vingt locutions différentes ont passé entre ces 
deux extrêmes. Cartouche parlerait hébreu pour Lace- 
naire. Tous les mots de cette langue sont perpétuelle- 
ment en fuite comme les hommes qui les prononcent. 

Cependant, de temps en temps et à cause de ce mou- 
xement même, l'ancien argot reparaît et redevient 
nouveau. 11 a ses chefs-lieux où il se maintient. Le 
Temple conservait l'argot du xvu" siècle ; Bicé- 
tre, lorsqu'il était prison, conservait l'argot de Thunes. 
On y entendait la terminaison en anche des vieux thu- 
neurs. Boyanches-tu (bois-tu ?) ? il croyanche (il croit). 
Mais le mouvement perpétuel n'en re^te pas moins la 
loi. 

Si le philosophe parvient à fixer un moment, pour 
l'observer, cette langue qui s'évapore sans cesse, il 
tombe dans de douloureuses et utiles méditations. 
Aucune étude n'est plus efficace et plus féconde en 
enseignements. Pas une métaphore, pas une étymolo- 
gie de l'argot qui ne contienne une leçon. — Parmi ces 
hommes, battre veut dire feindre ; on bat une maladie ; 
la ruse est leur force. 

Pour eux l'idée de l'homme ne se sépare pas de l'idée 
de l'ombre. La nuit se dit la sorgue ; l'homme l'orgue. 
L'homme est un dérivé de la nuit. 

Ils ont pris l'habitude de considérer la société comme 
une atmosphère qui les tue, comme une force fatale, 
et ils parlent de leur liberté comme on parlerait de sa 
santé. Un homme arrêté est un malade ; un homme 
condamné est un mort. 



APPENDICE 3l5 

Ce qu'il y a de plus terrible pour le prisonnier dans 
les quatre murs de pierre qui l'ensevelissent, c'est une 
sorte de chasteté glaciale ; il appelle le cacholle castus^. 

— Dans ce lieu funèbre, c'est toujours sous son aspect 
le plus riant que la vie apparaît. Le prisonnier a des 
fers aux pieds ; vous croyez peut-être qu'il songe que 
c'est avec les pieds qu'on marche ? non, il songe que 
c'est avec les pieds qu'on danse ; aussi qu'il parvienne 
à scier ses fers, sa première idée est que maintenant il 
peut danser, et il appelle la scie une bastringue. — 
Un nom est un centre ; profonde assimilation. — Le 
bandit a deux têtes, l'une qui raisonne ses actions et le 
mène pendant toute sa vie, l'autre qu'il a sur ses 
épaules le jour de sa mort ; il appelle la tête qui lui 
conseille le crime, la sorbonne, et la tête qui l'expie, la 
tronche. — Quand un homme n'a plus que des guenilles 
sur le corps et des vices dans le cœur, quand il est 
arrivé à cette double dégradation matérielle et morale 
que caractérise dans ses deux acceptions le moi gueux, 
il est à point pour le crime, il est comme un couteau 
bien affilé, il a deux tranchants, sa détresse et sa 
méchanceté ; aussi l'argot ne dit pas « un gueux » ; il 
dit un réguisé. — Qu'est-ce que le bagne ? un brasier 
de damnation, un enfer. Le forçat s'appelle un fagot. 

— Enfin, quel nom les malfaiteurs donnent-ils à la 
prison ? le collège. Tout un système pénitentiaire peut 
sortir de ce mot. 

Le voleur a lui aussi sa chair à canon, la matière 
volable, vous, moi, quiconque passe ; le pantre {Pan, 
tout le monde) 

Dans ce monde des actions sombres, on se garde le 
secret. Le secret, c'est la chose de tous. Le secret pour 
ces misérables, c'est l'unité qui sert de base à l'union. 
Rompre le secret, c'est arracher à chaque membre de 

1. [Le mot signifie simplement chdteaii\. 



3l6 APPENDICE 

cette communauté farouche quelque chose de lui- 
même. Dénoncer, dans l'énergique langue d'argot, cela 
se dit : manger le morceau. Comme si le dénonciateur 
tirait à lui un jieu de la substance de tous et se nour- 
rissait d'un morceau de la chair de chacun. 

Qu'est-ce que recevoir un soulllet ? La métaphore 
banale répond : C'est voir trente-six chandelles. Ici 
l'argot intervient, et reprend : Chandelle, camoufle. 
Sur ce, le langage usuel donne au soufllet pour syno- 
nyme camouflet. Ainsi, par une sorte de pénétration de 
basenhaul, la métaphore, cette trajectoire incalcula- 
ble, aidant, l'argot monte de la caverne à l'académie, et 
Poulailler disant : J'allume ma camoufle, fait écrire à 
Voltaire : Langleviel La Beaumelle mérite cent camou- 
flets. 

Une fouille dans l'argot, c'est la découverte à chaque 
pas. L'étude et l'approfondissement de cet étrange 
idiome mènent au mystérieux point d'intersection de 
la société régulière avec la société maudite. 

L'argot, c'est le verbe devenu forçat.... 



NOTE ADDITIONNELLE 



Aux parlcrs spéciaux (dont il est question ci-dessus, 
p. 260), il faut ajouter le jargon de Montmorin, commune 
du canton de Serres, que parlent entre eux les moisson- 
neurs de cette localité des Hautes-Alpes. Chaque année, 
au mois de juin, près de cent habitants partent de Mont- 
morin pour faire la moisson dans les départements voisins. 
Arrivés sur les plaines de la Provence, ils se servent d'un 
langage particulier qu'on appelle V argot de Montmorin 
(y. Lesbros, dans le Bulletin de la Société d'études des 
Hautes-Alpes, II, i883, Gap, p. 9.3^ à ^35). Il mérite plei- 
nement ce nom poiu* les nombreux termes qu'il a tirés 
de l'argot proprement dit. Voici ces emprunts (sur l'ori- 
gine desquels on peut se reporter à l'index) : arpéou, liard ; 
arton, pain ; borna, nuit (= bruna); brémas, cartes à jouer; 
bridou, riche (en argot : liard) ; canibris, franc {=z coni- 
briez) ; crieia, viande ; davi, sergent (= david, propr. cro- 
chet) ; dura, pierre ; engoulème, bouche (= Angoulesme) ; 
entréué, regarde (= comprends) ; faraut, riche {■= mon- 
sieur) ; frétilla, grenier à foin, et fritilla, paille ; gallier, 
mulet (en argot : cheval) ; gourt, bon ; goussaïe, repas ; 
granata, ferme (= grenajfe) ; grivet soldat {= grivier) ; 
gulart, sac (= gueulard) ; liniousa, chemise ; lingré, couteau; 
longea, semaine (en argot : année) ; mata (gran-mata), ville 
(== grand'mathe, Villon) ; oste, pauvre (cf. gueux de Vfios- 
tiere) ; pachijle, soulier, et passijlaire, cordonnier ; pléou, 
lit (cf. piau) ; rouillarda, bouteille ; toucanta, montre ; 
tournanta, clef ; trouncha, tète. Le fait qu'on rencontre des 
traces si nombreuses du langage des malfaiteurs dans une 
commune des Hautes-Alpes prouve une fois de plus l'ex- 
pansion de l'argot et sa pénétration dans les classes profes- 
sionnelles les plus diverses : moissonneurs, couvreurs, 
maçons, tailleurs de pierre, terrassiers, ouvriers en soie, 
ouvriers drapiers, peigneurs de chanvre, etc. 



INDEX 



1. Argot français \ 

abadis, 244- 

abati, 2i3. 

abbaye de Monte à regret, 

82, 3oo. 
abbaye (rufTante), 81. 
abbaye de s'ojfre à tous, 2o4. 
abbesse, 82. 
abéquer, 21 3. 
abloquir, 168. 
aboudier, 257. 
abouler, 21 3, 293. 
abolir, 257. 
aboyeur, 102. 
Abraham, 173. 
accent, 65. 
accoler, 181. 

accroche-cœurs, 102, 282. 
achar, 48. 
acque, i83. 
acre ! 222. 
acres ! 222. 
affaire, 126. 
affe, 48, 249, 3oi. 
affranchir, 120. 
aiîurard, 181. 
atîurer, 182, 3 10. 
affilier, 214. 
aganter, 236. 
agout, 236. 

I. Les termes en ilaliquc ap- 
partiennent à l'argot moderne ; 
l'astérisque désigne les formes 
erronées, et le point d'interro- 
gation les formes douteuses. 



aidance, 5i. 
aiguille, 82. 
aile. 5o, 61, 82. 
alarmiste, 100 
Alboche, 58. 
allegruc, 202. 
allumer, 61, 120, 247. 
allumeur, 93. 
altèque, 5o, 254. 
amadoue, 34. 232, 274. 
amadouer, 232, 233, 274. 
ambier, i65. 
amboureux, 19^1. 
amour, 128. 
Anatole, 116. 
ance, 61, 82, i36, i44. 

* ancicle, 20. 
andosse, 90. 
andre, i36, 166. 
andrimelle, 166. 
ane, 202. 
ange, 182. 

an gel. 182. 
Anglais, 127. 
angluche, 127. 

* angoisse, 20. 
Angoulême, i3i, 317. 
anguer, 249. 
anguille, io4. 
anquilleuse, 98. 
anse, v. ance. 
anticle, 20, i64, 182. 
antiffe, 182; (battre 1'), 182, 

263. 
antifier, 182. 
antonnc-igo. 



320 



INDEX 



antroller, i8i. 

apaiser, 126. 

apôtres, 83, i56. 

aquigc-ornie, a^O- 

aqiiigcr, 2^9, 298. 

arbalète, 83. 

Arbicot, 36. 

arcassien, 21 4. 

arcavot, 21 4- 

arche de Noé(?), 118 

archisupposts, 4, 0, i^a. 

arçon, 65. 

ardents, 120. 

arderie, 2 53. 

arerie, 253. 

arganeau, 236. 

Argot, 5, 6, 34, 36. 

argot, 29, 35, 36, 37, 38, 5o, 

277, 288, 291, 295. 
argoter, 34, 35. 
argotier, 5, 34, 35, 38, 269. 
arguclie, 33, 5o. 

* arguemine, 21 4. 
aricoter, 174. 
aristo,.bo. 
aristojfe, 5o. 
arlequins, 83, 282, 293. 
arnache, 222, 
arnaque, 222. 
Arnelle, 58. 
arnibale, i4o. 
arpion, 236, 293. 
arque, i83. 
arquemine, 21 4. 
arquepince, 2i4. 
arquepincer, 21 4. 
arquin, i83. 

* artie («épée»), 25. 

artic (« pain »), 34, i37, i4o. 

art if, 187. 

artifaille, 187. 

artois, 187, 265. 

arton, 187, 189, i4i, 817. 

artoupan, 236. 

arty (u argot »), 34. 



arvant, 253. 
aspic, io4. 
assegi, 253. 
assiéger, 253. 
assosé, 253. 
astic, 25, 21 4. 
atiger, 249. 

* atonne, 90. 
atouser, 83. 
atout, 83. 
atrimeur, 210, 270. 
atriniois, 210, 270. 
attache, 83. 
attiger, 249. 
attigeur, 249, 3i4. 
altilles, 257. 
attrimer, 210, 265, 269. 
attriquer, 2 23. 
aubert, i84, 298, 3oi. 
aubion, i64, 166. 
austo, 28. 

autan, i84- 
autor, 48. 
Auverpin, 58. 
Auvergnat, 128. 
auzard, 233. 
avaloire, 21 5. 
avcrgot, 249. 
babigner, 120. 
babillard, 120. 
babiller, 11 5, 120. 
babinage, 120. 
hachasse, 236. 
bâcler, 167. 
bacon, 167, 
bagou, 223, 270. 
bagouler, 228. 
bague, 223. 
baite, 159. 
balader, 21, 22, 282. 
balai, 83. 
balancer, 120. 
balançoire, 120. 

* balander, 21, 22. 
balauder, 21, 269. 



INDEX 



321 



ballade, 66. 

ballader, 21, 120, 121. 

balladeur, 66. 

balle, 5o, 83, 85, 266, 298. 

baloches, 249. 

balocher, 2^9, 293. 

baluchon, 5o, 264, 293. 

banc, 83. 

banquette, 102. 

barbaudier, i84. 

barberot, 167. 

barbichon, 102. 

barbillon («navet»), 83, 92. 

barbillon (« souteneur »), 84 . 

barbot, 69, i56. 

barboter, 121. 

barbotin, 121. 

barbottc, 69, 121. 

bargaya, 287. 

baron, 129, 

barre, 102. 

barroux, 237. 

bas de tire, 79. 

basane, 84- 

basourdir, i43, 266, 280. 

bastringue, i3o, 264, 3i5. 

hath, 5o, 293. 

batif, 5o, 69. 

batoclies (?), 249. 

hdton creux, 248. 

batouse, 5o, 69. 

battant (^«neuf »), 5o. 

battant (« cœur »), 69. 

battant (» bras »), i56. 

* battender, 22. 

batterie, 102. 

battre, 3i4; v. comtois, job, 

morasse. 
bauchcr, 1 84, 261. 
baucoter, 2 03. 
baude, 25, 184. 
baudrier. 167. 
baudrouiller, 249. 
Iiaudrouse, 253. 
baudru, 249. 

L'Argot ancien. 



bauge, 84, 184. 
bayafe, 253. 
bazir, 142, 280. 
Beauce, v. plume, 
beausse, i34. 
bec (luer au), 121. 
bec de gaz, 92. 
bêcher, 67, 284. 
becquer, 121. 
befïleur, 167. 
bègue, 237. 
bêlant, 61, 69. 

* bellander, 21. 
benard, i85, 186. 
béquille, 84- 
béquiller, 84. 
béqu illeur, 84, 3i4. 
berge, i56. 
béribono, 253. 
béricain, 253. 
berlue, 210. 
berouard, i85. 
Bertrand, 11 3. 
besouille, 21 5. 

* bcttander, 21, 22. 
bête à cornes, 102. 
beurre, 84. 
bezarder, 142. 
biancher, i85. 
biard, 166. 
biblot, 2i5. 
bibon, i43. 
bichot (?), 297, 3 10. 
bicler, 21 5. 

bidet, io4. 
bidoche, 2i5. 
hier, 166. 
bitTer, 169. 
bigard, 244. 
bige, 223. 
bigeois, 228. 
bigner, i64, 167. 
bigorne, 33. 
bigotter, 121, 
bijou, 167. 



21 



322 



I>DEX 



bijoutier au claire de lune, 

129. 
billanchcr, i85. 
bille, i85, 266. 
billcmont, 53. 
biiler, i85, 366. 
bilou, iGA, 167. 
binelle, 67, 239. 
bion, 2,57. 
birbe, i43, 293. 
bis, i5o, 168. 
bisard, 70. 
IMscaye, 58. 
bistoquetle, i5o. 
bistouille, i5o. 
blanc, 61, 69, 70, 109. 
blanchemont, 53. 
blanchir^ Gi, 70. 
blanquette, 102. 
blasé, 244. 
blave, 243. 
blavin, 244, 3ii. 
blé, 91. 
blefîeur, 1G7. 

* blême, 23. 

blesche, 5, 33, 35, i85, 189. 
blesquin, 32, 33. 
bleu, 70, 243. 
blond (le beau), 11 3. 
bloquir, 1G8. 
blot, 1G8, 293. 
bobine, 84- 
boccard, io4, 223, 

* bocoter, 253. 
bocson, 21 5. 
bogue, 84. 
boite, 84, 92. 
boite à gaz, 90. 

* bonde, 25. 
bonhomme, 102. 
bonicard, 223. 
boniment, 121, 283. 
bonique, 223. 
bonir, 121, 283. 
bonneteur, 179. 



borgne, 4G, 49, 261. 

bossemar, 52. 

bouant, 70. 

boubane, 254- 

bouc, io4. 

boucanade, 244- 

boucant, 1G8. 

boucard, 254. 

bouchon, 84. 

boucle, 87. 

boucler, 87. 

boudin, 84- 

bouée, 186. 

bouesser, 168. 

bouflarde, 70. 

bougie, 84, 

bonis, 254. 

bouisse, 257. 

boulanger, 85, 94, 3i2, 3i3. 

boule (<( tête »), 85, 2G4, 293. 

boule (« marché »), 137, i45, 

2G9. 
bouler, 1G8. 
boulet à queue, io4. 
boulin (« bourgeois »), 57. 
boulin (« trou »), 122. 
bouline, 122. 
bouliner, 121 
bouloter, 223. 
bourgeois, 128. 
bourguignon, 11 3. 
bouscaille, 244. 
bousoler, 1G8. 
boussole, 85. 
boutanche, 5o, 96, 266. 
boutcrne, 57. 
bouton, 85. 
boutoque, 5(). 
boutrolle, 57. 
bouys, 18G. 
boxon, 21 5. 
boye, 1G8. 

bracelet de soie, 129. 
braise, 85, 293. 
brancher^ 122. 



INDEX 



323 



brandillantc, 8i. 
branlante, 80. 
branque, i5i, 344- 
bras, 85, i35, i36. 
brassct, i85. 

* brebuante, 2a. 
brodochc, 254. 
brèmes, io4, 317. 
brenicle, 2i5. 
Breton, 11 3. 
bribe, i43, 275. 
bricard, 257. 
bride, 122. 
brider, 122. 
bridou, 254, 317. 
briller, 4, 169, 293. 

* brigands, 25. 

* brigante, 25. 

* bri géants, 25. 
brigman, 54- 
brimart, 187. 
bringeante, 25, 223. 
bringeants, 25, 223. 
briquemont, 53. 
brisant, 57, 293. 
briser, 244- 
brobècbe, 254- 

* brobuante, 22. 
brocante, 22, 169. 
broche, 224. 
brodancher, 5o. 
broquante, 22, 169. 
broque, i5i, 223, 2G6. 
broquille, 224. 
brouée, 18G. 
brouer, 1G9. 
bruant, 70. 

bruge, i5i, 254. 

brûlé, 70. 

brune, Oi, C9, 70, 317. 

Brutus, 58. 

bûche plombante, io4. 

buquer, 224, 23 1. 

burlin, 57. 

bute, 85. 



buter, 85, 293. 
butre, 257. 
cabe, 48, 2i5. 
cabermont, 53. 
cabestan, 102. 
cabot, 48, 2i5. 
cabot ferré, 224. 
cachemitte, 21 5. 
cadène, 237, 3io. 
cadet, 85. 
cadichon, 224. 
cafarde (« lune »), 71. 
cafarde (« tasse »), 216. 
cagcton (« banneton »), 25. 
* cageton (« hanneton »), 25, 
cagne(« clieval ))), 224. 
cagnc (u gendarme »), 224. 
cagou, 0. 34, 187, 211, 266, 

268. 
caillé, 71. 
caire, 25o, 
caisson, 100. 
calabre, ^)8. 
calandre, (?), i5C. 
calège. 80. 
caleur ( '}), 297, 3io. 
calle, 4, 187, 268. 
callots, 0, 187, 268. 
caloquet, 188. 
calot, 58, 224. 
calvine, i5i, 169. 
camarde, io5. 
cambreline, 237. 
cambrioleur, 21G, 270, 283. 
cambrioUe, 21G, 293, 298, 
cambrou, 237. 
ca m brou se (« servante »), 4, 

237, 293. 
co m brou se («. province »), 

245. 
cambrousse, 245. 
camelote, i52, 283. 
camelotte (<( sperme »), 189. 
camoufle, 8G, 3iG. 
camounor, 8G, i5o, 293. 



3-24 



INDEX 



camouflet, 8G. 

* campelousc, a^ô. 
camuse, 71. 

Gan (le grand), lô^, 188. 
canagc, laa. 

canard sans plumes, io4. 
Canelle, 58. 
caner, 120, ijt'i. 
caniche, 100. 
canne d'aveiujles, 84- 
canton, 188. 
cantonade, 188. 
capahuter, 120, 12a. 

* cape, 2G. 
capelou, io5. 

* capine, aG. 

* capir, aG. 
capon, io5. 
capons, 2G, io5, 2G8. 

* capons (<( écrivains »), 2G. 
caporal, 80. 

câpre, io5. 

carante, 71. 

carcagno, 2^5. 

cardeuil, 127, 128. 

cardinale, 71. 

care, i56, 188. 

carge, 224. 

caribener, i5C. 

caristade, 182. 

carie, 11 3. 

carline, io5. 

carme (« pain blanc »), 8G, 

carme (« monnaie »), 86, 94. 
carne, 216. 
carouble, 254. 
caroufle, 254- 
carre, ihj, 188. 
carreau (« clé »), 254. 
carreau (« œil »), 87. 
carruche, 188. 
>cart de charrue, 2G. 
cartaude, 58. 
cartuche, 188. 



caruclie, 188, 190. 
cascaret, 224. 
casquer, 149, 293. 
cassante, 71. 
casser (« couper ))), 122. 
casser (« dénoncer »), G8. 
casserole, 68, 89. 
casseux, 266. 

* caste de charrue, 26. 

* castion, 169. 
castrot, 169. 

castu, 92, 198, 225, 233, 290, 

3i5. 
cavaler(se), 120, 122. 
cavée, 71. 
ce, 86. 

centre, 102, 3i5. 
cercle, 86. 
cerclé, 71. 
cerf-volant, io5. 
chahuter, 2 25. 
chandelle, 92. 
chanoine, 102. 
chanter, 61, 65, 271, 272. 

* charante, 71, i48. 
Charles, 11 3. 
Chariot, ii3, ii4, 3i4. 
Charlotte, ii4- 
charrier, 122. 
charron, 122. 
charruche, 188. 
chassans, SG, 
châsse, 87. 

châssis, 86. 
chat, 91, io5. 
chatte, io5. 
chaumir, 47, 225. 
chêne, iio. 
chenu, 71, 293. 
cher, 72. 
chérance, i5o. 
cheval de retour, io5. 
chibre, i64, 169. 
chifTarde, 87. 
chifTerton, 57. 



INDEX 



325 



chiffon, 87. 
chijf année, 230. 
chipette, 225. 
chique, i54, 107, 3i3. 
chiquer, 122, 3i4- 
chivre, 169. 
cholette, 3 25. 
choi^er, 189. 
chopin, 189. 
chouart, io5, 168. 
chouette, 106, 288, 298. 
chourin, i5i, 157. 
cierge, 92. 
cigogne, io5. 

* cigale, 49, 100. 

* cigne, 100. 

* ciguë, 49. 
cimer, 256. 
citadelle, 87. 
citrouille, m. 
civadCr 287. 
cleb, 48, 234. 
cléber, 234- 
cléboter, 234- 
clou, 87. 
cocange, 5o. 
coëre, 190, 261. 

coesme, 147, i64, 189, 190, 

258. 
coesmelot, 189, 288. 
coesre, 6, 190, 276. 
collier, 288. 
coffre, 87. 
coffrer, 87, 276. 
cognac, 07. 

cogne, 44» 87, 100, 298, 8i4. 
coincoin, iio. 
coire, 257. 
colabre(?), 3i3. 
collage, 233. 
colle, SS, 267, 298. 
collège, 88, 3i5. 
colletin, 88. 
coloquinte, 1 1 1 . 
coltiger, 88, i5o. 



combcrger, ^18. 

comble, 4, 60, Gi, 88. 

comblette, 89. 

combriez, 25o, 817. 

combrousier, 245. 

corne, 48. 

commode, 81. 

comte, 5i, 190. 

comptois, 5i, 190. 

conce, 2 25. 

condé, 254. 

cône, 22, 288, 802. 

Cône (envoyer à), 288. 

coniffc, 208. 

conir, 288, 266, 268. 

conobrer, 58, 298. 

conque (')), i56. 

contre, 89. 

convertis, lO, 2G8. 

coquart, 190. 

coquer, 2 25, 289. 

coqueur (?), 8i4. 

coquillars, 6, 190, 268. 

Coquille (compagnons de la), 

7, 65, 191, 278. 
coquillon, 254. 
corbeau, iio. 
corbette, 257. 
corbuche, 257. 
corder (se), 210, 
cornant, 61, 72. 
cornard, io4. 
cornet d'épices, 102. 
cornichon, 72. 
cornière, 72. 
corpault 25o. 
corvette, 89. 
cosne, 22, 288. 
coste, 22. 

coste de bœuf, io4. 
costeau, 245. 
costel, 245. 
coton, 102. 
cotret, 67, 91. 
couchant, 72. 



326 



INDEX 



COUCOU, 26. 

couenne de lard, io4. 

* couesu, 2C. 
couillé, 48, 2G1. 
coulant, 73. 
coulante, 72. 
coulon, 109, 37G. 

* couni, 22. 
courbe, 72. 

courtaud de boutanche, G. 

89, 2GG. 
couvent, 99, 20/4. 
cove, 191. 
cracher, 64, G5. 
cramper, 128. 
crapaud, loG. 
craquelin, 182. 
crépine, 89. 
crès ! 222. 
crespinière, 89. 
cresto ! 222. 
creuse, 81. 
creux, Gi, 72. 
cri, i4o. 
cribler, 58. 
cric-croc ! 43. 

crie, 187, 189, i4i, 259, 817. 
crignoUe, 187. 
criole, 187, 298. 
crique, 254. 
rrocher, i25. 
crocs, 89. 
croissant, 102. 
croix, 102. 
croie, 257. 
croUe, 4, aG, 170. 
crôme, 257. 

* crône, 26. 
crosle, 2G, iG4, 170. 
crosse (« avocat »), 89. 
crosse (« heure »), 22G. 
crosser, 22G. 

crottes d'hermite, 102. 

* crouni, 22. 
crue, i^o, 202. 



crucifix à ressorts, io4. 
cuisine, 89. 
cuit, 72, 74, 342. 
culbute, 07, 298. 
cupidon, 128. 
curieux, 81. 

* cygne, 49. 
dabe, 5o, 191, 298. 
dabérer, iGi, 1G2. 
dabot, i52, 191. 
dabuche, 5o, 191. 
dague, 257. 
dalle, 170. 
dardant, 78. 
darioles (par les), 57. 
daron, 22G. 

* daronne, 21 G. 
daronne, 102, 23G, 398. 
dauffe, 48, 11 4- 
daulvé, 25o. 

dauphin, 48, ii4, 284, 285. 
David, ii4, i85, 276, 817. 
davône, 216. 
Davyot, 11 4, 276. 
débacler, 167. 
débine, G7. 
débiner, 67, 284. 
débrider, 122. 
décarrer, 188. 
dèche, 21 G, 284. 
déconir 288. 
défardeur, 193. 
défargueur, 34G. 
défourailler, loi, 33G. 
dégouliner, 44- 
dégui, 49. 
delige, 49- 
démarger, 31 G. 
déniurger, 32G, 287. 
Denaille. 58. 
dent (tirer une), GG. 
desbochilleur, 193. 
desbouser, 193. 
desrocheur, 192. 
dessarqueur, 192. 



INDEX 



>27 



desticottcr, igS. 

dévider, laS. 

dig-dig, 43. 

dijonnier, ii4. 

dinguer, 44- 

ditrc, 95o. 

doffc, 49. 

dominos, 100, 3oo. 

dorer, laS. 

doublage, 5, 170. 

doubler, 170. 

doublerie, 269. 

douce, 73. 

doucette, 73. 

douillard, 293. 

douille, 73. 

douillet, 73. 

dousse, 73. 

doussin, 73. 

drague, 245. 

dragueur, 245. 

drille, 193, 278. 

droguer, 234. 

dupe, loG, 147, 258, 27G. 

dur, 60, 61, 73. 

dure (« terre»), 73. 

dure («pierre»), 73, 317. 

duresme, 23, 52. 

duret, 80. 

durier, 81, 

durin, 73. 

eau-d'aiïe, 249, 264. 

ecament, 170. 

éclairante, 76. 

écorner, 171. 

écrevisse, 106. 

écume, 89. 

égrailler, 193, 263, 264, 2C9. 

égrugeoire, 89, 3i3. 

embander, 20, 193. 

embarras, 23, 102. 

* embauder, 20. 

embier, i65. 

emblème, i23. 

emboureux, 194. 



embrouer, 1O9. 

empave (« drap de lit »), 23, 

194- 

* empave (« carrefour »), 23. 
empousteur, 97. 
empresser, i23. 
empruner, m. 
encarrer, 188. 
encasquer, i4i). 

ence, 83. 

encensoir, 90. 

enclouer. 87. 

encoffrer, 87. 

endosse, 90. 

endosser, 90. 

endroguer, 234. 

enfant, 85. 

enflaquer, 289. 

enfrusquiner (s'), 53. 

engailleur, 172. 

engamé, 217. 

enganter, 236. 

enmaller, 87. 

enquiller, 98. 

enterver, 171, 293. 

enterveux, 171. 

entifle, 182. 

entifler, 182. 

entôler, 243. 

entonne, 90. 

entraver 4o, 171. 

entrever, 147, 171, 259, 317. 

* entrimer, 34. 
entroller, 181. 
enturner, 343. 
envoyeur, 90. 
épicer, 127, 

épouser la veuve, ici, i23, 

3o2. 
érailler, 193, 194. 
es, 49. 
esbasir, i43. 
esbigner (s'), 237. 
esbroulTe, 237. 
escaner, 245. 



^28 



INDEX 



oscanne (à 1'), 216. 

cscanner, 3i6> 

cscaper, 388. 

cscapoucher, 288. 

escargot, 106. 

escarpe, 288, 270, 284. 

cscarper, 288. 

escarrer, 257. 

eschec, 194. 

eschecqiier, 194. 

esclot, 288. 

escofTier, 388, 364, 370, 384. 

* escouille, 171. 
escoute, 171. 
escrache, 05. 
esganacer, 388. 
esgar (faire 1'), 171 
esgourde, i85. 
esgourne^ i85. 
espenicler, 221. 
esquinter, 288. 
essorer, 194. 
estable, 194. 

* estafon, 195. 
esteve, 194. 
esteveur, 196. 
eslio, 336. 
estoc, 336. 
estofle, 195. 
estoffé, 195. 
estorgue, 354. 
estourbir, 388, 264. 
estrangouiller, 389, 264- 
estreignante, 195. 
estuque, 345. 

étofîes, 195. 
étourdir, 389, 380. 
étron de mouche, io4- 
eustache, 116. 
évaporer, 126. 
fade, 245, 298. 
faffe, 48. 
fafiot, 48, 3oo. 
fagot, 67, 3i5. 
falourde, 67. 



fanal, 90. 
fanande, 233, 298. 
fanandel, 284. 
fanfouiner, 44- 
fantabosse, 58. 
farandel, 284. 
fardaine, 173. 
fargue, 246. 
farot, 284, 817. 
fassolette, 149. 
faucher, 67, 3oo. 

* fauconnière, 35 1. 
fauger, 25o. 
fcrlampier, 196, 298. 
fcrhngante, 354. 
fermingant, 354. 
fertange, 5o, 3i3. 
fertillante, 3G, 27. 
fertille, 5o, i56, 818. 

* festillante, 27. 
feuille, 196. 
feuillouse, 196. 
ficeler, 127. 
ficher, 198. 

fièvre cérébrale (.^), 118, 

lignard, 316. 

Jigne, 316, 298. 

filasse, 90. 

filée, 90. 

filer (« aller à la selle ))\ 97, 

133. 

filer ((( quelqu'un »), 138, 12G. 

filin, 128. 

filoche, 237. 

filots, 90. 

fiquer, 317. 

fiques (?), 3i3. 

flac, 389. 

flacul, 289, 

flageolets, 264. 

flambart, 91. 

flambe, 90. 

flamberge, 91, 270, 280. 

flanche, 217. 

flancher, 64, 217. 



INDEX 



029 



flaque, 389. 

llaquet, aSg. 

Jlèche, 254. 

fleurant, 81. 

flic, 44. 

fligadier, 204 . 

flique, 44, 87. 

flogie, 253. 

jlottant, 207. 

flou, 197. 

flouer, 64, 270, 284, 293. 

flouquière, 197. 

floutière, 197. 

flûte, 2Q!\, 293. 

foigne, 197. 

foncer, 198. 

fondant, 78. 

fonfière, 44- 

foresque, 58. 

forest moult rubin, 129. 

fortin, 73. 

fouailler, 217. 

foucauderie, 25 1. 

fouille, 19G. 

fouillouse, 106, 19G, 2G1, 

2G4, 3oi. 
fouquer, 25o. 
fourbe, 62, 278. 
fourbi, 278. 

* fourdolle, 20. 

* fourdu, 20. 
fourgat, 172. 
fourlineur, 198. 
fourlour, 198. 
fourlourer, 198. 
fourmiller, i23. 
fourobc, i5o. 
fralin, 289. 
franc, 198. 
franc-mitou, 2o5. 
franc-mitoux. G, 2o5, 2G8. 
franche (« receleuse »), 120, 
franclie (« basse »), 198. 
frangin, i5i, 254, 2G4, 298. 
frappart (Père), i3o. 



frappier, 25 1. 

frégate, 89. 

fremillanle, 198. 

frcmion ((( marché »), 198, 

2G9. 
fremion (« violon »), 198. 
frétillante, 2G, 27, 74. 
frétille, iG4, 199, 817. 
frétiller, 124. 
fretin, 78. 
fricassé, 242. 
* fricauderic, 25 1. 
fricot, 85. 
frime, 217, 293. 
frimer, 217. 
frimion, 198. 
frimousser, 217. 
friquet, 107. 
fripouille, 227. 
frisé, 74. 
friser, 74. 
frit, 72, 2G4. 
froc, 25 I. 

froller, 5G, 199, 2G6. 
froUeux, 199. 
frotin, 102. 
frou, 197. 
frouer, 64- 
froufrou, 44- 
froustière, 197. 
frusque, 53, 281, 3i3. 
frusquin, 53, 54, 270, 280, 

281. 
frusquiner, 293. 
fumé, 74, 242. 
fumeron, 91. 
fustiller, 1G4, 199. 
gaffe, 199, 228. 
gaffre, 199. 

gahisto (i>), 297, 3ii, 3i3. 
gaille, i52, 3i3. 
gailleur, iG4, 172. 
galegère, 8G. 
galier, 172, 317. 
galine, 227. 



33o 



INDEX 



galucho, 58. 
galupe, 89. 
gambiller, 337. 
game, 317. 
gamelle, 08. 
ganee, 346. 
gandin, 354. 

* garante, 74. 
gargoine, 327. 
gargue, 337. 
garnafc, 5o. 
gascalrc, ii4 
gascon, 114. 
gat (?), 397, 3 10. 
gau, i38. 
gaudille, 900. 
gaudinour, 354. 
gaulé, 317. 
gavé, 317. 
gaviolc, 317. 
gaye, 173, 3i3. 
gayeux, 173. 
gazomètre, 90. 
gé, 357. 

georget, ii4, 116. 
gerbe, 67. 
gerber, 67, 3 13. 
gergon, 3i. 

get, 91. 
gibier, 57. 
gibre, 1 04, 170. 
gigolo, 08. 
gilmont, 53. 

* giroble, 1 1 1 . 
girofle, III. 

gironde, i5o, 340, 393, 3oi. 

gitre, 37. 

gitrer, 37. 

giverneur, 355. 

givre, 170. 

glace, 91. 

glier, SOI. 

glissant, 81. 

* gniasse, 50. 
godelay, 327. 



godet, 125. 

godiller, 34O. 

godin, i45. 

godiz, i45, 359. 

golfeur (.^), 297, 3ii. 

goinfre, 81. 

gonce, i48, 293. 

gonze, i48. 

gonzesse, i48, 393. 

gorge, 102. 

gosselin, 227, 393. 

got, i38. 

goualer, 327, 293. 

gouape, 240, 204, 285. 

gouaper, 270. 

gouapeur, 24O, 293. 

gouépeur, 24G. 

gougnolte, 

goulu, 74. 

goupiner, 218. 

* goupline, 23. 

gour, 201. 

gourd (« bon »), 200, 200,317. 

gourd (« dé à jouer »), 201. 

gourdement, 200, 2OO. 

gourgane, 227. 

gourpline, 23, 24. 

gourrer, 173, 370, 281. 

gouspin, 318. 

gousse, 339. 

gousser, 4, 234, 317. 

goy, lOi, 1O3. 

grafler, 173. 

graillonner, 05. 

grain, Oo, Oi, 91. 

graisse (« argent »), 84- 

graisse (« vol »), 124. 

graisse d'oignon, 139. 

graisser, 134. 

grand bonnet, 99. 

gras, 84. 

gras-double, 102. 

gra tante, 74. 

gratouse, 74. 

gratter, i24. 127. 



INDEX 



33l 



grec, ii4, 285. 

grèce, ii4. 

greffier, 91. 

grefTir, 178. 

grelu, 74, 261. 

grenaffe, ^9, 5o, 817. 

grenu, 74. 

grenuche, 74. 

grenue, 00, 74. 

grès, i54, 107. 

griblage, 24. 

* grie, 74. 

griffer, 178. 

griffon, 93. 

griffonner (« jurer »), 93. 

gril (être sur le), 78. 

griller, isS. 

grinche, 337, 328, 298. 

grincher, i:ih, 338. 

grippe-jésus, 108. 

gripis, 164, 201. 

gris, 74, 103. 

gris-bleu, 108. 

grive, 107, 378. 

grivier, 107, 817. 

grohant, 74. 

grondin, 74. 

grosle, 170. 

grup, 178, 302. 

grupper, 178. 

guédouze (;M, 397, 811. 

guelier, 201, 364. 

guenaud, 178. 

guenette, 328. 

guernaf, i56. 

gueulard (« bissac »), 74. 84, 

227, 817. 
gueulard (<( poêle »), 74. 
giieularde, 74. 
gueux, 5, 85, 201, 270, 272, 

278, 817. 
guibe, i52, 289. 
guibolle, 211, 289, 270, 298. 
guibonric, i52, 289. 
guichemar, 52. 



guignai, 178. 
guimbarde, 6C. 
guirial, i5o, 178. 
guindrelle, 25 1. 
guitare, 66, 180. 
habin, 218, 228. 
habitongue, 58. 
hairgue, 25 1. 
halènes, 92. 
hallegrup, 202. 
han (son), 25 1. 
liane, 202. 
hanoche, 302, 
hanois, 202. 
happer le taillis, 124. 
happin, 218. 
haricoter, 174. 
harpe, 87, 129, 180. 
harpion, 286. 
haultmont, 53. 
havre, 202. 
henné, 202. 
herpe, 202. 
herplus, 202, 224. 
hers (?), 297, 810. 
hevaige, 258. 
hirenalle, 258. 
hirondelle de grève, 107. 
hocquet, 208. 
homicide {?), 118. 
honnête (.^), 118. 
hôpital, 92, 288. 
hoquette, 208. 
horloge, 92. 
hosteau, 27, 28, 346. 
hubin, ii5. 
hubins, 6, ii5, 268. 
huile, 84. 
huistre, 93. 
huré, 308. 
hurne, 358. 
hurquer, 358. 
hustmust ! 48. 
icicaille, 57. 
impôt (?), 118. 



332 



INDEX 



ingrc, ii6. 

isoler, 137. 

Italgo, 36, 52. 

* itrer, 27. 

jabotcr, 11 5. 

Jacques, 11^. 

jacter, 228. 

jafTc, 4, 164, 2o3. 

jaffîer, 2o3. 

jaflc, 2o3, 2C7. 

jalo, 218. 

jambe de Dieu, 2o5. 

jar, 3i. 

jardiner, 67. 

jargolle 3i, 212. 

jargon, 3o, 37, 45, 269, 278. 

jarnafïe, 58. 

jars, 3i. 

jarte, 2o3. 

jaser, 124. 

jaspin, 218, 293. 

jaspiner, 4o, 56, 218. 

jaune (?), 118. 

Jaune, 46. 

javard, 257. 

Jean de la Vigne, i3o. 

Jean l'Houssine, i3o. 

Jean (faire le saint), ii5. 

jergon, 5. 

Jérusalem (lettre de), 1 1 5 , 2 1 4. 

jésuite, 92. 

Jésus, io3, ii5 

jettard, 92. 

Jiberne, 58. 

job ((( niais »), 174; (battre), 

90, 263. 
job (« veau »), 174. 
jobelin, 33. 
jonc, III. 
joncher, 174. 
joncs, 174. 
jorer, 257. 
jorne, 239. 
Juarez, 173. 
juc, 2o3. 



judaccr, 124, 225. 

Judée (la petite), ii5. 

juge de paix, 129. 

juste (la), 75. 

juxte, 174. 

labago, 52. 

lafTe, 249. 

lago, 52. 

lagout, 236. 

laine, 75. 

laingre, 116. 

laisée, 58. 

lampion (« sergent»), 92. 

lampion (<( œil »), 98. 

lance, 49, 53, i36. 

lanceiller, 268, 269. 

lancequiner, 53. 

lancer, 57. 

landier (« commis »), 92. 

landier (« blanc »), 102. 

landière, 92. 

landreux, 175. 

langue verte, 39. 

lanscailler, 57, 268. 

lansquiner, 53, 293, 3i2. 

lanterne (« œil»), 61, 98. 

lanterne (« fenêtre »), 46. 

lapin ferré, 107. 

larbin, 228, 270, 280, 293, 

3ii. 
largonji, 45, 289. 
largue, 46, 293, 299. 
larque, 46. 
lartie, 137. 
lartif, 137, 3i3. 
larton, 49, i37, 293, 3i3. 
lascailler, 57. 
latin, 38. 
launiir, 46. 
laune, 46. 
laure, 2o4. 
lazagne, i49- 
lazi-loffe, 239. 
lègre, i5i, 247. 
Léon, 116. 



INDEX 



333 



lermond, 357. 

lesbonibe, 58. 

lettre de couronne, 204. 

Icve-pieds, io3. 

lézard, 107. 

lians, 75. 

licher, 218. 

lichon, 269. 

lietTre, aSi. 

liège, 93. 

lignante, 75. 

ligots, 175. 

ligotte, 175. 

* ligour, 34 ; V. gourd, 
lillois, iiG. 

linians, i38. 

limasse, i35, 293. 

lime, i38, 259, 317. 

iimogère, 4, 4^. i38. 

limousine, 116. 

linge, 200. 

lingre, iiG, i5i, 3i4, 3i" 

lingue, 116. 

linspré, 46. 

lisette, 116. 

* litrer, 27, 
loche, 93. 
loirc, 47, 239. 
lofTitude, 47, 239. 
long, 75. 

longe, 70, 23o, 317. 
longue, 61, 75. 
Lorcefé, 46. 
lorgne, 46, 49, 175. 
lorgue, 49- 
loubion, 166. 
louchant, 75. 
louche, 93. 
loucherbènie, 45. 
loujfe, 47- 
loiiffiat, 47- 
loufoque, 47, 239. 
loupel, 46. 
lourde, 69, 70. 
lousse, 46. 



loustaud (« domicile »), 27. 

* loustaud(« diable»), 27,28. 

luans, 75. 

lubin, II 5, 228. 

ludie (gavion de), i46. 

luisant, 76. 

luisard, 76. 

luque, i46, 254- 

luron, 128. 

lusquin, 53. 

lustre, 93. 

lycée, 88. 

lyonnaise, 116. 

mac, 49. 

Macnire, 1 13. 

macaron, 255. 

macaroner, 255. 

madame, i3o. 

madrin, 58. 

magnuce, 339. 

main, 221. 

malade, 92, 233, 3i4. 

malingre, 175. 

malingreux, 6, 175. 

malle, 87. 

maltaise, 116, 3ii. 

inaltouse, 58. 

manche (faire la), 247. 

mandolet, 107, 255. 

mandrillon, 255. 

Manette (M"''), i3o. 

manger, 56, 68, 89, 99, 3i6. 

inanicle, 175. 

manouche, ib'j. 

manque (à la), 240, 293. 

macjua, 49. 

maqui, 49- 

maquiller, 124, 267, 269, 

270, 293. 
maraille, 228. 
marcandier, 6, 176. 
marcassin, iio. 
marchand de lacets, io3, 

200, 3i4. 
marcheuse, 81. 



334 



INDEX 



margoulin, 218. 

mariage, 98. 

marier, 98. 

maricux, 98. 

marine, 98. 

marionclte, 94. 

marlou, 328, 26^, 393. 

marmier (?), 330. 

marmousc, 204. 

marmouset, 2o4, 3C9. 

marmyon, 204. 

maron, 38, 3o5. 

maroner, 339. 

marpaut, 3o4, 293. 

marquant, i38. 

marque (« femme ») 40, 8G, 

i38, i45. 
marque (« mois »), 176. 
marquin, i38. 
marquise, i38, 398. 
marron, 94, i53. 
masseur, 103. 

malhe, 5i, i65, 176, 320, 317. 
mathurins, 94. 
matois (« voleur »), 5i, 176, 

267, 370, 37C. 
matois (« matin »), 177. 
matrone (?), i56. 
matte, 17G. 
mattois, 5, 17G. 
maulie, 3o5. 
mec, i53, 347, 293, 3ii. 
mèche, 34o. 
méclii, 49- 
médaillon, 94. 
meg, 3ii. 
melet, 357. 
mendigot, 53. 
menée, 177. 
mcncsse, i53, 219, 3ii. 
menestre, 4, 177. 
mequer, 347. 
meruche, 357. 
messière, 309. 
meulard, 319. 



meule, 96. 

meunier, 94. 

mezig, 3g3. 

mézièrc, 55, 07. 

mezinguand, 53. 

mezis, 55. 

micliaud, 177. 

miellé, 116. 

miclielet (faire le), 117. 

michcton, 1 16, 398. 

niiclion («argent»), 80, 94, 

3O7. 
michon (« pain »), 94. 
mikel, iiO. 
millard, 0, 319. 
mille, 319. 
millerie, 219. 
millogère, 40, 319. 
mince (« denier »), 7O. 
mince (<( peu de chose »), 1 28. 
minois, 2o5. 
minuit, 94. 
mioche, 2o5, 370, 285. 
mion, 2o5, 279. 
mion de boule, 137. 
miradou, 240. 
mirette, 239. 
mirquin, 35 1. 
mirzale, 255. 
miseloque, i5i, 355. 
mistick, 229. 
mislon, 347. 
mistringue, 229. 
miiard, 330. 
mite, 320. 
mitouflet, 177. 
jnitrc (« onguent »), 20O. 
mitre (« cachot »), 220. 
mitte, 220. 
moche, 54. 
moe (faire la), 20G. 
molanchc, 5o. 
momaque, 5o, 3i3. 
môme, 5o, 20O, 247, 2G4, 393. 
momujnard, 253, 3i3. 



INDEX 



335 



monficr, 257, 
mon gniasse, 55. 
mon gnière, 55. 
monnant (u moi »), 55. 
monnant (« ami »), 55. 
mon orgue, 55. 
monseigneur, ii4, 284, 285. 
montant, 76. 
montante, 7G, 299. 
morasse (battre), 149. 
mordante, 81. 
moresque, 149. 
morfe, 177, 259. 
mortier, 4, 177. 
morgane, 220. 
morganer, 220. 
moricaud, i3o, 
mornas, i64, 220. 
morne, 220, 269. 
mornifle, 206. 
morpliillicre (?), 269. 
morpion (?), 268. 
mouchailler, 178. 
mouchard, 81. 
moucliard à becs, 76. 
moucharde, 7G. 
mouche (« mouchard »), 178, 
mouche (« mousseline»), 102. 
mouche (« vilain »), 5o, 107, 

293. 
mouchique (<( chandelle »), 

5o. 
mouchique (« vilain »), 5o, 

54, 107. 
mouillante (« morue »), 69, 

76. 
mouillante (u soupe »), 7G. 
mouise, 247. 
moulin, 85, 94. 
mouliner, 124. 
mouloire, 94. 
moulue, 76. 
mouniche, i58. 
mounzu, 240. 
mouscaille, 235. 



mouschier, 178. 

moussante, 81. 

mousse, 94, 261, 293. 

mousseline, 102. 

moussu, 76. 

moussue, 76. 

moustique, 107. 

mouton, 107, 285. 

mouvante, 81. 

mouzu, 240. 

muette (?), 81. 

muiche, 25 1. 

mulet, 107. 

* muron, 28. 

musicien (« délateur »), GG. 

musicien (« haricot »), 128. 

musique, 4o, GG. 

musique (aller en), 121. 

nageoir, 207. 

narquin, 5i, 183. 

narquois («soldat»). G, 5i, 

i83, 2G8, 270, 277, 278. 
narquois (« argot »), 33, 34, 

Go, 277. 
navarin, 58. 
nazareth, 128. 
naze, 128. 
négresse, i3o. 
nèpo, 229. 
nettoyer, G2, i25, 
niais, 7G, 276. 
nibe, 47, 293. 
nibergue, 47- 
niente, 149. 
nière, 5G. 
niert, 5G. 

Niort (aller à), i32, 293. 
nisette, 257, 

nivet (« chanvre »), 206. 
nivet (« trou »), 257. 
nonne, 82. 
nonneur, 82. 
nouant, 207. 
iioujon, 207. 
iiouzailles, 55, 293. 



33G 



IXDEX 



nozis, 00. 

occasion, ic^. 

ogre, 95, 173. 

oignon, 96. 

olivct, 102. 

oncle, 95. 

onguent, 84. 

orange, 3oo. 

oreillard, 81. 

organe, 103. 

orgue, 5G, 3i4. 

Orléans, 117. 

ornichon, 189, 2G9. 

ornie, 189, i4i, 193, 263. 

ornie de baie, i^o. 

orphelin, 58. 

•orphelins. G, 95, 2G8. 

orphie, 257. 

ostio, 28. 

osto, 28, 2^G. 

otolondrer (?), 3oi. 

ousteau, 28. 

ouvrage, 12G. 

ouvrer, 12C. 

ovale, 257. 

ovende, 201. 

paccant, 207. 

pacquelin, 207. 

patres, 44- 

pagne, 240. 

palas, 24 1. 

* paillardier, 77. 
palette, 240. 

* palladier, 77. 
pallas (faire), 240. 
pallot, 2 35. 
palpitant, G9, 7G, 293. 
Panipeluche, 117. 
panoutle, 229. 
pante, 241, 293. 
panticre, 95. 
Pantin, 117, 293. 
pantre, 241, 264, 3i5. 
Pant ruche, 117. 
panturne, 241. 



papelard, 58. 
papillon, 108. 
paquelin, 207. 
parlbnd, 77. 
parfonde, 77. 
Parigot (« Parisien »), 52. 
paron, 207. 
Parouart, 117. 
parrain, 102. 
pasquelin, 207. 
passacailler, 57. 
passant, 7G, 208. 
passe (la), 95. 
passeligourt, 34, 200. 

* passides, 77. 
passiffes, 77, 208, 317. 
pastiquer, 58. 
patraque, 58. 
pàiuron, 4, 95, 2G7, 268. 
paumer, 129, 

pautre, 220. 

pavillon, 95, 

peau, 95. 

peau d'àne, io4. 

peausscr, 9G. 

pechon, 235. 

pécoreur, 241. 

pégoce, 229. 

pègre, 4o, 241, 262, 293, 3o2. 

pègrenne, 241, 3o2. 

peigne, 9G. 

Pélago, 52. 

pelard, 77, i3G. 

pelardier, 77. 

pelé, 4, 77- 

* pelladier, 77. 
pelouet, 229. 
pelure, 178. 
pendu glacé, 7G. 
penne, 207. 
pension, 88. 
pente, 102. 

Père noir (petit), i3o. 
perpète, 49. 
pessigucr, 24 1. 



INDEX 337 


pcssiller, 24 1. 


piloche 96. 


pétard, ia8. 


pilois, 5i. 


péter, 44. 


pilon, 96. 


petouze, 20. 


pincer, 124. 


pèzc, 96. 


pingre, 23o. 


pezouille, 241. 


pinicle, 221. 


pezoul, 24 1. 


pinos, 207. 


pharo, 234, 3ii. 


piolle, 108, 293. 


philantrope, 58. 


pioncer, 96, 264, 293, 299. 


pliilibert, 58. 


piot ((( lit »), 95. 


Philippe, II 3. 


piot (« vin »), i4o, 277. 


pliilosoplie (« filou »), 58. 


piper, 63. 


philosophe (« misérable »), 


pipet, 64. 


12g. 


piquante, 77. 


piaf, 179. 


piquantine, 77. 


planche, 109, 267. 


pique-en-terre, io3. 


piard, 108. 


pire, 221. 


piau, 95, 317. 


pirenalle, 2o3. 


piaule, 188. 


pitancher, 5i. 


piausser, 96, 299. 


pitre, 248. 


picanti, 77, 229. 


pitrou, 248. 


picorage, 241. 


pivase, 58. 


picoure, 77. 


pivaste, 149. 


pictancher, 5o. 


pive, 207. 


picter, 5o, 124. 


pivert, 109. 


piéton, 124. 


pivoiner, 120, i25. 


pie, 108, 266. 


pivois, 102, 207, 262, 293. 


pied, 96. 


pivot, 102. 


pied de cochon, io3. 


pivre, 207. 


pied de nez, 96. 


placarde, 23o, 3o2. 


pied-plat, 127. 


plan, III. 


pier, 108, i47^ 


plancher, i84. 


piètre, 179. 


planquer, m. 


piètres, 6, 179. 


plant ((( faux lingot »), 1 1 1 . 


pieu, 95, 293. 


plant (« chapeau »), m. 


pif, 58, 220. 


planter, m, 259. 


pige, 23o. 


plâtre, 96, i84. 


pigeon, 109. 


platue, 77. 


piger, 220. 


pleurant, 81. 


piget, 04. 


plomb, 96. 


* pignard, 21 G. 


plombe, 97, 293. 


pigouse, 77. 


plomber, 96, 293. 


pihouais, 207. 


plotte, 96. 


pilche (?), 297, 3 10. 


plouse, 77, 96, i35, i36. 


pilier, 89, 9G. 


ployant, 81. 


L'Argot ancien. 


22 



338 



INDEX 



plue, 3o8. 

plume de Beauce, io4, 299. 

poigne, 221. 

poisse, 125, 24i. 

poisser, 124, i25, 298. 

poisson, 84. 

Poitou, 182. 

poivre (<( cau-de-\ie «), 97. 

poivre (« poison »), 97. 

poivrer, 97. 

poivrot, 298. 

polichinelle, 128. 

polisse, C2, 63, 279. 

polissons, C, G2, 08, 268, 279. 

pommard, 179. 

pomme, 139, 298. 

pon, 255. 

ponante, 208. 

ponifle, 208, 298. 

ponisse, i52, ao8. 

ponne, 255. 

pontifie, 208. 

pontonnière, 208. 

poque, 221. 

port anche, 5o. 

portant, 77. 

postiche, 97. 

pot, 102. 

potage, 85. 

poteau, G8. 

potiron, m. 

pôtre, 220. 

pouce, 97. 

poucette, 97. 

pouchon, 221, 298. 

* pouifTes, 25 1. 

poulainte, 255. 

poultrer, i5C. 

poupée, 44- 

poupon {nourrir un), 247. 

poussante, 77. 

pousse, 46, 97. 

poussette, 97. 

poussier, 221, 262. 

pré, 67, 800. 



priante, 77, 90. 

profonde, 57, 77. 

promont, 58. 

prônier, 102. 

prophète, 57. 

prose, 97. 

proute, 44. 

proye, 97, 298. 

prune, m. 

prune de monsieur, 108. 

prussien, 97. 

puille, 25 1. 

punaise, 179. 

purée, 102. 

quatre-coins, 108. 

quille (« jambe »), 98, 264, 

285. 
quille ((( feuille »), 102. 
quimper, i85. 
quinquet, 98, 264. 
quoquante, 58. 
quoquart, 257. 
quoqueret, 257. 
rabat, 47» 179, 210. 
rabatteux, 218. 
rabiage, 257. 

raboin, 119, 811, 812, 818. 
raclette, 99. 
rade, 255. 
radeau, 255. 
radin, 255. 
radis noir, iio. 
raffale, 98. 
rafler, 124. 
ragot, 109. 

ragoût ffaire du), 68, 99. 
raille, 98, 99, 810, 8i4. 
railleux, 98. 
raisiné, 99. 
ramastiquer, 58. 
rame, 99. 
* ramor, 161, 162. 
rapatu, 257. 
rapiat, 280. 
rapioter, 280. 



INDEX 



339 



rapliquer, 120, 293. 
ras, 61, 78. 
rastichon, 99. 
rat, 109, 3i2. 
rata, 49. 
râteau, 98. 

ratichon, 99, 268, 3i3. 
ratisser, 124, i25. 
raton, iio. 
ravignolé, 67. 
razi, 78. 
rebâtir, 21 3. 
rébecter, i25. 
rebifTo, 99. 
rebigncr, 167, 267. 
rebonncter, 179. 
rebouiscr, 23o. 
réchaufTante, 81. 
rèclie, 2 24- 
rcconobler, 07. 
recorder, 221 
redam, 49. 
redin, 149. 
réduit, 102. 
refaite, 179. 
refroidir, i25, 293. 
regon, 207. 
regout (faire du), 99. 
rejaquer, 228. 
reluit, 75. 

rembroquer, i25, i5i. 
* rème, 23-. 
remoucher, 178, 293. 
renâcler, 222. 
reiiauder, 221, 222. 
Uenelle, 58, 269. 
reng, 257. 
ren gracier, 208. 
renquiller, 98. 
repaumer, 129. 
repoussant, 77. 
repoussée, 81. 
retappe, 126. 
riche, 78. 
rien, 129. 



rifandel (?;, 234- 

rife, 139. 

rifFauder, 139, 269. 

riflard, 98. 

rifle, 139. 

rijler, 124. 

rifodez, 8, 139. 

rigolo, 44- 

rincer, i25, 293, 299. 

riole, 179, 293. 

ripaudier, 48, 235. 

ripault, 335. 

ripe, 235. 

ripois, 235. 

rippe, 235. 

river, 12G. 

rivet te, 12G. 

roant, 221. 

robe, 149. 

rober, i5o. 

robignol, 242. 

robignoUe, 242. 

rochet, 99. 

roe, 208. 

Rolland (soye), 117. 

romagnol, i58. 

romani, 157. 

romanitchel, 157. 

ronie, 257. 

rond, 69, 78, 293. 

rondache, 102. 

rondelet, 78. 

rondine, 78. 

ronfle, loi. 

rossignol, no. 

rouanne, 257. 

rouastre (« bourreau »), 209. 

rouastre (« lard »), 35 1. 

rouault, 309, 368. 

roubignoleur, 242. 

roubion. 255. 

roublard, 255, 285. 

roubler, 255. 

rouchi, 255. 

roue, 208. 



►4o 



INDEX 



roue de derrière, io3, 293. 
roue de devant, io3. 
Rouen (aller à), 182. 
roufTicr, 255. 
rouflaquette, 102. 
rouge, 78. 
rougemont, 53. 
rougesme, 52, 53. 
rouget, 79. 
rouillard, 79. 
rouillarde, 79, 293, 317. 
rouin, 209. 
roulant (« fiacre »), 79, i5i, 

3oi. 
roulant (« pois »), 79. 
roulotte, 79, 285, 293. 
rouniard, 2 55. 
roupie, 102. 
roupiller, 221. 
rouquin, 53. 

rouscailler, 57, 264, 269. 
rouspant, 256. 
rouspéter, 256. 
rousse, 78, 293, 3i4. 
roussin, 78, 293, 3i4. 
rousti, 2^2, 264. 
roustir, 2^2. 
roustons, 256. 
rouve, i52. 
roveaux, 209. 
rub, ICI. 
ruban, ici. 
rubi (de), 235. 
rude, 81. 
ruf, 255. 
rufe, 139. 
rufle, 139. 
rupe, 25 1. 

rupin, i5i, i58, 25i, 293. 
rusquin, 53. 
rustique, 257. 
rustu, 257. 
sable, 102, 252. 
sabler, 242. 
sabouler, 179. 



sabouleux, 6, 179. 
sabre, 252. 
sabrée, 252. 
sabrenaut, 222. 
sabri, 252, 3ii. 
sabrieux, 253. 
sac à charbons, iio. 
sacre, 28, iio. 
sacristain, 99. 
Saint-Joyeux, i3i. 
Saint-Lago, 52. 
Saint-Laze, 239. 
Saint-Marry, i3i. 
salbin, 257. 
salblenant, 222. 
sale, 81. 
salé (pré), 2o5. 
salin, 81. 
* salir, 24, i36. 
salverne, 4, 180, 293. 
sanglier, iio, ii3. 
santoche, 20. 
saper, 67. 
sapin, 28, 29, 242. 
satou, 180. 
satte, 180. 

saupiquet, 209, 23 1. 
sauter, 122, 126. 
sauterelle, 129. 
savate, 257. 
savoyarde, 117. 
schnouff (du), i34. 
schtard, 92. 
séminaire, 88, 
sénaqui, i58. 
sentir, 126. 
sergolle, 180. 
serpe, 242. 
serpentin, 99. 
serpillière, 180. 
serrante, 58. 
serrard, 180. 
serre, 61, 99. 
servir, 68. 
sézière, 55. 



INDEX 



34 1 



sczingard, 55. 
sezis, 55. 
siager, 126. 
siantc, 81. 
*sigle, 100. 
signe, 49, 100. 
sigue, 49, 100. 
sinie, 256. 
sinfe, 280, 23i. 
singe, 20 \. 

singe (^boussole de), 85. 
singe (faire le), 206. 
sinve, 280. 
sique (?), 3i3. 
sire, 5i, 190, 209. 
sitre, 256. 
sitrin, 256. 
sive, i58, 256. 
sœur de cliarité, 82. 
sœurs, 100. 
sœurs blanches, 100. 
soissonné, 117. 
solir (« vendre »), 24, i36, 
181, 262. 

* solir (« ventre »), 24. 
sorbonne, 112, 117, 118, 3oi, 

3o2, 3i5. 
sorgabon (?), 297, 3ii. 
sorgne, 49, i44. 
sorgue, 49, i44, 3i4- 
sorgueux, i44, i56, 3 12. 
sorne, 49, i43. 
soufflant, 79. 
soufflard, 79. 
soulager, 126, 248. 
soûlasse, 248. 
soulever, 126. 
souquer, 242. 
sourdante, 20, 209. 

* sourde, 20. 
*sourdelle, 20. 
sourdoUe, 20, 209. 
sourdu, 20, 209. 
soutenante, 81. 
spélican, 253. 



stafer, 257. 

stuque, 245. 

subrer, 281 . 

suc, 235. 

suer (faire), m, 126, 157, 

293. 
* supin, 28. 
surbine, 67, 298. 
surin, 157, 298, 8i4. 
syrois, 5i, 209. 
tabar, 4, 47, 181, 269. 
table (se mettre àj, 68. 
taffe, 58, 242, 298, 3ii. 
taffetas, 58. 
talbin, 256. 
talbine, 256. 
tambour, 100. 
tante, 95. 

tape (faire le), 100. 
tape-dur, io4. 
tapette, 100. 
tapin, 88, 100. 
tapis, 100, i5i. 
tappe, 100. 
taquinade, i46, 259. 
tarde, 79. 
targue, 252. 
taroque, 209. 
tarte, 209. 
tarter, 149, 293. 
tartir, 149- 
tas de pierres, io4. 
taude, 181. 
taudis, i8i. 
taulart, 181. 

taule (« chambre »), 243. 
taule (« bourreau »), 802, 

811, 3i4. 
tauper, 120, 126. 
telart, 181. 
temple, 209. 
tenante, 79. 
têtue, 81. 
tezière, 55. 
tézig, 298. 



3/42 



INDEX 



lezinguand, 55. 
lezis, 55. 

thune, ii8, 35o, 298. 
Thunes (roy de), 6, iif 
liche, 257, 281. 
ligne, 256. 
ligner, 256. 
tinette, 100. 
tiquer, 281. 
tirant, 79. 
tirante, 61, 79. 
tirasse, loi. 
tire, loi. 
tiretaigne, loi. 
tireur, 82, loi. 
tirnoles, 252. 
tirou, loi. 
toc, 256. 
tocange, 5o. 
tocante, 44- 
tocasse, 256. 
toiture, 88. 
tôle, 181. 
toUard, 181. 
toile, 181. 
tôloire, 181. 
tomate, m. 
tonnant, 55. 
toquante, 44, i5i, 817. 
toque, 44, 256. 
torchon, 22b. 
torterie, 210. 
tortiller, 68, 812. 
tortouser, 210. 
tortu, 80. 
torture, ici. 
*tote, 181. 
Toulabre, 58. 
toupie, ICI. 
tourmente, 102. 
tournante, 80, 817. 
tourniole, i56. 
tourtouse, 210. 
touser, 256. 
touiime, 5i. 



traifîe (?), 161. 

traine, ici. 

tranchant (« couteau »), 81. 

tranchant (« pavé »), 81. 

* trappe, 100. 

traque, 4o, 256. 

travailler, 61, 126. 

traverse, ici. 

treftle, 112. 

trelîoin, 112, i5i. 

tremblant, 81. 

trèpe, i5o, 281. 

trepeligour, 200. 

triffailles, 256. 

triffoin, 112. 

triffonière, 112. 

trimancher, 5i. 

trimard, 4, 210, 298. 

trimarder, 210, 267, 269. 

trimballer, 222. 

trimer, 5i, 210, 261, 270, 281. 

trimilet, 256. 

trimoire, 211. 

tringle, 248. 

trinoles, 252. 

tripeligourd, 200. 

trique, 102. 

troller, 181. 

trombille, 29. 

trombine, 264, 298. 

trombolle, 29. 

trompe-VœU, 254. 

tronche, 4, 54, 112, 118, 802, 

8i5, 817. 
trotignolle, 80. 
trottant, 80. 

trottin (« pied »), 4, 80, 267. 
trottin (« lièvre »), 80. 
trottoir, 101, 267. 
trouée, 81. 
truc, 248, 298. 
truche, 5, 85,. 252, 268. 
trucher, 85, 252, 262, 270, 

279, 298. 
*trune, 118. 



INDEX 



343 



truquer, 242. 

tuile, 88, 

tune, 118. 

Tune, 119. 

Tunebée, 119. 

tuneçon, 119. 

luneur, 119. 

turbette, 257. 

turbiner, 127, 264, 293. 

turne, 159, 243, 266, 293. 

Turquie, 58. 

turterie, 210. 

urphe, 25 1. 

urpino, 252. 

vade, i5i, 256. 

\allade, 248. 

valtreuse, 58. 

vanne, 23 1. 

vanner, 23 1. 

vanterne, 46, 3ii. 

vaque, 211. 

vaquer, 211. 

Yaranne, v. barbillon 

huistre. 
vendanger, 127. 
venterne, 46, 58, 61, 3ii, 
verderet, 80. 
verdouze, 235. 
vergne, 112, 268. 
vermois, 58. 
* verser, 46. 
verver, 222. 
Versigo, 02. 
veuve, 93, 102. 
villois, 57. 

vingt-deux, i5o, 3i4. 
violet, io3. 
violon, i3o, 285. 
vironne, 48. 
vol au vent, io4. 
volant (« manteau »), 4» 

293. 
volant (« volaille »), 80. 
volante, 80. 
vouzailles, 55. 



et 



80, 



zerver, 46, 253, 268. 

zervinois, 253. 

zif,.256. 

zigue, 68, 186, 265, 286, 293. 

zona, 161, 162. 

zoze (boucle de), 257. 



2. Argots divers. 

abruzzois, i3. 

albanais, 106. 

allemand, v. rotwelsch. 

anglais, v. cant. 

bellau, 17, 73, 74, 75, 77, 89, 
90, 96, ii3, 125, 137, i38, 
i43, i48, 167, 171, 178, 
i83, 186, 189, 190, 191, 
201, 2o3, 219, 220, 234, 

236, 247, 25o, 202, 260. 

breton : rochois (v. tunodo) ; 
vannetais (v. langaj ke me- 
ner). 

calao, 2, i4, 16, 38, 5i, 61, 
70, 72, 74, 79, 80, 83, 85, 



91» 107, I 



21, 126, 12' 



137, i38, i38, i44, 147, 
i52, i53, i55, i56, 157, 
i58, 161, 177, 242, 258, 259. 

calo, i4, 91, 107, 112, i44, 
i53, i55, i56, i58, 109. 

cant, 6, II, 47, 66, 88, 90, 
io3, 109, III, ii4, ii5, i54, 
157, 160, 161, 221. 

canut, io3, 112, 116, 194, 
254, 260, 261. 

espagnol : ancien (v. germa- 
nia) ; moderne (v. calo). 

flamand, 57. 

fourbesque, 2, 12, i5, 16, 37, 
43, 47, 53, 54, 55, 58, 61, 
62, 65, 66, 70, 71, 72, 73, 
74, 75, 78, 79, 80, 82, 86, 
87, 89, 90, 93, 97, 100, 



344 



INDEX 



[o5, io6, II 



i3, ii4, 



117, 124, i32, 187, i38, 
189, i43, l^G, i48, 149, 
i5o, 166, 176, 178, i83, 
189, 191, 19G, 197, 210, 
220, 224, 287, 24i, 243, 
244, 252, 258, 259, 273, 
275, 278, 280, 289. 

«galicien, 38. 

germania, 2, i3, 16, 29, 43, 
48, 5i, 58, 61, 63, 6d, 66, 
69, 70, 71, 74, 7^. 77' 79' 
80, 83, 86, 87, 88, 90, 91, 
99, 100, loi, 102, io4, 107, 
109, iio, III, ii4, 121, 
122, 123, 126, 187, i38, 
189, i43, i44, i45, i46, 
147, i48, i55, 159, 170, 
177, 178, 189, 191, 200, 
224, 24o, 247, 25o, 258, 
259, 278, 289. 

italien, \. foiirbesqiie. 

jurassien, v. bellau. 

langaj kemenér, 17, 72, 78, 
78, 96, 109, 187, 169, 171, 
218, 219, 285, 243. 

limbacdrditorilor, i4; v. sme- 
chereasca. 

lyonnais, v. canut. 

marseillais, i4i, i42, 240, 
247. 

ménedigne, 18, 48, 187, 171 ; 
V. moiirmé. 

milanais, 6, i3, 88, 44, 116, 
149, 240, 242, 255. 

Montmorin (de), 817. 

moiirmé, 17, 18, 88, 48, 5i, 
52, 58, 58, 77, 187, 188, 
189, i48, i84, 197, 210, 

218, 219, 228, 284, 252, 

260. 
piémontais, 12, 18, 149, i5i ; 

V. valsoanin. 
plintovska spraha, v. slovène. 
portugais, v. calao. 



provençal, 56 ; v. marseillais. 
rotwelsch, 2, 11, 81, 88, 64, 

72, 78, 79, 86, 92, 98, 124, 

126, 127, i4i, i54, 157, 

i58, 160, 161, 206, 259, 

289. 
roumain, i4, i58; v. sineche- 

reasca. 
savoyard, \. ménedigne, mour- 

nié et terratsii. 
sicilien, i3, i55, 191. 
slave, II. 
Slovène, 54, i42. 
sniechereasca, i4, 72, 86, 90, 

108, 116, 124, 129, i58, 

160, i84, 199, 280, 247. 
terratsii, 18, 85, i48, 171, 

197, 284, 260. 
tunodo, 17, 87, 99, 108, 119, 

125, 187, 189, i85, 201, 

252. 

valsoanin, 12, i3, 52, 55, 70, 
71, 76, 79, ii3, 116, 187, 
188, i48, i5i, 220, 224, 
326, 289, 244 ; V. piémon- 
tais. 

vénitien, i3, 16, 47, 71, 75, 
76, 96, 127. 



3. Français K 

(ancien, modeime, populaire) 

abasourdir, i43, 280. 
abouler, 218. 
accroche-cœurs, 102, 282. 
amadoue, 282, 274. 
argot, 34, 277. 
arlequins, 120, 282. 
balader (se), 120, 282. 
balle, 83. 



ffOt. 



Dans SCS rapports avec l'ar- 



INDEX 



345 



baluchon, 5o. 

basir, 280. 

bille, i85. 

blêclie, 186. 

bpitc, 184. 

boniment, 121, 283. 

boucler, 87. 

bourreau, 194. 

bribe, i43, 275. 

caire, 25o. 

cambrioleur, 216, 270, 288. 

camelot, 288. 

casquer, 149. 

casserole, 68. 

chahut, 225. 

chantage, 272. 

chanter (faire), 271. 

chenu, 71. 

chouette, io6, 288. 

coffrer, 87, 27C. 

cognard, 87. 

colle, 88. 

crachoir (tenir le), 65. 

daron, 220. 

dauphin, ii4, 284. 

david, II 4, 276. 

daviet, ii4, 276. 

débine, 67, 284. 

dèche, 216, 284. 

drille, 198, 278. 

dupe, 106, 276. 

dure (la), 78. 

entôleuse, 243. 

escarpe, 287, 270, 284. 

escoflier, 288, 270, 284. 

ficelé, 127. 

filer (quelqu'un), 128. 

flamberge, 91, 270, 280. 

flouer, 64, 270, 284. 

fourbe, 62, 278. 

fripouille, 227, 

frusques, 58, 281. 

frusquin (saint), 53, 270, 280. 

gance, 246. 

gouapcr, 246, 270, 285. 



gouspin, 218. 

gourer, 178, 270, 281. 

grec, ii4, 285. 

gris, 74. 

grivois, 278. 

grivoise, 278. 

gueux, 201, 270, 272. 

jars, 3i. 

joncher, 174, 

larbin, 228, 270, 285. 

matois, 176, 270, 276. 

mioche, 2o5, 270, 285. 

mion, 2o5, 279. 

milard, 220. 

môme, 206. 

monseigneur, ii4, 285. 

mouton, 107, 285. 

narquois, i83, 270, 277. 

nettoyer, 62. 

niais, 76, 276. 

pianche, 109. 

pie, 108, 109. 

pier, 108. 

pif, 220. 

pigeon, 109, 276. 

piot, 277. 

piper, 63. 

pitre, 248. 

pivois, 53, 208, 262. 

polisson, 63, 279. 

quille, 98, 285. 

raffalé, 98. 

rond, 78. 

roublard, 255, 285. 

roulotte, 79, 285. 

toc, 265. 

traque, 256. 

trimer, 210, 270, 281. 

truc, 243. 

trucher, 252, 270, 279. 

turbiner, 127. 

turne, 243. 

violon, i3o, 285. 

zigue, 68. 



346 



INDEX 



4. Patois 



berrichon, 54, 73, 82, i3i, 



182, 



74, 



3U, 



338, 338, 243, 273, 277, 

379, 381. 
bourguignon, 01, 181, 182, 

199, 263, 277, 285. 
bressan, 364, 265. 
breton : bas-breton, 119, 361, 

363 ; haut-breton, 44, 186, 

199, 30I, 361, 381, 284. 
champenois, 72, 88, 116, 173, 

175, 193, 2o3, 34i, 345, 373, 
377, 279. 

forezien, 191. 
gâtinais, 170, 197, 261. 
genevois, 75, 88, loi, 122, 

176, 193, 206, 279, 281, 283. 
havrais, 287, 

lorrain, 166, 228, 238, 373. 

UUois, 225. 

hmousin, 119. 

lyonnais, 81, 85, 98, iiG, 119, 
129, i4i, i43, 176, 182, 
i83, 193, 207, 210, 289, 
363, 386. 

inanceau : Bas-Maine, 57, 72, 
82, 86, 121, 124, 128, 166, 
170, 173, 186, 189, 192, 
2o3, 232, 234, 339, 343, 
343, 247, 377, 378, 379, 
381, 382, 283; Haut-Maine, 
172, i85, 192, 383. 

morvandeau, 381. 

normand, 72, 96, 98, loi, 
166, 173, 174, 183, i84, 
i85, 197, 337, 238, 243, 
352, 363, 365, 366, 367, 
273, 383, 384. 

I. Dans leurs rapports avec 
Targot. 



parisien, 3, 5i, 59, 88, 90, 
123, 218, 245, 270. 

picard, 5o, 68, 71, 88, 98, 
ICI, 112, 124, 128, 189, 
191, 193, 197, 199, 238, 
243, 247, 373, 379, 281. 

poitevin, 5o, 88, i3i, 170, 
197, 252, 273, 280, 383. 

provençal, 44, 78, 86, 91, io5, 
116, i4i, 174, 180, i83, 
190, 191, 199, 206, 208, 
210, 2i3, 272, 281. 

quercinois, 281. 

rouchi, io3. 

rouergat, 190. 

savoyard, 128, i34, 21 3, 220, 
246, 279, 284. 

suisse, 119, 279, 381. 

vaudois, 119, 377. 

Yonne (de 1'), 166, 171, 178, 
174, 176, 183, 245, 246, 
377, 384. 

wallon, 338, 281. 



5. Résumé bibliographique K 

Aleman (Mateo), i3, 66. 
Ancien Théâtre français, 8, 

33, i3i, i46, 197. 
Archivio di psichiatria, i3, 

i5i, 288. 
Arétin, 3oi. 

Ascoli, i5, i56, 159, 354. 
Balzac, i3, 118, 396, 398-801, 

3o8. 

I . La liste qui suit complète 
sur plus d'un point l'excellente 
publication de M. R. Yve-Plessis : 
Bibliographie raisonnée de l'argot 
et de la langue verte en France du 
XV° au XX' siècle, Paris, 1901. 
Nous y renvoi ons pour les titres 
complets des ouvrages men- 
tionnés. 



INDEX 



347 



Baronzi, 1/4. 

Bijwanck, 108, m. 

Biondclli, i5. 

Bluteau i^Rapliael), i4, 91. 

Bodel (Jean), i63, 16A. 

Botzon (Louis), 2. 

Bouchet (Guill.), 5, 9, 52, 53, 
65, 69, 70, 72, 74, 76, 78, 
79, 80, 82, 90, 91, 93, 94, 
loi, 107, 108, iio, 112, 
i36, 137, 139, i42, i5o, 
i65, 166, 171, 173, 175, 
176, 179, 180, 181, i85, 
196, 199, 200, 201, 202, 
2o4, 207, 319, 234, 249, 

25o, 25 I, 252. 

Boutniy, 252. 

Brocardo (Antonio), 16. 

Bruand (Aristide), 21, 22, 23, 
20, 26, 27, 28, 29, 45, 88, 
90, 92, 99, 123, 124, 157, 
162, 222, 233, 297, 3i3. 

Brunot (Fcrd.), 270, 292, 295. 

Buffet (Th.), 18. 

Canler, 6G. 

Cervantes, i3, 3oi. 

Chaucer, 161. 

Chauffeurs (A ocabulairc des), 
9, 4o, 49» 5o, 52, 53, 57, 69, 
71, 73, 76, 77, 79, 80, 84, 
85, 86, 87, 91, 94, 95, 97, 
99, 100, 102, io3, III, ii3, 
ii5, 116, 120, 121, 122, 
123, 124, 125, 126, 127, 
128, 129, i34, 137, 139, 
i4o, i54, 157, 166, 170, 
172, 174, 175, i84, 210, 

2l5, 216, 220, 221, 223, 

226, 227, 228, 23i, 233, 
237, 238, 24i, 243, 244, 
254, 255, 256, 257. 

Cherubini (Fr.), i3, 44, 149. 

Coelho (Ad.), 16, 17, i46, 
i52, i53, i55, i5q. 



Colombey, 56, 167, 192, 249, 

297- 
Comédie des Proverbes, 38, 63, 

80, 187, 200, 202. 
Constantin et Desormaux, 

18, 212, 279. 



Coquillars (Procès des), m, 
IV, 7, 8, 3o, 62, 63, 64, G6, 
70, 75, 78, 82, 85, 86, 88, 
90, 93, 98, 99, ICI, 106, 
109, m, ii3, ii4, 117, 
121, 127, i3o, i3i, 137, 
139, i42, i45, i46, 164, 
167, 172, 178, i83, i84, 
188, 190, 192, 195, 196, 

199, 2o3, 2o5, 209, 25o, 
25i, 259, 291. 

Cotgrave, 3i, loi, i25, i32, 
166, 172, 176, 189, 191, 
210, 272, 275. 

Couturat et Léau, 290. 

D'Assoucy, 34. 

Delesalle, 20, 21, 22, 23, 25, 

26, 27, 28, 29, 39, 43, 47» 
49, 53, 56, 65, 97, 99, loi, 
112, i3i, i34, 162, 195, 221, 
222, 242, 297, 3i3. 

Delvau, 2, 22, 23, 24, 25, 26, 

27, 29,39, 56, 118, 236, 
253. 

D'Hautel, 27, 32, 35, 65, 85, 
i85, 2i4, 217, 281, 284. 

Dictionnaire Général, 269, 270, 
280, 282, 283, 284, 285. 

Ducange, 3o, 174, 177, 190, 

200, 2x4. 
Empiriques (Les), 35. 
Ernault (E.), 17, 119, i35, 

219, 261. 
Estienne (Henri), 4, i4o. 
Farmer et Henley, 286. 
Finamore (G.), i3. 
Fournier (E.), 9. 



348 



INDEX 



Frianoro (Rafaël), 13. 
Furctiorc, 35, 176. 
Garnier (Jos.), 7. 
(iranval, 9, 10, 28, a4, 2C, 

46, 07, G'i, 73, 89, 98, io5, 

3oi. 
Grison, 173. 
Guillcmant (L.), 21'^, 264, 

lîalbcrt d'Angers, 10, 20, 23, 

•^3, 'i4, 25, 2G, 27, 28, 49. 

5o, 78, 89, 92, 93, 107, 118, 

2i(), 219, 222, 23G, 245, 

25 1, 255. 
Hamdorf ( \d.), 212. 
Harman (Thomas), 11. 
Hidalgo (Juan), i3, i4. iG, 

G3, i43, i45, i4G, 147, i48, 

170, 258. 
Hotten, i55. 
Hugo (Victor), i3. Go, i34, 

i3G, 291, 296, 297, 298, 299, 

3o2-3iG. 
Intérieur des prisons (L'), i85, 

211, 220, 23i, 24G, 255, 

3ii. 
Jagic, II, 54, i42. 
Jargon ou langage de l'Argot, 

éd. 1628 : 3-G, 9, 10, 12, 

19, 21-24, 26, 28, 29, 3i, 
33-35, 39, 43, 4G, 47, 49, 
5o-55, 57, 62-64, 69, 71-79, 
80, 82-84, 86, 89, 90-97, 
99, 100-102, io5, 107, 108- 
112, ii4-ii6, 118-120, 122- 
125, 127, i32, 137-140, i43, 
i44, i46, i5i, 166-169, 170- 
173, 175-179, 180-191, 193- 
195, 197-211, 2i3, 218-233, 

225, 228, 231-237, 249-353, 

264,27/1,391; -éd. 1634: 

20, 21, 102, 171, 208 ; — 
éd. 1660 : 21, 82, 187, 
167, 173, 2o3, 221, 25i ; 
— éd. 1690 : 27, 47, 57, 



64, 74, 76, 77, 84, 88, 95, 
100, 123, 127, 129, 170, 
171, 179, i84, 189, 190, 

192, 197, 208, 210, 223, 
239, 240, 25l, 252 ; — 

éd. 1700 : 21, 57, 77, 78, 
129, i38, 167, 182, 189, 
202, 333, 240, 25i ; — 
éd. 1728 : 21, 22, 28, 24, 
25, 26, 28, 44, 49, 5i, 74, 
75, 76, 77, 83, 84, 89, 96, 
97, loi, io5, ii5, 120, 121, 
122, 124, 126, i3i, i44, 
i46, 1G7, 179, 182, 18G, 
187, 189, 193, 194, 197, 
198, 200, 202, 207, 208, 
209, 2i3-2i5, 218, 220-228, 
226, 234, 288, 289, 345, 
246,249,251;- éd. 1836: 

21, 22, 28, 25, 26, 27, 38, 
44, 46, 53, 57, 58, 70-74, 
76-79, 81, 83-86, 88, 95- 
97, 99, loi, 102, io4, 107, 

IIO, 112, 118, 124, 128, 

i35, i46, 149, i54, 166, 
171, 178, 179, 190, 198, 

202, 2o4, 206, 207, 211, 

2i3, 216-219, 221-224, 228- 

280, 288, 286, 287, 240, 

24i, 244, 245, 249, 25l, 
254-257 ; éd. 1 849 : v. Hal- 
bert d'Angers. 
Jaubeii, 83, 138, 183, 212, 

31 3. 

Joigneaux (Pierre), 7. 
Jouancoiix, 199, 213. 
Kluge (Fr.), 11, 386. 
Lacurne, 98, 182. 
La Monnoie, 5i, 182, 199, 

213, 277. 
Larchey (Lorédan), m, 9, 20, 

22, 28, 27, 45, 47, 56, 68, 
74, 82, 91, 98, 106, 112, 
i38, i5o, 211, 216, 24i, 
242, 25i, 254, 255, 288, 297. 



INDEX 



349 



Lasplirise (Capitaine), 3A, 

166. 
Leclair (P.), 9 ; v. Chauffeurs. 
L'Ecluse, 262. 
Le Roux (P. J.), 35, 71, 98, 

193, 226, 275. 
Lesbros, 817. 
Liber Vagatorum, 11, 1 4 1, 160, 

187, 259. 
Littré, 85, 206, 208, 2i3, 2i5, 

23o, 287, 272, 377, 282, 

283, 285, 286. 
Lombroso, 288. 
Longnon, 8, i54, 188, 194, 

196. 
Luliier (Martin), 160. 
Marot (Clément), 87, 64, 235. 
May or (Edmond), 288. 
Mémoires de Vidocq, 46, 83, 

107, ii3, i3o, 161, 280, 
289, 246, 248, 255, 261, 
296, 3o2. 

Mémoires cVuii forçat, 228, 
229, 255. 

Meyer (R. M.), 291. 

Michel (Francisque), i, 11, in, 
7, 19, 22, 28, 24, 25, 26, 
27, 28, 86, 48, 5o, 56, 57, 
70, 76, 80, 84, 95, 96, 97, 

108, io5, 106, ii5, 116, 
126, 128, i85, i36, i48. 



49, lOO, 100, 



109, 



166, 174, 177, 186, 198, 
200, 2i8, 2i5, 216, 217, 
218, 224, 228, 229, 280, 
281, 287, 289, 242, 245, 
346, 249, 254, 255, 286, 

297- 
Mignard, 212, 268. 
Miklosich, i55, i56. 
Modo Nova, 12, i5., 
Monet, 60. 

Moyen de parvenir, 210. 
Muse Normande (La), 166, 

167, 217, 329, 288, 265-269. 



Mystère de ta Passion, 8, 76, 
79, 127, 169, 170, 178, i84, 

195, 196, 197, 200, 201, 
2o4, 2o5, 209. 

Mystère des Actes des Apôtres, 
81, 181, i48, 171, 195, 25o. 

Mystère du Vieux Testament, 
8, 72, 90, 108, 169, 174, 

196, 210, 284- 
Mceforo (Alfredo), 288. 
Nicot, 87, 167, 168, 181, 2o4. 
Nigra, i3. 

Nisard (Charles), 2, 10, 59, 
74, 88, 90, 128, 218, 246. 

Nouveau Dictionnaire d'argot, 
24, 28, 46, 54, 120, 123, 

128, 225. 

Nyrop Kr.), i63, 270. 

Oudin, 81, 88, 84, 77, 78, 82, 

88, 87, 88, 94, 107, III, 

ii4, 128, 125, 126, 127, 

128, 180, 181, 182, 169, 
172, 178, 174, 175, 176, 
178, i85, 186, 187, 190, 
191, 198, 195, 198, 206, 
226, 287, 240, 242, 272, 

275, 276, 277, 279. 
Pitre (G.), 12, i3, i55. 
Pont f.Vbbé), 18. 

Pott, i55. 

Privât d'Anglemont, 52. 

Puitspelu (Nizier du), 85, 

129, i4i, 188, 212, 260. 
Pulci, 12, 16, 55, 66, 89, 98, 

187, 188, 252. 

Quellien (N.), 17, 99, 201, 

252. 

Rabelais, io5, 106, 108, 117, 

168, 178, 177, 180, i84, 

194, 197, 202, 209, 374, 

276, 277. 

Rat du Ctidtelet (Le), 4o, 47, 
48, 58, 67, 76, 84, 86, 88, 
96. 97' 99' 102, 127, 3i3, 
I 216, 228, 280, 286, 244. 



35o 



INDEX 



Renier (Rodolfo), i6, 3oi. 
Response au grand Coesre, 1 20, 

30I. 

Richelet, 5^10. 

Richepin, 80, 89, 128, 149, 

i83, 21G, 218, 234, 24i, 

247, 249, 291, 292, 293, 

29^- 
Rigaud, 27, 29, 52, 67, 65, 
66, 67, 83, 88, 100, ii5, 
116, 117, 118, i3o, i38, 
161, 172, 173, 175, 186, 

209, 311, 2l4, 224, 239, 
242, 243, 244, 246, 249, 

aSi, 253, 256, 294, 297, 

3oi. 
Rislelliuber, 11. 
Rœsch, II. 
Rolland (Eug.), 9. 
Roquefort, 36. 
Salillas, i3, 16, 43, 91, 107, 

i45, i46, 147, i55, 25o. 
Sauvai, 36, 63, i83. 
Schône (Lucien), iv, 8, 176. 
Schwob (et Guieysse), i, 11, 

III, 7, 36, 45, 46, 54» 62, 

25o. 
Scîntee (V.), i4, i58, 160. 
Shakespeare, 90, 201. 
Sue (Eug.), i3, 157, 296, 3o3. 
Taingui (Raoul), 8. 
Tarbé, 4o, 86, 126, 188, 212, 

234, 256. 
Techener, 9, 10, 19, 26. 
Timmermans, 43. 
Toubin (Ch.), 17. 
Trippauit, 34. 
Vachet (Ad.), 194, 212, 260, 

286. 
Vadé, 262. 
Vidocq, I, 6, 9, 10, 21, 22, 

24, 26, 27, 28, 29, 43, 44, 

46-01, 53, 55-57, 6^' 65, 



67-99, ioo-i32, i34, 137, 
i38, i43, i48-i5i, i54, 157- 
159, 161, 166-191,198, 200- 

204, 206-209, 211, 2l3-23l, 

233-249, 253-256, 270, 272, 
282, 293, 297, 3oo ; V. Mé- 
moires. 
Vie Généreuse, éd. 1596 : 
8, 12, 19, 26, 3i, 32, 46, 
48, 5i-5o, 70, 72, 74-81, 
89-92, 9^-97» 100, io5, 112, 
ii4, 116, 126, i36-i39, i43, 
i5o, i65, 166, 168, 170, 
175, 177, 180, 182, i84, 
185-187, 189-191, 195-207, 
2og-2ii, 219, 23i, 233-235, 
249-253, 264, 291 ; — éd. 
1618: 19; — éd. 1627: 

72, 74, 79, 139, 170, 181, 
2o3, 207. 

Vie de Saint-Christophe, 8, 

73, 88, 91, 108, 120, 122, 



[38, 173, 



l8i, 



182, i83, i85, 194, 20] 
202, 2o4, 2o5, 209, 210. 
Villon, IV, 4, 8, 3i, 33, 62, 
63, 64, 65, 70, 73, 75, 76, 
78, 79, 82, 83, 87, 89, 90, 
93, 98, 106, 108, III, 112, 
ii4, 117, 120, 121, 123, 
127, i38, 139, i45, i54, 
i65, 167, 169, 171, 172, 
173, 174, 176, 181, 182, 
i83, i85, 188, 191, 192, 

194, 196, 200, 30I, 303, 

3o6, 308, 309, 210, 234, 
335, 35o, 353, 391, 317. 

Virmaître, 173. 

Yitu, 7, 8, 36, 38, 68, i54. 

Yolpi (Gugl.), 13, 16. 

Wagner (J. M.), 160. 

Yve-Plessis, i, 10. 



Abbeville- — Imprimerie F. Paillart, 



L'ARGOT ANCIEN 

(1455-1860) 



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I 



DU M I^ .\l K A. U X E fj R 



Les Joins d'empiunt ou les Jours dk i,a Nieiij.i:. 
psuliolofrie d'uno légende populaire, Paris, i88(). Hoiiilloii 
(Honoré Champion, successeur). 

L'influence orientale sur la Langue et j.a (^imi.isation 
roumaines, 1903, ouvrage couronné par rinslilvil et par 
la Société de Linguisti(pie, Paris, lîouillon (Honoré (Iiiam 
PION, successeur). 

L'ÉTAT ACTUEL DES ÉtUDES DE FOLKLORE, ICÇOU d'OUXer- 

ture d'un C3urs libre à l'Ecole des Haules-Éludes, Paris, 
1903, Orf. 

La Création métaphorique en français et en roman. 
Images tirées du monde des animaux domestiques, I fLc 
Chat), IT f^Le Chien et le Porc-J, deux fascicules. Halle, 
190Ô-1907, Memeyer. 



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G SSineanu, Lazar 
3731 L'argot ancien 
S25 



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